11 novembre 1918 - 11 novembre 2018 : pour les Poilus et Lili Boulanger.

Par Cédric Manuel | dim 11 Novembre 2018 | Imprimer

On le sait, l’effroyable boucherie qui prend fin voici tout juste 100 ans et que l’on commémore en ce moment, a suscité de très nombreux récits, films, photographies, peintures, sculptures, poèmes et bien sûr partitions. Mais pour participer, au moins modestement, à l’hommage international rendu aux victimes de 1914-1918, nous proposons une œuvre méconnue et pourtant de circonstance, qui n’a pas été composée à l’occasion de la Grande guerre, mais juste un peu auparavant. Il s’agit de « Pour les funérailles d’un soldat »  de Lili Boulanger. Cette cantate pour baryton, chœur et grand orchestre a été écrite sur des vers d’Alfred de Musset, que Lili Boulanger affectionnait particulièrement. Ces vers proviennent de la Coupe et les lèvres.

Lili Boulanger travaille à la partition entre 1912 et 1913, alors même qu’une guerre prochaine semble déjà inéluctable, mais dont rien alors ne pouvait laisser présager l’horreur qu’elle atteindrait. C’est Gabriel Pierné qui crée cette courte cantate non pas le 11 novembre, mais le 7, en 1915, alors que cette fois, la guerre est bien là et que chacun sait qu’elle durera. 

C’est aussi l’occasion de rendre hommage  à une compositrice surdouée, martyre d’une autre guerre contre la maladie de Crohn dont elle subit les premiers assauts dès l’âge de 2 ans et qui l’emportera voici également  un peu plus de100 ans, le 13 mars 1918, quelques jours avant Debussy et alors qu’elle n’a que 25 ans. 

Lili Boulanger est rien moins que la première femme à avoir décroché le fameux Grand prix de Rome en 1913 et ses trop rares compositions, très profondes, pleines de spiritualité et de ferveur lumineuse, de mélancolie et de gravité aussi, sont fascinantes. Sa sœur aînée Nadia, fameuse musicienne et pédagogue, défendra toujours l’œuvre de sa sœur, répétant sans cesse qu’elle était infiniment meilleure qu’elle.

« Pour les funérailles d’un soldat » est une cantate âpre et solennelle, dont le texte est poignant et paraît tout à fait adapté aux commémorations d’aujourd’hui. Il a dû résonner avec force dans le cœur de ses premiers auditeurs des Concerts Lamoureux et son écho nous frappe aujourd’hui avec la même émotion en pensant à « ceux de 14 ».

 

Qu’on voile les tambours, que le prêtre s’avance.
A genoux, compagnons, tête nue et silence.
Qu’on dise devant nous la prière des morts.
Nous voulons au tombeau porter le capitaine.
Il est mort en soldat, sur la terre chrétienne.
L’âme appartient à Dieu ; l’armée aura le corps.

Si ces rideaux de pourpre et ces ardents nuages,
Que chasse dans l’éther le souffle des orages,
Sont des guerriers couchés dans leurs armures d’or,
Penche-toi, noble cœur, sur ces vertes collines,
Et vois tes compagnons briser leurs javelines
Sur cette froide terre, où ton corps est resté !

 

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