Teatro alla Scala, Milan

Par Yannick Boussaert | jeu 14 Avril 2016 | Imprimer

C’est un mythe ! La scène rêvée pour bon nombre de chanteurs, et la salle où tout lyricomane veut venir vibrer au moins une fois dans son parcours musical. Les places y sont chères et parfois très mauvaises, vendues en un éclair. Dans les loggione et les galleria battent les cœurs des amoureux du lieu et de l’art lyrique. S’ils sont là tous les soirs pour un opéra italien, ils viennent aussi, fidèles et curieux, entendre Berg ou Moussorgski. Du haut de leurs fauteuils, ils contemplent les rangs du parterre occupés par une faune étrange sans grand rapport avec l'art lyrique. Passe encore qu’à la Sant’Ambrogio, les footballeurs et top-modèles se donnent en spectacle. Mais le défilé permanent des touristes égarés hors du quadrilatère de la mode, venus le temps de la première partie prendre un selfie à l’aide d’insupportables perches vendues devant le Duomo, ne peut qu'agacer ceux qui, en secret, se remémorent « l’Age d’Or » et rêvent d’une prochaine décade où La Scala di Milano brillerait de nouveau au firmament du Bel Canto.

Adresse : Via Filodrammatici, 2, 20121 Milano, Italie

Institution lyrique hébergée : Teatro alla Scala

Site Web : www.teatroallascala.org

Année de construction : 1776-1778

Architecte : Giuseppe Piermarini sur une commande de Marie-Thérèse d’Autriche

Style architectural : néo-classique

Répertoire de prédilection : Le Bel Canto italien y règne en maitre, de même que tout le répertoire verdien, ce compositeur restant profondément attaché à l’histoire de la Scala malgré sa brouille de 30 ans avec l’institution. Pour autant, la Scala répond aux standards d’une grande maison d’opéra mondiale et propose des saisons variées où la rareté côtoie des titres plus connus. Les opéras allemands y trouvent aussi une place particulière. Wagner en particulier à travers les interprétations d’Aureliano Pertile (Lohengrin dans les années 1920 et 1930) et sans oublier le Ring mythique de Furtwangler en 1950 – Kirsten Flagstad en Brunnhilde, Max Lorenz en Siegfried, Ferdinand Frantz en Wotan – conservé au disque et restauré en 2012.

Histoire : Lorsque le 25 Février 1776, un feu ravage le Teatro Regio Ducale après une soirée de Gala, l’élite de la richesse milanaise ne tarde pas. Une missive est envoyée à l’archiduc Ferdinand d’Autriche pour réclamer prestement la construction d’un nouveau théâtre. C’est l’impératrice Marie-Thérèse qui en impulsera la volonté. On construit le théâtre à l’emplacement d’une Eglise privée, désacralisée et détruite pour l’occasion : Santa Maria della Scala. Son nom passera à la postérité comme chacun sait. En moins de deux ans le bâtiment voit le jour et peut accueillir jusqu’à 3000 personnes réparti entre un parterre et six niveau de loges. Les dimensions du théâtre en imposent, c’est la scène la plus large d’Italie. Electrifiée en 1883, la structure originelle du théâtre est ensuite rénovée en 1907, le nombre de fauteuils s’établit alors à 1987, son nombre actuel. La Seconde Guerre mondiale n’épargne pas le bâtiment, sévèrement endommagé par des bombardements en 1943. Rapidement reconstruit, la Scala rouvre le 11 mai 1946 par un concert dirigé par Arturo Toscanini où brille Renata Tebaldi. Entre 2002 et 2004, la Scala ferme pour faire peau neuve, tant côté salle (amélioration de l’acoustique) que coté coulisses, qui sont agrandies, ce qui permet de stocker d’avantage de décors et donc de présenter davantage de productions. Des écrans individuels sont installés dans les dossiers des nouveaux fauteuils. Le 7 Décembre 2004, la boucle est bouclée : Riccardo Muti dirige l’Europa riconosciuta de Salieri, avant que ne s’ouvre une période trouble, sur fond de conflits artistiques et sociaux qui mèneront à sa démission en 2005 aux côtés du Surintendant. C’est Stéphane Lissner qui prend la suite en mai 2005, premier non-italien à prendre la tête de l’institution, et nomme Daniel Barenboim principal chef invité, avant qu'il ne soit promu directeur musical en 2011 pour une durée de 5 ans. De fait, Riccardo Chailly a pris la suite dès le 1 janvier 2015, cependant que Stéphane Lissner en partance pour l’Opéra de Paris a laissé les clés à Alexander Pereira.
Au Teatro alla Scala restent attachés des noms prestigieux : Rossini, Donizetti, Bellini, Verdi et Puccini chez les compositeurs (voir la liste des créations mondiales), Toscanini, Serafin, de Sabata, Giulini, ou encore Abbado chez les chefs d’orchestre. Est-il besoin de mentionner les grands noms de l’âge d’or du chant italien de l’après-guerre, les Tebaldi, Callas, Freni, Gobbi, Bergonzi, Del Monaco, Cappuccilli et tant d’autres (voir nos chroniques sur The Golden Years alla Scala) ?

