Nous autres, amateurs de lyrique, nous aimons les grandes voix. Nous les aimons comme l’explorateur aime le gorille à poils argentés ; comme l’astronome aime la comète millénaire ; comme le chasseur d’Afrique aime le tigre blanc ; comme l’arpenteur aime l’aurore boréale ; comme le gemmologue aime le yu-kun-kun ; comme l’océanographe aime le narval à double défense. Une Grande Voix, c’est le lait d’un |
timbre rare rehaussé par le miel d’une musicalité suprême. Une Grande Voix, c’est le plus précieux ingrédient du monde préparé par le cuisinier le plus raffiné : mais alors ingrédient et cuisinier ne font qu’un. Ces grandes voix aujourd’hui ont nom Kaufmann, Terfel, Netrebko, Röschmann, Damrau, Pape, Florez, Harteros, Hampson, Finley, Gheorghiu, Ciofi... Le marketing qu’elles génèrent ne nous touche pas ; nous |
les aimerions sans lui ; et souvent nous les aimâmes avant que le marketing ne se mêlât de les trouver aimables, et de vouloir les rendre aimées du plus grand nombre. Contemplons leur trajectoire dans le ciel lyrique. C’est édifiant. Tous semblent éviter la France, comme jadis les avions évitaient le triangle des Bermudes. Quelques-uns d’entre ces astres bien sûr nous éclaireront. L’Opéra de Paris nous offrira |
Fleming, Beczala, Mattei, après Stemme et Alvarez. Les Grandes Voix du TCE feront entendre l’espace d’un soir Damrau, Di Donato, Kaufmann, Florez. Faut-il espérer encore Netrebko à Gaveau ? La Province tiendra son rang, avec Lemieux à Nancy en Isabella, Devia à Marseille en Elisabetta, Torsten Kerl en Tannhäuser à Toulouse, entre autres. Mais l’un dans l’autre, ce sera tout. Un ciel presque vi |