P... d'opérette

Le Pulle, opérette amorale - Paris (Rond-Point)

Par Diane Raillard | dim 05 Avril 2009 | Imprimer
Le Pulle, opérette amorale
 Ecriture et mise en scène : Emma Dante
Musique Originale : Gianluca Porcu, alias Lu
Paroles des chansons : Emma Dante
 
 
 
Production Théâtre du Rond-Point, Mercadante/ Teatro Stabile de Naples
Coproduction Théâtre national de la Communauté Française, Bruxelles,
Coordination production/ diffusion Fanny Bouqueret / Amuni
 
Avec Elena Borgogni : la fée chantante
Sandro Maria Campagna : Rosi
Sabino Civilleri : Sara
Emma Dante : Mab
Clio Gaudenzi : la fée dansante
Ersilia Lombardo Ata
Manuela Lo Sicco : la fée Parlante
Carmine Maringola : Stellina
Antonio Puccia : Moira
 
Scénographie : Carmine Maringola
Création : Lumière Cristian Zucaro
Costumes : Emma Dante
 
Paris, Théâtre du Rond-Point, le 5 avril 2009
 
 

 
A grand renfort de collants troués, de jupes moulantes, de maquillage outrancier, cinq « pulles » (putains en palermitain) - quatre travestis et un transsexuel - racontent leur vie. Qu’ils soient tragiques ou grotesques, les instantanés de vie qu’elles décident de partager possèdent leur lot de violence et d’émotions. On est parfois mal à l’aise, et le spectateur n’en ressort pas indifférent.
 
C’est une création difficile à laquelle Emma Dante, auteur et metteur en scène, nous convie. Difficile par le sujet des récits : viol, anorexie, exclusion ; difficile aussi par sa vulgarité qui fait fuir certains spectateurs : les godemichés sortent allégrement des culottes, les caresses suggestives se mêlent aux regards concupiscents jetés au public, entre des écarts de jambes qui laissent voir un paysage qui laisse peu songeur. La démesure, le grotesque, l’obscénité et le bruit servent à dédramatiser l’argument - ou seulement à provoquer ?
 
Le corps s’exhibe sur le plateau. Dans un décor rouge lupanar, les costumes d’Emma Dante recèlent ce qu’il faut de vulgarité pour mieux révéler des corps marqués. La première scène est visuellement assez réussie : une dizaine de corps féminisés, affublés de tutus et de perruques, possèdent des visages recouverts de bas blancs, tels des mannequins, inquiétants mais manipulables. Le mérite de ce spectacle réside d’ailleurs dans le remarquable travail sur le corps exécuté par les trois fées interprétées par Elena Borgogni, Clio Gaudenzi et Manuela Lo Sicco, incroyables acrobates qui se projettent constamment contre le sol. Leur rendu de corps de poupées désarticulées est saisissant.
 
La violence a un son. Tout est bruyant chez Emma Dante : le bruit des décors qui tombent sur le plateau et manquent de heurter les corps, les cris hystériques et quasi-animal des trois fées qui accompagnent les héroïnes, les chants relayés par des micros. Car les comédiens hurlent leur désespoir dans le micro. On l’aura compris, l’intérêt du spectacle ne repose pas sur leurs performances vocales. Malgré le sous-titre, on est loin de l’univers lyrique. Du genre de l’opérette, le spectacle ne garde que l’alternance des parties parlées, chantées et dansées. Malheureusement, là où les parties parlées permettent traditionnellement de faire avancer l’action, les chansons chez Emma Dante, ne font que répéter le discours et confèrent une lenteur quelque peu pesante à l’ensemble. Et ceci malgré l’énergie débordante des comédiens Sandro Maria Campagna, Sabino Civilleri, Ersilia Lombardo Ata, Carmine Maringola et Antonio Puccia.
 
L’effet comique de quelques tableaux, trop longs alors qu’ils s’annonçaient légers et drôles, retombe rapidement : ainsi l’interminable scène de boulimie ou la séance collective de maquillage effréné. La provocation pouvait être juste et interpeller. Mais à force de répétitions, le spectateur est un peu lassé.
 
Diane Raillard
 
 
 
 
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