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TOULOUSE
03/01/04

Lionel Peintre (Léopold), Patrick Rocca (Bistagne)
et Sophie Haudebourg (Sylvabelle)
© Patrice Nin
Ralph BENATZKI  (1887-1957)

L'AUBERGE DU CHEVAL BLANC

Opérette en deux actes
Livret de Hans Müller et Erik Charell
Créée le 8 novembre 1930 à Berlin (en 3 actes)

Direction musicale : Christophe Larrieu
Mise en scène, scénographie et chorégraphie : Adriano Sinivia
Décors et costumes : Enzo Iorio
Lumières : Eric Loustau-Carrère

Marie-Ange Todorovitch : Josepha
Lionel Peintre : Léopold
Patrick Rocca : Bistagne
Sophie Haudebourg : Sylvabelle
André Jobin : L'Empereur
Olivier Heyte : Guy Florès
Jean-Louis Poirier : Célestin

Orchestre, choeur et ballet du Capitole
3 janvier 2004



Léopold, le maître d'hôtel, gagnera-t-il le coeur de la jolie veuve Josépha, propriétaire de l'Auberge du Cheval Blanc, elle-même amoureuse du séduisant avocat Florès qui n'a d'yeux que pour la jeune Sylvabelle ? Le livret semble cousu d'un fil aussi blanc que celui qui ourle le sommet des montagnes enneigées du Tyrol : il est vrai qu'il s'agit là d'un genre aujourd'hui disparu, l'opérette viennoise. Mais pas de panique ! La mise en scène d'Adriano Sinivia est prétexte à une vraie relecture de l'ouvrage tandis que la chorégraphie du même Sinivia concourt à la légèreté de l'ensemble. Une excellente surprise qui s'est jouée à la Halle aux Grains de Toulouse pour les Fêtes de fin d'année, avec une troupe jeune qui dépoussière l'ouvrage avec talent et entrain.

Après le décrassage récent d'opérettes françaises, on espérait beaucoup du traitement réservé à cette Auberge qui marque, avec l'increvable Veuve joyeuse, l'acmé de cet esprit viennois qui fit jadis florès. 

On n'est pas déçu : on passe en effet une excellente soirée, car la mise en scène mêle intelligemment tableaux à grand spectacle (la scène de la Halle aux Grains semble aussi vaste que celle du Châtelet !) et trouvailles plus amusantes et tout aussi efficaces. 
Excellentes idées que de faire appel aux disciplines du cirque ou de situer l'action dans une station de ski, avec d'inénarrables danses tyroliennes en raquettes, skis et autres accessoires de glisse. On rit à gorge déployée et le bonheur s'installe. En prime, l'apparition d'un hénaurme boeuf, d'un cochon rose bonbon et d'un défilé d'oies mettent en joie un public prêt à retrouver son âme d'enfant. Bref, une vraie relecture moderne, propre à intéresser un public nouveau... mais peut-être aussi avec la peur de décontenancer celui de l'opérette traditionnelle. On devine la tête des héritiers et ayant-droits de l'oeuvre s'ils sont restés campés sur des positions un peu archaïques...
Au final, une vraie Auberge, presque espagnole parfois, mais où chacun a pu trouver son affaire : avec les acrobates et équilibristes, les jeunes ont découvert et aimé ce classique du répertoire et les seniors n'ont pas perdu leurs marques.


Lionel Peintre (Léopold), Marie-Ange Todorovitch (Josépha)
et Stéphane Soo Mongo (Piccolo)
© Patrice Nin

Les comédiens sont tous fort bons. Si Patrick Rocca, dans un rôle de Marseillais comme on n'en fait plus... ou on ne devrait plus en faire, se taille un jolis succès, le reste de la distribution ne démérite pas. Lionel Peintre - petite voix d'opérette, mais talent de comédien indéniable - joue plus qu'il ne chante un Léopold fort sympathique et Olivier Heyte avec Sophie Haudebourg font chavirer les coeurs dans leurs célèbres duos. S'il nous est impossible de citer la vingtaine d'acteurs qui complètent l'affiche et qui sont tous très bien en place, nous avons gardé la meilleure pour la fin : Marie-Ange Todorovitch. Passant allègrement et avec bonheur de Mozart, Rossini, Verdi ou Bizet à Benatzky, la mezzo-soprano montpelliéraine emporte tous les suffrages avec une Josépha drôle et dramatique à la fois, isolant son air dans un écrin musical rare. 

Il n'est pas certain que Benatzky ait retrouvé sa partition sous la baguette de Claude Cuguillère. Trop de Gershwin, de Cole Porter, de jazz et de swing dans sa direction certes alerte, mais plus proche de Francis Lopez que de l'esprit viennois.
Le public n'y voit que du feu et hurle à tout rompre. Vox populi, vox dei...
 
 

Christian COLOMBEAU
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