En 1825, Saverio Mercadante a 30 ans. Il est considéré comme un des principaux compositeurs de la péninsule, ce qui lui vaut d’être invité dans les plus grands théâtres d’Italie. C’est ainsi que la Fenice, à Venise, lui commande un opéra pour la saison du carnaval 1826. Comme souvent à l’époque car c’est à la mode, Mercadante opte pour un melodramma serio et choisit le librettiste Paolo Pola pour en écrire le texte. Pour celui-ci, ce dernier s’inspire du livret d’un autre opéra représenté quelques années plus tôt et composé par Carlo Coccia, Donna Caritea,lui-même tiré d’une pièce de théâtre.
Pour écrire la partition, Mercadante n’est pas encore celui qui va faire évoluer l’opéra vers de nouveaux horizons auxquels Verdi devra beaucoup (plus encore qu’avec Donizetti). Il s’inscrit dans la tradition rossinienne aussi bien dans la structure (en deux actes, qui est encore le modèle dominant) que dans les dynamiques, avec un soin apporté aux ensembles qui caractérisent aussi l’évolution du style de Donizetti, par exemple.
L’action se déroule à Tolède. Alfonso, roi du Portugal (Ténor, rôle créé par Domenico Donzelli), a déclaré la guerre à l’Espagne car la reine Caritea (imaginaire, mezzosoprano, rôle créé par Ester Mombelli) a en effet refusé de l’épouser et il vient donc la chercher par la force… Ses troupes assiègent donc Tolède. Arrive au sein du bivouac portugais Diego (rôle travesti, créé par le contralto Isabella Fabbrica), un jeune espagnol qui est amoureux de la reine mais qui a dû fuir, non seulement parce qu’elle l’a également éconduit, mais aussi parce qu’il a tué dix ans auparavant un autre prétendant (quel succès !), justement celui que la reine aimait. La reine a donc mis la tête de Diego à prix et promis qu’elle épouserait celui qui la lui ramènerait…
Caritea, décidément très belliqueuse, s’est déguisée en homme et s’est mise en tête de surprendre l’armée ennemie par une audacieuse sortie de Tolède. Evidemment, ça ne marche et elle manque d’être tuée près du camp ennemi, sauvée in extremis par Diego, qui l’a reconnue. Heureusement pour lui, ce n’est pas le cas de Caritea. Pendant ce temps, Alfonso déclare vouloir libérer le vieux père de Diego, Don Fernando (Basse, rôle créé par Domenico Cosselli), qui était son prisonnier. Il apprend que la reine Caritea, déguisée, se trouve près du camp et sa fureur éclate instantanément.
Diego réussit à ramener Caritea dans Tolède (ne demandez pas comment !) et celle-ci est tombée amoureuse de son sauveur. Il lui demande donc sa main mais la reine lui rappelle qu’elle a fait le serment de n’épouser que celui qui lui ramènerait la tête de Diego… Le père de ce dernier, voyant bien le problème, craint pour la vie de son fils. D’autant qu’Alfonso provoque Diego en duel en raison de la trahison qu’il lui reproche. Diego remporte le duel, provoquant la mort du roi et la levée du siège de Tolède. Accueilli en héros dans la ville, il révèle à la reine son identité. Caritea lui pardonne et tout est bien qui finit bien…
La création, voici tout juste deux siècles, est un immense succès et l’opéra est repris un peu partout. Mais son destin contient à lui seul tout celui de Mercadante lui-même : malgré son talent, malgré l’évolution décisive qu’il apportera durant la décennie suivante et qui mènera tout droit à Verdi (et qui effacera son propre nom…), son oeuvre ne réussit pas à s’imposer durablement et il est regrettable que Mercadante n’ait pas encore connu le même type de renaissance qu’un Donizetti auquel il n’ a pourtant pas grand chose à envier (il a écrit une soixantaine d’opéras). Speriamo bene ! Voici en tout cas le finale de cette Caritea, regina di Spagna, dans l’unique enregistrement intégral qui existe, pris sur le vif il y a 30 ans.

