Théâtre impérial, Compiègne

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 26 Avril 2018 | Imprimer

Pas d’ors éblouissants, pas de rouges sombres, pas de grandes peintures néo-classiques, pas non plus de façade ostentatoire. Ici, seule l’architecture intérieure de la salle fait la grandeur du lieu, magnifié par une acoustique exceptionnelle, classée par les spécialistes dans les toutes premières au monde. Cette curieuse salle fantôme, inachevée – et qu’il ne faut pas confondre avec la petite salle de théâtre du palais aménagée sous Louis-Philippe –, a retrouvé vie par la volonté d’un passionné d’opéra, Pierre Jourdan, sur la base d’un répertoire lyrique strictement français. Après sa disparition, l’institution, un instant menacée, fête aujourd’hui les 150 ans du théâtre et les 25 ans de sa réouverture, avec une programmation dynamique.

Adresse : 3 Rue Othenin, 60200 Compiègne (tel. 03 44 40 17 10).

Institution lyrique en résidence en 2018 : Les Frivolités parisiennes et Jeanne Crousaud.

Site Web : http://www.espacejeanlegendre.com/

Années de construction : c’est en 1866 que Napoléon III décide de faire construire un nouveau théâtre destiné à la cour quand elle se trouve à Compiègne. Les travaux commencent en 1867, mais sont arrêtés par la guerre de 1870. L’inauguration, prévue pour 1871, n’a donc jamais lieu, et le théâtre reste longtemps abandonné (inauguration 120 ans plus tard, en septembre 1991).

Architecte : Gabriel-Auguste Ancelet (1829-1895), qui avait été nommé en 1864 architecte du palais de Compiègne.

Style architectural : Napoléon III néoclassique, inspiré de l’Opéra royal de Versailles par Gabriel (1770).

Répertoire de prédilection : opéras français du XIXe siècle.

Activités pédagogiques et culturelles : « Tous à l’opéra », concerts pédagogiques et nombreuses autres activités. « Avec les compagnies en résidence et les artistes associés aux Théâtres de Compiègne, l’équipe des relations publiques mène tout au long de l’année un travail de sensibilisation aux arts de la scène en direction de différents publics (établissements scolaires, universités, associations, centres sociaux, maisons de retraite, comités d’entreprise…) et sur tout le territoire de la région. Des stages de formation, des ateliers de pratique, des rencontres avec les artistes sont proposés hors les murs en partenariat avec de nombreuses structures pour que chacun puisse bénéficier du plaisir de découvrir le spectacle vivant et la musique ».

Histoire : lorsque Napoléon III décide de faire construire à Compiègne un théâtre de Cour, il choisit un terrain tout proche du palais, occupé jadis par le couvent des Carmélites immortalisées par Bernanos et Poulenc. La salle de 1045 places (816 aujourd’hui), s’est vu adjoindre un « salon de l’Empereur » toujours visible aujourd’hui avec son décor d’origine. Le théâtre présente plusieurs intéressantes particularités. Tout d’abord, la salle n’a pas été achevée du fait de la guerre de 1870, et si les sculptures de Gustave Crauk on bien été mises en place, aucune peinture n’est venue colorer l’espace, et le plafond, notamment, où devait figurer un décor d’Élie Delaunay, est resté vierge. Ensuite, elle bénéficie d’une acoustique exceptionnelle (voir ci-dessous la rubrique « Acoustique »). Enfin, non seulement la salle est originale et belle, mais elle est techniquement très intéressante, avec une ouverture de scène fort large, équivalant à celle du Châtelet à Paris (12,15 mètres sur une profondeur de 11,50 mètres). La fosse d’orchestre peut accueillir de 50 à 60 musiciens.
Restée abandonnée et oubliée pendant près de 120 ans, ce n’est qu’en 1987 que la salle sort de son endormissement, grâce à Pierre Jourdan (dont on connaît les excellentes captations de représentations mémorables à Orange, Le Trouvère en 1972, Tristan et Yseult en 1973, Norma en 1974, Aïda en 1976), qui crée en 1987 l'association « Pour le Théâtre impérial de Compiègne ». Il se bat pour recueillir des fonds, et préparer avec l’architecte Renaud Bardon un programme de restauration. Il fonde ensuite l’association  « Le Théâtre Français de la Musique » chargée de la programmation. La salle est inaugurée en septembre 1991 avec le Henry VIII de Saint-Saëns, qui n’avait pas été joué depuis 70 ans.
Pendant une bonne quinzaine d’années, de 1991 à 2007, l’institution a permis à un public fidèle de redécouvrir des œuvres rares (voir ci-dessous la rubrique « Créations marquantes »), ainsi que des chanteurs aujourd’hui connus internationalement, comme Annick Massis à qui Pierre Jourdan confie en 1992 l’un de ses tout premiers rôles de soprano colorature (Philine dans Mignon).
Pierre Jourdan meurt en 2007, et en 2008 les deux associations qu’il avait crées disparaissent également. L’année suivante, Éric Rouchaud se voit confier la direction des trois salles de la ville, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. Tout en continuant l’œuvre de Pierre Jourdan, il a su insuffler un véritable dynamisme culturel au théâtre impérial.

