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	<title>Jens-Erik AASBO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Jens-Erik AASBO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Tannhäuser – Bayreuth</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jul 2024 05:37:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée en 2019, la production de Tobias Kratzer aura laissé des impressions très contrastées à l&#8217;équipe de Forumopera.com : nous étions sceptiques en 2019, Charles Siegel l&#8217;avait trouvée captivante en 2022 et Roselyne Bachelot l&#8217;avait beaucoup appréciée en 2023 ! Pour l&#8217;essentiel, cette nouvelle édition ne change pas fondamentalement notre opinion : le spectacle est drôle et brillant, mais plus &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Créée en 2019, la production de<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Tobias Kratzer</strong><span class="apple-converted-space"> </span>aura laissé des impressions très contrastées à l&rsquo;équipe de Forumopera.com : <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tannhauser-bayreuth-la-colline-accouche-dune-souris/">nous étions sceptiques en 2019</a>,<span class="apple-converted-space"> </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-bayreuth-wagner-circus-ou-la-societe-du-spectacle/">Charles Siegel</a><span class="apple-converted-space"> </span>l&rsquo;avait trouvée captivante en 2022 et<span class="apple-converted-space"> </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-bayreuth/">Roselyne Bachelot</a> l&rsquo;avait beaucoup appréciée en 2023 ! Pour l&rsquo;essentiel, cette nouvelle édition ne change pas fondamentalement notre opinion : le spectacle est drôle et brillant, mais plus potache que subversif. Il ne scandalise personne : c&rsquo;est au contraire l&rsquo;une des productions les mieux accueillies du festival. Passé l&rsquo;agacement de la première (nous préférons les<span class="apple-converted-space"> </span><em>Tannhaüser</em><span class="apple-converted-space"> </span>tragiques, que voulez-vous&#8230;), on apprécie une direction d&rsquo;acteurs au cordeau, une prouesse technique dans l&rsquo;entremêlement des vidéos et de la scène, ainsi que la finesse et l&rsquo;à-propos de la plupart des gags. Certains ont d&rsquo;ailleurs disparu : en 2019, l&rsquo;un des acolytes de Venus, le Gateau Chocolat (sans accent circonflexe), s&rsquo;arrêtait un brin libidineux devant de portrait de Christian Thielemann, son collègue, Oskar, lui, demeurait saisi devant celui de James Levine&#8230; Plus rien de tout ça dans cette dernière édition, un peu plus sage. Autre modification importante dans la vidéo qui accompagne l&rsquo;ouverture : à l&rsquo;arrière de la camionnette Citroën qui emmène nos rebelles, Oskar se serre un schnaps et lève son verre pour porter un toast. La caméra se tourne et montre alors le portait fleuri de Stephen Gould, créateur du rôle-titre de la production, <a href="https://www.forumopera.com/breve/mort-de-stephen-gould-1962-2023/">disparu prématurément le 20 septembre 2023</a> : difficile de ne pas avoir le cœur serré d&rsquo;émotion devant cet hommage d&rsquo;une belle simplicité à l&rsquo;un des plus grands interprètes du rôle, pilier de l&rsquo;institution. Au premier entracte, Oskar et le Gateau Chocolat proposent un long numéro au bord de l&rsquo;étang qui est en bas du parc du Festspielhaus : Oskar pagayant et jouant du tambour, courageusement embarqué sur un bateau gonflable, le Gateau Chocolat interprétant quelques tubes d&rsquo;une belle voix de basse. Entre autres : « I am what I am », extrait de la comédie musicale<span class="apple-converted-space"><i> </i></span><em>La Cage aux</em><span class="apple-converted-space"> </span><em>folles (</em><span class="apple-converted-space">morceau </span>ultérieurement popularisée par Gloria Gaynor), « If you wannabe my lover » des Spices Girls, et  même l&rsquo;air d&rsquo;entrée d&rsquo;Elisabeth dans<span class="apple-converted-space"> </span><em>Tannhaüser</em>, « Dich, teure Halle » !  Venus vient également se joindre à la troupe pour chanter « Sing dein Lied » de Nana Mouskouri (<a href="https://m.youtube.com/watch?v=fO3AJ38EpFU">« Finis ta chanson sans moi » dans sa version française</a>). Tout ceci devant un public majoritairement en habit de soirée et sirotant sa coupe de<span class="apple-converted-space"> </span><em>Sekt</em>.</p>
