Un jour, une création : 9 novembre 1771, une « jouissance continuelle »

Par Cédric Manuel | mar 09 Novembre 2021 | Imprimer

En 1771, André Ernest Modeste Grétry est à Paris depuis 4 ans et y a déjà composé un nombre importants d’opéras comiques, quatre pour la seule année 1770. Il a trouvé en Jean-François Marmontel, de 18 ans son aîné, un librettiste qu’il comprend et qui le comprend. Pour la nouvelle « comédie-ballet » qu’il concocte pour Grétry, Zémire et Azor, Marmontel s’inspire d’au moins deux œuvres : le conte de la Belle et la Bête que Jeanne-Marie Leprince de Beaumont avait remis au gout du jour en 1756, et la pièce de théâtre Amour pour amour de Nivelle de la Chaussée, écrite trente ans auparavant. Il décline en quatre actes une adaptation orientale de ces deux récits, où s’entremêlent féérie, danses et exotisme, comédie et drame, en empruntant au passage, pour la transformation finale de la bête Azor en prince charmant, brisant le sort qui l’enchainait, à l’opéra La Fée Urgèle de Favart et Duni, coûteuse super-production présentée quelques années plus tôt avec grand succès.

Grétry, qui se remet mal d’une vilaine maladie et de l’échec de sa dernière partition, mais qui va bientôt se marier avec la fille du peintre Grandon, se sent d’emblée très inspiré par le livret de Marmontel.  « Une féérie était ce qui convenait le mieux à ma situation » dira-t-il. Il compose donc durant l’hiver 1770-1771 dans « une jouissance presque continuelle » car l’inspiration coule dans son bras comme le ruisseau d’un col. Le résultat s’en ressent car lorsque l’œuvre est présentée devant le couple royal à Fontainebleau voici tout juste 250 ans, le succès est immédiat. Le roi offre même une pension à Grétry. À la présentation de l’opéra ballet au public de la Comédie italienne un mois plus tard, le 16 décembre, le triomphe n’est pas moindre. Le Mercure de France salue une partition  « souvent plaisante et toujours appropriée », dès l’ouverture en trois parties allegro, larghetto, allegro, dont la plongée dans l’histoire elle-même ne manque pas d’originalité ; tout comme la partition dans son ensemble, festival de nuances et de climats changeants, avec des personnages à l’avenant, comme l’hilarant serviteur Ali.

Preuve de l’engouement que suscite l’œuvre, Restif de la Bretonne écrit, un peu ironique, à son ami Marmontel : « Marmontel, je te remercie de cette scène délicieuse ! C'est presque la seule comédie-ariette que je te pardonne ».

Après presque 300 représentations en France – et pas seulement à Paris – l’œuvre va conquérir l’Europe entière et assurer au jeune Grétry (il a 30 ans) une renommée qui ne faiblira pas. On dit même que Mozart en avait une copie dans ses affaires…

Voici le célèbre air de la fauvette, qui fit beaucoup pour la célébrité de l’œuvre, ici interprété par Sophie Karthäuser , avec l’Orfeo Barockorchester dirigé par Michi Gaigg.

 

 

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