Cinq questions à Paul Gay

Par Pierre-Emmanuel Lephay | lun 11 Juillet 2011 | Imprimer
L’événement du Festival de Munich en ce mois de juillet 2011, c’est la création in loco de Saint François d’Assise, le grand œuvre, sinon le chef d’œuvre, d’Olivier Messiaen. José Van Dam ayant chanté son dernier Saint François à l’Opéra Bastille en 2004, il fallait trouver un autre baryton capable d’endosser ce rôle écrasant. Rodney Gilfry ? Vincent Le Texier ? Non, le Bayerische Staatsoper a choisi notre compatriote Paul Gay pour endosser la bure de l’homme qui parlait aux oiseaux.   
 
 
La prise de rôle de Saint-François d’Assise représente-t-elle un tournant dans une carrière ?
 
C’est effectivement un rôle très important dans le répertoire d’un baryton basse et un privilège, étant donné le peu de chanteurs qui ont chanté ce rôle. C’est un peu comme un sceau de confiance que vous appose dans le milieu professionnel ! Le Bayerische Staatsoper m’a demandé de venir faire une session de travail avec Kent Nagano quand ils recherchaient un interprète pour le rôle et Nagano m’a choisi ; c’est un honneur et effectivement un tournant dans ma carrière.
 
La figure de José Van Dam n’est-elle pas intimidante pour tout chanteur qui se mesure à cette partition ?
 
Il est clair que si quelqu’un a marqué l’histoire de cette partition, c’est bien José Van Dam qui lui a apporté toute la noblesse et la dignité nécessaires et c’est pour moi un exemple à suivre. J’essaye avec ma personnalité, très différente de celle de Van Dam, de faire valoir ces qualités en y apportant ma touche personnelle et mon intériorité. Il se trouve que la partition me va comme un gant, je m’y sens bien et j’y trouve beaucoup de possibilités expressives !
 
 
Quelles sont les difficultés majeures du rôle ?
 
Intonation, vocalité, mémorisation, endurance, concentration… Mais l’endurance reste le défi majeur de la partition, car la complexité musicale n’est pas si grande, l’œuvre est parfaitement construite sur des systèmes rythmiques très répétitifs et la tessiture, si elle est assez élevée n’est pas meurtrière ! Reste qu’il y a quand même, mis bout à bout, 2 heures 30 de chant au bas mot, soit 4 fois plus que la plupart des autres rôles de mon répertoire ! Il faut donc gérer sa voix et son énergie sur la durée et c’est un énorme défi !
 
L’écriture vocale de Messiaen se place cependant dans une certaine tradition de l’opéra français …
 
Parfaitement, je ressens la filiation avec d’autres rôle que j’ai souvent interprétés : Golaud, Méphisto… Le récitatif est parfois très proche de Debussy, la ligne de chant est toujours présente ! Pour moi, le caractère lyrique de la partition est un avantage, le fait que le legato soit toujours présent et que Messiaen ne demande jamais à la voix de crier. C’est ce caractère qui me correspond le mieux, ainsi que l’intériorité du personnage.
 
 
Comment s’est passé le travail avec Kent Nagano avec le metteur en scène Hermann Nitsch ?
 
Nous avons travaillé 2 mois pour cette production, beaucoup répété musicalement et Kent Nagano nous a apporté des informations musicales de source directe, ce qui est évidemment de grande valeur (NDLR : Kent Nagano, qui fut l’assistant de Seiji Ozawa lors de la création de l’ouvrage à Paris, eut donc la chance de côtoyer Olivier Messiaen). Il a également une vision très personnelle de l’œuvre qui se détache souvent de ce qui à été fait par Ozawa, par exemple au niveau des tempi, plus rapides. Quant à Hermann Nitsch, c’est avant tout un « Aktionskünstler » [un « performeur »] et pas un metteur en scène, donc nos échanges ont été assez limités ; une assistante chargée des chanteurs s’est occupée de nous placer dans le dispositif scénique prévu par Nitsch. Sa vision est tout à fait personnelle, elle remet le martyre de la crucifixion au centre de l’ouvrage. Le sacrifice du Christ devient une cérémonie presque primitive. La projection vidéo prend une part importante dans le spectacle et des « Aktions » de peinture en direct se déroulent pendant la représentation.
 
Propos recueillis par Pierre-Emmanuel Lephay le 29 juin 2011
Paul Gay © DR

 

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