Un Verdi masqué (ana-chronique)

Un ballo in maschera - Rome

Par André Peyrègne | sam 13 Février 2021 | Imprimer

Nous sommes allés à Rome assister à la création du dernier opéra de Verdi Un bal masqué. Le voyage valait la peine. De Paris à Marseille, nous avons pris un train de la compagnie P.L.M.. Nous avons traversé la France au milieu du bruit obsédant des roues sur les rails, des échappements de vapeur, des odeurs de charbon et des vols d’escarbilles. Mais quel progrès par rapport aux voyages en diligence de naguère !

La diligence, nous l'avons prise ensuite pour traverser la radieuse Provence. A Nice on pénètre dans le Royaume de Piémont-Sardaigne. Pour peu de temps encore ! On sait en effet que le roi Victor-Emmanuel prépare l’unification de l’Italie et, pour s’attirer les faveurs de notre Empereur Napoléon III, il s’apprête à céder Nice à la France. (Pour l’amadouer, il a aussi envoyé à ses côtés sa propre maîtresse, la comtesse de Castiglione. Mais nos confrères de la presse à scandale sont mieux informés que nous sur ce sujet !). De Gênes à Rome, nous avons pris le bateau. Le Teatro Appolo se trouve sur les bords du Tibre en face du Château Saint Ange. Le Château Saint-Ange: voilà un monument qui pourrait servir de cadre à l'histoire d'un opéra. Qui aura l’idée de le composer ?

En attendant, parlons du « Bal masqué ». Le livret s’inspire d’un événement historique : l'assassinat du roi Gustave III de Suède au cours d'un bal masqué à Stockholm en 1792. A l’origine, l’ouvrage devait être créé l’an dernier à Naples. Mais à la suite de l’attentat contre Napoléon III, le spectacle a été annulé. Il eût en effet été indécent, dans ces circonstances, de représenter sur scène l’assassinat d’un roi. Le spectacle a été transféré à Rome et l’histoire transposée à Boston au XVIII. siècle. Cela a abouti à ce que des gouverneurs anglais s’appellent Riccardo ou Renato ! Passons ... Voilà un opéra politique. On y voit les partisans d’une aristocratie rigoureuse s'opposer à un souverain libéral. On assiste aussi à une belle histoire d’amour et de renoncement. La tension atteint son comble lorsque le voile d’Amelia tombe et que Renato, après avoir reconnu sa femme et compris qu’elle est éprise de Riccardo, décide de trahir son ami et de rejoindre les conspirateurs. On entend une guirlande de beaux airs : « La rivedrà nell'estasi » et « Di' tu se fedele » pour Ricardo, « Alla vita che t'arride » et « Eri tu che macchiavi quell'anima » pour Renato, « Ma dall'arido stelo divulsa », « Morrò, ma prima in grazia » pour Amelia.


Décors historiques du Bal Masqué

La représentation a été superbe. Le ténor Gaetano Fraschini est capable de charges héroïques comme d’une belle finesse d'expression. Le baryton Leone Giraldoni, à la voix chaude et lisse, fait preuve d’une impressionnante présence. La soprano Julienne-Dejean nous a paru moins assurée. Il paraît que ses relations ont été tendues avec le compositeur et que l’épouse de Verdi a dû intervenir pour les apaiser. Nous avons aussi été impressionnés par la contralto Zelinda Sbriscia dans le rôle formidable de la sorcière qui prédit la mort du roi (« Re dell'abisso, affrettati »). Le chef d'orchestre  était l’efficace Emilio Angelini. Dans cette évocation musicale XVIIIe il y avait aussi un clavecin, qui était joué par Verdi lui-même. A la fin, celui-ci a été rappelé une vingtaine de fois. On saluait en lui à la fois le compositeur et le militant de l’unification italienne qui a transformé en slogan les lettres de son nom:  Viva Emmanuel Re d’Italia .

Mais s’il est un conseil à donner au futur roi d’Italie : qu’il se méfie des bals masqués !

 

 

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