Un jour, une création : 26 décembre 1841, un retour réussi.

Par Cédric Manuel | sam 25 Décembre 2021 | Imprimer

Il a fallu 6 ans à Donizetti pour revenir à la Scala de Milan après les épisodes mouvementés de sa Maria Stuarda, représentée sous un autre nom (Buondelmonte) par ordre de la censure milanaise, puis imposée dans sa version originale par la Malibran avant d’être à nouveau interdite. Grâce au succès de la version italienne de la Fille du régiment, présentée à la Scala en 1840, Bartolomeo Merelli, qui avait pris la tête du théâtre scaligère après Maria Stuarda et qui connaissait bien Donizetti pour avoir écrit plusieurs années auparavant quatre de ses livrets, passe commande au compositeur d’un nouvel opéra pour la Scala et d’un autre pour le Kärtnertor-Theater de Vienne, qu’il dirige alors également. Pour Vienne, ce sera Linda di Chamounix.

Pour Milan, Donizetti choisit d’adapter une pièce française de François Ancelot, créée quelques années auparavant, Maria de Padilla. Particulièrement soucieux d’obtenir un livret conforme à ses vœux, il marque à la culotte le librettiste chargé de l’adaptation, Gaetano Rossi, pourtant rompu à l’exercice. Comme le fera un Verdi peu après, il bombarde le pauvre dramaturge d’indications très précises qui le corsètent quelque peu, mais qu’il suit scrupuleusement.

Donizetti veut Erminia Frezzolini pour le rôle titre, outre quelques vétérans de ses créations pour les rôles masculins. La Frezzolini avait déjà interprété Anna Bolena et Lucia à la fin des années 1830 en Italie. Mais, enceinte, elle ne peut assurer la création de Maria Padilla et c’est finalement Sophie Loewe, qui sera aussi Linda di Chamounix un peu plus tard à Vienne, qui est choisie.

Mais là encore, Donizetti et Rossi se heurtent à la censure, puisque dans la pièce d’Ancelot, Maria, qui a épousé en secret Dom Pedro, le futur roi de Castille, ne parvient pas à faire reconnaître ce lien au moment où le prince héritier devenu monarque épouse Blanche de Castille et se suicide. Pour les maîtres du ciseau, la maîtresse d’un roi ne se suicide pas, et encore moins sa femme. Qu’à cela ne tienne, comme on est à l’opéra, Maria, reconnue par le roi, ne se suicidera pas mais mourra… de joie….

Le succès de la création, voici 180 ans aujourd’hui pour l’ouverture de la nouvelle saison lyrique qui était celle du Carnaval, juste après Noël et donc tous les 26 décembre, n’en est pas moins énorme. Donizetti est presque porté en triomphe et l’œuvre restera près d’un mois à l’affiche, avant d’être reprise tout au long du XIXe siècle, puis de disparaître comme tant d’autres partitions du Bergamasque, ressuscité durant les quarante dernières années. Maria Padilla n’a cependant pas connu les mêmes faveurs que d’autres œuvres de ce dernier, malgré une écriture acérée qui annonce le jeune Verdi.

C’est Renée Fleming qui interprètera le rôle titre lors de la première américaine de l’œuvre en 1990 avec Omaha Opera. La voici dans un enregistrement un peu postérieur à ces représentations.

 

 

 

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