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	<title>Donnie Ray ALBERT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Donnie Ray ALBERT - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BELLINI, I Capuleti e i Montecchi – Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-i-capuleti-e-i-montecchi-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Jun 2024 05:56:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quitte à se prendre une volée de bois vert pour faute de goût, osons assumer : cette production devant laquelle beaucoup ont préféré fermer les yeux pour mieux écouter la musique, effarés par tant de laideur, eh bien, cette mise en scène, on a envie de la défendre. Les goûts et les couleurs, c’est bien &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quitte à se prendre une volée de bois vert pour faute de goût, osons assumer : cette production devant laquelle beaucoup ont préféré fermer les yeux pour mieux écouter la musique, effarés par tant de laideur, eh bien, cette mise en scène, on a envie de la défendre. Les goûts et les couleurs, c’est bien connu… Mais la question n’est pas là. Ne voit-on pas sur scène ce qui constitue notre monde et le produit de nos créations ? N’y reconnaît-on pas nos codes culturels, certes populaires, mais si présents ? D’abord perplexes face aux choix de décors, de costumes et de gestuelles, c’est un mélange de curiosité, puis d’intérêt et enfin de complicité qui nous a accompagnée tout au long de l’œuvre. Et ce spectacle est une splendeur, car merveilleusement chanté de bout en bout, avec un chef et son orchestre au service de la beauté bellinienne sans que rien ne puisse en contrarier l’écoute et la jouissance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2023_06_Les-Capulet-et-les-Montaigu-©-Jean-Louis-Fernandez-17-copie-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166950"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Pour ceux à qui l’univers visuel de cette production a blessé le sens du beau, il est loisible de passer immédiatement au paragraphe suivant, où il est question des voix et de la musique… Mais saluons la vision de <strong>Pınar Karabulut</strong>, jeune allemande d’origine turque nouvelle venue dans l’univers de l’opéra (elle a mis en scène <em>Il Trittico</em> à Berlin l’année passée), cependant déjà remarquée dans le monde du théâtre. Sur un plateau quasiment vide où un noyau central, sorte de bouton pressoir, qui n’est pas sans rappeler certains plateaux de jeux télévisés, concentre toute la lumière, des anneaux successifs évoquent la piste du cirque, dans une stylisation tout en plastique. Les chevaux de théâtre en matériaux peu naturels au court chanfrein de pur sangs arabes et aux queues et crinières pomponnées comme des accessoires de Ken et Barbie, sont autant de rappels du monde de l’enfance ou des films adaptés de Karl May (dont les héros plaisaient tant à Fritz Lang)&nbsp;; ils ne dépareraient pas dans les meilleurs westerns spaghettis. Le rideau de scène et les feux de la rampe sont matérialisés par un seul serpentin en forme de néon aux couleurs vives, dans un Far West façon Las Vegas à l’économie. Un chardon tient lieu d’arbre et l’on voit rouler un <em>tumbleweed,</em> cette fameuse herbe qui tourne dans le désert sans laquelle un western digne de ce nom ne peut se concevoir. Les références visuelles sont donc liées au cinéma et au cirque, majoritairement. La couleur, toujours vive, ne donne jamais dans la nuance. Bleu roi des Capulet guelfes et rouge vif des Montaigu gibelins, tout est ici violemment contrasté et propose une lecture évidente. Frère Laurent porte sur son vêtement d’arlequin une robe de bure qui ressemble aux fameux cache-poussières des spaghettis de Sergio Leone. Les déambulations des uns et des autres rappellent certains nanars, de Flash Gordon à d’improbables films de science-fiction. On peine à retrouver les références précises de l’étrange presse-agrumes apparenté à une improbable soucoupe volante qui vient se clipper (ou pas) sur la piste de cirque tout en caoutchouc. Les membres des deux factions sont accoutrés comme les Dalton qui se seraient perdus sur le plateau de Zorro