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5 avril 1874 : la métamorphose lyrique de Johann Strauss

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5 avril 2024
Une chauve-souris qui vole depuis 150 ans

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Non, décidément, l’opéra ou même l’opérette, ce n’est pas pour lui. Johann Strauss, roi incontesté de la valse viennoise après son père et autres Lanner, a bien essayé, à 46 ans, d’écrire sa toute première oeuvre dans le genre en 1871 (Indigo et les Quarante voleurs), puis une deuxième en 1873 (Carnaval à Rome), il n’avait récolté aucun succès, à part peut-être pour la…. valse Mille et une nuits tiré de la première. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Cette « incapacité » du maître à aborder le théâtre, même dans sa forme « légère » indispose alors quelque peu les patrons de maisons lyriques viennois, un brin chauvins, qui voient défiler les œuvres d’autres, et même d’étrangers comme Offenbach, alors considéré comme un Allemand un peu suspect en France après la guerre contre la Prusse ; mais qui est bien regardé comme le champion de l’opérette française en Autriche, où il est populaire et où il a le plus souvent rencontré de grands succès avec ses œuvres et même créé, par exemple, son opéra Les Fées du Rhin à Vienne en 1864.

Justement, au moment de cette création, Strauss avait émis le souhait de rencontrer ce fameux Offenbach, qu’il ne connaissait pas encore. Il était passé par le critique Eduard Hanslick, qui, lui, entretenait des relations suivies et cordiales avec l’auteur d’Orphée aux Enfers.  Le Français avait d’ailleurs été invité par les organisateurs du bal Concordia à composer une valse (qu’il appellera Les Journaux du soir, qui gagne d’ailleurs à être connue si l’on en croit celle qu’on peut trouver sur YouTube mais dont j’ignore si c’est bien la version originale), concurremment en quelque sorte à Strauss, qui écrira la bien plus célèbre Morgenblätter, restée depuis au firmament des valses les plus célèbres du Viennois. Strauss, qui allait diriger son orchestre pour ce bal, voulait obtenir d’Offenbach l’autorisation d’éditer sa valse, Strauss souhaitant devenir aussi éditeur de musique. « Je prends la liberté de réclamer votre bienveillante intervention, écrit-il à Hanslick, car je n’ai pas le plaisir de connaître personnellement M. Offenbach. J’aimerais beaucoup publier cette valse, qui sera jouée pour la première fois par mon orchestre et je suis convaincu que si vous aviez l’amabilité de transmettre ma requête à M. Offenbach, elle serait exaucée ». Mais il n’en sera rien et Strauss n’éditera d’ailleurs jamais de musique. On dit pourtant, sans en avoir la preuve, que les deux hommes se seraient bien rencontrés et que c’est Offenbach qui aurait conseillé à son nouvel ami de se mettre lui aussi aux opérettes.

Se sont-ils vraiment rencontrés et Offenbach a-t-il conseillé à Strauss de se mettre à l’opérette ?… © Getty – universalimagesgroup / Time Life Pictures

Si cela est vrai, on peut dire que Strauss aura beaucoup réfléchi avant de se lancer, sept ans plus tard.

Pourtant, lorsque mi-1873, Max Steiner, patron du théâtre An der Wien, lui propose une nouvelle idée d’opérette, tirée du Réveillon de Meilhac et Halévy, créée à Paris l’année précédente et dont Steiner avait racheté les droits, Strauss dresse l’oreille. Une pièce de Meilhac et Halévy ? Les librettistes « chéris » d’Offenbach ? Qui s’étaient d’ailleurs inspirés d’une pièce bien autrichienne de Benedix créée vingt ans auparavant ? Le compositeur en prend très vite connaissance et la pièce est transformée en livret par Richard Genée, directeur musical de l’An der Wien, avec celui qui avait adapté la pièce pour la scène allemande, Karl Haffner. Ce sont eux qui y insèrent la fameuse chauve-souris, qui va donner son nom à la partition. Cette dernière est composée par Strauss en quelques semaines à peine.

Steiner, pas trop échaudé par les premiers échecs de Strauss dans le genre, place beaucoup d’espoir dans cette nouvelle opérette. Car son théâtre, aussi prestigieux soit-il, est au bord de la faillite. Le soir de la première, voici 150 ans, est un grand succès, contrairement à la légende. Le théâtre est sauvé. Certes, la presse regimbe quelque peu devant cette accumulation de valses et autres danses, cette sorte de patchwork lyrique et à l’intrigue assez peu limpide d’un bal de la Cour , il n’en reste pas moins que l’œuvre va faire dès l’année 1874 le tour de l’Europe. Paris la connaîtra en 1877 au Théâtre de la Renaissance, dans une adaptation qui permet d’éviter de concurrencer frontalement la pièce de Meilhac et Halévy et qui est rebaptisée La Tzigane. Offenbach y a probablement assisté, d’autant que son ancienne maîtresse et interprète de ses propres œuvres, Zulma Bouffar, y tient le premier rôle. Qu’a pensé le Mozart des Champs-Elysées selon le mot de Rossini, de ce triomphe de Strauss à Paris alors qu’il se trouve lui-même en difficulté ? En tout cas, pour Strauss, le vol de la Chauve-Souris lance tout à la fois une carrière lyrique (semée de bien des embûches toutefois) et une véritable mode qui durera jusqu’au premier tiers du siècle suivant et qui deviendra pour le coup un marqueur de la culture viennoise, avec Suppé -qui avait en quelque sorte déjà ouvert le bal, avant le roi de la valse !- Lehár ou Oscar Straus.

Vous connaissez déjà tous sans doute ce qui est devenu une œuvre immortelle… Mais aviez-vous déjà vu et entendu Jonathan Tetelman en Eisenstein ?…

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