C O N C E R T S 
 
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ZÜRICH
(Opernhaus)
 
La Khovanchtchina

Modeste MOUSSORGSKY

Ivan Khovansky - Sergej Aleksashkin
Andreï Khovansky - Viktor Lutsiuk
Golitsyne - Rudolf Schasching
Chaklovity - Michael Volle
Dossifeï - Pavel Daniluk
Marfa - Yvonne Naef
Le scribe - Martin Zysset
Emma - Liuba Chuchrova
Varsonofiev - Sergeï Aksenov
Kouzka - Peter Kalman

Chúurs de l'Opéra de Zürich - Choeur de Chambre de Moscou
Orchestre de l'Opéra de Zürich

Direction Musicale - Vladimir Fedoseyev
Mise en scène - Alfred Kirchner
Décors et costumes - Karl Kneidl
Lumières - Jürgen Hoffmann
Nouvelle production

25 juin 2002, (3° représentation sur 4)



Moussorgsky : voilà bien un "cas" dans l'histoire de la musique, à de multiples titres. Compositeur largement en avance sur son époque, dont les audaces furent incomprises en son temps, et qui provoquèrent des "révisions", des "arrangements" de pratiquement toutes ses úuvres, notamment de la part de Rimsky-Korsakov. Il est donc indispensable lorsque l'on joue du Moussorgsky de mentionner la version et/ou l'orchestration choisie, ce que ne fait pas l'Opéra de Zürich dans sa plaquette annuelle... Or, La Khovanchtchina (opéra inachevé, et non orchestré, sauf deux courts passages) est peut-être l'úuvre qui souffrit le plus du travail de Rimsky-Korsakov. Travail d'orchestration mais aussi de révision des lignes mélodiques et de l'harmonie qui frise le sabotage, en tout cas qui aplatit et banalise complètement le langage si particulier de Moussorgsky.

Chostakovitch a orchestré lui aussi La Khovanchtchina, mais ce, de manière beaucoup plus fidèle à l'esprit de Moussorgsky, et en ne modifiant ni les lignes vocales, ni l'harmonie. Emil Tchakarov, Claudio Abbado, Valery Gergiev, James Conlon, tous les chefs qui montent La Khovanchtchina aujourd'hui choisissent l'orchestration de Chostakovitch... pas Vladimir Fedoseyev qui dirige pour cette production l'orchestration/sabotage de Rimsky-Korsakov. Curieux de la part de ce chef qui fut pourtant un des premiers à enregistrer Boris Godounov dans la version originale de Moussorgsky, et non dans l'orchestration de Rimsky-Korsakov...
Par ailleurs, sa direction est si peu enthousiasmante, molle, sans beaucoup de relief, que l'ouvrage en devient ennuyeux. La déception se transforme en colère... 

L'équipe de chanteurs n'est guère plus enthousiasmante, d'autant plus que Nicolaï Ghiaurov, souffrant, ne chantait pas le rôle de Dossifeï, et que Matti Salminen ne participait finalement pas à cette reprise... Pavel Daniluk qui remplaçait Ghiaurov, tirait son épingle du jeu, par un chant soigné et une caractérisation sobre. Ce n'est pas le cas de l'Ivan Khovansky de Sergej Aleksaskhin proche bien souvent de la grandiloquence, avec un chant rugueux et peu soigné.
Le fils, Andreï Khovansky, chanté par Victor Lutsiuk, était bien meilleur. Yvonne Naef en Marfa séduisait par une belle voix, et là encore une incarnation sobre. Très décevant, en revanche, le Golitsyne de Rudolf Schasching, dont la ligne de chant et les aigus laissaient vraiment à désirer, et dont le physique et l'incarnation ne flattaient guère le personnage. Le meilleur chanteur de la soirée aura sans doute été le Chaklovity de Michael Volle, réussissant une très belle prestation, tant vocalement que scéniquement. Les autres chanteurs étaient sans surprises, ni bonnes, ni mauvaises. Les chúurs étaient très beaux, l'orchestre un peu moins, mais je pense que cela aussi était dû au manque d'implication de Fedoseyev.

Reste la mise en scène d'Alfred Kirchner dont c'est le deuxième travail sur La Khovanchtchina. C'est en effet Kirchner qui a monté cet ouvrage avec Claudio Abbado à l'Opéra de Vienne en 1989 (version Chostakovitch avec final de Stravinsky). Les deux productions sont différentes, et il faut bien constater que celle-ci, pour la version Rimsky, est la moins réussie. Avec un dispositif scénique très pauvre (une multitude de portes, un écran sur lequel sont projetées des images en plus ou moins grande adéquation avec les tableaux, des bouts d'escalier mobiles...), l'attention n'est soutenue que grâce à une direction d'acteurs qui reste cependant inégale selon les scènes. Il est amusant de retrouver des idées communes entre les deux productions, telle cette juxtaposition d'éléments d'époques différentes ("coexistence" comme dit Kundera qui a cherché le même effet en littérature).

Bref, une grosse déception que ce spectacle...
 
 

Pierre-Emmanuel LEPHAY
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