flanqué du sergent Garcia. Et pourtant, tout cela finit par faire sens. De cette querelle absurde et ancestrale entre familles, factions ou autres partis politiques passés, présents ou futurs, n’assiste-t-on pas à l’absurde et au grotesque de ce qui constitue le genre humain&nbsp;? De ce ridicule aberrant et dément naissent ainsi une musique et une ligne mélodique d’autant plus sublimes. Pınar Karabulut sait organiser une foule sur un plateau, même si l’on aurait aimé qu’elle soigne davantage les chorégraphies et les mouvements des solistes. Étrangement, on pense à Alexander Kluge (maître du nouveau cinéma allemand) et à son film <em>Les Artistes sous les chapiteaux&nbsp;: perplexes</em>. La principale intéressée, quand on lui pose la question, répond qu’elle n’a pas songé précisément à cette œuvre mais connaît évidemment l’artiste et paraît flattée qu’on ait pu voir une telle référence. En revanche, elle confirme avoir voulu ne pas chercher à faire passer la mezzo interprétant Roméo pour un homme. Il en résulte pour l’héroïne une apparence très séduisante, entre Errol Flynn et Marlene Dietrich pour les codes vestimentaires, dans un masculin/féminin très érotique. Les partisans de Roméo sont incarnés par des femmes, au costume légèrement plus cintré que ceux de leurs ennemis, dans une guerre des sexes en effet miroir d’un bel effet. Chacun se fera son opinion pour l’ensemble du spectacle, mais les choix de l’équipe technique nous paraissent très pertinents et intellectuellement stimulants.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2023_06_Les-Capulet-et-les-Montaigu-©-Jean-Louis-Fernandez-29-copie-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166951" width="910" height="606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Il est toujours inquiétant de voir apparaître le directeur d’un théâtre, en l’occurrence ici <strong>Matthieu Dussouillez</strong>, avant que le spectacle ne commence. L’annonce concerne l’interprète de Juliette, <strong>Yaritza Véliz</strong>, qui a tenu à faire savoir qu’elle n’était pas au mieux de sa forme et qu’elle faisait appel à la compréhension du public. N’ayant jamais entendu par le passé la soprano chilienne, difficile de se faire une idée de ce que l’on a pu rater aujourd’hui, car la performance est bluffante. La jeune femme paraît tout à fait à son aise tout au long de la partition, tout en agilité et en subtilités, voix charnue un rien masculine pour un personnage au caractère bien trempé se métamorphosant en ingénue aux aigus cristallins, dans un bel canto expressif et virtuose. Quand elle chante sur le plateau suspendu par des filins, comme en cage, au bord de la structure en mouvement, on a beau savoir qu’elle est maintenue par un harnais, on souffre pour elle. Et pourtant, l’exercice périlleux ne semble la déranger en rien, la voix étant plus assurée que jamais. On envie toutefois les chanceux qui entendront cette fabuleuse interprète au meilleur de ses possibilités. Si le Roméo de la mezzo québécoise <strong>Julie Boulianne</strong> manque parfois de puissance sonore dans sa première scène, la voix s’affermit rapidement et déploie des trésors de volupté et un legato superbe qui culmine dans la scène du tombeau. Le ténor costaricain <strong>David Astorga</strong> confère à Tebaldo, rival malheureux, une dignité et une profondeur intenses grâce aux atouts d’une voix bien caractérisée en adéquation avec un rôle peu développé qui prend ici beaucoup de relief. Le baryton américain <strong>Donnie Ray Albert </strong>convainc en Capellio, père engoncé dans ses certitudes et fermé à tout compromis, avec autorité. On regrette que le rôle de Lorenzo soit si peu développé, car le baryton espagnol <strong>Manuel Fuentes</strong> fascine par un charisme dont on aurait aimé se délecter plus à loisir. Cela dit, le quintette a été un moment privilégié, tant l’adéquation de ces cinq voix s’est avérée d’une beauté rare, dans un accord parfait, pour un moment de grâce exquis.</p>
