Andreas Schager : « Une représentation réussie c’est quand on se dit au baisser de rideau : Allez, on recommence ! »

Par Thierry Verger | lun 21 Novembre 2022 | Imprimer

Andreas Schager est le Siegfried (Siegfried et Götterdämmerung ) du Ring des Nibelungen dans la nouvelle production Tcherniakov / Thielemann à Berlin. Entre la deuxième et la troisième journée du cycle, Schager nous parle de cette production et de sa carrière.

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Au sortir de ce Siegfried, vos premières impressions ?

La qualité musicale est là, je chante avec des collègues fantastiques. Nous répétons de façon intense depuis février ; à cette époque j’étais à Madrid et à cause du Covid je ne pouvais pas me rendre à Berlin pour les répétitions entre chacune des représentations. Alors c’est le Staatsoper Berlin qui est venu à Madrid ! Tcherniakov, pianiste et traducteur faisaient les allers et retours. La mise en scène de Tcherniakov est, comme à son habitude, un défi, car il fait un travail de grande précision. Certaines personnes ont l’oreille absolue, lui il a en quelque sorte l’œil absolu ! Par exemple, si telle bougie est placée ici sur la table et que la fois suivante elle est décalée de quelques centimètres, il va nous interrompre et la remettre à sa place. Les répétitions peuvent être très longues…

Cette mise en scène a été beaucoup commentée...

Cette mise en scène est particulièrement intéressante, en ce que Tcherniakov se concentre sur les personnages ; il évacue toutes les considérations mythiques et mystiques : l’anneau n’a pas de signification, l’épée non plus, pas plus que le heaume, il n’y a pas de philtre magique, pas de dieux, etc. Par exemple dans le Crépuscule des dieux, lorsque Siegfried apparaît en Gunter ; normalement il doit revêtir le heaume magique et modifier un peu sa voix. Tcherniakov voit cette scène différemment : Siegfried revient vers Brünnhilde exactement semblable à ce qu’il était lorsqu’il l’a quittée. Il n’y a donc pas de transformation extérieure, dans sa physionomie, mais il est intérieurement complètement différent. Cela veut dire qu’entre les deux moments il s’est passé quelque chose ; il n’est plus le même homme et elle le voit comme un homme différent : il parle différemment, il n’a plus les mêmes gestes, les mêmes réactions. Ce qui intéresse Tcherniakov, c’est l’évolution psychologique des personnages ; c’est la raison pour laquelle il situe l’action du Ring dans un centre d’expérimentation humaine, ce qui en soit est terrible ! Ce qui est sûr c’est que cette mise en scène n’est pas conventionnelle.

D’une façon générale, vous vous adaptez aux metteurs en scène, quel que soit ce qu’ils exigent de vous ?

Non, non, il m’est déjà arrivé, pas avec Tcherniakov, mais avec d’autres metteurs en scène, de dire : « Non, ça je ne le ferai pas ». Mais ici ce n’est pas le cas ; je connais très bien Dmitri, je sais comment il travaille. Je sais que cette mise en scène fonctionne très bien auprès de ceux qui n’ont encore jamais vu le Ring. Pour les inconditionnels du Ring, qui le connaissent par cœur, et ils sont nombreux, ça peut ne pas fonctionner !

© Monika Rittershaus

Quel est votre Siegfried préféré : celui de Siegfried ou celui du Götterdämmerung ?

Je vous renvoie la question : si vous avez des enfants, quel est votre préféré ?! (Rires). Il est évident que ce sont des rôles qui exigent beaucoup d’énergie, mais c’est cette énergie qui nous fait vivre, nous les artistes. Une représentation réussie c’est quand on se dit au baisser de rideau : « Allez, on recommence ! ». Pour ce Siegfried [du 3 novembre], j’ai dû beaucoup me concentrer parce que je sortais tout juste d’un léger refroidissement ; mais ce sont souvent les meilleures représentations quand on est obligé de se concentrer sur sa voix plus que d’habitude.

Tristan et Siegfried sont vos deux grands rôles actuellement.

Oui ce sont deux univers incroyables dans lesquels on se plonge à chaque fois. Et dans ces moments-là, rien d’autre ne compte. Je ne pourrais pas dire lequel des deux je préfère. Il y a Lohengrin aussi, que j’aime beaucoup ; c’est presque un autre langage, il y une italianité dans ce rôle qui me plaît énormément.

Et à Bayreuth en 2023, vous allez chanter, en plus de Siegfried, le rôle de Erik !?

Oui, ce fut mon premier rôle à Bayreuth et c’est un peu un retour, et j’avoue que si je le reprends c’est parce que Tcherniakov me l’a demandé ! Je pense avoir chanté tous les rôles wagnériens que Tcherniakov a mis en scène.

Nous parlions d’italianité. A quand Andreas Schager dans un grand rôle italien ?

Eh bien ce sera en 2024 au Staatsoper Wien dans Otello ! C’est vraiment le rôle verdien par excellence qui convient à un Heldentenor. J’ai commencé à apprendre le rôle il y a trois ou quatre mois ; et puis ensuite, je le laisse de côté et j’y reviens, j’écoute quelques enregistrements. Je pense qu’Otello sera mon seul rôle italien. Quand on se lance en effet dans de grands rôles wagnériens, ceux-ci vous accaparent entièrement. Et les maisons d’opéras vous retiennent très longtemps à l’avance. Par exemple pour Siegfried, j’ai des engagements jusqu’à 2029, car nous ne sommes pas si nombreux sur le circuit et donc les maisons doivent s’y prendre très longtemps à l’avance et choisir la distribution des grands rôles avant même les metteurs en scène !

Enée ?

Ce serait fantastique ; pour le moment rien n’est prévu, mais il est sûr que j’y pense. Le seul rôle français que j’ai tenu c’est Samson, ici à Berlin. Dalila devait être Elina Garanča. Elle était dans l’avion pour Berlin et quand elle est descendue elle a appris qu’elle était positive au Covid.

Cette période du Covid, comment l’avez-vous traversée ?

Cela n’a pas eu que des inconvénients ; j’ai un enfant de quatre ans et j’ai vécu comme une bénédiction de pouvoir m’occuper de lui. Mais je sais que pour bon nombre de collègues, y compris des noms très connus, ce temps a été difficile.

 

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