Renaître ou ne pas renaître

Zanaida - Paris (Philharmonie)

Par Laurent Bury | jeu 15 Septembre 2011 | Imprimer
 
Le manuscrit de Zanaida, deuxième opéra londonien du Johann Christian Bach, a été retrouvé chez un collectionneur au cours de l’année 2010. La recréation a été assurée par David Stern avec son ensemble lors du festival Bach de Leipzig, en Juin 2011, en version scénique. Paris n’a droit qu’à un concert, mais la production allemande sera reprise en février prochain à Saint-Quentin-en-Yvelines. Pas de regrets, cependant : la mise en scène en question était une de ces pseudo-reconstitutions d’époque, emplumées et enrubannées, qui engluent sous une épaisse couche de poussière toute neuve les œuvres que les musiciens s’efforcent de ressusciter. A la tête d’Opera Fuoco, David Stern se démène comme un beau diable pour dynamiser une partition qui n’a vraiment de mémorable que les airs de son héroïne éponyme.
Cela dit, un opera seria en version de concert, ça se mérite. Il faut suivre l’intrigue, sans s’endormir, contrairement à mon voisin. Et, toujours contrairement à mon voisin, il faut avoir de bonnes lunettes pour déchiffrer les surtitres blancs sur fond gris. Mon voisin, lui a passé la soirée à se faire expliquer qui était qui par son compagnon, visiblement plus au fait (« Et Zanaida, c’est laquelle ? Et c’est qui celle en rouge ? Et celle-là… »).
  
Justement, la distribution a beaucoup changé depuis le programme publié au printemps dernier. Le sculpturale Sara Hershkowitz est une magnifique Zanaida, qui brille dans les airs conçus à l’origine pour Anna De Amicis, future Giunia de Lucio Silla (voir le disque dans lequel Christophe Rousset rend hommage à cette cantatrice, à paraître fin septembre). Sa noblesse d’accents n’est pas sans évoquer Véronique Gens, en moins froid, et ses adieux sont à faire pleurer les pierres. Dans le rôle travesti de Tamasse, Vivica Genaux est la guest star de la soirée : elle n’interprète le rôle que pour ce concert parisien. Aucun de ses airs ne laisse un souvenir durable, mais ils lui donnent l’occasion de vocaliser allègrement, comme tous ceux de cet opéra, du reste. A se demander si l’éminent Gilles Cantagrel a vraiment eu la partition en mains lorsqu’il écrit dans les notes de programme que les arias sont dépourvues de « ces effets de virtuosité pyrotechnique comme on les aimait alors » ! Roselane, mère de Tamasse, devait initialement être interprétée par Veronica Cangemi. Sharon Rostorf-Zamir la remplace, et l’on admire sa vélocité, sa véhémence, ses brusques plongées dans le grave. Daphné Touchais n’a qu’un air à chanter en Cisseo, et c’est dommage. A l’applaudimètre, Julie Fioretti la supplante en Silvera, qui n’est pourtant ici qu’une machine à roulades, une soubrette babillarde qu’elle fait un peu ressembler à Adele de La Chauve-Souris. Jeffrey Thomson est un Gianguir maniéré et caricatural, qui se tortille comme un ver et émet des syllabes exagérément accentuées. Vannina Santoni chante bien les deux airs délicatement ornés de l’ambitieuse Osira, tandis que le baryton Pierrick Boisseau assure très correctement le rôle de Mustafa. Alice Gregorio est en revanche une mezzo qui manque un peu de grave pour son unique air.
 
 
La retransmission de ce concert sur France-Musique le 8 octobre permettra à chacun de se faire son opinion sur Zanaida. Exhumons, exhumons, il en restera toujours quelque chose… en attendant l’Amadis du même « JCB », que nous offrira bientôt la Salle Favart.
 

 

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