5 questions à Marco Guidarini

Par Raphaëlle Duroselle | lun 13 Juillet 2009 | Imprimer
Marco Guidarini est le genre d’homme discret que l’on remarque tout de suite. Il a cette force tranquille, ce charme italien… Mais surtout il a dans ses yeux cet amour brûlant pour la musique. Après 8 années passées comme directeur musical de l’Opéra de Nice, Marco quitte le navire - non sans regret – avec sa baguette magique, pour ensorceler d’autres scènes. Première escale, la Scala de Milan en septembre pour l’Opéra d’ouverture…
 
Vous avez été directeur musical de l’Opéra de Nice pendant 8 ans. Pourquoi vous a t-on offert ce poste d’après vous ?
 
Pour deux raisons, je pense. D’abord le fait d’être un musicien expert en opéra et plus précisément l’opéra italien : Verdi, Puccini, même Mozart qui est finalement très italien. Nice est un opéra de tradition italienne. Nous parlions alors le même langage. Mais ce n’est pas tout. Le fait aussi d’être capable d’assurer tout le programme symphonique traditionnel Brahms, Beethoven… La double casquette m’a sans doute valu d’être choisi par Nice. Et puis je suis quelqu’un d’opiniâtre et de très exigeant. Parfois c’est mal perçu, mais pour certains ce sont visiblement de réelles qualités.
 
Aujourd’hui vous quittez l’Opéra de Nice. Un premier bilan peut-être ?
 
Je pense avoir donné à l’orchestre une personnalité très forte. Le parcours artistique a été différent de ce qu’ils avaient vécu jusqu’à maintenant. Nous avons surtout travaillé des ouvrages du XXe siècle, plus modernes : Malher, Bartok… Et puis nous avons aussi joué des créations composées spécialement pour l’orchestre. Cette partie-là a été très importante pour nous. La musique classique ne doit pas s’arrêter au répertoire. Je suis convaincu qu’il existe de jeunes compositeurs pleins de talents, qui peuvent nous émouvoir et à qui il faut laisser une chance. Il faut avoir le courage d’aller les chercher. Je pense qu’un orchestre doit s’ouvrir aux deux, le répertoire classique et les créations contemporaines. Aujourd’hui je peux dire que l’orchestre de Nice a vraiment progressé d’un point de vue technique et artistique. Et le résultat se fait sentir. L’impact sur la ville est flagrant. Le public a changé ces dernières années. On voit des gens de toutes les générations et nous n’avons plus seulement un public âgé. C’est le résultat d’une politique de fond dont je suis très fier. Nous avons beaucoup travaillé avec les écoles et ça a porté ses fruits. Mon seul regret est que la ville ne semble pas s’y intéresser et ne suit pas cette philosophie… Un exemple, le regroupement l’année prochaine des orchestres de Cannes et de Nice. C’est un choix qui n’aurait pas été le mien.
 
À partir de septembre, vous repartez sur les routes « sans orchestre fixe »… Une rentrée dense avec l’opéra de rentrée de la Scala de Milan pour une nouvelle production de Donizetti mise en scène par Antonio Albanese, puis Séville… Ça va vous changer ?
 
Vous savez, même durant ces années passées à Nice, je n’ai jamais cessé de voyager. Donc au lieu d’être « sans orchestre fixe » 6 mois par an, je le serai un peu plus à partir de septembre. Mais ce n’est qu’une période transitoire. J’ai d’autres propositions que je dois étudier sérieusement. J’aime être attaché à un endroit. Et puis je suis Directeur Artistique du Festival de Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Je serai donc un peu plus à Paris, qui deviendra temporairement mon point d’attache. Mon affection pour Nice était plus que professionnelle. J’adore cette ville, elle est méditerranéenne comme moi et c’est pour ça que je m’y suis installé. Rester ici aujourd’hui est très complexe mais partir n’est pas sans conséquence non plus. À partir de septembre, je vais refaire ce que je faisais avant d’arriver à Nice. Le reste suivra.
 
Quel serait l’Opéra de vos rêves ?
 
J’ai eu la chance d’avoir dirigé tous les opéras de mes rêves, je crois, Don Giovanni, Otello, les Noces de Figaro… Bien plus qu’une œuvre ou des acteurs avec lesquels j’aimerais travailler, c’est un projet que j’aimerais réaliser. Un théâtre musical qui puisse devenir le cœur d’une ville. Un théâtre portes ouvertes dans lequel les citadins se sentiraient chez eux…
 
Vous finissez l’année par un opéra rock. C’est un genre que vous aimez ?
 
Disons que chaque année à Puteaux j’ai un projet pour les enfants. Vous savez, ouvrir les enfants à la musique fait partie des choses essentielles. Je veux leur offrir un spectacle de qualité mais aussi accessible, qu’ils puissent comprendre. En Italie, il existe un projet dans ce genre qui mélange à la fois la musique classique, le jazz et le rock. Il s’agit d’un opéra écrit pour les enfants, tiré des fables d’Esope, dont s’est inspiré Jean de la Fontaine. Mon idée était de faire une création française de cet opéra rock. La problématique doit être littéraire et musical avec un style qui parle aux enfants comme le rock.
 
 
Propos recueillis par Raphaëlle Duroselle
 
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© Raphaëlle Duroselle

 

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