C O N C E R T S 
 
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PARIS
Jardins du Luxembourg

19/07/02

Don Giovanni
Opéra de Wolfgang Amadeus MOZART
Livret de Lorenzo da Ponte

Don Giovanni : Marc Claesen
Leporello : Latchezar Lazarov
Donna Anna : Annemarie Kremer
Donna Elvira : Anne Renouprez
Don Ottavio : Alex Grigorev
Le Commandeur : Jean-Marie Lenaerts
Masetto : Shadi Torbey
Zerlina : Céline Scheen

Mise en scène : Gérard Corbiau
Décors : Hubert Pouille
Costumes: Olivier Bériot
Lumières: Jacques Châtelet
Choeurs : oui, il y a des choeurs
Orchestre Bell'Arte

Direction : Eric Lederhandler 

Paris, Jardins du Luxembourg, le 19 juillet 2002

 


DON GIOVANNI PREND L'AIR
 

Depuis des décennies, la vie musicale parisienne a pris l'habitude de s'arrêter durant l'été.

Pendant ce temps, Paris continue à vivre : tout le monde n'est pas en congé (surtout pas durant 2 mois !), les touristes débarquent par centaines de milliers, sans compter ceux qui n'ont pas les moyens de partir pour les vacances et qui restent chez eux. Autant dire qu'il existe un sacré public potentiel pour un vrai festival d'opéra populaire et parisien !

Parallèlement, les budgets se resserrent mais les petits théâtres continuent à faire comme si de rien n'était, continuant à monter des oeuvres identiques, chacun dans son coin et pour quelques représentations seulement. Là aussi, quel potentiel pour un spectacle de qualité partant en tournée !

Monter un Don Giovanni en plein air et destiné à tourner dans les cours de château était donc parfaitement légitime.

Pour renforcer le caractère "vendeur", la production s'était même assurée la collaboration de Gérard Corbiau,  metteur en scène de cinéma, mais ayant essentiellement travaillé sur l'opéra (Le Maître de Musique, Farinelli et Le Roi Danse).
Preuve de l'attente du public, le succès commercial est au rendez-vous, permettant aux organisateurs d'ajouter des représentations supplémentaires.

Le résultat est pourtant décevant.

Les jardins et les cours ont rarement une bonne acoustique, et plutôt que de sélectionner les lieux ou de mettre en oeuvre des solutions "naturelles" pour renvoyer le son, la production a choisi la sonorisation de l'orchestre et des chanteurs.

Difficile d'apprécier le spectacle dans ces conditions, dès lors que le son semble provenir d'une source unique alors que les interprètes s'agitent dans toutes les directions. Si encore le matériel était de qualité, "alla Pavarotti" : malheureusement, ce n'est pas le cas, les chanteurs n'ayant d'ailleurs visiblement pas tous été également dotés (le soir du 19, la voix de Don Giovanni semblait sortir d'un vieux mange-disque !).

Enfin, l'oeuvre a été sauvagement amputée (une demi-heure de musique sur les deux heures cinquante habituels, soit vingt de coupe). Même si les raccords sont très correctement faits pas Jérôme Pillement (qui assure la direction musicale en alternance), on reste perplexe devant une telle démarche : pourquoi ne pas choisir un ouvrage plus court ou tout simplement commencer à l'heure (20 minutes de retard le 19 juillet !) ?

Difficile d'émettre un avis pertinent sur les chanteurs compte tenu de leur amplification à géométrie variable.

Marc Claesen est un Don Giovanni sans grand rayonnement, à la voix un peu trop engorgée dans le bas médium.

Latchezar Lazarov est au même niveau en Leporello, la sonorisation le faisant couvrir son maître.

Alex Grigorev est un bon Ottavio, à la voix petite (quand son micro tombera en panne, il se révèlera  inaudible),  mais bien chantant (le premier air est malheureusement coupé).

Jean-Marie Lenaerts en Commandeur et Shadi Torbey en Masetto assurent leurs rôles, correctement mais sans génie particulier.

Dans des rôles autrement difficiles à distribuer, Annemarie Kremer, Anne Renouprez et Céline Scheen sont tout à fait correctes : on aimerait entendre ce qu'elles sont capables de donner dans un vrai théâtre.

La direction d' Eric Lederhandler est plutôt enlevée. Il réussit l'exploit d'éviter les décalages avec les chanteurs alors que l'orchestre joue sous une tente, loin de la scène.

Côté mise en scène, on est loin du flamboyant Farinelli : décor unique (un plancher en forme de catafalque : c'est sobre, très sobre) posé devant la façade du Sénat. Les costumes sont un peu plus "fun", mais sentent l'économie. Pour le reste, c'est d'un classicisme à pleurer.

Le spectacle est donné sans entracte : malgré cela, quelques centaines de spectateurs déçus réussiront à s'échapper au changement d'acte (mes voisins regretteront à voix haute de ne pouvoir en faire autant, leurs places étant trop éloignées des circulationsÖ).

Rendez-vous manqué, mais à charge de revanche.
 

Placido Carrerotti
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