Ecoutant l’autre jour le dernier récital d’un assez considérable ténor allemand, je me disais que, décidément, cette suite d’airs qu’on appelle récital est une bien vilaine manière faite à l’intégrité des œuvres et n’est guère conforme à la religion contemporaine de l’authenticité musicale. Il y a quelque paradoxe du reste |
à voir les maisons de disque renoncer presque entièrement à l’enregistrement d’œuvres intégrales pour nous abreuver de ces récitals présentant sur leur étal les membres épars d’opéras tronçonnés cruellement. L’enregistrement récent par la formidable Ann Hallenberg des airs écrits par Rossini pour la Marcolini ne nous faisait |
pas découvrir le visage d’une artiste du passé, mais une sorte de portrait cubiste vertigineux reproduisant à l’infini les mêmes traits, arrachés au terreau nourricier des œuvres. Il faudrait réformer tout cela. Interdire la charcuterie musicale. On ne sache pas que tel pianiste présente en récital le premier mouvement de la D960 et le dernier |
de la Waldstein. Pourquoi les chanteurs se permettent-ils ces aberrations ? Hé bien, sans doute parce que nous le leur demandons. Sans doute parce que nous allons en masse assister aux récitals. Sans doute parce que nous les achetons lorsqu’ils paraissent en disque. Sans doute parce que nous aimons cela. Amour coupable, et presque inavouable. Qu’aimons-nous dans |