Pour son nouveau spectacle, la Compagnie Fortunio a mis à l’affiche deux opérettes en un acte de son compositeur fétiche, Offenbach. Créée en 2012, cette troupe, qui s’est donné pour mission de faire redécouvrir des ouvrages oubliés du répertoire français d’opérette et d’opéra-comique, a remis à l’honneur des compositeurs fêtés en leur temps, tels Yvain (Là-haut en 2021), Audran (Gillette de Narbonne en 2022), Terrasse (La Botte secrète en 2023) ou Roger (Joséphine vendue par ses sœurs en 2025), autant de spectacles hilarants, interprétés avec enthousiasme par les fidèles de la troupe dont certains sont présents depuis sa création. Mais il est un nom qui revient à intervalles réguliers dans les programmes de la Compagnie, c’est bien sûr le maître incontesté de l’opérette, Jacques Offenbach, avec notamment Bagatelle en 2017, Le Voyage de MM Dunanan Père et fils en 2019, ainsi qu’Un Souper chez Offenbach en 2014, fantaisie culinaire de Geoffroy Bertran sur des musiques du compositeur.
Créé En 1861 au Théâtre des Bouffes Parisiens, Apothicaire et Perruquier est un pastiche de musiques du dix-huitième siècle, comme en témoigne l’air d’entrée de Boudinet, ornementé à la manière de Gluck. L’intrigue, qui se situe sous le règne de Louis XV, repose sur un quiproquo qui va occasionner une succession de situations burlesques jusqu’au dénouement, heureux comme il se doit : Boudinet, un bourgeois de Carpentras récemment installé à Paris, a accepté de donner sa fille Sempronia en mariage au fils de son vieil ami Plumoizeau, Lorsque le rideau se lève il attend son futur gendre qu’il n’a encore jamais vu, ainsi que le perruquier qui doit coiffer la future mariée. Celui-ci se présente en premier au domicile de Boudinet qui, le prenant pour le jeune Plumoiseau, l’accueille chaleureusement sans lui laisser placer un mot tandis que sa fille reconnaît en lui l’inconnu dont elle s’était éprise à Carpentras. En revanche lorsque le vrai Plumoiseau arrive, Boudinet croyant avoir affaire au coiffeur, l’accable de reproches pour son retard. A la fin, tout rentrera dans l’ordre et les jeunes amoureux pourront convoler avec l’accord de Boudinet. L’œuvre comporte des airs, des duos et deux quatuors virtuoses dont celui qui conclut l’ouvrage, particulièrement éblouissant.

Créé deux ans plus tôt dans le même Théâtre Un Mari à la porte, est musicalement plus conforme au style habituel d’Offenbach. L’intrigue repose sur une situation digne d’un vaudeville, Suzanne, une jeune mariée, quitte le bal pour se retirer dans sa chambre en compagnie de son amie Rosita. Là, elles tombent sur Florestan, un compositeur d’opérette criblé de dettes qui, ayant fui ses créanciers par le toit, est arrivé en tombant dans la cheminée. La situation se corse lorsque le mari de Suzanne vient frapper à la porte de son épouse qui, paniquée, refuse de lui ouvrir. Tout finira pourtant par s’arranger après quelques péripéties réjouissantes. Un même décor, représentant un salon élégant avec une porte, des fenêtres, une cheminée et une table dressée, sert aux deux ouvrages.

Annoncée souffrante, Marina Ruiz incarne pourtant avec aplomb et une technique sans faille une Sempronia volontaire face à Xavier Meyrand, hilarant en perruquier amoureux. Tous deux parviendront à leurs fins grâce à un coup de théâtre inespéré. Dans Un Mari à la porte, Charlotte Mercier et Lou Benzoni Grosset forment un duo réjouissant qui mène la danse tout au long de l’intrigue, leurs deux voix, l’une corsée, l’autre claire et limpide, s’unissent harmonieusement, et leur complicité sur le plateau est tout à fait irrésistible. Face à elles, Brice Poulot Derache qui incarnait Plumoiseau dans Apothicaire et Perruquier, possède une voix sonore et bien projetée que le rôle de Florestan met davantage en valeur. Quant à Geoffroy Bertran, fondateur de la Compagnie Fortunio, il est tout aussi convaincant en vieux père têtu et bedonnant qu’en jeune marié fringant. De plus, il est l’auteur du décor, de la mise en scène, remarquablement réglée, des chorégraphies ainsi que des costumes qu’il a imaginés avec la complicité de Marina Ruiz.
Romain Vaille, qui accompagne depuis des années les spectacles de la Compagnie, déroule sous les voix des chanteurs un tapis harmonieux et chatoyant qui constitue l’un des atouts majeurs de ce spectacle. Ses ouvertures, en particulier celle d’Un mari à la porte, mettent en valeur sa virtuosité sans faille et l’élégance de son toucher.
Ce spectacle revigorant sera repris à la Comédie Saint Michel à Paris, les 7 février (17h45), 7 mars (17h45), 16 avril (21h15), 7 mai (21h15) et 13 juin 17h45).


