Questionnaire de Proust - Golda Schultz : « Aussi imparfaits que nous puissions être, nous sommes fiers chaque jour de venir d'Afrique du Sud. »

Par Camille De Rijck | sam 25 Juin 2022 | Imprimer

Dans le sillage de son remarquable disque This be her verse, ovationné par notre collègue Charles Sigel, Golda Schultz se prête à l'exercice du Questionnaire de Proust.


 

Mon meilleur souvenir dans une maison d'opéra ?
Après mes débuts au Met en 2017 quand ma logeuse m'a ouvert les bras après le baisser de rideau. J'ai couru vers elle et j'ai commencé à pleurer de joie et de soulagement et elle m'a dit : "Bienvenue à la maison, chérie !"

Mon pire souvenir dans une maison d'opéra ?
Travailler avec un chef d'orchestre qui n'aimait pas mon chant et prenait sur lui de me le faire remarquer lors de chaque répétition. J'ai fini par aller voir la direction de l'opéra et lui dire que s'il avait tellement l'intention de ne pas travailler avec moi, ils pouvaient très bien me retirer du projet. Je n'ai pas perdu mon emploi, mais je n'ai jamais plus travaillé avec lui. La société lui a dit que s'il avait un problème majeur avec moi, il devrait déposer une plainte officielle. Il ne l'a pas fait. J'ai donc chanté les spectacles, mais ce n'était pas une expérience amusante.

Le livre qui a changé ma vie ?
N'importe quel livre de Brené Brown ! Ses écrits sur la vulnérabilité émotionnelle et psychologique m'ont ouvert le cœur et fait de moi une personne plus gentille avec les autres.

Le chanteur mort que j'aimerais ramener à la vie pour pouvoir chanter avec lui ?
Pas tant pour chanter avec elle que pour converser : Joan Sutherland. J'aimerais savoir comment elle se sentait en naviguant dans cette industrie. Lui demander comment elle a fait face au discours négatif qui vient parfois et qui vous interroge. Est-ce que je fais en vaut vraiment la peine ?

Mon plus grand moment de grâce dans un musée ?
Me tenir devant un Jackson Pollack au MOMA de New York. J'ai pleuré lorsque j'ai vu son œuvre de visu pour la première fois. Pleine de texture, de complexité et de questions. Tellement de questions.

La ville où je me sens chez moi ?
N'importe où en Afrique du Sud. Je me sens le plus moi-même dans le pays où je suis née. Là où je n'ai pas besoin de me justifier. Je me sens le plus à l'aise avec les pieds nus dans la terre qui m'a fait !

La ville qui me remplit d'anxiété ?
Toute ville où je fais mes débuts en concert ou à l'opéra.

Ce qui me rend le plus fier de mon pays ?
Les gens qui y vivent encore. Les gens qui parcourent le monde pour montrer aux autres combien mon pays est vraiment brillant. Le peuple. Mon peuple. Aussi imparfaits que nous puissions tous être, nous sommes fiers chaque jour de venir d'Afrique du Sud.

Le metteur en scène dont je me sens le plus proche ?
Mon cher ami Freddie Wake-Walker. Il m'a aidé à faire confiance à mon instinct pour les personnages que je crée.

Mon pire souvenir avec un directeur musical ?
Sans commentaire.

Si j'étais une symphonie, laquelle serait-elle ?
Mahler 4

Si j'étais une sonate ?
Ce n'est pas une sonate, mais elle résonne toujours en moi : Für Elise.

Si j'étais un quatuor à cordes ?
Quatuor Barber en si mineur opus 11

Si j'étais un lied ou une mélodie ?
"Cantique de Nadia Boulanger

Si je devais chanter à mon propre enterrement, quelle serait ma dernière chanson ?
Je ne le voudrais pas. Je préférerais réciter de la poésie. Un sonnet de Shakespeare ou un monologue d'une de ses pièces.

Un chanteur du passé qui me rend fou ?
Personne ne me vient à l'esprit.

Un chanteur vivant qui me rend fou ?
Je ne dirais jamais de mal de mes collègues. Nous avons tous une charge immense. Donner vie à la musique pour un public et nous devons tous faire ce qui est nécessaire pour que cela soit possible. Je respecte mes collègues.

Si j'étais un personnage de Harry Potter, lequel serait-il ?
Professeur Mcgonagoll

Le compositeur à qui je voudrais dire : "mon cher, votre musique n'est pas pour moi" ?
Wagner

Mon pire souvenir historique des trois dernières décennies ?
La famine et l'inanition en Afrique. Les attaques terroristes dans de nombreux pays. Tant de tristesse

Le rôle que je ne chanterai plus jamais ?
Cléopâtre dans Giulio Cesare.

Ma devise ?
Les regrets sont inévitables, ils font partie du cours de la vie humaine. Il vaut mieux regretter ce que l'on a tenté, que de ne pas essayer du tout.

 

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