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	<title>Varduhi ABRAHAMYAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 08 Feb 2025 06:58:38 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Varduhi ABRAHAMYAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BEETHOVEN, Missa Solemnis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/beethoven-missa-solemnis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La légende dit que Daniel Barenboim, au mitan des années 80, avait prévu de diriger la Missa Solemnis de Beethoven avec le Chœur et l&#8217;Orchestre de Paris. Tout semble bien se passer, jusqu&#8217;au jour du concert. Venu pour encourager son jeune confrère, Georg Solti trouve Barenboim affalé sur un banc en coulisses, la mine défaite, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La légende dit que Daniel Barenboim, au mitan des années 80, avait prévu de diriger la <em>Missa Solemnis</em> de Beethoven avec le Chœur et l&rsquo;Orchestre de Paris. Tout semble bien se passer, jusqu&rsquo;au jour du concert. Venu pour encourager son jeune confrère, Georg Solti trouve Barenboim affalé sur un banc en coulisses, la mine défaite, la baguette de chef ayant roulé à terre. Barenboim aurait confié, blême : « La Missa Solemnis, je ne peux pas Georg. C&rsquo;est trop difficile. »&nbsp;Solti aurait alors forcé son collègue à entrer en scène.</p>
<p>Vraie ou fausse, l&rsquo;anecdote a pour mérite de faire percevoir le statut très particulier de cette pièce dans l&rsquo;histoire de la musique. Beethoven voulait l&rsquo;offrir à son élève l&rsquo;archiduc Rodolphe à l&rsquo;occasion de son intronisation comme archevêque d&rsquo;Olmütz. Mais, de simple cadeau, l&rsquo;œuvre a pris au fil du temps une importance démesurée : Beethoven y a travaillé cinq ans, y mettant tous ses acquis artistiques et la considérant finalement comme son œuvre « la plus parfaite ». Il ne l&rsquo;entendit jamais intégralement. Depuis deux siècles, elle se dresse comme un des monuments de la musique sacrée, enthousiasme le public et intimide les interpètes par sa longueur, la vigueur de son style les difficultés diaboliques de son écriture chorale, orchestrale et vocale. Toutes les formes y sont illustrées : la fugue, l&rsquo;aria, l&rsquo;écriture imitative, le retour au plain-chant, le solo instrumental. L&rsquo;intime et le grandiose s&rsquo;y cotoyent sans cesse, obligeant le chef à maintenir une difficile unité.</p>
<p>Loin des timidités d&rsquo;un Daniel Barenboim, <strong>Jérémie Rhorer</strong> semble n&rsquo;avoir peur de rien, et il se jette dans la fournaise avec une audace qui bouscule nos habitudes d&rsquo;écoute. Première donnée objective : des tempi extrêmement rapides. En 71 minutes, le chef français va plus vite que René Jacobs (72&prime;), <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/beethoven-missa-solemnis-pump-up-the-volume/">Maazaki Suki (74&prime;)</a> ou Philippe Herreweghe (76&prime;), issus pourtant du même mouvement « baroqueux ». Il renoue avec le tout premier chef qui ait enregistré l&rsquo;œuvre sur instruments anciens : John Eliot Gardiner, le Monteverdi Choir et l&rsquo;Orchestre révolutionnaire et romantique, en 1989, chez Arkiv. Comme son illustre devancier, Rhorer dépoussière l&rsquo;œuvre en en faisant percevoir plus nettement l&rsquo;architecure, ce qui est bien sûr plus facile à faire lorsque le temps musical est réduit. Les fugues retrouvent une urgence qu&rsquo;elles pouvaient perdre dans les versions traditionnelles : le début du « Cum sancto spiritu »&nbsp;est d&rsquo;une énergie à faire se dresser les cheveux sur la tête. Partout, le geste alerte du chef allège le propos, explose les dynamiques, allume le feu sacré qui consumait Beethoven au moment de l&rsquo;écriture. On ressort secoué mais enthousiaste, surtout que le vif-argent de la conception n&#8217;empêche ni le lyrisme ni le recueillement. Le <em>Kyrie</em> a beau être rapide, on y entend bien une humanité implorante qui ploie sous le malheur et le sentiment de faute. Tous les passages du <em>Credo</em> relatifs à l&rsquo;incarnation sont rendus avec humanité et sensibilité, et le début du <em>Sanctus</em> a beau être rapide, il est aussi sépulcral qu&rsquo;il le faut pour créer un contraste avec le déferlement de joie du « Hosannah »&nbsp;qui suit.</p>
<p>C&rsquo;est que le chef peut compter sur des forces de premier ordre pour réaliser sa conception. La <strong>Audi Jugendchorakademie</strong> aligne plus de 80 choristes, ce qui signifie que les moments de puissance pure sont véritablement cataclysmiques (le début du <em>Gloria</em>, les affirmations du <em>Credo</em>, la fin de <em>l&rsquo;Agnus Dei</em>). Mais le chœur peut aussi très facilement s&rsquo;alléger et tisser une toile polyphonique d&rsquo;une transparence inouïe, ce qui permet d&rsquo;entendre par exemple le « in una sanctam, catholicam et apostolicam ecclesiam » à la fin du Credo, exploit à notre connaissance jamais réalisé au disque jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui. On pourrait d&rsquo;ailleurs dire que cela va à l&rsquo;encontre de la volonté de Beethoven, qui avait des réserves à l&rsquo;égard de l&rsquo;institution catholique et qui a volontairement noyé cette phrase dans un tissu extrêmement dense, mais le mérite des interprètes n&rsquo;en est pas diminué pour autant. Les fugues impossibles écrites par Beethoven se dressent dans toute leur majesté ; les obstacles techniques de la partition sont surmontés, et ne subsiste plus que l&rsquo;œuvre elle-même; dominant toute l&rsquo;histoire de la musique sacrée. Le <strong>Cercle de l&rsquo;harmonie</strong> conjugue la saveur des instruments d&rsquo;époque à la perfection d&rsquo;un orchestre symphonique traditionnel. Du rebond, de la verdeur, mais aussi des basses charnues lorsqu&rsquo;il le faut, et un violon solo splendide dans le <em>Benedictus</em>, dont il aurait fallu écrire le nom sur la pochette. Le quatuor de solistes est lui aussi de tout premier ordre, mais il faut regretter qu&rsquo;il soit un peu la victime de la conception d&rsquo;ensemble. Pris à un tel train d&rsquo;enfer, les solos ont certes fière allure, mais il n&rsquo;est pas toujours possible de distinguer les chanteurs les uns des autres, ni surtout de pleinement jouir de leurs qualités individuelles. Or, un diamant comme la voix de <strong>Chen Reiss</strong> mériterait de recevoir un peu plus de lumière pour que chaque facette en soit mise en valeur. De même, la voix chenue de <strong>Tareq Nazmi</strong> au début de l&rsquo;<em>Agnus Dei</em> pourrait facilement se déployer si le chef lui laissait un peu plus d&rsquo;espace. Cette petite réserve mise à part, voici un enregistrement de la<em> Missa Solemnis</em> qui fera date.</p>
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		<title>Salzbourg 2025, pluie d&#8217;étoiles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/salzbourg-2025-pluie-detoiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Dec 2024 15:35:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Direktorium du Festival de Salzbourg (Kristina Hammer, Markus Hinterhäuser et Lukas Crepaz) vient de rendre publique la programmation de l’édition 2025 qui oscillera entre grande tradition et modernité. Côté opéra, le festival ouvrira le 26 juillet dans grande salle du palais du Festival par une nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov : Giulio Cesare in Egitto &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Direktorium du Festival de Salzbourg (Kristina Hammer, Markus Hinterhäuser et Lukas Crepaz) vient de rendre publique la programmation de l’édition 2025 qui oscillera entre grande tradition et modernité.<br />