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<p><strong>Klaus Florian Vogt</strong><span class="apple-converted-space"> chante Tannhaüser depuis quelques années (prise de rôle en 2017 à Munich dans la production de Romeo Castellucci sous la baguette de Kirill Petrenko et aux côtés d&rsquo;Anja Harteros). Le ténor allemand</span> l&rsquo;avait notamment interprété dans cette production la saison dernière (et la veille à Munich : ces gens sont surhumains). Nous avouons que nous étions sceptiques quant à l&rsquo;adéquation de ce chanteur réputé pour sa voix angélique, presque blanche, surtout succédant à Stephen Gould et à une pléthore de <em>Heldentenors</em> du même métal. Pour donner sa chance à cette proposition originale, il faut d&rsquo;abord accepter d&rsquo;oublier toute référence à la tradition des grandes voix du passé. Nous avons l&rsquo;habitude des gros durs, libidineux au premier acte, repentis par la suite : un Tannhaüser encore presque adolescent, partagé d&rsquo;une part entre les plaisirs d&rsquo;une jeunesse débridée, une classique révolte contre la société, et d&rsquo;autre part la tentation de s&rsquo;assagir, le besoin de trouver des repères, de s&rsquo;identifier à des valeurs, c&rsquo;est après tout une situation banale de la jeunesse moderne. À 54 ans, le ténor allemand n&rsquo;a certes plus le physique d&rsquo;un adolescent, mais la voix reste d&rsquo;une étonnante fraîcheur et la projection a peu à envier aux grosses pointures du festival. On retrouve également, surtout en première partie, le défaut de soutien habituel chez ce chanteur, qui induit un phrasé haché, dépourvu de legato. Le défaut est moins rédhibitoire à l&rsquo;acte II qui lui impose un maximum d&rsquo;engagement dramatique face à la masse des divers protagonistes qui s&rsquo;opposent à lui, et disparait quasiment au dernier acte dont il offre une interprétation sincère et bouleversante, non pas hallucinée comme celle de Stephen Gould, mais désespérée, celle d&rsquo;un être dépassé par les événements (là encore, on pourrait faire le parallèle avec le suicide chez les adolescents). Elle aussi présente à Munich la veille (!),<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Elisabeth Teige</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est une Elisabeth d&rsquo;une grande intensité qui sait utiliser son vibrato rapide à des fins dramatiques (ce qui n&rsquo;était pas le cas de sa devancière dans la production, Lise Davidsen, nettement plus fade). La voix est de bonne taille, plutôt lyrique, le timbre est intéressant, la présence lumineuse. Ses talents d&rsquo;actrice sont indéniables dans cette méta mise en scène :  au deuxième acte par exemple, nous assistons à une représentation (perturbée) de l&rsquo;opéra et l&rsquo;interprète doit être à la fois l&rsquo;oie blanche traditionnellement attendue et la cantatrice excédée par le désordre du spectacle.<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Irene Roberts</strong><span class="apple-converted-space"> </span>campe une Venus saisissante d&rsquo;aisance scénique et vocale. On retrouvera cette même énergie pour le mini show au bord du lac. La voix est bien projetée, le timbre agréable et chaud, celui d&rsquo;un vrai mezzo. Quelle évolution depuis <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-huguenots-berlin-deutsche-oper-pari-gagne-pour-florez/">son espiègle Urbain des<span class="apple-converted-space"> </span><em>Huguenots</em></a><span class="apple-converted-space"> </span>d&rsquo;il y a quelques années, tout aussi détonnant ! Encore une artiste à suivre.