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	<title>German Enrique ALCANTARA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 26 Feb 2026 17:25:21 +0000</lastBuildDate>
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	<title>German Enrique ALCANTARA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor (distr. B) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-distr-b-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La seconde distribution de Lucia di Lammermoor, programmé au total huit fois au Théâtre du Capitole de Toulouse fait la part belle à la jeunesse. La distribution A avait vu se reconstituer le duo anthologique Pratt/Pati en Lucia/Edgardo. Lionel Lhote avait brillé en Enrico et Michele Pertusi en Raimondo. Ce sont ces quatre rôles qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La seconde distribution de <em>Lucia di Lammermoor</em>, programmé au total huit fois au Théâtre du Capitole de Toulouse fait la part belle à la jeunesse.<br />
<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-toulouse/">La distribution A</a> avait vu se reconstituer le duo anthologique Pratt/Pati en Lucia/Edgardo. Lionel Lhote avait brillé en Enrico et Michele Pertusi en Raimondo. Ce sont ces quatre rôles qui sont doublés, le reste de la distribution (un crâne <strong>Valentin Thill</strong> en Arturo, <strong>Fabien Hyon</strong> en Normanno et <strong>Irina Sherazadishvili</strong> en Alisa) étant inchangé.<br />
Nous avions déjà noté l’attention toute particulière du chef <strong>Fabrizio Maria Carminati</strong> à son plateau. C’est encore vrai ce soir et plus encore peut-être – les tempi pour les deux grandes scènes de Lucia sont très sensiblement ralentis, pour les besoins de la cause. A noter que cette fois-ci les deux parties de la scène de la folie se suivent immédiatement, ce qui contribue à densifier le drame.<br />
Le ténor norvégien <strong>Bror Magnus Tødenes</strong> a 33 ans. Il était <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-toulouse-un-conte-de-fees-du-xxie-siecle/">Tamino</a> ici même à Toulouse en 2021. Mais convenons qu’il y a un monde entre le jeune prince amoureux de Pamina et le ténébreux Ravenswood sur lequel le sort s’acharne. Pour que celui-ci soit pénétré de toute la rage amoureuse, de l’instinct presque bestial de vengeance, il faut confier à ce personnage une densité, une envie, mais aussi une noirceur certaine. La voix ce soir est certes dense dans le médium mais se perd dans des aigus parfois forcés et qui contraignent à détimbrer. Le jeu lui aussi manque d’engagement : on aurait envie de voir Edgardo amoureux et allant de l’avant, ici il ne fait que subir.<br />
<strong>Alessio Cacciamani</strong>, déjà vu en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-barbiere-di-siviglia-marseille/">Basilio à Marseille</a> est une basse italienne prometteuse. Ce bassoniste de formation, venu sur le tard au chant, campe un Raimondo d’autorité ; la puissance n’est pas fulgurante mais son « Ah cedi, cedi » au II est franchement convaincant.<br />
Des saluts enthousiastes et bien mérités ponctuent la prestation du jeune baryton argentin <strong>Germán</strong> <strong>Enrique Alcántara</strong> en Enrico. En 2018 il avait été primé au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/concours-musical-reine-elisabeth-de-belgique-2018-bruxelles-bozar-la-justice-de-salomon/">Concours Reine Elisabeth</a>.<br />
Voilà un chanteur qui n’oublie pas d’être aussi un acteur sur scène. Sa prestation est magnifique d’un bout à l’autre ; il se sort admirablement de son aria plus cabalette au premier acte et ajoute au rôle d’Enrico une noirceur qui va bien avec le personnage.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_5253.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Enfin , il nous tardait de découvrir la Lucia de <strong>Giuliana Gianfaldoni</strong>, remarquée au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-verdien-parme/">gala verdien de Parme</a> en octobre dernier ainsi qu’en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-parme/">Nanetta</a>, toujours à Parme. Il s’agit d’une prise de rôle et celle-ci est réussie. La native de Tarente s’approche avec moult précautions de ce personnage mais elle a de toute évidence le bagage technique et vocal pour en venir à bout.<br />
Elle fait bien de s’en approcher avec prudence ; ses deux grandes scènes sont prises sur un tempo lent, ce qui lui permet de négocier l’ensemble des coloratures aussi justement que possible. Mais il y a surtout un timbre qui, dans les médiums et les graves nous rappellent Mirella Freni avec des harmoniques riches à souhait. Les aigus sont appliqués et justes, la puissance  très respectable.<br />
Une prise de rôle qui doit donner confiance à cette jeune chanteuse à qui on ne pourrait que trop recommander de ne pas brûler les étapes.</p>