Education : La Scala ne dispose pas d’un ensemble d’initiatives à destination du jeune public. Il reste les très classiques concerts et opéras pour les plus jeunes et le programme Scala Under 30 qui permet d’accéder à l’avant-première d’une sélection de productions pour un tarif unique (10€). Une idée de Stéphane Lissner, importée depuis à l’Opéra de Paris.

Premier opéra représenté : Europa riconosciuta de Salieri le 3 Aout 1778

Créations marquantes : Elles sont innombrables et peu de théâtres peuvent s’enorgueillir d’avoir assisté à la création d’autant d’œuvres marquantes (listes non exhaustives) :

  • Europa Riconosciuta, Salieri, 1778
  • Aureliano in Palmira, Rossini, 1813
  • Il turco in Italia, Rossini, 1814
  • La gazza ladra, Rossini, 1817
  • Bianca e Falliero, Rossini, 1819
  • Il pirata, Bellini, 1827
  • La Straniera, Bellini, 1829
  • Norma, Bellini, 1831
  • Lucrezia Borgia, Donizetti, 1833
  • Gemma di Vergy, Donizetti, 1834
  • Maria Stuarda, Donizetti, 1835
  • Nabucco, Verdi, 1842
  • I Lombardi, Verdi, 1843
  • Giovanna d’Arco, Verdi, 1845
  • Mefistofele, Boito, 1868
  • La Gioconda, Ponchielli, 1876
  • Simon Boccanegra (version révisée), Verdi, 1881
  • Otello, Verdi, 1887
  • Edgar, Puccini, 1889
  • La Wally, Catalani, 1892
  • Falstaff, Verdi, 1893
  • Andrea Chenier, Giordano, 1896
  • Madama Butterfly, Puccini, 1904
  • Turandot, Puccini, 1926
  • Dialogues des Carmélites, Poulenc, 1957
  • CO2, Battistelli, 2015
  • Fin de Partie, Kurtag, 2016 ( ?)

Meilleures places : Quitte à mettre le prix autant prendre place a parterre, la visibilité y est excellente. Si vous optez pour une loge, une seule règle s’applique : au premier rang et dans une loge la plus centrale possible. Enfin si votre bourse ne vous le permet pas, les sièges de la première galerie sont tout indiqués : bonne acoustique – surtout dans les premiers rangs – une vue plongeant sur les ors de la salle, et une compagnie charmante de passionnés (qui parfois chahutent un peu aux saluts).