Côté opéra, le festival ouvrira le 26 juillet dans grande salle du palais du Festival par une nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> : <em>Giulio Cesare in Egitto</em> dirigée depuis le clavecin par <strong>Emmanuelle Haïm</strong> à la tête de son Concert d’Astrée. Le rôle-titre sera tenu par <strong>Christophe Dumaux</strong>, <strong>Olga Kulchynska</strong> sera Cleopatra et nous aurons la joie d’entendre <strong>Lucile Richardot</strong> en Cornelia.<br />
A partir du 1<sup>er</sup> août, nouvelle production de <em>Maria Stuarda</em> proposée par <strong>Ulrich Rasche</strong> avec <strong>Kate Lindsey</strong> et <strong>Lisetta Oropesa</strong> en duos de reines.<br />
Toujours dans la Grande salle, reprise d’un <em>Macbeth</em> qu’il ne faudra pas rater : <strong>Jordan/Warlikowski</strong> dirigeront <strong>Vladislav Sulimsky</strong> (Macbeth), <strong>Tareq Nazmi</strong> (Banco) et <strong>Asmik Grigorian</strong> (Lady Macbeth). A noter également <em>Andrea Chénier</em> en version de concert dirigé par <strong>Marco Armiliato</strong> (<strong>Beczala</strong>, <strong>Salsi</strong>, <strong>Stikhina</strong>).<br />
A la Felsenreitschule un spectacle intitulé <em>One Morning turns into an Eternity</em> réunira <em>Erwartung</em> et <em>Der Abschied</em>, tiré du <em>Lied von der Erde</em>, dans une mise en scène de <strong>Peter</strong> <strong>Sellars</strong> et sous la direction de <strong>Esa-Pekka Salonen</strong>. On y donnera également la nouvelle production des <em>Drei Schwestern</em> de Peter Eötvös, sous la direction de <strong>Maxime Pascal</strong>, ainsi qu’une nouvelle production mise en espace d’extraits de <em>Zaide,</em> <em>Davide Penitente</em>, et <em>Thamos</em> (<strong>Pichon</strong>, <strong>Devieilhe</strong>, <strong>Desandre</strong>, <strong>Prégardien</strong>, <strong>Behle</strong>, <strong>Kränzle</strong>). A noter encore la version de concert de <em>Castor et Pollux</em> dirigé par <strong>Teodor Currentzis</strong> (<strong>De</strong> <strong>Bique</strong>, <strong>d’Oustrac</strong>, <strong>Van</strong> <strong>Mechelen</strong>, <strong>Mauillon</strong>).<br />
Dans la Haus Mozart, reprise de <em>Hotel Metamorphosis</em>, pasticcio à partir d’extraits d’opéras de Vivaldi, le tout mis en scène par <strong>Barrie</strong> <strong>Kosky</strong> (<strong>Bartoli</strong>, <strong>Abrahamyan</strong>, <strong>Desandre</strong>, <strong>Jaroussky</strong>, <strong>Winckler</strong>), un <em>Mitridate</em> dirigé par <strong>Adam</strong> <strong>Fischer</strong> avec <strong>Pene Pati</strong>, <strong>Sara</strong> <strong>Blanch</strong>, <strong>Elsa</strong> <strong>Dreisig.</strong><br />
Enfin, à la Kollegienkirche les tre atti senza nome <em>Macbeth</em> (composé en 2002) de Salvatore Sciarrino.<br />
Parmi les concerts des Wiener Philharmoniker, <strong>Lorenzo Viotti</strong> dirigera <em>Oedipus Rex</em> (<strong>Clayton</strong>, <strong>Viotti</strong>, <strong>Volle</strong>), <strong>Yannick Nézet-Séguin</strong> le premier acte de <em>Walküre</em> (<strong>van</strong> <strong>den</strong> <strong>Heever</strong>, <strong>de</strong> <strong>Barbeyrac</strong>, <strong>Relyea</strong>). Il y aura aussi les traditionnels Liederabende (<strong>Gerhaber</strong>, <strong>Damrau</strong>, <strong>Kaufmann</strong>, <strong>Devieilhe</strong>, <strong>Grigorian</strong>, entre autres).<br />
Le festival de Salzbourg se tiendra du 18 juillet au 31 août 2025, le programme complet est à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.salzburgerfestspiele.at/blog/das-programm-der-salzburger-festspiele-2025">consulter sur le site</a>.</p>
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		<item>
		<title>BEETHOVEN, Missa Solemnis – Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/beethoven-missa-solemnis-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Apr 2024 05:49:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment dire son émerveillement sans avoir recours à des formules galvaudées, à des expressions mille fois utilisées&#160;? Comme chacun sait, la Missa Solemnis de Beethoven, créée il y a tout juste deux siècles, est « l’Everest de la musique sacrée » &#8211; pour le chef d’orchestre et les interprètes, musiciens et chanteurs. L’auditeur, quant à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment dire son émerveillement sans avoir recours à des formules galvaudées, à des expressions mille fois utilisées&nbsp;? Comme chacun sait, la <em>Missa Solemnis</em> de Beethoven, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/jeremie-rhorer-et-le-cercle-de-lharmonie-celebrent-les-deux-cents-ans-de-la-missa-solemnis/">créée il y a tout juste deux siècles</a>, est « l’Everest de la musique sacrée » &#8211; pour le chef d’orchestre et les interprètes, musiciens et chanteurs. L’auditeur, quant à lui, assiste à l&rsquo;ascension depuis son fauteuil. Mais voilà qu’il est ce soir sollicité du début à la fin du concert par la ferveur et l’élévation de l’interprétation qui en est donnée par <strong>Jérémie Rhorer</strong> à la tête du Cercle de l’Harmonie et d’un ensemble de chanteurs de premier plan.</p>
<p>On en sort bouleversé, non pas épuisé mais grandi par une expérience unique. Du chef, saluons l’intense concentration et la capacité à allier une éclatante énergie avec un profond recueillement. La précision de la battue, la subtilité des nuances, la mise en valeur des contrastes sont source de plaisir esthétique autant que d’émotion véritable, répondant ainsi à la volonté de Beethoven, notant en exergue du Kyrie : « Venu du cœur – Puisse-t-il retourner – au cœur ! ». Magnifiées par l’acoustique exceptionnelle de la grande salle de la Philharmonie de Paris, les voix entrent et progressent de manière inhabituellement harmonieuse et comme évidente dans ce premier mouvement, qui pourtant paraît si difficultueux dans bien d’autres interprétations. Ici, instruments et voix se fondent, tandis que tout au long de l’œuvre la fusion entre les voix elles-mêmes semble aller de soi.</p>
<p>Les quatre chanteurs solistes, placés derrière l’orchestre, immédiatement devant le chœur, se complètent admirablement : au soprano clair et incisif de <strong>Chen Reiss</strong>, ménageant aussi de beaux effets dans les tenues de notes, répond le mezzo chaleureux et enveloppant de <strong>Varduhi Abrahayan&nbsp;</strong>; la précision et l’articulation impeccable du ténor allemand <strong>Daniel Behle</strong> lui permettent de s’allier aux voix féminines mais aussi de s’en démarquer, tandis que l’ample voix de la basse koweïtienne <strong>Tareq Nazmi</strong> apporte un souffle et une sonorité d’une rare intensité. L’alternance et la correspondance entre individu et collectivité, notions beethovéniennes, sont ainsi manifestes dans leur dynamique. Révélation de la soirée, la <strong>Audi Jugendchorakademie</strong>, chœur de jeunes Allemands fondé en 2007 par le groupe automobile Audi, chante de manière remarquable, précise et homogène, avec un sens époustouflant du verbe, dans la diction, l’expressivité et la projection. Véritable élixir de jouvence, cet ensemble est invité pour la première fois en France par Jérémie Rhorer. (Présent au festival d’Aix-en-Provence le 6 avril dernier, il se produira à nouveau avec le Cercle de l’Harmonie à Ingolstadt le 22 juin.)</p>
<p>La palette des nuances à l’orchestre est d’une richesse inouïe&nbsp;: la houle des cordes, les envolées des bois, les trilles de la flûte (dans l’<em>Incarnatus</em>), la douceur des bassons et des cuivres (trombones et cors sont particulièrement mis en valeur), et bien sûr tout l’art du timbalier… il faudrait pouvoir dire un mot de chacun de ces instrumentistes du <strong>Cercle de l’Harmonie</strong>, tous excellents, illustrant là encore cette dialectique de l’individu et du collectif, si fondamentale dans l’exécution d’une telle œuvre.</p>
