Que c'est bon d'être frivole !

Paris Chéri(es) - Paris

Par Laurent Bury | jeu 05 Janvier 2017 | Imprimer

La saison dernière, Les Frivolités Parisiennes avaient élu domicile dans l’extrême intimité du Théâtre Trévise pour y ressusciter Le Farfadet d’Adolphe Adam. Cette année, on leur rendra bientôt grâces de nous restituer Le Petit Duc de Lecocq, jadis un des titres les plus populaires du répertoire léger français. Non content d’œuvrer pour l’opérette ou l’opéra-comique – quand, autrement, on aurait pu revoir Don César de Bazan, de Massenet ? –, Les Frivolités Parisiennes redorent aussi le blason de la comédie musicale à la française : l’an dernier, Yes ! de Maurice Yvain revivait miraculeusement au Café de la Danse, porté notamment par la délicieuse Sandrine Buendia. En ce mois de janvier, en attendant Gosse de riche (1924), du même Maurice Yvain, la compagnie dirigée par Mathieur Franot et Benjamin El Arbi s’associe à nouveau à l’association AREPO – Les Grands Boulevards pour proposer un pot-pourri d’airs composés entre 1905 et 1955, sur un sujet que le titre du spectacle dissimule un peu. Paris Chéri(es) ! ne le laisse pas forcément deviner, mais la plupart des airs interprétés dans cette « fantaisie-revue » tournent autour de l’amour. Ou même franchement du sexe, autant le dire. Evidemment, il y a de quoi faire, l’esprit gaulois s’étant toujours distingué en la matière.

Seulement deux titres antérieurs à la Première Guerre mondiale, mais inévitables : « La Raie », créée par Dranem, et la polka burleque « Ah les Cénobites », que le public est invité à reprendre en chœur. C’est de l’entre-deux-guerres que date la majorité des chansons réunies dans le spectacle. Quelques titres relèvent clairement de l’opérette : même si Yvonne Printemps ne l’a pas enregistré, « C’est un tout petit quelque chose » vient bien de Trois Valses d’Oscar Strauss. D’autres viennent de revues, comme on en donnait au Moulin-Rouge. Et la majeure partie sont extraits de comédies musicales comme en programmait désormais cet ex-temple de l’opérette, Les Bouffes Parisiens, avec Albert Willemetz pour les paroles, souvent, et des noms aussi familiers que Vincent Scotto ou Georges Van Parys pour la musique, et des interprètes comme Jean Gabin ou Berthe Sylva. L’après-guerre livre une poignée de chansons coquines, destinées à Suzy Delair ou Line Renaud, avec pas mal de rythmes sud-américains.

Toutes ces partitions ont été arrangées par goût et un véritable art du « à la manière de », notamment par Jean-Yves Aizic, qui assure également la direction musicale, et Christophe Mirambeau, concepteur et metteur en scène du spectacle. Devant un orchestre de seize musiciens, le Frivol’ Ensemble, cinq artistes (sonorisés) chantent et dansent tambour-battant ces quelque vingt-cinq chansons. Metteur en scène du Farfadet l’an dernier, Pascal Neyron assume avec brio le rôle de meneur de revue, chargé de présenter la plupart des numéros, non sans en chanter aussi quelques-uns. Alexis Meriaux, vu en Petermann dans un Monsieur Choufleuri qui continue à tourner un peu partout en France, et Guillaume Beaujolais interprètent en solo divers titres assez croquignolets (« A Bouffémont » ou « Ma p’tite canne à la main »…) puis unissent leurs voix pour un « Jésus la Caille » où Francis Carco inspire à Joseph Kosma une partition proche de Kurt Weill. Vue l’an dernier dans Yes !, Léovanie Raud distille, l’air de rien, les grivoiseries qu’on lui a réservées. Mais évidemment, et comme dans Yes!, l’incroyable et increvable Charlène Duval triomphe plus que jamais, dans « Si vous aimez les poitrines » de Cole Porter, « La plus jolie fille de Melbourne », « Je veux », « Les Ananas » et d’autres titres encore qui sont autant d’irrésistibles sommets. Surtout ne vous en privez pas, ce spectacle se donne encore jusqu’au 14 janvier.