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MARSEILLE
21/01/04

Gabriele Fontana (Senta)
Richard WAGNER

LE VAISSEAU FANTOME

Direction musicale : Armin Jordan
Mise en scène : Francesca Zambello
(réalisée par Stephen Taylor et Clovis Bonnaud)
Décors et Costumes : Alison Chitty
Lumières : Rick Fischer

Senta : Gabriele Fontana
Marie : Marita Paparizou
Le Hollandais : Albert Dohmen
Erik : Endrik Wottrich
Daland : Hans Peter König
Le Timonier  Christer Bladin

Orchestre et Choeurs de l'Opéra de Marseille
Choeur Sipario
Spectacle du 21 janvier 2004



Affrété à Bordeaux voici deux saisons, c'est après avoir bourlingué à Nancy que Le Vaisseau Fantôme de Richard Wagner mis en images par Dame Francesca Zambello a jeté l'ancre dans le Vieux Port de Marseille pour cinq représentations. Volons à l'essentiel. On ne pourra pas reprocher à Francesca Zambello d'avoir fait une lecture orientée du livret, ni même d'avoir fait preuve d'une imagination déroutante en ce qui concerne les décors (absents) et les costumes (Alison Chitty). Éclairs, vents et fumées (bravo à Rick Fisher) de toutes les couleurs jusqu'au suicide raté et donc ridicule de Senta, tout cela sentait tout de même un peu le réchauffé, le déjà vu avec ces acrobates accrochés aux tubulures mal huilées venues des cintres ou ces énormes cordes multicolores qui deviennent les jouets des matelots - c'est fou ce que l'on peut jouer à Tarzan sur un navire ! - puis des fileuses en mal d'excitation...

Dramatiquement, la raideur côtoie l'excès. Aucun mystère lors de l'apparition du Hollandais, lors de sa rencontre avec Senta - anagramme (approximatif) de Satan avec sa robe rouge ? là, enfin, une belle idée ! - la rédemptrice scène finale soulevant l'hilarité avec un saut de l'Ange bien calculé alors que l'on attendait un plongeon spectaculaire devant l'ouverture béante et dantesque pratiquée sur scène ! Que nenni !! Miss Senta préfère se faire peloter par quelques figurants tout droits sortis de Buchenwald sous l'oeil hilare des spectateurs... Où est donc passé la dimension fantastique du drame ? L'éclosion troublante des sentiments réciproques ? Même la rencontre des deux équipages "au bord d'une côte déchirée par la tempête" se déroule dans la distanciation la plus forte. Raideur et froideur aussi dans le jeu d'Erik qui tentera, sans aucune conviction, de retenir Senta envoûtée.

Vocalement, par contre, le miracle est permanent. Aucun reproche sérieux à adresser au plateau survolté - on verra pourquoi à la fin. Gabriele Fontana a tout pour Senta. Un physique de rêve, la voix du rôle, héroïquement naturelle, l'engagement sympathique jusqu'au suicide halluciné mais déterminé, et donc responsable. Bien en place aussi la Mary ( très kapo concentrationnaire) de la grecque Marita Paparizou. Avide, cupide - tellement humain donc ! - la basse franche, juste et puissante d'Hans Peter König (Daland) fait grande impression dans le navire phocéen. Caricaturant l'intrus (un chasseur dans un monde de marins), Endrik Wottrich chante le plus beau Erik qui se puisse imaginer. En dramatisant, sans trop d'excès, son bel canto wagnérien, il sait faire comprendre où se situe le conflit qui, dans cette mise en scène, l'oppose à Senta.

Vainqueur toutes catégories, le Hollandais royal d'Albert Dohmen. Simplement immense. Ampleur du son, jeu sobre dans la grandeur et le mystère avec un poids sur les mots, comme extirpés du plus profond du mythe. 

Armin Jordan dirigeait pour la première fois de sa carrière à Marseille. Dès l'ouverture, comme refusant les brumes nordiques de la partition, il tire des Choeurs et de l'Orchestre de l'Opéra de Marseille des couleurs très méditerranéennes (les fumigènes sont sur scène, basta !) et emporte ses solistes dans un sillage d'écume époustouflant, avec un superbe travail sur les cordes et les bois. Un bain en fusion permanent, un maelström romantique et visionnaire à souhait, une arche splendide, toute de lyrisme et de profondeur. Un sans faute.
 
 

Christian COLOMBEAU
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