Premier opéra représenté : Henry VIII de Camille Saint-Saëns (1991).

Créations marquantes : depuis son ouverture, le Théâtre Français de la Musique (TFM) a remis à l’affiche en version scénique des œuvres à la fois peu connues et très rarement jouées (Manon Lescaut, Le Domino noir, Haÿdée, Fra Diavolo et Les Diamants de la couronne d’Auber, Noé, La Jolie Fille de Perth et Djamileh de Bizet, Médée de Cherubini, La Colombe de Gounod, Céphale et Procris et La Jeunesse de Pierre le Grand de Grétry, Charles VI de Fromental Halévy, Dinorah ou Le Pardon de Ploërmel de Meyerbeer, Christophe Colomb de Darius Milhaud. Le Déserteur de Monsigny, Le Songe d'une nuit d'été et Mignon d'Ambroise Thomas.

Meilleures places : l’aménagement actuel permet une bonne visibilité de l’ensemble des places.

Acoustique : la qualité de l'acoustique de la salle vient de sa conception, construite « à l'italienne » et en bois à 90 %. Les dessous également en bois constituent une caisse de résonnance donnant à la salle une sonorité exceptionnelle. Des chefs d'orchestre renommés, tel Carlo Maria Giulini, la reconnaissent « comme une des plus parfaites du monde, plus accomplie que celle du Musikverein de Vienne, pourtant la référence en la matière ».

Tarifs 2018 : 21 à 58 euros, selon le spectacle et la catégorie de place.

Anecdotes : un passage, toujours visible aujourd’hui, genre « pont des soupirs », a été prévu – et construit dès l’origine – pour permettre à la Cour d’aller directement du palais au théâtre sans avoir à braver les intempéries.
Lors de la réouverture en 1991, les places du poulailler n’avaient pas de siège, et il a donc fallu, pour ne pas rester debout, apporter son pliant !
Montserrat Caballé, grande amie de Pierre Jourdan qui l’a filmée à plusieurs reprises à Orange, avait toujours promis de venir chanter à Compiègne pour rendre hommage à son engagement en faveur de l’art lyrique. Programmée dans La Vierge de Massenet en mai 2002, elle a dû annuler pour raison de santé quelques jours avant la représentation. Elle a été remplacée par Françoise Pollet, et n’a donc jamais chanté à Compiègne.

Tenue : tous genres mélangés.

Vestiaire : bien organisé et gratuit, mais comme dans la plupart des théâtres, n’accepte plus les paquets et bagages volumineux.

Toilettes : bien dimensionnées.

A l’entracte : bar à disposition.

Le bémol : les transports. Si vous n’habitez pas sur place, n’avez pas de voiture et décidez de prendre le train, c’est quasiment mission impossible, sauf pour les matinées, ou alors en passant une nuit sur place. Car si aller en train à Compiègne est faisable, le retour en pleine nuit après le spectacle n’est pas assuré. Noter que de plus la gare est assez éloignée du théâtre.

Le dièse : un lieu magique, qui pour la beauté de la salle et son acoustique mérite l’effort d’une visite au moins une fois.

Accessibilité : afin de pouvoir bénéficier d’un accueil dans les meilleures conditions de confort et de sécurité, il est conseillé aux personnes en fauteuil roulant ou à mobilité réduite de se signaler lors des réservations / abonnements et d’arriver au minimum 30 minutes avant le début du spectacle.

Accès : parking proche gratuit le soir. La gare est assez éloignée du théâtre, mais les transports urbains sont gratuits, sauf le dimanche (vérifier les lignes actives avant de vous déplacer).

Boutique : pas de boutique à proprement parler, mais on trouve en vente au théâtre des DVD et CD d’opéras enregistrés sur place, et un beau livre, le tout premier consacré au Théâtre Impérial retraçant, par le biais de plus de 150 images du photographe compiégnois Jean-Pierre Gilson, l’incroyable histoire de ce lieu d’exception (112 pages, 26 €).

Où dîner à proximité : chaque soir de spectacle, le Café du Théâtre propose une restauration légère (ouvert 1 h 30 avant la représentation, il est conseillé de réserver). Le quartier du théâtre regorge de petits restaurants sympathiques mais qui, jusqu’à présent, n’ont pas réussi à se synchroniser avec les horaires du théâtre. Il vous reste donc l’alternative entre le sandwich, ou le style brasserie, comme La Brasserie parisienne, 17 Rue Jean Legendre, rapide et très correcte avant ou après le spectacle.

Où dormir à proximité : Compiègne n’est jamais devenue, malgré l’attrait du palais, une étape touristique incontournable. De ce fait, elle ne dispose pas d’un parc hôtelier très important en centre ville. En revanche, on trouve en périphérie les habituelles chaînes à divers prix.
 

 

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