<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Günther Groissböck</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est un Hermann de luxe. Des chanteurs de la Warburg on retiendra en particulier le lumineux ténor<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Siyabonga Maqungo</strong><span class="apple-converted-space"> </span>(en Walther von der Vogelweide) dont on suivra la carrière avec intérêt. <strong>Markus Eiche</strong> est en revanche un Wolfram un peu terne, propret, bien chantant mais trop appliqué. Côté chœurs, on appréciera la vigueur des artistes masculins mais les sopranos ont un peu de mal à toutes atteindre le si naturel de l&rsquo;acte II.<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Nathalie Stutzmann</strong><span class="apple-converted-space"> </span>offre une interprétation vibrante et passionnée, d&rsquo;un romantisme assumé. Dès le début, elle trouve des couleurs et des effets dramatiques inédits, tels ces violons presque acides, comme pris de folie, dont les aigus viennent submerger le reste de l&rsquo;harmonie au plus fort de l&rsquo;hystérie de l&rsquo;ouverture. Forte de son expérience de chanteuse lyrique, elle sait ainsi faire chanter son orchestre comme un authentique acteur du drame, et en parfaite adéquation avec le plateau. On a hâte de la réentendre, en particulier dans de nouvelles œuvres lyriques.</p>
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		<title>WAGNER, Tannhäuser &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Roselyne Bachelot]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 08:31:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les aléas de l’existence vous imposent des cures de désintoxication souvent bienvenues. Quelques péripéties (!) m’avaient privée de Colline sacrée pendant trois ans et c’est le cœur battant que je retrouvais le Festspielhaus de Bayreuth là où je l’avais laissé en 2019 avec le Tannhäuser mis en scène par Tobias Kratzer. A se demander si &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les aléas de l’existence vous imposent des cures de désintoxication souvent bienvenues. Quelques péripéties (!) m’avaient privée de Colline sacrée pendant trois ans et c’est le cœur battant que je retrouvais le Festspielhaus de Bayreuth là où je l’avais laissé en 2019 avec le <em>Tannhäuser</em> mis en scène par Tobias Kratzer. A se demander si la magie du lieu avait pu, sinon effacer, à tout le moins mettre entre parenthèses la crise pandémique et son cortège macabre de morts, de souffrances, de frustrations et d’angoisses… Et c’est précisément le contraire qui survient. Jean-Michel Pennetier, le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tannhauser-bayreuth-la-colline-accouche-dune-souris/">25 juillet 2019</a> posait à juste titre la question : « <em>le spectacle se bonifiera- t-il au  cours du temps du temps ? </em> Se bonifier, il n’en avait nul besoin et son propos entre guignolade anarchique et désespoir existentiel a plutôt bien vieilli et prend une résonance tragique face aux questions sociales qui traversent notre époque, donnant ainsi tout son sens au travail de Kratzer. Les spectateurs quelque peu vermoulus -je me mets dans le lot- du mythique festival, peu adeptes au départ du Regietheater sont maintenant drogués à la transgression. Ils et elles ont donc remisé les huées qui avaient agrémenté la création, et d’ailleurs Bayreuth ne serait plus Bayreuth sans ce parcours de rédemption qui veut que les adorateurs de Wagner mettent parfois plusieurs années à comprendre le propos du réalisateur avant d’en faire une référence insurpassable.  Et surtout la force de la modernité de Kratzer est qu’elle ne rend pas incompréhensible et même antagoniste le déroulé dramatique voulu par l’auteur comme nous l’avons vu avec le <em>Don Giovanni</em> ou le <em>Cosi fan tutte</em> de Tcherniakov à Aix en Provence.</p>