<p>Les moments les plus percutants de la partition délivrent assurément le sentiment de la joie si cher aux yeux de Beethoven, que ce soit dans le <em>Gloria</em> ou le <em>Credo</em>, impressionnants de puissance, ou dans les rythmes très marqués du <em>Quoniam</em>, et bien sûr dans l’énergie communicative de la fin de l’<em>Agnus Dei</em>. Mais, quelque brillants et proprement enthousiasmants que soient ces passages, on ne peut se départir, à l’écoute de l’interprétation donnée ce soir, du sentiment que l’essentiel est dans les moments de recueillement auxquels cette jubilation et ces ébranlements nous préparent : le changement de ton du <em>Et incarnatus est</em>, les modifications de sonorité dans la fugue (<em>Et vitam venturi saeculi</em>), surtout la méditation du <em>Sanctus</em> et celle du <em>miserere</em>.</p>
<p>Une grande, très grande interprétation, qui rend manifestes cette articulation entre classicisme et romantisme, mais aussi ce lien entre lyrisme, narration et sens dramatique – comme à l’opéra en quelque sorte – et qui communique de manière universelle émotion et ferveur.</p>
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		<item>
		<title>Au Capitole de Toulouse, une saison 2024-25 sous le signe de la (re)découverte</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/au-capitole-de-toulouse-une-saison-2024-25-sous-le-signe-de-la-redecouverte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Apr 2024 04:26:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Christophe Ghristi, Directeur artistique de l&#8217;Opéra national du Capitole de Toulouse dévoilait ce jour à la presse musicale les grandes lignes d&#8217;une saison 2024-25 placée sous le signe des grandes premières, ou des redécouvertes. « Sur les neuf ouvrages lyriques programmés, il n&#8217;y aura qu&#8217;une seule reprise, celle de Norma. Les autres titres seront soit des œuvres &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Christophe <strong>Ghristi,</strong> Directeur artistique de l&rsquo;Opéra national du Capitole de Toulouse dévoilait ce jour à la presse musicale les grandes lignes d&rsquo;une saison 2024-25 placée sous le signe des grandes premières, ou des redécouvertes. « Sur les neuf ouvrages lyriques programmés, il n&rsquo;y aura qu&rsquo;une seule reprise, celle de <em>Norma<strong>. </strong></em>Les autres titres seront soit des œuvres jamais représentées à Toulouse, soit plus jouées au Capitole depuis des années ». Fort d&rsquo;une confiance renouvelée par la ville de Toulouse, son mécène principal, et de la fidélité d&rsquo;un public assidu ayant assuré un remplissage estimé à 97% au cours de la saison dernière, le Capitole assume une programmation mêlant tradition et audaces. Ainsi du <em>Nabucco</em>de Verdi, qui ouvrira la saison après des décennies d&rsquo;absence sous la baguette de <strong>Giacomo Sagripanti</strong>, et dans une mise en scène de <strong>Stefano Poda</strong>, autour de <strong>Gezym Myshketa</strong>, <strong>Aleksei Isaev</strong>, <strong>Yolanda Auyanet</strong> et <strong>Catherine Hunold</strong> en alternance dans les rôles principaux. Après deux oeuvres baroques (le <em>Didon et Enée</em>de Purcell en version de concert autour de <strong>Sonya Yoncheva</strong>, que l&rsquo;on entendra également à Versailles, et la rare <em>Alcina</em>de Francesca Caccini, que l&rsquo;Histoire retient comme la première compositrice d&rsquo;opéras, où brilleront <strong>Emiliano Gonzalez Toro</strong> et son <strong>Ensemble I Gemelli</strong>), ce sera au tour de la très attendue création mondiale du <em>Voyage d&rsquo;Automne</em> de Bruno Mantovani d&rsquo;occuper les planches : après <em>Akhmatova, </em>c&rsquo;est encore le totalitarisme qui servira de décor à cette œuvre inspirée par le Congrès des écrivains de Weimar organisé par le régime nazi pour embrigader des auteurs français, parmi lesquels on retrouve les noms de Marcel Jouhandeau (qui sera incarné par <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong>), de Jacques Chardonne (<strong>Vincent Le Téxier</strong>) ou de Drieu la Rochelle (<strong>Yann Beuron</strong>). Au pupitre de ce spectacle mis en scène par <strong>Marie Lambert-Le Bihan</strong>, nous retrouverons <strong>Pascal Rophé</strong>, complice de longue date du compositeur.</p>
<p>La venue à Toulouse de l&rsquo;<em>Orphée aux Enfers </em>d&rsquo;Offenbach régi par<strong> Olivier Py</strong> permettra d&rsquo;entendre <strong>Marie Perbost</strong>, <strong>Cyrille Dubois</strong>, <strong>Mathias Vidal</strong> et <strong>Marc Scoffoni</strong> tous dirigés par <strong>Chloé Dufresne</strong>,<strong> Damiano Michieletto</strong> fera ses débuts toulousains à l&rsquo;occasion d&rsquo;un <em>Giulio Cesare</em> haendelien qui réunira <strong>Christophe Rousset</strong>, <strong>Elizabeth DeShong</strong> dans le rôle éponyme et <strong>Claudia Pavone</strong> en Cléopâtre, et <em>Norma, </em>donc, sera l&rsquo;occasion de voir <strong>Karine Deshayes</strong> sous la toge de la druidesse, dans une équipe comprenant également <strong>Varduhi Abrahamyan</strong>, <strong>Luciano Ganci</strong> et <strong>Roberto Scandiuzzi</strong>. Après ses <em>Ariane</em>, <em>Wozzeck </em>et <em>Elektra in loco, </em><strong>Michel Fau</strong> retrouvera au Capitole un chef-d&rsquo;œuvre du répertoire allemand, le <em>Vaisseau Fantôme </em>de Wagner, où, aidé par les costumes de <strong>Christian Lacroix</strong>, il cherchera à « brouiller les pistes entre le fantasme et la réalité. » <strong>Frank Beermann</strong> sera dans la fosse, et conduira une équipe composée d&rsquo;<strong>Aleksei Isaev</strong> (le Hollandais),<strong> Marie-Adeline Henry</strong> (Senta) et <strong>Jean Teitgen</strong> (Daland). La saison lyrique se conclura par l&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur </em>de Cilea, avec <strong>Lianna Haroutounian</strong>,<strong> José Cura</strong> et<strong> Nicola Alaimo</strong>.</p>
<p>Les amateurs de voix n&rsquo;en seront pas quittes pour autant : friand de récitals, Christophe Ghristi a convié <strong>Stéphane Degout, Marina Rebeka, Krassimira Stoyanova, Véronique Gens</strong> et <strong>Michael Volle</strong> mais aussi, dans le cadre des Midis du Capitole proposés en semaine au tarif unique du 5 euros, <strong>Adèle Charvet, Samuel Hasselhorn</strong> ou encore <strong>Airam Hernandez</strong>. Pour les plus jeunes, ce sera une version itinérante (et gratuite) de <em>La Flûte enchantée </em>de Mozart qui se déplacera sur le territoire de la métropole avec le bus Papageno, tandis que le ballet de trente-cinq danseurs, dirigé depuis l&rsquo;année dernière par <strong>Beate Vollack</strong>, mettra notamment à l&rsquo;honneur Gluck (les rares <em>Semiramis </em>et <em>Don</em> <em>Juan</em>), Delibes (<em>Coppelia</em> dans une chorégraphie de <strong>Jean-Guillaume Bart</strong>) et la chanson française, à travers la reprise du <em>Brel</em> de Van Cauwenbergh et la création d&rsquo;une <em>Barbara </em>confiée à Morgann Runacre-Temple.</p>
<p>Plus de renseignements à suivre ici : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://opera.toulouse.fr/">Page d&rsquo;accueil &#8211; Opéra du Capitole (toulouse.fr)</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/au-capitole-de-toulouse-une-saison-2024-25-sous-le-signe-de-la-redecouverte/">Au Capitole de Toulouse, une saison 2024-25 sous le signe de la (re)découverte</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie célèbrent les deux cents ans de la Missa Solemnis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jeremie-rhorer-et-le-cercle-de-lharmonie-celebrent-les-deux-cents-ans-de-la-missa-solemnis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Mar 2024 14:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux siècles après sa première audition intégrale à Saint-Pétersbourg (le 18 avril 1824) et sa création partielle à Vienne au cours d’un concert (le 7 mai de la même année), la Missa Solemnis de Beethoven sera interprétée par le Cercle de l’Harmonie dirigé par Jérémie Rhorer en trois lieux différents : &#8211; le 6 avril 2024 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux siècles après sa première audition intégrale à Saint-Pétersbourg (le 18 avril 1824) et sa création partielle à Vienne au cours d’un concert (le 7 mai de la même année), la <em>Missa Solemnis</em> de Beethoven sera interprétée par le Cercle de l’Harmonie dirigé par <strong>Jérémie Rhorer</strong> en trois lieux différents :<br />
