C O N C E R T S 
 
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PARIS
(Opéra Bastille)
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CARMEN

Opéra-comique en quatre actes (1875)
Livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy
d'après la nouvelle de Prosper Mérimée 

Direction Musicale : Jesus Lopez-Cobos
Mise en scène : Alfredo Arias
Réalisée par : Isabelle Cardin
Décors : Roberto Platé
Costumes : Françoise Tournafond
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Chorégraphie : Ana Yepes
Chef des choeurs : Jean Laforge

Carmen : Denyce Graves
Don José : Luca Lombardo
Micaëla : Inva Mula
Escamillo : John Relyea
Fransquita : Valérie Condoluci
Mercedes : Stéphanie d'Oustrac
Le Dancaire : Nigel Smith
Le Remendado : Christian Jean
Zuniga : Nicolas Teste
Morales : Kevin Greenlaw
Andres : Wassyl Slipak
Lilas Pastia : Fabrice Bani

Orchestre et Choeur de l'Opéra National de Paris
Maîtrise des Hauts de Seine/Choeurs d'enfants de l'Opéra National de Paris

26, 29 juin - 2, 5, 9, 12 juillet 2002

(Critique de la représentation du Samedi 29 juin 2002)



Samedi soir, il régnait à Bastille une drôle d'ambiance. Les spectateurs ont d'abord dû traverser une immense foule rassemblée pour la Gay Pride. Ils ont ensuite appris à leur grande déception que Roberto Alagna était remplacé par Luca Lombardo. Après cette mauvaise nouvelle, certains ont dû se demander s'il ne serait pas plus amusant d'aller admirer les Drag Queens au son de la techno (qui s'entendait paraît-il du deuxième balcon).

Ils auraient eu raison car la mise en scène d'Alfredo Arias manque toujours cruellement de couleurs, de la fantaisie et du panache que la maître argentin a l'habitude de donner à ses spectacles. On sent bien qu'il a été tenté d'apporter une touche à la Goya à cette Espagne revue par la France du 19ème siècle. Mais les quelques indices (les nains doubles des danseurs eux-mêmes doubles des chanteurs) se retrouvent comme un cheveu sur la soupe et la mayonnaise ne prend pas. Ajoutez à cela un spectacle remonté en l'absence du créateur et vous ressentez une mollesse générale et vous vous ennuyez ferme.

Sachant que de nombreux spectateurs étaient revenus " s'ennuyer " en espérant se régaler du timbre solaire et des aigus piano promis par Alagna, on ne peut que tirer son chapeau à Luca Lombardo d'avoir relevé un défi impossible et d'avoir défendu son rôle vaillamment. Soyons honnête, le timbre n'est pas très idéal (mais lorsque l'on a subi Daniel Galvez Vallejo dans le même rôle il y a quelques années, on devient très indulgent) mais le français est impeccable, la musicalité bonne et les aigus très homogènes et très justes (ce qui n'est pas forcément toujours le cas d'Alagna) même si le chemin pour y parvenir est semé de coups de glotte intempestifs. Et l'engagement dramatique est plus qu'honorable. Chapeau donc ! Mais nous voulions Alagna !

Concernant les autres rôles principaux, la Carmen de Denyce Graves est assez surprenante. Son physique est idéal, les graves poitrinés superbes. Pour peu, on se croirait dans "Carmen Jones" d'Otto Preminger. Mais les défauts s'accumulent dès qu'il s'agit de donner un peu d'expressivité dans le phrasé avec un français massacré et des intonations aigres. Quant à l'engagement dramatique, c'est le minimum syndical, la dame se contentant de jouer sur son physique léonin. Les imprécisions vocales frôlant avec la vulgarité seraient certainement mieux passées si nous avions eu affaire à une véritable interprétation. Malheureusement, elle n'apparut véritablement qu'à la toute fin. Ce n'est absolument pas suffisant. Et comme en plus, on n'avait pas Alagna÷

Inva Mula est une Micaëla très convaincante. Excellente musicienne, elle fut la triomphatrice de la soirée. Il faut dire que certains de ses sons filés sont un régal. Par contre, certains aigus exagérément vibrés peuvent nous faire craindre le pire dans quelques années. Mais dans l'état actuel, nous aurions bien aimé l'entendre en duo avec Alagna.

L'Escamillo de John Relyea est un grand beau gosse à la voix de basse plus que de baryton. La voix est homogène, mais peu originale et sans aigus éclatants (ce qui est un peu gênant dans l'air du toréador). Les complices contrebandiers de Carmen sont excellents avec mention spéciale à la Frasquita de Valérie Condoluci et à la Mercedes de Stéphanie d'Oustrac, jeunes, jolies et très en voix.

Les choeurs et l'orchestre étaient simplement bons, mais sans la fièvre ni l'engagement que l'on attend pour une musique "tellement connue", mais tellement unique dans l'opéra français. La fosse s'est comportée finalement à l'image de cette production très moyenne. Mais ce n'est pas parce que Carmen est une oeuvre du répertoire qui garantit une salle remplie tous les soirs, que l'on doit être obligé de subir un spectacle plan-plan, surtout lorsque l'on sait que l'ONP est capable de monter des opéras "tubes" avec talent (la Flûte et le Barbier en sont deux exemples).

Et puis, de toute façon, y avait pas Alagna !
 
 

Bertrand Bouffartigues
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