<p>Si les chœurs s’expriment le plus souvent en faisant fi de l’articulation, on oublie vite les défauts de prononciation car les fameuses pulsations belliniennes accompagnent les solistes en cœur qui bat avec ardeur et constance. Le chef espagnol <strong>Ramón Tebar</strong> dit dans sa note d’intention publiée dans le programme tout le bien qu’il pense de l’écriture musicale de Bellini, du soin extrême porté aux récitatifs (magnifiquement mis en valeur ici par les chanteurs) et de la grande expressivité de sa musique. Il réussit à obtenir de l’<strong>orchestre Opéra national de Lorraine</strong> les tensions, les couleurs dramatiques et les merveilleux silences si importants (et éloquents) chez l’auteur de Catane. On aurait aimé un son un peu moins compact, mais c’est là pinailler, d’autant que les soli instrumentaux ont magistralement mis en valeur une magnifique palette d’émotions. Les amoureux de Bellini sont ici comblés…</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Les Capulet et les Montaigu, Bellini" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/5QDYZuOZvB0?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>BARBER, Vanessa — Glyndebourne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vanessa-streaming-glyndebourne-le-miroir-sargenta-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jun 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de Vanessa (visible du 14  au 21 juin 2020), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 05 août 2018. En présentant Vanessa pour fêter le soixantième anniversaire de sa création mondiale, le festival de Glyndebourne offre à Samuel Barber le plus beau &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>Vanessa </em>(<a href="https://www.glyndebourne.com/events/vanessa/">visible du 14  au 21 juin 2020</a>), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 05 août 2018</strong><strong>. </strong></p>
<hr />
<p>En présentant <em>Vanessa</em> pour fêter le soixantième anniversaire de sa création mondiale, le festival de Glyndebourne offre à Samuel Barber le plus beau cadeau qui soit. Cet adoubement posthume accordé par une institution de réputation internationale est d’autant plus important que le spectacle proposé est une parfaite réussite. Ainsi porté à bout de bras, après son passage <a href="https://www.forumopera.com/vanessa-wexford-un-opera-americain-sous-un-ciel-irlandais">à Wexford l’an dernier</a>, le premier des opéras de Barber restera-t-il encore longtemps ignoré des villes qui n’ont toujours pas jugé bon de le programmer ? Au nom de quel snobisme ? A l’heure où les opéras de Bernard Herrmann sont mis à l’affiche (<em>Wuthering Heights </em>à Nancy en mai 2019), plus n’est besoin d’un alibi pour jouer des œuvres qui représentent l’art lyrique du XXe siècle aussi dignement qu’un Britten ou un Henze. Contrairement à celle de son compagnon et librettiste Menotti, la musique écrite par Barber pour <em>Vanessa</em>, bien que nullement avant-gardiste, ne succombe jamais aux sirènes passéistes : on n’entend pas ici du sous-Puccini, mais une partition personnelle, portée à la fois par un solide souffle mélodique et par une certaine audace qui ne craint pas la dissonance « raisonnable » quand la situation le justifie. Faut-il mettre au crédit du seul <strong>Jakub </strong><strong>Hrůša</strong> l’efficacité de cet opéra riche en superbes intermèdes orchestraux ? Certes le London Philharmonic Orchestra semble au mieux de sa forme, mais le mérite doit bien en revenir aussi au compositeur…</p>
<p>Autre responsable du succès de ce spectacle, <strong>Keith Warner</strong>, dont le travail à l’Opéra du Rhin <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/loeil-etait-dans-les-cintres-et-regardait-heinrich">sur <em>Tannhäuser</em></a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-etait-grand-temps"><em>Le Roi Arthus</em></a> avait laissé un souvenir plus que mitigé. Pour sa première production à Glyndebourne, le metteur en scène britannique réussit un petit miracle d’intelligence et de goût. De goût, parce qu’avec la complicité de son équipe artistique, il situe l’action dans un monde de sophistication et d’élégance qui rappellent le <em>silver screen</em>, le cinéma de l’âge d’or hollywoodien, en transposant l’intrigue dans les années 1950 sublimées par Douglas Sirk. D’intelligence, parce qu’il parvient, sans jamais