&#8211; le 6 avril 2024 à Aix-en-Provence dans le cadre du Festival de Pâques<br />
&#8211; le 23 avril 2024 à la Philharmonie de Paris<br />
&#8211; le 22 juin 2024 à Ingolstadt dans le cadre des Audi Sommerkonzerte (Concerts estivaux Audi).<br />
En cette année de bicentenaire de la création de l’œuvre, Jérémie Rhorer, à la tête du Cercle de l’Harmonie, convie le public à ce qu’il considère comme « un voyage gigantesque qui nous renvoie à notre propre condition humaine ». On y entendra <strong>Chen Reiss</strong> (en alternance avec <strong>Christiane Karg</strong>), <strong>Varduhi Abrahamyan</strong>, <strong>Daniel Behle</strong> et <strong>Johannes Weisser</strong> (en alternance avec <strong>Tareq Nazmi</strong>) ainsi que la <strong>Audi Jugendchorakademie</strong> – un chœur de jeunes chanteurs, fondé en 2007 sous l’égide de l’entreprise Audi, qui se produira pour la première fois en France.<br />
On cite souvent cette lettre de 1822 dans laquelle Beethoven écrivait à son éditeur Peters, de Leipzig : « C’est l’œuvre la plus <em>grande</em> que j’aie composée jusqu’ici. » Par son travail sur le texte et son approche révolutionnaire de la musique sacrée – nourrie de recherches sur les traditions anciennes mais s’ouvrant aux affects sans en atténuer la violence –, le compositeur a créé une messe concertante aux dimensions inhabituelles, dont le texte est traité comme un livret, et que beaucoup considèrent comme un oratorio.<br />
Jérémie Rhorer, qui devait donner l’œuvre à Aix lors du festival de 2020 finalement annulé en raison de la pandémie, l&rsquo;a dirigée à la Philharmonie de Berlin en 2023 à l’occasion d’un remplacement de Daniel Barenboim à la tête de la Staatskapelle. On attend avec impatience de l’entendre cette année avec sa propre formation instrumentale et les grandes voix qui sont annoncées.</p>
<p><em>N.B. : Le concert à la Philharmonie de Paris fera l&rsquo;objet d’un enregistrement pour Alpha Classics.</em></p>
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		<title>VERDI, Don Carlo &#8211; Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlo-monte-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le succès du grand opéra tenait sans doute aux fastes des représentations, décors monumentaux, couleurs exaltées par l’éclairage, abondance des comparses autour des vedettes, costumes documentés, le spectateur en prenait «&#160;plein les yeux&#160;». Est-ce l’objectif que s’était fixé Davide Livermore pour cette mise en scène de Don Carlo&#160;? Car on ne sort pas indemne de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le succès du grand opéra tenait sans doute aux fastes des représentations, décors monumentaux, couleurs exaltées par l’éclairage, abondance des comparses autour des vedettes, costumes documentés, le spectateur en prenait «&nbsp;plein les yeux&nbsp;». Est-ce l’objectif que s’était fixé <strong>Davide</strong> <strong>Livermore</strong> pour cette mise en scène de <em>Don Carlo&nbsp;</em>? Car on ne sort pas indemne de la débauche à satiété d’images et de jeux de lumières, jusqu’à l’éblouissante lumière blanche du final. Pour qui a-t-il conçu sa mise en scène ? Pour des accros aux jeux vidéo ? Cette recherche plastique a probablement un sens, mais si elle visait à expliciter les rapports dramatiques, elle est si envahissante qu’on en vient à se demander si ses concepteurs ne doutent pas de la force expressive de la musique et du chant. Elle va de pair avec le dispositif technique utilisé pour la scène, où deux cercles concentriques&nbsp; tournent en sens inverse autour d’un plateau central. Comme les accessoires qui constituent le décor, les personnages peuvent être emportés dans un tournoiement qu’ils ne contrôlent pas, peut-être parabole de la condition humaine que l’homme a l’illusion de pouvoir dominer ? Quant au contenu des images, nuages qui se multiplient, projections de liquide rouge sang, zébrures noires menaçantes, il relève de ce répertoire devenu conventionnel depuis leur utilisation massive. Et il le reste avec le tournoiement de pétales qui accompagne le chœur féminin dans les jardins.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Carlo-%C2%A9OMC-Marco-Borrelli-3-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1701002661921"></p>
<p>D’où la question renouvelée : à qui s’adresse ce spectacle ? Quand il fige les personnages en tableaux, on se prend à penser que se regarder mettre en scène a été plus important que de les faire vivre. Alors on s’accroche à la main que la reine refuse d’abandonner au roi, à la méditation du roi telle un mauvais rêve, pour trouver des motifs de ne pas détester cette réalisation. Comment, quand on a été chanteur comme Davide Livermore, peut-on s’ingénier à animer l’espace derrière les solistes, si souvent, si inutilement pour la compréhension de la relation interpersonnelle ? L’impact de la scène entre le roi et le Grand inquisiteur aurait-il été moindre sans le jeu d’images sur l’espace de la bibliothèque ? Sans doute l’iconographie utilisée est riche et souvent en situation, mais à quoi bon ces références documentaires quand on sait que ce drame d’amours contrariées est une pure fiction, comme le cénotaphe censé représenter la sépulture de Charles Quint et l’architecture projetée qui l’environne &nbsp;? Les vagues de couleur qui viennent recouvrir le mur du fond de scène ou remplir les cadres descendus des cintres &#8211; ? – éclairent-elles vraiment les relations entre les personnages ? On peut être sensible à leur beauté, à l’invention qui a présidé à la recherche, cela n’empêche qu’elles sont souvent vainement bavardes.</p>
<p>C’est d’autant plus dommage que le plateau est irréprochable, soutenu par la vigilance de <strong>Massimo</strong> <strong>Zanetti</strong>, qui indique les départs et maîtrise l’orchestre avec une précision infaillible. C’est une fête sonore qui sort de la fosse, où les instrumentistes rivalisent pour faire palpiter cette musique où l’amertume se mêle à la douceur, qui se cabre ou s’alanguit avec les ressentiments ou les regrets, qui tonne ou s’envole selon la colère ou la rêverie. On a beau la connaître, le jeu des timbres et des couleurs a toujours la même séduction captivante, et cette belle exécution mériterait à elle seule le déplacement. Comme à l’accoutumée, les artistes des chœurs témoignent de l’excellente préparation reçue de Stefano Visconti. Un détail dont ils ne sont pas responsables, il est singulier de voir les moines apparaître avec le peuple venu réclamer la libération de l’infant.</p>
