Opéra Royal de Mascate

Par Christophe Rizoud | lun 01 Avril 2019 | Imprimer

Après plus de sept ans d’existence et une saison renouvelée chaque année, l’Opéra Royal de Mascate dans le riche Sultanat d’Oman a réussi son pari : implanter l’art lyrique, tradition occidentale s’il en est, en terre orientale et au-delà délivrer un message d’entente culturelle et de paix mondiale.


Adresse :  Al Kharjiyah Street، Muscat 103, Oman

Institution lyrique hébergée : Royal Opera House Muscat (ROHM)

Site Web : www.rohmuscat.org.om

Année de construction :  inauguré le 12 octobre 2011 après quatre années de travaux, de 2007 à 2011 et plusieurs années d’études (le projet fut envisagé dès la fin de l’année 2001 ; le choix du cabinet d’architecte arrêté en 2004)

Architecte : l’opéra a été édifié avec le concours de la société Carillion Alawi, active au Sultanat d’Oman depuis 1965, et impliquée dans de nombreuses initiatives locales – construction de bâtiments, de routes et de ports prestigieux. Le projet initial a été révisé afin de s’aligner sur le style historique de l’architecture civile omanaise. Le résultat final est le fruit d’une intense collaboration avec les Affaires Royales de la Cour d'Oman (comprendre le Sultan Qaboos Bin Said, organiste, luthiste et passionné de musique classique)

Style architectural : architecture omanaise contemporaine

Répertoire de prédilection : grand répertoire lyrique et autres formes de spectacle vivant (concert, ballet, jazz, flamenco, musiques du monde…)

Education : Un programme « jeunes ambassadeurs » offre l’opportunité aux étudiants de moins de 18 ans de bénéficier de quatre places gratuites pour eux et leur famille, incluant visite des coulisses, rencontre avec les artistes et le personnel... Des concerts scolaires à vocation pédagogique sont organisés régulièrement. Des stages administratifs et techniques sont proposés chaque année aux étudiants. Un service de garderie pour les enfants de 4 à 10 ans est mis en place durant les représentations. Enfin, une réduction de 30% est accordée aux étudiants et aux jeunes de moins de 17 ans (plus inhabituel, les séniors bénéficient également de tarifs réduits).

Histoire : Né le 18 novembre 1940 (depuis jour de la fête nationale d’Oman) et sultan depuis le 23 juillet 1970, artisan de la renaissance du pays et grand amateur de musique classique, Qaboos Bin Said décide en 2001 d’édifier un opéra pour abriter sous un même toit diverses initiatives musicales. Dès son accession au pouvoir, une attention particulière avait été portée à la musique. Après l’établissement d’un premier ensemble orchestral à Muscat puis d’un second à Salalah, le Royal Oman Symphony Orchestra avait été fondé dans l’objectif avoué d’encourager une première génération d’omanais à apprendre et pratiquer la musique. L’édification de l’opéra, achevée en 2011, s’inscrit dans cette volonté éducative et artistique.
L’architecture du bâtiment conjugue à l’extérieur le style massif des forts omanais et à l’intérieur le décor raffiné des maisons arabes. Les matériaux les plus nobles ont servi à sa construction. Dans l’immense foyer, rythmé par deux grands escaliers, dialoguent marbre d’Italie et bois de Birmanie, confiés aux meilleurs artisans omanais. Une large galerie au premier étage permet, comme à l’Opéra Garnier, d’assister la montée des marches. Ce parti-pris esthétique se double d’équipements technologiques de pointe. Modulable, la salle offre une capacité de 1100 à 1200 fauteuils selon la configuration souhaitée (opéra ou concert). La fosse d’orchestre est amovible, l’avancée des loges et le cadre de scène sont mobiles. Un écran au dossier de chaque fauteuil affiche les surtitres. Des panneaux de bois en marqueterie décorent parois, plafond et balcons. Certains affichent sous forme de rébus les noms d’un opéra, de son compositeur et l’année de sa composition. Originalité unique au monde, le fond de scène abrite un orgue immense (50 tonnes, 4 542 tuyaux), utilisé si nécessaire lors des concerts.
Depuis le début de l’année 2019, une salle édifiée dans un nouveau bâtiment relié à l’ancien par une passerelle de verre, s’ajoute à l’ensemble. Baptisée Royal Opera House of Musical Arts (ROHMA), ce nouvel auditorium d’un style similaire mais d’une dimension plus réduite (500 places environ) offre une programmation complémentaire : musique de chambre ou du monde en formation réduite, répertoire baroque, etc. Il est également destiné à accueillir une bibliothèque musicale ainsi que des espaces de conférences et d’expositions.
Depuis 2014, le ROHM est dirigé par Umberto Fanni (57 ans), ancien directeur des Arènes de Vérone. Après avoir utilisé son carnet d’adresse pour accueillir les plus grands artistes de la planète et importé des spectacles en coproduction, le ROHM vient de franchir en mars 2019 une nouvelle étape en proposant sa première production, Lakmé mise en scène par Davide Livermore, en partenariat avec une dizaine d’autres institutions internationales