trahir l’œuvre, à dépasser le mélo concocté par Menotti pour suggérer des prolongements inattendus : jouant à fond la carte de la rivalité/ressemblance des deux femmes qui se disputent le bel Anatol, Keith Warner opte pour un décor constitué d’immenses miroirs sans tain à cadre argenté, où une action imaginée ou remémorée se superpose à l’action vécue sur le devant de la scène. Parmi les non-dits ici plus ou moins explicités, l’ombre de l’inceste passe même, quand une scène d’accouchement pendant l’ouverture laisse penser que Vanessa a elle-même eu un enfant d’Anatol père, comme Erika en aura un d’Anatol fils. Les souvenirs du vieux docteur favorisent un feuilletage temporel, entre les années 1910 (jeunesse du docteur), 1930 (jeunesse de Vanessa) et 1950 (temps supposé de l’action). Et le pays « nordique » voulu par le livret prend un petit air d’Etats-Unis d’Amérique, à travers quelques allusions au racisme ordinaire.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="385" src="/sites/default/files/styles/large/public/van6.jpeg?itok=P70-vdzx" title="V. Verrez © Tristram Kenton" width="468" /><br />
	© Tristram Kenton</p>
<p>Quant à la distribution vocale, elle réserve quelques surprises qui vont peut-être, elles aussi, dans le sens d’une plus grande adhésion à l’œuvre. En confiant le rôle-titre à <strong>Emma Bell</strong>, le festival de Glyndebourne a choisi une voix sombre, à l’aigu sans grande séduction, mais ce qui pourrait ailleurs passer pour des défauts contribue ici à rendre Vanessa moins superficielle, plus humaine, plus proche de sa nièce tant dans les couleurs vocales que dans l’expression de la douleur. Scéniquement, transfigurée par sa perruque blonde et ses robes d’une élégance très <em>fifties</em>, la soprano britannique est digne de <em>Lana Turner</em> dans <em>Mirage de la vie. </em>La mezzo française <strong>Virginie Verrez </strong>est non seulement capable d’énoncer avec une diction parfaite les noms de plats dans la toute première scène (« Potage crème aux perles », « Ecrevisses à la bordelaise », etc.), mais elle sait aussi conférer toute sa force à un personnage dont on prétend qu’il poussa Maria Callas à renoncer à celui de Vanessa : Erika prenait trop de place dans l’œuvre, selon la Divine. Remplaçant Doris Soffel initialement annoncée, <strong>Rosalind Plowright</strong> a fort peu à chanter mais parvient à faire accepter sa métamorphose en mezzo. De retour après son Belmonte et son Alfredo, <strong>Edgaras Montvidas</strong> trouve en Anatol un personnage qui lui va comme un gant, et les rares moments où le ténor force un peu la voix, retombant dans un travers qu’on a déjà pu lui reprocher, servent finalement bien cet anti-héros hésitant entre la tante et la nièce. <strong>Donnie Ray Albert</strong> est un très savoureux docteur, et même le tout jeune <strong>William Thomas</strong> réussit à caractériser le Majordome durant la très courte scène où il se révèle fétichiste des fourrures. On espère vivement qu’un DVD viendra immortaliser ce magnifique spectacle et combler une lacune de la vidéographie.</p>
<p>En présentant <em>Vanessa</em> pour fêter le soixantième anniversaire de sa création mondiale, le festival de Glyndebourne offre à Samuel Barber le plus beau cadeau qui soit. Cet adoubement posthume accordé par une institution de réputation internationale est d’autant plus important que le spectacle proposé est une parfaite réussite. Ainsi porté à bout de bras, après son passage <a href="https://www.forumopera.com/vanessa-wexford-un-opera-americain-sous-un-ciel-irlandais">à Wexford l’an dernier</a>, le premier des opéras de Barber restera-t-il encore longtemps ignoré des villes qui n’ont toujours pas jugé bon de le programmer ? Au nom de quel snobisme ? A l’heure où les opéras de Bernard Herrmann sont mis à l’affiche (<em>Wuthering Heights </em>à Nancy en mai 2019), plus n’est besoin d’un alibi pour jouer des œuvres qui représentent l’art lyrique du XXe siècle aussi dignement qu’un Britten ou un Henze. Contrairement à celle de son compagnon et librettiste Menotti, la musique écrite par Barber pour <em>Vanessa</em>, bien que nullement avant-gardiste, ne succombe jamais aux sirènes passéistes : on n’entend pas ici du sous-Puccini, mais une partition personnelle, portée à la fois par un solide souffle mélodique et par une certaine audace qui ne craint pas la dissonance « raisonnable » quand la situation le justifie. Faut-il mettre au crédit du seul <strong>Jakub </strong><strong>Hrůša</strong> l’efficacité de cet opéra riche en superbes intermèdes orchestraux ? Certes le London Philharmonic Orchestra semble au mieux de sa forme, mais le mérite doit bien en revenir aussi au compositeur…</p>