<p>La voix céleste d’ordinaire tombe des cintres, ici <strong>Madison Nonoa </strong>surgit de la coulisse et délivre le message avec le cristal espéré. Impeccables aussi <strong>Sophie Boursier, </strong>comtesse d’Aremberg qui s’évanouit avec grâce, &nbsp;<strong>Reinaldo Macias </strong>en comte de Lerme, <strong>Miriam Mesak</strong>, espiègle page, et <strong>Vincent Di Nocera</strong>, un héraut royal. Remplaçant l’artiste annoncé, <strong>Giorgi Manoshvili </strong>impressionne dans le court rôle du moine par la profondeur d’une voix qu’il n’a nul, besoin d’obscurcir. Pour ces seconds rôles, la mise en scène est sans effet négatif. Il en va autrement pour les premiers rôles, parce que ce sont eux que l’on va voir sur ces anneaux tournants, où, &nbsp;pour ne pas être entraîné par le mouvement, le chanteur doit changer de pied ou avancer au moment opportun. Dès lors on s’inquiète pour l’interprète, on ne vibre plus avec le personnage. On se rassérène quand ils sortent de cette zone d’inconfort, mais alors ils se retrouvent à l’avant-scène, dans les conditions de la vieille tradition, tandis que derrière eux la fantasmagorie des images et des couleurs continue. On ne leur reprochera donc pas de ne pas nous avoir ému comme à l’ordinaire, leur talent n’est pas en cause.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Carlo-%C2%A9OMC-Marco-Borrelli-24-1000x600.jpg?&amp;cacheBreak=1701002661921">Don Carlo ©OMC - Marco Borrelli</pre>
<p><strong>Varduhi Abrahamyan </strong>n’en est pas à sa première Eboli. A Marseille sa composition nous avait conquis. Elle nous a semblé ici moins fouillée sur le plan scénique&nbsp;; quant au chant, si les volutes de la chanson du voile manquaient ce soir un peu de moelleux, l’attente amoureuse dans le jardin et l’amertume du retour sur soi après la vilenie ont la charge passionnée attendue et la voix affronte victorieusement les extrémités du rôle. <strong>Joyce El-Khoury </strong>campe une Elisabetta d’aspect fragile, à qui sa fierté bafouée donne des accents poignants&nbsp;; le maintien scénique est noble, les costumes élégamment portés et l’expressivité vocale et l’étendue suffisantes pour incarner la malheureuse héroïne et rendre pleine justice à l’air de bravoure final.</p>
<p>Le Grand Inquisiteur est un rôle en or pour une vraie basse. <strong>Alexey Tikhomirov </strong>démontre à l’envi qu’il est de cette catégorie, sa forte présence scénique accompagnant cette descente aux abysses où les notes restent des notes sans devenir des râles. Belle réussite aussi pour le Posa d’<strong>Arthur Rucinski</strong>, manifestement en pleine forme vocale, au point qu’on l’aurait aimé parfois plus nuancé, moins soucieux de faire du son. Mais peut-on se plaindre quand les ressources sont là pour répondre aux besoins de la partition&nbsp;? Le personnage est assuré, théâtralement, et dans un autre contexte nous aurait probablement ému davantage.</p>
<p>La performance d’ <strong>Ildar Abdrazakov </strong>n’est pas moindre, car il réussit très clairement à distinguer le roi en public du roi en privé, en apparence un souverain au pouvoir incontesté, en réalité un homme à la colère impuissante car il ne contrôle ni son fils ni sa femme ni son trône. La voix sonne comme aux meilleurs jours et l’acteur est désormais très crédible. Face à lui, <strong>Sergey Skorokhodov </strong>devait surmonter le handicap de remplacer Vittorio Grigolo dans le rôle-titre. S’il n’a pas fait oublier le ténor italien, car quelques voyelles ont çà et là rappelé qu’il est de langue slave, sa performance a été néanmoins très positive : il a atteint assez vite une chaleur dans la voix et le jeu scénique qui ont capté l’intérêt. Le timbre n’est pas spécialement séduisant, mais l’étendue ne laisse rien à désirer, pas plus que la projection et l’engagement scénique. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait remporté un très vif succès, devant un public nombreux et attentif, les preneurs de photographies et de selfies étant partis à l’entracte.</p>
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		<title>ROSSINI, Maometo II &#8211; Naples</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-maometo-ii-naples/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Nov 2023 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En quête de pièce à conviction à verser au dossier des mises en scène coupables aujourd’hui de dévoyer l’opéra, rendez-vous au Teatro San Carlo de Naples, dans le lieu même où fut créé Maometto II il y a plus de deux siècles. Là, Calixto Bieito dans un réflexe qui peut sembler suicidaire, s’emploie à démontrer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En quête de pièce à conviction à verser au dossier des mises en scène coupables aujourd’hui de dévoyer l’opéra, rendez-vous au Teatro San Carlo de Naples, dans le lieu même où fut créé <em>Maometto II</em> il y a plus de deux siècles. Là, <strong>Calixto Bieito</strong> dans un réflexe qui peut sembler suicidaire, s’emploie à démontrer l’inanité d’un certain Regietheater. Transposition contemporaine de l’intrigue ; mise sous perche respiratoire de Paolo Erisso, le noble défenseur de la république vénitienne ; massacre de poupons en celluloïd par les soldats de Maometto – allusion certes prémonitoire mais insoutenable à l’actualité la plus tragique – ; abus de cordes, de liens et d’accessoires sans rapport avec le sujet – lesdits poupons mais aussi des Barbie, des oursons, des landaus, des confettis noirs, une mappemonde réduite en lambeaux, des sacs poubelles – ; et un champ de mines parfois fluorescentes en guise de décor unique : tout concourt à dévaluer un opéra qui figure parmi les chefs d’œuvre de Rossini. Seul le duo entre Anna et Maometto transmuté en épisode de harcèlement sexuel retrouve le semblant de théâtre sulfureux dont Bieito a fait sa marque de fabrique. Avec les artistes du chœur plantés à l’arrière-scène comme des piquets et la plupart des ensembles privés de mouvement, cette lecture scénique sue l’ennui à grosses gouttes. La sanction est sans appel : bon nombre de spectateurs mettent à profit l’entracte pour déserter la salle.</p>
<p>Les absents ont toujours tort. Quel dommage de se priver du deuxième acte et plus particulièrement de la scène finale, une des plus ébouriffantes imaginées par Rossini à l’intention d’Isabella Colbran, sa muse et (future) épouse. <strong>Vasilisa Berzhanskaya</strong> y flamboie d’une voix éruptive qui aime se consumer dans l’urgence. En début de représentation, l’émission large peine à se couler dans les sinuosités de l’écriture. L’effort pour alléger la prière du premier acte, « Giusto ciel » est perceptible. Anna ne se libère qu’au milieu du <em>terzettone</em> – vaste trio conçu par Rossini comme un pied de nez aux conventions qu’il avait lui-même instituées. Le chant gagne en souplesse sans ne rien perdre de sa fougue pour s’immoler dans son dernier air en un festival de roulades à la limite des possibilités de la voix humaines (« Si, ferite ! ») avant de faire valoir son intensité expressive dans l’invocation à la mère (« Madre, a te che sull’empiro »). D’un mezzo-soprano conquérant, suffisamment étendu pour s’envoler haut sur la portée, Vasilisa Berzhanskaya réitère l’exploit de Sinaide dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moise-et-pharaon-pesaro-de-rage-et-de-fureur/"><em>Moise et Pharaon</em> à Pesaro</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moise-et-pharaon-aix-en-provence-comme-a-la-tv/">Aix-en-Provence</a> puis <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-moise-et-pharaon-lyon-reprise-surprise/">Lyon</a>, à la différence que la mère d’Aménophis n’a peu ou prou qu’un seul air quand Anna dispose de plusieurs numéros, tous redoutables. La prudence est souvent mère de longévité. Il ne faudrait pas que l’excès de tempérament s’avère préjudiciable à une carrière démarrée sur des chapeaux de roue.</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Maometto-II-Naples-2023-1-1294x600.jpg" />© Luciano Romano</pre>
<p>A son égal, <strong>Roberto Tagliavini</strong> et <strong>Dmitry Korchak</strong> sont façonnés avec la matière inflammable qu’exigent les opéras de Rossini pour transporter le public. Le ténor est moins avantagé par la partition. Paolo Erisso n’intervient que dans les ensembles. Mais Korchak sait s’imposer en peu de notes. Le médium élargi autorise désormais le passage aux rôles de <em>baritenore </em>(Erisso fut écrit pour Nozzari, le créateur d’Otello). L’aigu, projeté en voix de poitrine, n’a rien perdu de son punch. Le style, acquis par une fréquentation régulière depuis 2008 du Festival de Pesaro, n’est jamais pris en défaut. Les chemins sont ouverts pour Arnold dans<em> Guillaume Tell </em>que le ténor russe interprètera en début d’année prochaine à Milan.</p>