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		<title>MASCAGNI, Iris &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-iris-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À 36 ans, Pietro Mascagni connait le triomphe avec son tout premier opéra, Cavalleria Rusticana (1890). Malheureusement pour lui, cet accueil critique et populaire ne se renouvellera pas et, sur une quinzaine d’ouvrages ultérieurs, aucun n’aura une destinée comparable. Certains titres connurent un succès relativement durable, encore qu’on ne les donne plus aussi régulièrement aujourd’hui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À 36 ans, Pietro Mascagni connait le triomphe avec son tout premier opéra, <em>Cavalleria Rusticana</em> (1890). Malheureusement pour lui, cet accueil critique et populaire ne se renouvellera pas et, sur une quinzaine d’ouvrages ultérieurs, aucun n’aura une destinée comparable. Certains titres connurent un succès relativement durable, encore qu’on ne les donne plus aussi régulièrement aujourd’hui :  <em>L’Amico Fritz</em> (et son aimable <em>Duo des cerises</em>) ou encore récemment<em> <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-il-piccolo-marat-angers/">Il Piccolo Marat</a></em> (quasi inchantable pour les ténors actuels). D&rsquo;autres subirent en revanche des chutes mémorables, ainsi d&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-le-maschere-wexford/"><em>I Maschere</em></a>, comédie créée simultanément à la Scala de Milan (avec Caruso, excusez du peu), Gênes, Parme, Rome, Venise, Vérone (au Teatro Filarmonico) et, deux jours plus tard à Naples. Comme quoi il ne suffit pas toujours d’une bonne idée markéting pour vendre le produit. Mascagni est donc aujourd&rsquo;hui l&rsquo;homme d&rsquo;un seul opéra. Il partage cette étrange fatalité avec son collègue Leoncavallo : le compositeur d’<em>I Pagliacci</em>, ouvrage régulièrement couplé avec <em>Cavalleria rusticana</em> (sauf dans les théâtres qui veulent faire leur intéressant (1)), eut même encore moins de succès dans la suite de sa carrière de compositeur.<br />Si <em>Cavalleria rusticana</em> reste un archétype de l’opéra vériste, Mascagni toucha à d’autres genres, comme on l’a vu avec<em> I Maschere</em>. <em>Il Piccolo Marat</em> est un drame historique, <em>Sì</em> une opérette&#8230; <em>Iris</em> fait partie de la veine symboliste. Le livret lui en a été proposé par Luigi Illica après le refus d&rsquo;Alberto Franchetti (qui dédaignera aussi le livret de <em>Tosca</em> !). À l’époque, on lui doit déjà de spendides réussites, seul ou accompagné : <em>La Wally</em>, <em>La bohème</em> (écrit avec Giuseppe Giacosa) ou <em>Andrea</em> <em>Chénier</em>, et plus tard <em>Tosca</em> et <em>Madama Butterfly</em> avec Giacosa dans les deux cas). Quand il travaillait en duo avec Giacosa, Illica se consacrait d&rsquo;abord à l&rsquo;architecture du livret, à sa progression dramatique, à son découpage, tandis que son acolyte intervenait ensuite pour reformuler les dialogues et offrir une versification plus harmonieuse, propice à la composition. Ces succès étaient de bon augure, mais, comme on dit à la Bourse, « Les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="713" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0245-1024x713.jpeg" alt="" class="wp-image-201122"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>L’ouvrage commence par un saisissant prologue choral. Cette page est communément et improprement connue comme l’<em>Inno al sole</em> (<em>l’Hymne <strong>au</strong> soleil</em>) alors qu’il s’agit en fait de l’<em>Hymne <strong>du</strong> soleil</em>, l’astre étant ici symbolisé par le chœur. Iris est la très jeune fille d’un vieil aveugle. Simple et heureuse, elle en est encore à l&rsquo;âge des poupées. Alors qu’elle vient de faire un affreux cauchemar où, justement, sa poupée allait périr, elle remercie le soleil d’avoir dissipé son terrible songe. Sans le savoir, elle a attiré l’attention d’Osaka, jeune homme d’une riche famille noble. Osaka exige de son âme damnée Kyoto qu’il lui obtienne la jeune fille. Kyoto est un proxénète à la tête d&rsquo;une maison de geishas. Un chœur de lavandières se fait entendre. Iris chante les fleurs de son jardin. En dépit de son infirmité, son père remercie les divinités qui lui ont donné Iris pour le soutenir dans son malheur. Osaka et Kyoto, déguisés en comédiens ambulants, paraissent dans la rue, accompagnés d&rsquo;un cortège de musiciens, de geishas et d&rsquo;acrobates. Kyoto invite la foule à assister à leur spectacle de marionnettes : le Fils du soleil y viendra au secours d&rsquo;une belle et malheureuse jeune fille, Dhia. La représentation commence. Dhia a perdu sa mère. Elle a la voix d&rsquo;une des geishas de Kyoto. Elle est tourmentée par son père qui la maltraite et qui veut la vendre au marché (voix de Kyoto). Celle-ci est désespérée. Jor, le « Figlio del sole », apparait et lui lance, avec la voix d&rsquo;Osaka : « Veux-tu mourir ? Je te ferai mourir, mais je te ferai mourir embrassée par le soleil, puis je te conduirai à la terre éternelle où, ô ma fille, tu seras aimée ! ». Iris est débordée par l’émotion. Osaka prend la place de la