<p>Autre responsable du succès de ce spectacle, <strong>Keith Warner</strong>, dont le travail à l’Opéra du Rhin <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/loeil-etait-dans-les-cintres-et-regardait-heinrich">sur <em>Tannhäuser</em></a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-etait-grand-temps"><em>Le Roi Arthus</em></a> avait laissé un souvenir plus que mitigé. Pour sa première production à Glyndebourne, le metteur en scène britannique réussit un petit miracle d’intelligence et de goût. De goût, parce qu’avec la complicité de son équipe artistique, il situe l’action dans un monde de sophistication et d’élégance qui rappellent le <em>silver screen</em>, le cinéma de l’âge d’or hollywoodien, en transposant l’intrigue dans les années 1950 sublimées par Douglas Sirk. D’intelligence, parce qu’il parvient, sans jamais trahir l’œuvre, à dépasser le mélo concocté par Menotti pour suggérer des prolongements inattendus : jouant à fond la carte de la rivalité/ressemblance des deux femmes qui se disputent le bel Anatol, Keith Warner opte pour un décor constitué d’immenses miroirs sans tain à cadre argenté, où une action imaginée ou remémorée se superpose à l’action vécue sur le devant de la scène. Parmi les non-dits ici plus ou moins explicités, l’ombre de l’inceste passe même, quand une scène d’accouchement pendant l’ouverture laisse penser que Vanessa a elle-même eu un enfant d’Anatol père, comme Erika en aura un d’Anatol fils. Les souvenirs du vieux docteur favorisent un feuilletage temporel, entre les années 1910 (jeunesse du docteur), 1930 (jeunesse de Vanessa) et 1950 (temps supposé de l’action). Et le pays « nordique » voulu par le livret prend un petit air d’Etats-Unis d’Amérique, à travers quelques allusions au racisme ordinaire.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="385" src="/sites/default/files/styles/large/public/van6.jpeg?itok=P70-vdzx" title="V. Verrez © Tristram Kenton" width="468" /><br />
	© Tristram Kenton</p>
<p>Quant à la distribution vocale, elle réserve quelques surprises qui vont peut-être, elles aussi, dans le sens d’une plus grande adhésion à l’œuvre. En confiant le rôle-titre à <strong>Emma Bell</strong>, le festival de Glyndebourne a choisi une voix sombre, à l’aigu sans grande séduction, mais ce qui pourrait ailleurs passer pour des défauts contribue ici à rendre Vanessa moins superficielle, plus humaine, plus proche de sa nièce tant dans les couleurs vocales que dans l’expression de la douleur. Scéniquement, transfigurée par sa perruque blonde et ses robes d’une élégance très <em>fifties</em>, la soprano britannique est digne de <em>Lana Turner</em> dans <em>Mirage de la vie. </em>La mezzo française <strong>Virginie Verrez </strong>est non seulement capable d’énoncer avec une diction parfaite les noms de plats dans la toute première scène (« Potage crème aux perles », « Ecrevisses à la bordelaise », etc.), mais elle sait aussi conférer toute sa force à un personnage dont on prétend qu’il poussa Maria Callas à renoncer à celui de Vanessa : Erika prenait trop de place dans l’œuvre, selon la Divine. Remplaçant Doris Soffel initialement annoncée, <strong>Rosalind Plowright</strong> a fort peu à chanter mais parvient à faire accepter sa métamorphose en mezzo. De retour après son Belmonte et son Alfredo, <strong>Edgaras Montvidas</strong> trouve en Anatol un personnage qui lui va comme un gant, et les rares moments où le ténor force un peu la voix, retombant dans un travers qu’on a déjà pu lui reprocher, servent finalement bien cet anti-héros hésitant entre la tante et la nièce. <strong>Donnie Ray Albert</strong> est un très savoureux docteur, et même le tout jeune <strong>William Thomas</strong> réussit à caractériser le Majordome durant la très courte scène où il se révèle fétichiste des fourrures. On espère vivement qu’un DVD viendra immortaliser ce magnifique spectacle et combler une lacune de la vidéographie.</p>
