Un jour, une création : 9 septembre 1833, la triple dédicace au Tasse

Par Cédric Manuel | lun 09 Septembre 2019 | Imprimer

Donizetti, comme tant d’autres, admirait profondément la vie et l’œuvre du Tasse, l’un des plus grands poètes de la péninsule, au rayonnement bien plus large grâce notamment à l'immortelle Jérusalem délivrée. Si bien que lorsque début 1833 il projette d’écrire un nouvel opus lyrique retraçant la vie tourmentée et tragique de son héros pour le Teatro Valle de Rome, il y met tout son cœur et son talent, sortant pour l’occasion du pilotage automatique auquel le conduisaient les commandes successives des maisons d’opéra. Il va passer plusieurs mois à en composer la partition et songe au grand baryton Rubini pour tenir le rôle-titre et frapper un grand coup. Emporté par son enthousiasme, il écrit même une inattendue et solennelle triple dédicace sur la partition : Sorrente, Rome et Bergame, villes clés dans la vie du Tasse et aussi, au moins pour la dernière, pour Donizetti lui-même qui y est né. 

Las ! Ce qui aurait pu être le grand chef-d’œuvre du compositeur n’aura pas le destin attendu, la faute au livret, comme trop souvent à cette époque. Certes, Jacopo Ferretti, librettiste chevronné de La Cerenentola et qui avait déjà écrit le texte de l’opéra Il furioso all’isola di San Domingo – non pas d’après Le Tasse mais d’après Cervantès pour Donizetti et pour le même Teatro Valle quelques mois auparavant, puise dans l’œuvre du poète ainsi que dans les ouvrages que lui ont consacrées des plumes altières, de Goldoni à Byron en passant par Goethe. Mais il est contraint de transformer son texte pour y glisser de quoi faire chanter une basse… buffa ! Le Teatro Valle avait en effet sous contrat Ferdinando Lauretti, basse spécialisé dans le répertoire bouffe et qu’il fallait bien faire chanter. Ferretti crée donc le personnage de Don Gherardo et une intrigue parallèle à la principale qui, une fois de plus, ne contribue pas précisément à la lisibilité ni au sérieux de celle-ci. 

Circonstance aggravante, le fameux Rubini tant souhaité par Donizetti refuse de chanter le rôle qui échoit donc à un autre baryton – néanmoins de haute volée Giorgio Ronconi.

Malgré ces vicissitudes, le succès est au rendez-vous voici juste 186 ans à Rome. Suffisant en tout cas pour maintenir l’ouvrage en haut de l’affiche pendant 50 bonnes années. Il disparaît ensuite pour ne renaître qu’avec la renaissance du bel canto puis à la faveur d’un spectacle gênois, (mal) enregistré en 1985, avec Simone Alaimo en Torquato Tasso, et dont voici le finale.

 

 

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