<p>Roberto Tagliavini, lui, apparaît aujourd’hui comme le digne successeur de Filippo Galli, le premier interprète de Maometto II, dont on se demande quelles fées s’étaient penchées sur le gosier pour que Rossini ait parsemé sa partition d’autant de difficultés. La force de Tagliavini, ce qui le rend admirable, est la manière de dominer sa partition sans faire étalage de technique, avec naturel, comme si, au contraire, la chanter relevait d’une simple formalité. L’ambitus est large, assez pour que les notes les plus graves soient toujours audibles et les plus aiguës ne paraissent jamais tirées. Domine impérieux et cruel le chef des armées ottomanes, auquel le velours noir du timbre prête l’ardente beauté explicative de la fascination exercée sur Anna.</p>
<p>On aurait aimé que <strong>Varduhi Abrahamyan</strong> soit animée de la même flamme pour que « Non temer: d’un basso affeto » se hisse au même niveau d’héroïsme mais le chant, en dépit de son agilité et de sa longueur, souffre d’un déficit d’impact et le traitement scénique réservé par Bieito au personnage de Calbo n’aide pas à transcender le rôle.</p>
<p>Très bons <em>comprimari</em>, <strong>Li Danyang</strong> (Condulmiero) et <strong>Andrea Calce</strong> (Selimo) dont le premier semble promis à un possible avenir rossinien.</p>
<p>Si les interventions du choeur sont irrégulières, trop timides ou trop martiales, l’orchestre du San Carlo s’épanouit sous la direction de <strong>Michèle Mariotti</strong>. L’opéra <em>seria</em> napolitain sied à la rigueur du maestro ainsi qu’à sa manière d’équilibrer les volumes et de flatter le détail sans exacerber les effets. Le rythme impulsé à la partition galvanise fosse, scène et salle, à commencer par notre voisin une rangée derrière qui, dans les passages les plus trépidants, s’est évertué toute la soirée à taper la mesure du pied contre notre fauteuil sans tenir compte de nos regards courroucés.</p>
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		<title>ROSSINI, Adelaide di Borgogna &#8211; Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-adelaide-di-borgogna-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé à Rome le 27 décembre 1817, l’opéra Adelaide di Borgogna disparaît du répertoire en seulement huit ans puisqu’après 1825 on n’en trouve plus trace jusqu’au concert londonien de 1978. Un insuccès, donc, qu’on s’explique mal tant la musique regorge, pour nous, de quoi charmer. Le livret, que de longues recherches ont fini par attribuer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé à Rome le 27 décembre 1817, l’opéra <em>Adelaide di Borgogna </em>disparaît du répertoire en seulement huit ans puisqu’après 1825 on n’en trouve plus trace jusqu’au concert londonien de 1978. Un insuccès, donc, qu’on s’explique mal tant la musique regorge, pour nous, de quoi charmer. Le livret, que de longues recherches ont fini par attribuer à Giovanni Federico Schmidt, se base sur les péripéties de la fin du royaume d’Italie au Xe siècle. Lotario mort, le maire du palais Berengario veut s’emparer du trône en obligeant la veuve à épouser son fils Adalberto. Mais Adelaide résiste et réclame l’aide d’Otton, roi des Germains, qui veut recréer l’empire de Charlemagne. Une fois vainqueur, il épouse Adelaide, accorde le royaume d’Italie à Berengario mais fait de celui-ci son vassal.</p>
<p>Intérieur d’une forteresse, vue du lac de Garde, campement de soldats, un vestibule, un défilé, un cabinet, une place bordée d’édifices majestueux, la tente d’Ottone près du champ de bataille, extérieur de la forteresse, cet inventaire n’est que la liste des lieux divers prévus pour le déroulement de l’action. <strong>Arnaud Bernard </strong>a trouvé une solution à la fois pratique et élégante&nbsp;en installant la production dans un théâtre où on répète <em>Adelaide di Borgogna. </em>L’idée n’est pas nouvelle, mais la réalisation est très satisfaisante car elle est accomplie de façon impeccable et avec esprit&nbsp;; par exemple de la fumée déclenche une alerte incendie qui correspond à la confusion et à la panique des combats.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Olga-Peretyatko_Varduhy-Abrahamyan_Paola-Leoci_Valery-MakarovSBB05454.jpg?&amp;cacheBreak=1692544903226">© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Avant le début de l’ouverture, un homme – le veilleur ? – traverse le plateau à peine éclairé et désert, puis&nbsp; tout s’illumine et la musique accompagne l’arrivée progressive de tous les intervenants. Face au public les magasins des accessoires que les machinistes ouvriront en fonction des besoins, pour en extraire et y ranger après usage les éléments scéniques utiles, gradins amovibles, trône, sièges et jusqu’à un lit à baldaquin démontable. Dans les renfoncements latéraux, un dégagement à jardin et un distributeur de boissons à cour, probablement près de l’entrée des artistes puisque tous ceux qui sont venus travailler sont arrivés par là, secouant leurs parapluies. A l’avant-scène à jardin un espace exigu, comme une loge provisoire où se changer ou attendre de rentrer en scène est réservé aus solistes principaux, tandis qu’à cour le pianiste peut suivre la répétition et intervenir pour les récitatifs secs. Le chef de chœur, lui, se déplace pour le diriger selon les positions assignées aux choristes. Que Michele D’Elia et Giovanni Farina soient sur scène ce qu’ils sont dans la réalité ne contribue pas peu à la mystification.</p>
<p>Le dernier arrivé est le metteur en scène – un comédien – qui s’installe à cour derrière la table de régie, à l’avant-scène ; son assistant s’y trouve déjà et interagit avec les intervenants – choristes, solistes, machinistes – pour leur indiquer ou leur rappeler la conduite à tenir prescrite par la mise en scène. Evidemment tous deux seront souvent assaillis par les solistes et on imagine qu’ils viennent demander des précisions, discuter telle prescription, se plaindre d’une option qui favorise un partenaire, bref, tout ce qui peut survenir dans une entreprise à court terme où les individualités sont à la fois partenaires et concurrentes. Arnaud Bernard saisit-il l’occasion d’attendrir le spectateur sur le dur métier de metteur en scène, un vrai sacerdoce quand il faut gérer impréparation et indiscipline ?</p>
<p>Quoi qu’il en soit, pour prévenir l’accusation de partialité qui nous fait tolérer ici des actions secondaires que nous condamnions ailleurs, elles sont dans ce spectacle le fait de personnages appartenant à la même unité théâtrale et n’ont aucune prétention au protagonisme. En quelque sorte, elles constituent un décor humain dont la cohérence est immédiatement perceptible. En outre la dualité entre l’interprète et le personnage, comme les interactions entre les interprètes et leurs interférences dans la pratique théâtrale, sont des ressorts dramatiques aussi vieux que le théâtre lui-même. Dès l’ouverture <em>il primo uomo</em> (le ténor) serre de près une danseuse entreprenante, alors qu’il entretient, la colère de l’arrivante qui les surprend le révèle, une liaison avec la prima donna. Comme il interprète Adalberto, qui veut épouser Adelaide, incarnée par la prima donna, les relations tendues des personnages apparaissent comme l’écho ou la projection de celles des interprètes, et le tour de force d’Arnaud Bernard et des chanteurs est de porter jusqu’au bout sans faille cette mise en abyme. Il n’est jusqu’à la décision du personnage d’Eurice qui n’apparaisse comme la vengeance d’une femme bafouée par les infidélités de son « mari » Berengario.</p>