<p><a href="https://www.glyndebourne.com/events/vanessa/">Voir la vidéo</a></p>
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		<title>Vanessa</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/vanessa-trois-femmes-blessees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jul 2019 07:09:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un monde idéal, il y a certains opéras que l’on verrait un peu moins, car on les donne aujourd’hui un peu trop, et d’autres que l’on verrait bien plus souvent, parce qu’ils sont actuellement l’objet d’un mépris scandaleux. Vanessa de Barber est de ces chefs-d’œuvre que l’on ne programme pas. C’est d’autant plus curieux &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un monde idéal, il y a certains opéras que l’on verrait un peu moins, car on les donne aujourd’hui un peu trop, et d’autres que l’on verrait bien plus souvent, parce qu’ils sont actuellement l’objet d’un mépris scandaleux. <em>Vanessa</em> de Barber est de ces chefs-d’œuvre que l’on ne programme pas. C’est d’autant plus curieux que, depuis quelques décennies, le fameux <em>Adagio pour cordes</em> s’est imposé comme un tube planétaire, dans toutes les versions possibles. Snobisme, peut-être ? On donne pourtant encore les opéras de Menotti, à l’intérêt bien plus discutable. Jamais sans doute ce même Menotti n’a été aussi bon librettiste que pour son compagnon Samuel Barber. L’intrigue de <em>Vanessa</em>, inventée pour l’occasion, est dense, menée à un rythme soutenu, riche en moments de crise et propice à ces ingrédients de l’opéra « traditionnel » que sont les ensembles et autres scènes de bal. Barber a réussi à écrire une musique qui, sans adhérer à une certaine modernité européenne, réussit à ne sembler jamais passéiste. On se situe ici dans une tradition qui découle en droite ligne de Tchaïkovski et de Puccini, mais là où Menotti se contentait d’imiter assez servilement, Barber parvient à trouver une voix personnelle. Sa partition a quelque chose d’un peu hollywoodien, parfois ? Si cela signifie qu’elle rappelle Korngold, où serait le mal ? Et si on la compare à ce que faisaient les compositeurs de musique de film lorsqu’ils s’aventuraient dans le genre lyrique, la différence éclate aussitôt : là où <em>Vanessa</em> possède un impact immédiat grâce à sa concision même (à peine deux heures), <em>Wuthering Heights</em> de Bernard Herrmann, exact contemporain de Barber, semble bien dilué.</p>
<p>Jusqu’ici, aucune production de <em>Vanessa</em> n’avait été commercialisée ; YouTube offre bien une captation du spectacle donné à Monte-Carlo en 2001, avec Kiri Te Kanawa dans le rôle-titre, mais la qualité de l’image en est assez pitoyable, et l’œuvre est réduite à 1h30 de musique. Et voici, ô miracle, que l’œuvre fait son entrée sur le marché dans une version somptueuse, filmée au festival de <a href="https://www.forumopera.com/vanessa-glyndebourne-le-miroir-sargenta">Glyndebourne l’été dernier</a>. Spectacle esthétiquement superbe – un camaïeu de gris d’un goût exquis – où, sans faire les pieds au mur, <strong>Keith Warner </strong>arrive à conférer une épaisseur supplémentaire au livret en exploitant les non-dits et les sous-entendus glissés ici et là, et en jouant sur trois époques, entre les années 1910 et les années 1950. Est-ce un hasard si c’est un extrait d’<em>Œdipe roi</em> qu’on lit à l’héroïne dans la première scène ? Le héros incestueux par excellence a sûrement une raison d’être mentionné. Chacune des trois femmes sur lesquelles repose l’intrigue acquiert ainsi un passé, une dimension plus humaine : le silence de la vieille baronne devient plus compréhensible, Vanessa cesse d’être une exaspérante couguar, et Erika même y gagne en complexité.</p>