Premier opéra représenté : Rigoletto en septembre 2011 servit de galop d’essai avant l’inauguration officielle le 12 septembre 2011 avec Turandot dirigé par Placido Domingo

Créations marquantes : la création d’un premier opéra commandé à un compositeur arabe serait prévue en 2020.

Meilleures places : L’utilisation de bois et de coton à l’intérieur des parois rend l’acoustique de la salle exceptionnelle quelle que soit la place occupée. Visuellement, les sièges du centre restent les meilleurs.

Acoustique : exceptionnelle, voir ci-dessus. 

Tarifs : de 3 à 90 OMR (7 à 210 € environ au taux de conversion actuel). Possibilité de réserver une loge (4 places) pour un tarif variant de 200 à 400 OMR (460 à 925 €).

Anecdote : présent dans la salle le soir de l’inauguration, le Sultan Qaboos préfère désormais assister aux représentations sur grand écran dans son palais. Sa place dans la loge royale demeure cependant inoccupée en signe de respect. Détail amusant, le tissu rouge des sièges a pour motif des petits violons dorés (voir photos).

Vestiaire : inutile dans une région du globe où la température annuelle moyenne dépasse les 28°. A l’inverse, l’usage intensif de la climatisation impose de se vêtir – plutôt que se dévêtir – une fois le seuil de l’opéra franchi.

Toilettes : à chaque étage, en nombre suffisant et d’une propreté exemplaire (pour un peu, on se laverait les dents dans les urinoirs)

A l'entracte : un bar au rez-de chaussée sert des boissons non alcoolisées dont des jus de fruits fraichement pressés, pour des prix compris entre 1 OMR (2,3€, eau minérale locale) à 2,5 OMR (5,8€, jus de pastèque frais, un must parait-il). Courte sélection de sandwichs autour de 3 OMR (7€)
Ne pas manquer de se prélasser au premier étage dans les majlis, littéralement « endroits pour s’asseoir », sorte de salons traditionnels de forme rectangulaire bordés de sièges et de canapés. Ne pas oublier non plus de jeter un coup d’œil aux instruments anciens de musique, souvent d’origine française, exposés sous la galerie au rez-de-chaussée.

Comment s’habiller ? A Oman, comme souvent dans le monde arabe, on ne plaisante pas avec le dress code. Les tenues traditionnelles omanaises – dishdasha et massar ou abaya selon le genre, masculin ou féminin – sont requises pour les locaux âgés de plus de 12 ans. Les occidentaux doivent porter un costume ou une veste pour les hommes, une robe au-dessous du genou pour les femmes. Epaules dénudées, jeans, pantalons cargo et chaussures de sport sont prohibés. Le ROHM se réserve le droit de refuser l’entrée à tout contrevenant sans remboursement des billets.

Le bémol : l’impossibilité durant la représentation d’éteindre si on le souhaite les écrans au dossier des sièges et la nuisance lumineuse qui en découle.

Le dièse : la beauté de la salle et son confort, acoustique mais pas seulement. 

Accessibilité : Des ascenseurs permettent d’accéder aux étages. 

Accès : en voiture forcément. A Mascate comme dans beaucoup de villes du Golfe, on ne marche pas, on roule. Les rues sont ici des autoroutes.

Boutique : symbolique dans le foyer à gauche. Outre le programme, on trouve quelques babioles sans grand intérêt .  

Où dîner a proximité ? Opera Galleria, un centre commercial de luxe, prolonge le bâtiment à gauche de l’entrée principale. Là, six restaurants dont une annexe de Fauchon servent des plats avant, pendant ou après le spectacle, avec ou sans alcool selon la catégorie de l’établissement.

Où dormir ? La vocation désormais touristique d’Oman a multiplié le nombre d’hôtels. Si l’Intercontinental à proximité de l’opéra commence à dater, l’ouverture prochaine d’un hôtel W à deux pas (on peut même y aller à pied !) devrait renouveler l’offre. A une quinzaine de minutes en voiture, le mythique Chedi continue de défier les porte-monnaie les plus rembourrés.

 

 

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