<p>La chose évidente est que l’option choisie par ce metteur en scène – qui n’est pas Arnaud Bernard, mais allez savoir – n’est pas la rupture avec la tradition. Est-ce un parti pris esthétique ou une adaptation pragmatique aux ressources du théâtre ? Le jeu de scène outré de la prima donna, lors de sa première scène en répétition, relève d’une conception conventionnelle et surannée, adjectifs dont on pourrait affecter le choix des accessoires et des décors, ces derniers constitués de toiles peintes sur châssis ou tombant des cintres qui semblent des pastiches des décors de Sanquirico. Mais ils ne prendront toute la place qu’au dernier tableau, qui semble reconstituer une représentation « à l’ancienne » parce qu’alors la mise en place est terminée, la mise en scène a abouti et le spectacle est prêt pour la représentation au public, les éléments matériels de la réalité du bâtiment disparaissant alors derrière la fiction d’une église majestueuse où un évêque préside au couronnement d’Adelaide comme souveraine aux côtés d’Ottone.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rene-Barbera_Olga-Peretyatko.C4C2879-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1692544903226">© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Et c’est dans cet acmé de solennité et d’harmonie qu’Arnaud Bernard introduit un élément perturbateur pourtant longuement et très subtilement préparé. Ottone est un rôle en travesti, interprété pas une chanteuse, comme à la création. Quand elle n’est pas sur le plateau, mais dans le réduit adjacent au plateau qui sert de loge aux solistes, on ne s’étonne donc pas de la voir réconforter sa partenaire, manifestement affectée par l’infidélité du chanteur. Mais cette compassion, si elle est d’abord pure solidarité féminine, évolue car peu à peu les gestes affectueux dont elle entoure la malheureuse deviennent les manifestations de plus en plus mal réfrénées d’une attirance irrépressible, qui débouchera sur un baiser passionné. S’en suit une gêne réciproque, mais l’interprète d’Adelaide reste troublée, et quand au cours d’une scène d’intimité prescrite par la mise en scène Ottone l’embrassera à nouveau, elle semblera déçue que c’ait été si bref. Sans y être attentif, on pourrait fort bien ne rien remarquer, car les deux interprètes jouent le jeu avec une subtilité qui rend insane toute arrière-pensée grivoise.</p>
<p>Donc, dernier tableau solennel, de l’or partout, sur la toile peinte, sur l’autel, sur les tenues d’apparat d’Ottone et d’Adelaide, l’évêque, les chœurs sur leur trente-et un, bannières, fillettes portant des bouquets, et pluie de pétales&nbsp; tombant des cintres&nbsp; par le vieux rouleau à trous, quand … l’interprète d’Ottone se dépouille de sa couronne, de son manteau, de son pourpoint, et libère sa chevelure, révélant ainsi sa féminité. Du bord de la scène le metteur en scène esquisse des gestes vains, abasourdi, tandis que le ténor furibond dans son costume de prisonnier le somme d’intervenir. Cependant la chanteuse a mis un genou en terre et tendu à Adelaide une bague, et tandis que la reprise finale retentit – on a éloigné précipitamment les fillettes pour les préserver de cette scène scandaleuse – celle-ci l’accepte et les deux chanteuses filent à l’anglaise, laissant en plan l’assistance médusée tandis que le rideau tombe. Oui, comme Stefano Poda, Arnaud Bernard est intervenu, mais son option ne modifie pas le climat final : un mariage est un évènement heureux, même si la destination est Lesbos et non Cythère.</p>
<p>Sidération, incompréhension, ou approbation, aucune réaction négative n’a été perceptible, beaucoup de sourires, quelques gloussements, mais surtout des tonnerres d’applaudissements pour Adelaide et Ottone. <strong>Olga Peretyatko</strong> s’est amusée visiblement à jouer les divas à l’ancienne sur le plateau, avec mouvements emphatiques et postures convenues, une gestuelle qu’elle abandonne graduellement&nbsp; au fur et à mesure de l’évolution psychologique du personnage. Elle semble parvenue à une maturité interprétative purgée de certaines coquetteries d’autrefois, tant scéniquement que vocalement, et sa composition est une source constante de plaisir. Mention spéciale pour la scène où, restée seule dans le théâtre, elle semble exhaler une confidence intime alors qu’elle répète, on le comprendra plus tard, une aria du personnage, dont les sentiments de détresse coïncident avec les siens, tandis que l’interprète d’Ottone, de retour au théâtre, est le témoin muet et bouleversé de ce soliloque. Cette impression d’un seuil de maturité, on l’éprouve aussi avec <strong>Varduhi Abrahamyan</strong>, dont l’habileté théâtrale est toujours supérieure et dont la qualité vocale, intacte, semble avoir enfin atteint l’homogénéité recherchée car les notes naguère écrasées dans la recherche de graves ont complètement disparu. La souplesse, l’agilité, l’extension, l’expressivité font toujours merveille et on s’incline avec reconnaissance.</p>
<p>L’autre élément du trio amoureux, le ténor infidèle dans le personnage calculateur d’Adalberto, est nourri par l’engagement théâtral lui aussi sans défaut de <strong>René Barbera </strong>et plus encore par la fluidité d’un chant dont la souplesse virtuose orne le timbre séduisant. Berengario, le père calculateur dont le fils est la marionnette, a la désinvolture scénique de celui qui connaît son rôle et met à profit les plages de liberté pour mener sa vie de séducteur&nbsp;; <strong>Riccardo Fassi </strong>a la profondeur vocale et l’énergie nécessaires de l’ambitieux qui a ourdi le plan pour s’emparer du royaume au détriment de la veuve de Lotario. <strong>Paola Leoci </strong>est précise dans son rôle, suivant d’abord la répétition avec sa partition et juste dans l’expression du ressentiment d’une femme qui saisit l’occasion de prendre l’initiative qui lui était déniée. Les ténors <strong>Valéry Makarov </strong>et <strong>Antonio Mandrillo </strong>campent respectivement Iroldo, gouverneur de la forteresse de Canosso où Adelaide serait détenue, et Ernesto, un officier de la garde d’Ottone, avec tout le dévouement nécessaire pour ces rôles d’utilité.</p>
<p>Il reste, après les compliments d’usage complètement mérités par le chœur et les louanges à l’orchestre, à tresser une couronne à l’assistant de &nbsp;Francesco Lanzillota qui, &nbsp;victime au soir de la première d’un accident de la route, était dans l’incapacité de diriger les trois représentations restantes. Enrico Lombardi a convaincu de son aptitude à maîtriser la partition complexe et la chaleur des musiciens à son endroit est un indice certain qu’ils ont reconnu sa valeur. Une belle soirée, donc, une réussite globale, avec malheureusement de nombreux sièges vides.</p>

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		<title>Requiem — Parme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/requiem-parme-ave-marina/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Oct 2022 21:16:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La musique de Verdi était, selon le philosophe Hippolyte Taine, celle d’un homme en colère. Nul mieux que le « Dies Irae » du Requiem pour illustrer son propos. A Parme, sur la scène du Teatro Regio où s’entassent artistes du chœur, solistes et orchestre au grand complet, le numéro le plus orageux de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La musique de Verdi était, selon le philosophe Hippolyte Taine, celle d’un homme en colère. Nul mieux que le « Dies Irae » du <em>Requiem</em> pour illustrer son propos. A Parme, sur la scène du Teatro Regio où s’entassent artistes du chœur, solistes et orchestre au grand complet, le numéro le plus orageux de la messe des morts verdienne voit <strong>Michèle Mariotti</strong> brandir, péremptoire, la foudre orchestrale et semer le vent choral pour récolter la tempête musicale. La torsion exercée dans cette page furieuse, à laquelle le <em>Requiem</em> doit sa popularité, se relâche par la suite pour finalement aboutir à une interprétation cyclothymique, parfois atone, parfois confuse, parfois inspirée, finalement déroutante, à l’exemple d’un « Kyrie Eleison » introductif si recueilli qu’il faut tendre l’oreille pour en saisir les premières notes. Perturbé par un malaise dans le rang des sopranos en cours de concert, le chœur perd la mesure. Le basson patine dans le « Quid sum miser ». Quelques séances de répétitions supplémentaires n’auraient pas forcément été superflues (il s’agit de la seconde exécution dans le cadre de l’édition 2022 du Festival Verdi).</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="321" src="/sites/default/files/styles/large/public/req5.jpg?itok=YXkyH6y1" title=" © Roberto Ricci" width="468"><br />