<p>A la tête du London PHilharmonic Orchestra, <strong>Jakub Hrůša </strong>exacerbe le drame et souligne la violence du propos, sans rien occulter des dissonances de la scène du bal où différentes musiques se superposent. Il faudrait être sourd pour nier la valeur de cette partition, et l’on peine à comprendre pourquoi la France tarde encore à accorder à cet opéra la place qu’il mérite.</p>
<p>Comme toujours à Glyndebourne, la distribution est soignée, le vivier que constitue la troupe de Young Artists permettant de confier les plus petits rôles à de belles voix. C’est notamment le cas de <strong>William Thomas</strong> dans le rôle du majordome. Pour le reste, les cinq personnages principaux sont presque d’égale importance, réunis dans le magnifique quintette final. En médecin, <strong>Donnie Ray Albert</strong> se montre aussi habile à susciter le rire lorsqu’il est ivre que l’émotion dans ses instants de nostalgie, explicités par la mise en scène. <strong>Rosalind Plowright</strong> rend ici tout à fait acceptable sa métamorphose en mezzo, et prête à la baronne la distinction qui lui sied, non sans révéler les failles de cette femme murée dans son mutisme. Avec le suprêmement antipathique Anatol – là aussi, Keith Warner parvient à aiguiser le trait en partant d’une simple réplique –, <strong>Edgaras Montvidas</strong> trouve un rôle où il n’a jamais à forcer ses moyens et où il peut se montrer en tous points convaincant. Révélation en la personne de notre compatriote <strong>Virginie Verrez</strong>, vue en Flora dans diverses reprises de <em>Traviata</em> à Bastille, prochainement Carmen au Welsh National Opera ou Prince Charmant de <em>Cendrillon</em> à Klagenfurt : cette jeune mezzo possède un timbre chaud, l’actrice est touchante et l’on guettera avec intérêt la suite de sa carrière. <strong>Emma Bell</strong>, enfin, donne à l’héroïne des couleurs sombres qui la rendent moins déplaisante, et qui font mieux accepter l’aveuglement de Vanessa. Captés par les micros le 14 août, ses aigus passent beaucoup mieux qu’en salle quelques jours auparavant.</p>
<p>La barre est donc placée très haut, mais on espère que cela ne découragera personne de tenter de faire au moins aussi bien.</p>
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		<title>BARBER, Vanessa — Glyndebourne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vanessa-glyndebourne-le-miroir-sargenta/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Aug 2018 10:45:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En présentant Vanessa pour fêter le soixantième anniversaire de sa création mondiale, le festival de Glyndebourne offre à Samuel Barber le plus beau cadeau qui soit. Cet adoubement posthume accordé par une institution de réputation internationale est d’autant plus important que le spectacle proposé est une parfaite réussite. Ainsi porté à bout de bras, après &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En présentant <em>Vanessa</em> pour fêter le soixantième anniversaire de sa création mondiale, le festival de Glyndebourne offre à Samuel Barber le plus beau cadeau qui soit. Cet adoubement posthume accordé par une institution de réputation internationale est d’autant plus important que le spectacle proposé est une parfaite réussite. Ainsi porté à bout de bras, après son passage <a href="https://www.forumopera.com/vanessa-wexford-un-opera-americain-sous-un-ciel-irlandais">à Wexford l’an dernier</a>, le premier des opéras de Barber restera-t-il encore longtemps ignoré des villes qui n’ont toujours pas jugé bon de le programmer ? Au nom de quel snobisme ? A l’heure où les opéras de Bernard Herrmann sont mis à l’affiche (<em>Wuthering Heights </em>à Nancy en mai 2019), plus n’est besoin d’un alibi pour jouer des œuvres qui représentent l’art lyrique du XXe siècle aussi dignement qu’un Britten ou un Henze. Contrairement à celle de son compagnon et librettiste Menotti, la musique écrite par Barber pour <em>Vanessa</em>, bien que nullement avant-gardiste, ne succombe jamais aux sirènes passéistes : on n’entend pas ici du sous-Puccini, mais une partition personnelle, portée à la fois par un solide souffle mélodique et par une certaine audace qui ne craint pas la dissonance « raisonnable » quand la situation le justifie. Faut-il mettre au crédit du seul <strong>Jakub </strong><strong>Hrůša</strong> l’efficacité de cet opéra riche en superbes intermèdes orchestraux ? Certes le London Philharmonic Orchestra semble au mieux de sa forme, mais le mérite doit bien en revenir aussi au compositeur…</p>
