Opéra de Paris, le juste prix

Par Christophe Rizoud | lun 03 Octobre 2016 | Imprimer

Avec l’annulation, abondamment commentée, de Jonas Kaufmann (dont nous espérons le prompt rétablissement) dans les Contes d’Hoffmann le mois prochain, resurgit la question des tarifs pratiqués par l’Opéra national de Paris.

Des limites de la « Catégorie Jonas »

On se souvient peut-être que l’annonce de la saison 2016-2017 s’était accompagnée d’une augmentation sensible des prix de vente des billets plutôt mal acceptée par le public. « Je pense boycotter la saison devant ce délire tarifaire. » nous écrivait, choquée (sic), une de nos lectrices. « A quand une "Catégorie Jonas" ? » interrogeait Sylvain Fort en annonçant en avant-première le contenu de cette nouvelle saison. A juste titre. Pour Les contes d’Hoffmann, les soirées avec le ténor bavarois étaient vendues 25% plus chères que celles avec la deuxième distribution, dans toutes les catégories sauf 9 et 10 (de 252 à 42€ contre 189€ à 32€). Mais que se passe-t-il lorsque le chanteur à l’origine de cette surtarification déclare forfait ? Si sa présence peut justifier un surcoût compte tenu du montant présumé de son cachet, ne faudrait-il pas en cas d’absence dédommager les spectateurs ? La question se pose aujourd’hui, elle se reposera demain. Eugène Onéguine l’année prochaine par exemple est vendu 17% plus cher lorsque chante Anna Netrebko (de de 252 à 42€ contre 210€ à 35€). Si la soprano décide d’annuler ou tombe malade comme en début d’année pour Il trovatore, que faire pour éviter aux spectateurs surtaxés la désagréable et légitime impression d’arnaque ?

Où l’on reparle des cloisons de l’Opéra Garnier

Le même jour que l’annonce de Jonas Kaufmann, on apprenait que la Rapporteure Publique avait requis l'annulation de la décision de la direction de l'Opéra de Paris d'entreprendre les travaux dans les loges de l’Opéra Garnier (voir brève du 30 septembre dernier). Pour rappel, cette décision était motivée par un souci de profit, la suppression des cloisons dans la loge permettant la vente de places supplémentaires. Si le tribunal administratif suit les conclusions de la rapporteure, la victoire pourrait être moins pour les défenseurs du Palais Garnier que pour son public. En effet, un autre de nos lecteurs, ayant expérimenté ces nouvelles places, nous écrivait dernièrement : « A l'occasion d'une représentation d'Eliogabalo, je viens de faire la déplorable expérience de ces places ajoutées par la suppression des cloisons – précisément, deux places au quatrième rang des premières loges de face, désormais numérotées "32-36", vendues 90 ou 99 euros l'une selon les soirées. Sur le papier, des places dont le rapport qualité-prix aurait dû être excellent pour qui ne peut payer 210 ou 231 euros au premier rang. Or il s'avère qu'en sus de leur inconfort (sièges surélevés étroits, pour pouvoir en caser huit !), ce sont de facto des places sans visibilité, pour la simple raison que les places du 3e rang – vendues 150 ou 165 euros ! – sont déjà des places surélevées (comme c'était le cas dans la configuration initiale à 3 rangs des loges, sauf qu'à l'époque elles permettaient une bonne visibilité et étaient vendues 35 euros) [..]. Quant à l'acoustique, le son est tellement étouffé que l'on a l'impression que les chanteurs chantent à mi-voix ! »

L’erreur est humaine

Faut-il en conclure comme notre lecteur en colère que « le prix facturé relève de la pure escroquerie » et que « l'imposture va au-delà de ce que l'on pouvait imaginer ! » ? Non, évidemment. Dans un contexte économique difficile, l’Opéra national de Paris se doit de trouver de nouveaux moyens de dégager des profits. Il y va sinon de sa survie du moins de sa capacité à proposer comme il le fait aujourd’hui une offre de spectacles abondante, variée et – l’on a beau parfois grogner – de qualité. Nul ne saurait lui tenir rigueur de chercher des solutions. « Pire que de n’avoir pas réussi, c’est de ne pas avoir essayé » disait Franklin Delano Roosevelt. Il faut aussi savoir reconnaître ses échecs, assumer ses responsabilités et ne pas persister dans ses erreurs. « L’Opéra de Paris n’attend que vous » affirme le slogan de cette nouvelle saison. D'accord mais à condition de ne pas nous prendre pour des gogos.

 

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