Un jour, une création : 3 avril 1761, Hercule et le petit duc

Par Cédric Manuel | sam 03 Avril 2021 | Imprimer

Tout était prêt, à l’Académie royale de musique en ce mois de mars 1761.  Le compositeur de la musique de la Chambre du Roi, Antoine Dauvergne s’apprête à donner une nouvelle tragédie lyrique, Hercule mourant, sur un livret de Marmontel, lui-même tiré de la pièce Hercule mourant ou la Déjanire de Jean de Rotrou, écrite en 1632.

Dauvergne remet ses pas dans ceux de Rameau, qui est un peu son maître, et son ascension à la Cour semble irrésistible. La Cour d’ailleurs doit assister à l’événement. Mais patatras, le 22 mars, le petit Louis de France, duc de Bourgogne, héritier du trône et frère aîné des futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, meurt à 9 ans des suites mal soignée d’une mauvaise chute de cheval, précipitant ses parents – le Dauphin Louis et Marie-Josèphe de Saxe – dans le désespoir et la Cour dans le noir. 

Plus question de créer l’opéra, comme prévu, le 31. Tout le monde attend donc quelques jours et c’est pourquoi cette tragédie lyrique n’est présentée que le 3 avril suivant. Le deuil est profond mais pas long.

En 5 actes, l’opéra s’ouvre dans le palais d’Hercule où Déjanire, interprétée ce jour là par Mlle Chevalier, attend le héros, dont elle sait qu’il doit affronter mille dangers. Son fils Hilus vient lui annoncer le retour d’Hercule, qui ramène des prisonniers. Parmi eux, Iole, fille du roi d’Oechalie qu’Hercule a tué. Forcément, Hilus l’aime. La fête bat son plein, mais Junon et la Jalousie viennent bientôt la gâcher quelque peu. Car, forcément aussi, Hercule est lui aussi amoureux d’Iole. Celle-ci semble accepter sa mauvaise fortune, reçoit l’aveu de l’amour d’Hilus et se demande si elle peut aimer le fils de l’assassin de son père. Car elle sait qu’Hercule l’aime aussi et s’apprête à répudier Déjanire. Hercule, pourtant célèbre son épouse alors que celle-ci est informée de la trahison qu’Hercule s’apprête à commettre. Furieuse, elle se laisse convaincre par sa fidèle Dircé d’utiliser le philtre d’amour, un poison que le centaure Nessos a laissé en mourant, tué par Hercule au moment où il avait tenté d’abuser d’elle en traversant l’Événos. Alors qu’Hercule s’apprête à lancer les Jeux olympiques, Hilus lui apporte une tunique trempée du sang de Nessos et que lui offre Déjanire. Touché, Hercule renonce à Iole et revêt la tunique pour opérer un sacrifice à Jupiter.

Déjanire regrette son geste : elle a rêvé que la tunique s’enflammait et tente d’entrer dans le temple où doit avoir lieu le sacrifice. Mais les portes lui sont fermées. Son fils vient lui reprocher son geste et elle avoue sa jalousie en implorant Hilus de lui dire qu’elle l’a toujours aimé.

Hercule va mourir et se persuade que sa femme l’a empoisonné. Mais Hilus lui jure que sa mère n’a pas trahi. Iole survient avec ses compagnes de captivité et annonce le suicide de Déjanire, qui a choisi de se sacrifier pour qu’Hercule soit épargné. Hercule bénit l’union d’Hilus et d’Iole avant de tomber sur le bûcher élevé pour le brûler à sa mort et qu’il demande à Hilus d’allumer. C’est Jupiter qui s’en charge, foudroyant le bois et soulageant ainsi son fils. Il descend alors de la voûte céleste pour le chercher et le ramener à lui. 

Malgré les circonstances, le succès est au rendez-vous et l’œuvre sera reprise près de 20 fois avant de disparaître à peu près totalement. Qui sait si le petit duc, depuis ses propres cieux, a pu lui aussi applaudir le spectacle du compositeur de son grand-père. 

En 2011, Christophe Rousset, à la tête d’une brillante distribution, ressuscitait cette partition oubliée. Voici un extrait de l’enregistrement tiré de ces représentations, à l’acte III, sur le mont Olympe. 

 

 

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