<p>Si la première femme cheffe d’orchestre à officier dans la fosse légendaire fut l’ukrainienne Oksana Lyniv le 25 juillet 2021 lors de la première soirée de la nouvelle production de <em>Der Fliegende Holländer, </em>ce choix était aussi un acte politique fort quelques mois avant l’invasion russe en Ukraine, au moment précis qu’avait choisi Vladimir Poutine pour publier son fameux essai sur l’unité historique des russes et des ukrainiens, essai qui laissait clairement présager le pire. Aucune arrière-pensée en l’occurrence pour <strong>Nathalie Stutzmann</strong>. La française a dirigé avec une modestie rare, sans aucune boursouflure d’ego alors que la mégalomanie frappe tant de  maestros dès qu’ils mettent le pied et la baguette dans la fosse. Quand ce n’est pas la mégalo qui sévit, c’est parfois l’atonie comme on l’avait constaté avec Guergiev. Rien de tout cela, Stutzmann se déploie dans un respect absolu de l’œuvre et sécurise avec précision les chanteurs. Elle a reçu un accueil triomphal qui s’est transformé en une longue et bruyante ovation.</p>
<p>Nous avions quitté la distribution éblouissante de 2019 avec le trio infernal Stephen Gould-Lise Davidsen-Elena Zhidkova qui nous avait laissés dans l’admiration superlative. Distribution rebattue avec <strong>Klaus Florian Vogt</strong>&#8211; <strong>Elisabeth Teige</strong>&#8211; <strong>Ekaterina Gubanova</strong>. Ces derniers temps des éxégètes avaient émis des doutes sur la capacité de Klaus Florian Vogt à assumer le rôle de Tannhäuser tant sa texture vocale semble mieux convenir à ceux de Lohengrin et de Stolzing. Certes, Stephen Gould demeure la référence insurpassable tant par la qualité de jeu que par la vaillance et la qualité musicale mais Vogt a su mettre des éraflures et des assombrissements dans son émission qui le rendent profondément bouleversant et son interprétation au troisième acte du voyage à Rome est proprement déchirante. Pour finasser, on reprochera à la norvégienne Elisabeth Teige un vibrato particulièrement sensible dans le fameux air d’entrée d’Elisabeth à l’acte II mais on pouvait d’ailleurs faire la même observation à Davidsen. Quant à Ekaterina Gubanova, elle s’empare du personnage de Venus avec une gouaille irrésistible dans le « jeu sans balle » voulu par Kratzer lors du Tournoi des chanteurs sans que cela n’altère sa puissance d’emission dans le reste, le but de l’affaire étant quand même de chanter ! Les chanteurs de la Warburg sont à la hauteur avec quelques bémols.  <strong>Markus Eiche</strong> nous offre un Wolframm qui n’a pas progressé en quatre ans et la Romance à l’étoile est toujours aussi terne. <strong>Gunther Groissböck</strong> est un Hermann impérial et <strong>Siyabonga Maqungo</strong> une révélation en Walther von der Vogelweide.</p>
<p>A part cela, il parait que l’opéra est un mort qui marche, que le festival de Bayreuth est condamné, que les Karten se ramassent à la pelle… En tous cas, à l’heure du spectacle d’ouverture du Festival, les robes longues étaient toujours aussi improbables, les smokings toujours aussi vintage et le Festspielhaus toujours aussi bondé. Bref, le monde d’hier a encore quelques belles semaines devant lui…</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-bayreuth-une-petite-comedie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Aug 2022 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On l&#8217;avoue volontiers, c&#8217;est avec des semelles de plomb que nous avons gravi ce jeudi la colline sacrée de Bayreuth en direction du Festspielhaus, pour le premier volet de la nouvelle Tétralogie. La presse allemande et internationale avait été si unanime dans sa condamnation de la mise en scène, le public avait fait un tel &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On l&rsquo;avoue volontiers, c&rsquo;est avec des semelles de plomb que nous avons gravi ce jeudi la colline sacrée de Bayreuth en direction du Festspielhaus, pour le premier volet de la nouvelle <em>Tétralogie</em>. <a href="https://www.forumopera.com/actu/bayreuth-2022-a-lheure-de-netflix-ou-chronique-dune-mort-annoncee-revue-de-presse">La presse allemande et internationale avait été si unanime</a> dans sa condamnation de la mise en scène, le public avait fait un tel chambard en radio, que l&rsquo;on craignait de voir le crépuscule du <em>Regietheater,</em> son dernier souffle d&rsquo;agonisant, soucieux de choquer le bourgeois une derniere fois avant de disparaître pour de bon. Même les chanteurs et le chef avaient fait l&rsquo;objet de contestations, leurs rangs ayant été décimés par les règles de quarantaine encore applicables en Allemagne au sujet du Covid. Dans ces conditions, l&rsquo;ascension ne nous mènerait-elle pas vers un enfer musical et scénique de 15 heures ?</p>
