5 questions à Agathe Martel

Par Réal BOUCHER | mer 28 Avril 2004 | Imprimer
À part quelques incursions dans le XXe siècle, votre répertoire de prédilection demeure celui du XIXe siècle. À l’opéra en particulier, ce sont les héroïnes romantiques qui vous attirent : Adina, Antonia, Marguerite, Mimi, Musetta, Micaela, Violetta et Gilda, votre plus récente incarnation à Ottawa. Quelle satisfaction vous procure l’interprétation de ces rôles ?
En premier lieu, je retire une intense satisfaction de la musique elle-même. Les lignes mélodiques, les couleurs harmoniques ainsi que celles de l’orchestration sont les éléments qui m’inspirent. Ensuite, il y a le texte qui prend toujours pour moi une place très importante. Etant de nature assez romantique, je me retrouve en quelque sorte dans mon élément dans ce répertoire où mon être vibre déjà. Chose intéressante, c’est que malgré le thème romantique qui les rattache, ces rôles offrent une gamme diversifiée d’émotions qui permet d’explorer toujours un peu plus à fond l’aspect théâtral.
Vous avez gagné plusieurs concours dont ceux de l’Orchestre symphonique de Montréal, des Jeunesses musicales du Canada, de l’Opéra de Québec ! Quelle est l’importance de participer à des concours et comment ces premiers prix ont-ils contribué à lancer votre carrière ?
En participant à un ou à plusieurs concours, on se donne l’occasion de se faire entendre, de se faire connaître, surtout lorsqu’on reçoit un prix. Outre le public, il peut s’y trouver des directeurs, des chefs d’orchestre et autres personnes susceptibles d’être intéressées par notre talent. C’est aussi une bonne étape dans le développement du chanteur ou du musicien qui se trouve confronté à la réalité compétitive du milieu artistique, de même qu’à une intense préparation musicale, technique et mentale. Selon l’importance et la nature du concours, en plus de la somme d’argent que reçoit un lauréat, un prix est souvent accompagné d’engagements qui sont très importants pour amorcer la carrière professionnelle. Une certaine notoriété est également associée à un premier prix, ce qui augmente la chance de décrocher des engagements, dans mon cas avec l’Opéra de Québec et l’Orchestre symphonique de Montréal.
On voit parfois certains artistes accepter à leur corps défendant de tenir des rôles qui ne leur conviennent pas. Que pensez-vous de cette façon d’agir ? Vous a-t-on déjà proposé des emplois que vous avez dû refuser pour cette raison ou que vous préférez reporter à plus tard parce que vous ne pensez pas être prête à les assumer ?
Je crois que si on veut chanter bien et longtemps, il faut se connaître, il faut connaître sa voix avec ses qualités et ses limites, il faut faire usage de discernement, et lorsque c’est nécessaire, ne pas hésiter à demander conseil à une ou deux personnes en qui on a confiance et qui nous connaissent bien. C’est ce que je fais quand je ne suis pas certaine. C’est sans doute tentant d’accepter un rôle qu’on aime vraiment beaucoup, mais une telle décision pourrait s’avérer néfaste si la voix ou la technique ne sont pas encore prêtes pour l’exigence du rôle. Fort heureusement pour moi, je n’ai pas eu l’occasion de faire face à cette situation, sans doute parce que mon type de voix ne s’y prête pas vraiment.
Vous alternez carrière à l’opéra et au récital ! L’une a-t-elle priorité sur l’autre ou les considérez-vous complémentaires ?
Elles sont pour moi à la fois très complémentaires et nécessaires. J’aime beaucoup l’opéra parce que c’est une longue histoire où on éprouve une gamme complexe d’émotions, parce qu’il y a la magie des décors et des costumes, parce qu’il y a toutes les interactions avec les autres chanteurs/comédiens, parce qu’il y a l’orchestre… alors que le récital, beaucoup plus sobre, permet un contact plus intime avec le public, parce qu’on y a une considérable liberté dans le choix du répertoire et des styles, parce qu’il y a la poésie, parce qu’il y a une complicité avec le pianiste. Je m’intéresse également au magnifique répertoire de mélodies, lieder et cycles avec orchestre, de même qu’au répertoire d’œuvres sacrées. En fait, j’aime chanter, j’aime jouer, j’aime apprendre, j’aime communiquer et faire ressentir aux autres ce que je ressens. Peu m’importe le véhicule employé, si la musique me touche, j’achète !
Quels sont les défis que vous aimeriez relever, les projets que vous prévoyez réaliser ici ou en Europe, les rôles que vous voudriez ajouter à votre répertoire ?
Je pense que mon plus grand défi, dans ce monde où tout va toujours de plus en plus vite, c’est de vivre au jour le jour et de profiter de chaque instant qui passe. Vous trouverez peut-être que c’est loin de la musique ou que c’est idéaliste, mais que ce soit dans la vie de tous les jours ou quand je chante, j’essaie d’être là avec toute ma personne, et pour moi cela représente un défi que je prends plaisir à relever. Plus terre à terre, j’ai des engagements la saison prochaine pour des maisons d’opéra et des orchestres canadiens, j’ai des projets de disques en cours de planification, je compte aller en Europe l’an prochain, et j’espère pouvoir chanter aux Etats-Unis. Comme j’ai un penchant très fort pour Verdi et Puccini, j’aimerais bien un jour chanter Desdemona dans Otello, et si jamais ma voix me le permettait, Madama Butterfly. Mais, cela me donne l’impression d’en demander beaucoup alors que je suis déjà très choyée par la musique, alors laissons la vie décider…
Réal Boucher
 

 

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