&nbsp;© Roberto Ricci</p>
<p>De l’équilibre entre les quatre solistes dépend la solidité de l’édifice sonore érigé par le chef d’orchestre, écrivions-nous à propos de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/oeuvre/requiem">la même œuvre dirigée par Daniele Gatti au Théâtre des Champs-Elysées</a> en février dernier. Là se trouve aussi la raison de l’impression mitigée laissée par cette proposition parmesane. Comme à Paris, <strong>Riccardo Zanellato</strong> pèche par défaut d’autorité. Ses « Mors » sont moins une condamnation irréfutable qu’un aveu d’impuissance. <strong>Stefan Pop</strong> ténorise un « Ingemisco » enguirlandé de sons suaves et de ports de voix comme s’il s’agissait d’une aubade amoureuse – à l’intention du chef sur lequel son regard reste rivé ? Il faut la douceur de l’attaque dans le « Hostias » pour toucher – enfin – au divin. <strong>Varduhi Abramhamyan</strong> n’est jamais aussi expressive que rejointe par <strong>Marina Rebeka</strong> le temps d’un « Recordare » si belcantiste dans le dosage de ses effets qu’on le croirait échappé d’une partition de Rossini. Car la soprano lettone capte l’essentiel de la lumière – c’est là son moindre défaut. S’affirment une fois encore la musicalité, le legato, le souffle, la pureté de l’émission, l’éventail des nuances, la précision de l’aigu, la délicatesse des <em>piani</em>, et au-delà de la technique imparable&nbsp;: la présence, comme si l’œuvre l’aspirait. Une évidence, une force de conviction avec pour seules limites les psalmodies du « Libera me », trop graves pour une voix pourtant large ; mais un élan irrépressible que l’on appelle la foi.&nbsp;</p>
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		<title>Norma — Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/norma-barcelone-le-triomphe-de-la-servante-ecarlate/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Jul 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ses 175 ans –&#160;fêtés tout au long de l&#8217;année –&#160;le Liceu de Barcelone reprend cette production londonienne de Norma datant de 2016. Voilà sept ans que l’œuvre de Bellini n&#8217;avait pas été à l&#8217;affiche de la capitale catalane. Si le cast est applaudi à tout rompre à la fin de la représentation, en revanche, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ses 175 ans –&nbsp;fêtés tout au long de l&rsquo;année –&nbsp;le Liceu de Barcelone reprend cette <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/norma-londres-roh-la-chance-sourit-aux-audacieuses">production londonienne</a> de <i>Norma</i> datant de 2016. Voilà sept ans que l’œuvre de Bellini n&rsquo;avait pas été à l&rsquo;affiche de la capitale catalane. Si le <i>cast</i> est applaudi à tout rompre à la fin de la représentation, en revanche, la mise en scène d&rsquo;<strong>Alex Ollé</strong>, enfant du pays et artiste en résidence, soulève huées et <i>bravi</i> à la hauteur d&rsquo;une Première parisienne.</p>
<p>Il faut dire que sa transposition dans un présent dystopique de totalitarisme religieux peut heurter certaines sensibilités&nbsp;: le décor, en effet, est composé d&rsquo;une forêt de crucifix dont l&rsquo;accumulation semble annuler le message originel pour porter celui d&rsquo;un catholicisme dévoyé. Norma apparaît en papesse, tout de rouge vêtue et brandit une croix qui ressemble à celle de l&rsquo;Opus Dei. Adalgisa ainsi qu&rsquo;un aréopage de femmes vêtues en cardinaux complètent ce clergé féminin à même de choquer une partie du public.</p>
<p>Pourtant ce cadre fonctionne plutôt bien tout au long du spectacle en particulier lorsque les aveux d&rsquo;Adalgisa deviennent une véritable scène de confession qui souligne le rapport hiérarchique entre les deux femmes tout en valorisant leur franchise. Les deux chanteuses y révèlent une complicité et une puissance émotionnelle dont elles ne se départiront pas tout au long de la soirée.</p>
<p>Surtout, l&rsquo;agrégat de crucifix prend tout son sens à la fin de l’œuvre lorsque Norma, marchant vers son sacrifice, se meut en une figure christique qui rachète ainsi, à elle seule, les fautes de la communauté. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une extrapolation délirante de la part du metteur en scène puisque le livret souligne textuellement cette idée.</p>
<p>Huées sévères donc, d&rsquo;autant plus que les belles lumières de <strong>Marco Filibeck</strong> mettent en valeur un travail plastique très réussi d&rsquo;<strong>Alfons Flores</strong> en charge de la scénographie.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/t22_norma_s2_005.jpg?itok=xpMGw2mi" title=" © David Ruano" width="468"><br />
&nbsp;© David Ruano</p>
<p>Si les encensoirs, les pénitents cagoulés, les repentants portant la croix … permettent d&rsquo;animer visuellement la scène, en revanche, la soirée souffre d&rsquo;une direction d&rsquo;acteur assez indigente qui met en difficulté certains chanteurs. C&rsquo;est le cas de <strong>Varduhi Abrahamyan</strong> (que l&rsquo;on entend régulièrement à l&rsquo;Opéra de Paris) dont l&rsquo;Adalgisa semble souvent perdue sur scène et assez monolithique dans son personnage éploré. Ceci dit, la mezzo arménienne bénéficie d&rsquo;un timbre assez clair, aux teintes soyeuses qui fonctionne parfaitement dans les duos, tant avec Norma qu&rsquo;avec Pollione.</p>
<p><strong>Marina Rebeka</strong> campe une magnifique Norma aux graves bien projetés, jamais appuyés, aux aigus puissants ou ciselés à l&rsquo;envi. Femme déchirée, renonçant à la séduction facile pour s&rsquo;exposer, authentique, sa druidesse profite d&rsquo;une ligne vocale souveraine. La voix, libre, ductile, est toujours au service de l&rsquo;expressivité, refusant l&rsquo;artifice ou l&rsquo;effet attendu.</p>
<p>Son incarnation, profondément juste et émouvante, accompagne l&rsquo;évolution du personnage avec une remarquable intelligence. Elle accentue, par contraste, la faiblesse du personnage de Pollione que défend <strong>Riccardo Massi</strong> avec une grande sincérité. La voix puissamment projetée et bien verticale, à la diction claire, montre toutefois quelques défauts de justesse dans ses premières interventions avant de s&rsquo;affirmer au cours de la soirée jusqu&rsquo;à une dernière scène particulièrement touchante.</p>
<p>Complétant la distribution, <strong>Nicolas Testé </strong>est annoncé comme convalescent mais assume pleinement son rôle d&rsquo;Oroveso y compris lorsque la mise en scène lui impose, bien inutilement, de tirer une balle dans la tête de sa fille.</p>
<p>Sous la direction engagée de<strong> Domingo Hindoyan</strong>, extrêmement attentif au plateau, aux nuances, aux couleurs, l&rsquo;Orchestre Symphonique du Grand Théâtre du Liceu est nourri de transparence, de sensualité autant que de fougue. Il régale l&rsquo;oreille tout comme le Chœur du Grand Théâtre du Liceu précis et capiteux.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm">
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