<p>En ressortant du Festspielhaus deux heures et demie plus tard, dans la brise enfin fraîche d&rsquo;une belle nuit d&rsquo;été, le sourire aux lèvres et les oreilles en fête, nous nous sommes dit que, décidemment, il ne fallait guère se fier à ce que les autres disent d&rsquo;un spectacle avant de le juger par soi-même. Et qu&rsquo;on a souvent confondu l&rsquo;essentiel et l&rsquo;accessoire au sujet de cette nouvelle version du <em>Ring</em>. L&rsquo;accessoire : <strong>Valentin Schwarz</strong> a choisi de transposer la saga dans l&rsquo;univers des séries TV, et remplace l&rsquo;anneau par un enfant. On pourra ergoter sans fin sur la pertinence de ces idées, mais ce qui compte vraiment est la façon dont le metteur en scène les met en œuvre, et là il faut bien dire que tous les reproches qui lui ont été adressés (superficialité, manque de culture, absence d&rsquo;amour pour Wagner, bâclage) s&rsquo;effondrent comme un château de cartes. Le propos est cohérent, et maintenu avec une pertinence qui force le respect. Le jeu d&rsquo;acteur est tressé au cordeau, chaque interaction des personnages est intensément réfléchie (le triangle Wotan-Alberich-Loge en particulier), et rien n&rsquo;est gratuit au sens d&rsquo;une provocation. Les gags qui se multiplient sont non seulement très drôles, mais ils renouent avec l&rsquo;esprit de Wagner, qui voulait que son <em>Or du Rhin</em> soit joué comme « une petite comédie », de même que les trilogies dramatiques de la Grèce ancienne étaient précédées d&rsquo;une pièce légère.</p>
<p>Certes, tout n&rsquo;est pas parfait, et la disparition de l&rsquo;élément surnaturel peut amener au contresens dans tout ce qui a trait au <em>Tarnhelm</em> ou à l&rsquo;arc-en-ciel. Nous n&rsquo;en sommes encore qu&rsquo;à la première année, et sans doute ces problèmes trouveront-ils une solution dans les prochaines éditions. Il est clair que Valentin Schwarz tient le bon bout, avec un point de vue sur Wagner qui est original, fort et très riche de possibilités. Il faudra maintenant voir si les poignants déchirements de <em>la Walkyrie </em>le verront aussi à l&rsquo;aise. On a en tout cas l&rsquo;envie nette d&rsquo;en voir plus, ce qui n&rsquo;est pas toujours le cas avec les metteurs en scène contemporains.</p>
<p>Les chanteurs sont l&rsquo;autre surprise de taille de la soirée. Allaient-ils se mouvoir facilement dans le cadre tracé pour eux ? Ne seraient-ils pas découragés par l&rsquo;accueil hostile du public lors des cycles donnés dans les semaines qui précèdent ? En aucun cas, et il faut saluer bien bas le professionnalisme d&rsquo;artistes qui ont donné le meilleur d&rsquo;eux-mêmes dans des circonstances adverses, et qui se coulent dans le moule même s&rsquo;il est parfois inconfortable. Commençons par les deux relatives faiblesses : les trois Filles du Rhin sont parfois fâchées avec le métronome, et n&rsquo;ont pas l&rsquo;ampleur requise par les lieux, même quand elles chantent ensemble. Le Wotan d&rsquo;<strong>Egils Sillins</strong> a lui toutes les notes de son rôle, mais il est loin d&rsquo;avoir l&rsquo;étoffe d&rsquo;un Roi des dieux, que ce soit en terme de noblesse de timbre, de projection ou d&rsquo;autorité. Rien d&rsquo;indigne cependant, et il récolte son lot d&rsquo;applaudissements au rideau final. Tous les autres protagonistes sont exceptionnels, certains méritant déjà de figurer au panthéon du chant wagnérien. Le Froh châtié d&rsquo;<strong>Attilio Glaser,</strong> qui fait regretter que ses interventions soient si courtes, le Donner désopilant de <strong>Raimund Nolte</strong>, qui n&rsquo;oublie pas de phraser ses graves avec élégance, la Freia