<p>Autre responsable du succès de ce spectacle, <strong>Keith Warner</strong>, dont le travail à l’Opéra du Rhin <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/loeil-etait-dans-les-cintres-et-regardait-heinrich">sur <em>Tannhäuser</em></a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-etait-grand-temps"><em>Le Roi Arthus</em></a> avait laissé un souvenir plus que mitigé. Pour sa première production à Glyndebourne, le metteur en scène britannique réussit un petit miracle d’intelligence et de goût. De goût, parce qu’avec la complicité de son équipe artistique, il situe l’action dans un monde de sophistication et d’élégance qui rappellent le <em>silver screen</em>, le cinéma de l’âge d’or hollywoodien, en transposant l’intrigue dans les années 1950 sublimées par Douglas Sirk. D’intelligence, parce qu’il parvient, sans jamais trahir l’œuvre, à dépasser le mélo concocté par Menotti pour suggérer des prolongements inattendus : jouant à fond la carte de la rivalité/ressemblance des deux femmes qui se disputent le bel Anatol, Keith Warner opte pour un décor constitué d’immenses miroirs sans tain à cadre argenté, où une action imaginée ou remémorée se superpose à l’action vécue sur le devant de la scène. Parmi les non-dits ici plus ou moins explicités, l’ombre de l’inceste passe même, quand une scène d’accouchement pendant l’ouverture laisse penser que Vanessa a elle-même eu un enfant d’Anatol père, comme Erika en aura un d’Anatol fils. Les souvenirs du vieux docteur favorisent un feuilletage temporel, entre les années 1910 (jeunesse du docteur), 1930 (jeunesse de Vanessa) et 1950 (temps supposé de l’action). Et le pays « nordique » voulu par le livret prend un petit air d’Etats-Unis d’Amérique, à travers quelques allusions au racisme ordinaire.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="385" src="/sites/default/files/styles/large/public/van6.jpeg?itok=P70-vdzx" title="V. Verrez © Tristram Kenton" width="468" /><br />
	© Tristram Kenton</p>
<p>Quant à la distribution vocale, elle réserve quelques surprises qui vont peut-être, elles aussi, dans le sens d’une plus grande adhésion à l’œuvre. En confiant le rôle-titre à <strong>Emma Bell</strong>, le festival de Glyndebourne a choisi une voix sombre, à l’aigu sans grande séduction, mais ce qui pourrait ailleurs passer pour des défauts contribue ici à rendre Vanessa moins superficielle, plus humaine, plus proche de sa nièce tant dans les couleurs vocales que dans l’expression de la douleur. Scéniquement, transfigurée par sa perruque blonde et ses robes d’une élégance très <em>fifties</em>, la soprano britannique est digne de <em>Lana Turner</em> dans <em>Mirage de la vie. </em>La mezzo française <strong>Virginie Verrez </strong>est non seulement capable d’énoncer avec une diction parfaite les noms de plats dans la toute première scène (« Potage crème aux perles », « Ecrevisses à la bordelaise », etc.), mais elle sait aussi conférer toute sa force à un personnage dont on prétend qu’il poussa Maria Callas à renoncer à celui de Vanessa : Erika prenait trop de place dans l’œuvre, selon la Divine. Remplaçant Doris Soffel initialement annoncée, <strong>Rosalind Plowright</strong> a fort peu à chanter mais parvient à faire accepter sa métamorphose en mezzo. De retour après son Belmonte et son Alfredo, <strong>Edgaras Montvidas</strong> trouve en Anatol un personnage qui lui va comme un gant, et les rares moments où le ténor force un peu la voix, retombant dans un travers qu’on a déjà pu lui reprocher, servent finalement bien cet anti-héros hésitant entre la tante et la nièce. <strong>Donnie Ray Albert</strong> est un très savoureux docteur, et même le tout jeune <strong>William Thomas</strong> réussit à caractériser le Majordome durant la très courte scène où il se révèle fétichiste des fourrures. On espère vivement qu’un DVD viendra immortaliser ce magnifique spectacle et combler une lacune de la vidéographie.</p>
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