Rome, l'unique objet de mon ressentiment

Berlioz, Bizet... - Toulouse

Par Viet-Linh Nguyen | dim 05 Octobre 2008 | Imprimer
La Basilique Notre-Dame de la Daurade offre à la vue des passants du côté de la Garonne une façade très classique, en pierre et à fronton. Hélas, les travaux de construction de l'édifice actuel qui datent du XVIIIe siècle furent brutalement interrompus par les clameurs révolutionnaires. Et les chapiteaux des colonnes, attendant encore le ciseau du sculpteur (épannelés en jargon technique) laissent planer une impression d'inachevé.
Le programme de ces Escales romaines est digne du plus grand intérêt, le Trio George Sand désirant évoquer la vie délicieusement laborieuse des jeunes et brillants pensionnaires de la Villa Médicis. C'est à partir de 1803 que la composition musicale est ajoutée aux autres disciplines artistiques (peinture, sculpture, architecture), et les grands prix de Rome devaient rendre annuellement des "envois" qui étaient ensuite doctement disséqués par l'Académie des Beaux-Arts. Pour dépeindre cette vie romaine, et l'existence quotidienne des compositeurs, les pièces sont entrecoupées de très – trop – nombreux extraits de leur correspondance déclamés avec emphase par Bertrand Schiro. L'idée est instructive, bien qu'elle fragmente considérablement la séance de récitation-concert.
Le parcours musical suit les méandres des siècles, de manière chronologique. Etrangement pour un festival d'orgue, ce sont les pièces en trio - avec violon, violoncelle et piano - qui se sont révélées les plus réussies. L'on a ainsi admiré le jeu libre et dynamique de Nadine Pierre au violoncelle, la grâce légère du toucher d'Anne-Lise Gastaldi au piano, en dépit d'une acoustique plombante. De même, la mezzo Jennifer Tani, à la diction claire, au timbre cuivré et à l'émission bien maîtrisée a interprété avec feu "La Captive" de Berlioz, ou encore "Ouvre ton cœur" de Bizet avec le sens du théâtre et celui de l'ellipse. L'on sera en revanche plus circonspect quant au jeu de Gabriel Marghieri à l'orgue : était-ce l'acoustique de cette nef froide et sombre, les qualités de l'instrument Poirier-Lieberknecht de 1855, ou enfin les pièces choisies qui sont à blâmer ? Nul ne le sait. Car de la Rentrée de procession de François Benoît à la Toccata de Gaston Litaize, le musicien a fait montre d'une vision appuyée, franche et peu encline à la poésie, manquant de liant et de finesse dans les articulations, uniforme dans les registrations. Il manquait à cette Daurade une once de vitalité, le reflet changeant de l'onde, la fraîche torpeur languissante du soir italien.
En conclusion, ces escales romaines auront été l'occasion de s'arrêter un moment de compositeur en compositeur, et de picorer à la fois avec gourmandise et frustration des pièces stylistiquement très différentes.
Viet-Linh NGUYEN

 

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