Tarifs : De 15 à 250 euros pour un opéra (auxquels s’ajoutent souvent des frais de réservation). Si vous voulez compter parmi le gratin mondain du 7 décembre il vous faudra débourser de 50 à 2000 euros. En revanche guettez les soirées “Scala Aperta” et le calendrier d’ouverture des réservations. Toutes les places sont à moitié prix. D’abord vendues aux guichets du théâtre, les places restantes sont ensuite disponibles en ligne. A noter également que toutes les soirs de représentation l’association officielle l’ACCORDO vend un quota de 140 places en galeries (15€) deux heures et demi avant le début du spectacle. Les détails se trouvent ici.

Anecdote : Comment en choisir une ? De la création de Turandot arrêtée par Toscanini à la dernière mesure composée par Puccini, de la rivalité feinte ou réelle entre la Tebaldi et la Callas, de ce soir de 1957 où l’Assoluta retourne un public hostile par son talent et son engagement en Anna Bolena, la brouille de Verdi, les facéties de Rossini dans une loge… la Scala a été (et est encore à l’occasion) au cœur de la vie lyrique.

Vestiaire : Ils sont situés dans les couloirs arrondis qui encerclent les niveaux de palchis ou de galeries. Les loges disposent d’un petit vestibules où vous pouvez déposer vos affaires (un peu comme à Garnier).

A l'entracte : Le monde se divise en deux catégories. Les spectateurs du parterre et des palchi ont rendez-vous dans le foyer principal dans l’entrée de la Scala. Sur les côtés, des caisses vous permettent de régler vos consommations à aller chercher ensuite au bar muni de votre ticket. Lorsqu’on siège en galeries le procédé est le même. Toutefois on entre pas à la Scala par la même porte, galeries et parterre ne se mélangent pas. C’est donc dans un autre foyer, en hauteur, que vous vous rafraîchirez. Si vous sortez du théâtre, un bar fait l’angle du bâtiment à côté des escaliers menant aux galeries (Il Marchesino) ; un autre encore est en face des guichets du théâtre (bar della Scala).

Le bémol : en dehors du prix, et de la qualité des places parfois pour le prix payés, less couloirs autour de la salle sont austères et peu accueillants. Quel contraste avec l’élégance, le raffinement et le grandiose de la salle.

Le dièse : chaque soir à la Scala, même s’il est médiocre ou moyen, est toujours une émotion particulière pour le spectateur. Il y règne une tension palpable qui se communique assez rapidement à la scène.

Accès : Plusieurs stations de métro du centre de Milan permette d’accéder à la Scala : Duomo et Cordusio (ligne 1) et Duomo et Montenapoleone (line 3). Les trams 1 et 2 passent juste devant, descendez à l’arrêt Manzoni - Scala. Si vous venez en voiture, il n’existe pas de parking propre à l’institution. Celui de la Rinascente via Agnello est le plus indiqué.

Boutique : Une boutique assez classique et peu originale est situé sur la gauche du bâtiment.

Où dîner a proximité ? En plein coeur touristique vous n’aurez pas de mal à trouver un restaurant. Le prix et la qualité seront peut-être éloignés de l’idée que vous vous faites de la gastronomie italienne. L’auteur de ces lignes (souvent en mission pour ForumOpera sur place le dimanche en matinée) apprécie tout particulièrement “Obica”, un mozzarella bar rooftop situé au dernier étage de la Rinascente, sortes de Galeries Lafayaette qui bordent le Duomo. Avantages multiples : une vue imprenable sur le bâtiment, une cuisine simple mais goûteuse, un prix raisonnable et à l’heure de l’aperitivo une planche succulente vous est offerte pour toute consommation. Surtout n’ébruitez pas trop l’adresse (qui est souvent prise d’assaut quoiqu’il arrive) !

Où dormir à proximité ? Même remarque que pour les restaurant, le coeur de Milan pourvoira à votre hébergement, à condition d’y mettre le prix bien souvent. On vous conseillera de vous éloigner un peu et d’aller cherche un hôtel vers les navigli, les canaux construits pour charrier les pierres qui ont servi à l’érection des monuments de la ville. Ils sont restés tels quels et grouillent aujourd’hui de restaurants, de bars.

 

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