d&rsquo;<strong>Elisabeth Teige</strong>, d&rsquo;une ampleur phénoménale, qui chantait Senta la veille et à qui on peut déjà prédire un grand avenir à Bayreuth. Encore un cran au-dessus, il y a la Fricka de <strong>Christa Mayer</strong>, impayable dans son look de Callas des années 70, avec une voix qui parvient à s&rsquo;insinuer dans chaque recoin de l&rsquo;immense Festspielhaus, tout en gardant une intelligibilité du mot et du sens qui appartient aux tout grands. Le Fasolt de <strong>Jens-Erik Aasbo </strong>évolue aux mêmes hauteurs, ajoutant à son personnage une grosse dose de douceur, qui explique pourquoi Freia en est tombée amoureuse. Son frère Fafner trouve en <strong>Wilhelm Schwinghammer</strong> un méchant plus classique, chanté avec talent et des graves qu&rsquo;on est déjà impatient d&rsquo;entendre dans <em>Siegfried</em>. <strong>Arnold Bezuyen, </strong>vétéran du festival (débuts<em> in loco</em> en 1998), continue à ravir le public avec sa voix puissante, et son irrésistible jeu de scène. <strong>Okka von der Damerau </strong><a href="https://www.forumopera.com/siegfried-madrid-a-madrid-on-ne-connait-pas-la-peur">confirme ce qu&rsquo;elle laissait penser à Madrid,</a> à savoir qu&rsquo;elle est la meilleure Erda actuelle, et son avertissement donne le frisson. Le Loge de <strong>Daniel Kirch</strong> est sans doute le personnage qui a fait l&rsquo;objet du plus grand soin de la part du metteur en scène. Transformé en entremetteur louche au style très gay, c&rsquo;est lui qui doit constamment mener l&rsquo;action, et renouveler l&rsquo;intérêt par ses changements d&rsquo;humeur. C&rsquo;est peu dire que Daniel Kirch s&rsquo;y emploie avec ardeur, et la simple facon dont il emploie ses mains, tantôt virevoltant dans le vide, tantôt enfoncées dans les poches de sa parka mais mobiles malgré tout, vaudrait la peine d&rsquo;écrire un manuel pour les jeunes acteurs. La voix est un peu faible par moments, parfois couverte par l&rsquo;orchestre, mais toujours belle et menée avec intelligence.</p>
<p>L&rsquo;Alberich de <strong>Olafur Sigurdarson</strong> est le grand triomphateur de la soirée. Déjà, il a le physique du rôle, court sur pattes et jambes arquées. La manière dont il se déhanche est à la fois drôle et grotesque, et son personnage devient attachant à force d&rsquo;excès. La voix est la plus marquante que nous ayons entendue dans ce rôle, dans quelque coin de la planète : un grain dur mais attirant, une projection qui fait que le chanteur semble être assis à côté de vous, une facon d&rsquo;appuyer la phrase sur les consonnes qui rend à merveille le caractère maléfique du gnome. Tout cela culmine dans une Malédiction de l&rsquo;anneau qui mériterait de figurer sur une anthologie des meilleurs moments de Bayreuth au 21e siecle. Le public du Festival ne s&rsquo;y trompe pas, et c&rsquo;est une marée d&rsquo;applaudissements qui saluent son apparition finale, accompagnée comme il est de tradition ici par le bruit des pieds sur le parquet.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/rg_180722_050_cenriconawrath_presse.jpg?itok=VFvaJFJt" title="Bayreuther Festspiele" width="312" /><br />
	© Bayreuther Festspiele</p>
<p>Après un prélude et une scène du Rhin un peu ternes, <strong>l&rsquo;orchestre du Festival</strong> se ressaisit dès la deuxième scène, et se met à offrir des couleurs à profusion. La battue de <strong>Cornelius Meister</strong>, un peu lente, excelle à les mettre en valeur, de même qu&rsquo;il prend grand soin de ses chanteurs, les laissant de temps en temps allonger une note ou l&rsquo;autre s&rsquo;il les sent suffisamment à l&rsquo;aise. Peut-être pourra-t-on lui reprocher une conception pas encore vraiment personnelle, mais nous ne sommes qu&rsquo;aux débuts d&rsquo;une aventure de cinq ans, qui s&rsquo;annonce comme tout simplement palpitante.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-bayreuth-une-petite-comedie/">WAGNER, Das Rheingold — Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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