poupée pour le dénouement final. Au milieu des danses, la jeune fille est enlevée par un comparse déguisé en vampire. Iris, pensant vivre un rêve, ne se débat même pas. Kyoto laisse au père aveugle une note (écrite !) accompagnée de quelques pièces, lettre dans laquelle il lui laisse croire que sa fille l’a abandonné de son plein gré. Le père maudit sa fille. Acte II : à Yoshiwara, le quartier tokyoite des geishas et des prostituées, « où le soleil ne pénètre jamais ». On entend la voix d&rsquo;une geisha qui chante une triste mélopée sans parole. Elle est interrompue par Kyoto. Le proxénète séquestre Iris dans sa maison de geishas. Kyoto et Osaka observent Iris dans son sommeil. Le jeune homme chante son amour pour la jeune fille. Iris se réveille et son chant confus démontre que la jeune fille est convaincue qu’elle est morte et qu’elle est au paradis. Osaka tente vainement de la séduire. Malheureusement pour lui, Iris associe sa voix à celle de Jor, le Fils du soleil : elle refuse les avances du jeune homme qu’elle persiste à confondre avec ce « Figlio del sole ». Elle demande à revoir son père, sa maison et son jardin. Dans l&rsquo;<em>aria della piovra</em> (<em>l&rsquo;air de la pieuvre</em>), elle se rappelle avoir vu, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;était qu&rsquo;une toute jeune fille, des dessins dans un temple représentant une enfant se faisant violer et tuer par un poulpe (étonnante allusion à une forme typique de pornographie japonaise, les <em>tentacules érotiques</em>, où les pires horreurs sont montrables dès lors que l&rsquo;un des participants n&rsquo;est pas totalement humain). Osaka embrasse la jeune fille, s&rsquo;attendant à ce qu&rsquo;elle se livre à lui, mais la jeune fille ne demande à nouveau qu&rsquo;à retrouver son père, sa maison et ses fleurs. L&rsquo;impatient jeune homme finit par se lasser et, considérant le cas d&rsquo;Iris comme désespéré vis-à-vis de ses projets, il exige de Kyoto que celui-ci le débarrasse d’Iris. Le souteneur choisit de revendre la jeune fille pour en tirer bénéfice. Avec violence, il a vite fait de la mettre au pas. Il la menace de rappeler le vampire. La malheureuse enfant est mise à l’encan, exposée sur le balcon de la maison de geishas. Pris de remords, Osaka revient sur les lieux et clame son amour pour elle. Simultanément, venu retrouver sa fille, son père la reconnait à sa voix, la maudit, et lui jette de la boue à la figure (!). Iris, qui se croit toujours au paradis, est désemparée par cette réaction. Elle se jette dans le puits des égouts. Acte III : dans l&rsquo;égout, des chiffonniers dépouillent Iris de ses riches vêtements. Elle revient à elle, la raison définitivement perdue (mais a-elle jamais été très nette ?). Elle croit entendre Osaka, Kyoto, puis son père, se moquer d’elle sur un ton égoïste. L’aurore commence à poindre. Iris se réjouit de sentir sur elle les chauds rayons du soleil levant. Elle meurt. Sous le baiser du soleil, son corps est transformé en iris. Une myriade de fleurs élèvent alors son âme au paradis (y retrouvera-t-elle un pote âgé ?), tandis que retentit à nouveau l’<em>Hymne au soleil</em>. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="814" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0153-1024x814.jpeg" alt="" class="wp-image-201123"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>A côté de celui d&rsquo;Iris, le sort de Madama Butterfly ferait donc presque figure de partie de plaisir. Le drame d&rsquo;Iris, c&rsquo;est que sa candeur, sa jeunesse, sa bonté naturelle, sa douce passivité, libèrent de fait les barrières mentales de ses bourreaux, à la manière de Claggart envers Billy Budd. Dans son retour en rêve, Osaka lance d&rsquo;ailleurs à Iris : « Il tuo gentile vezzo (&#8230;) è un&rsquo;umana tortura » (« Ton doux charme est une torture pour les hommes » ). Dans cet opéra à la charnière du vérisme et du symbolisme, l&rsquo;héroïne incarne la pureté, la nature, et elle est associée à la lumière et au soleil. Elle est comme tombée accidentellement dans un monde qui n&rsquo;est pas le sien. Osaka et Kyoto symbolisent la civilisation moderne, urbaine, la corruption et la nuit. On supposera que c&rsquo;est à dessein que ces patronymes ont été choisis parmi des noms de grandes villes : Osaka est un nom de famille rare, et Kyoto encore plus (une centaine de personnes) et par dessus le marché il se prononce&#8230; Miyakoto ! Comme nous l&rsquo;avons vu plus avant, Yoshiwara est désigné par Illica, dans les commentaires un brin pompeux qui accompagnent le livret, comme le quartier « où le soleil ne pénètre jamais ». Le père aveugle, dépourvu de la moindre compassion pour sa fille, pourrait aussi se rattacher à ce monde de la nuit. Sa voix se joint d&rsquo;ailleurs à celles d&rsquo;Osaka et Kyoto au dernier acte, chacun des trois hommes s&rsquo;exprimant égoïstement dans le dernier rêve d&rsquo;Iris. En dépit de sa mort, immolation d&rsquo;une âme pure, Iris n&rsquo;est pas non plus une figure christique : sa fin ne sauve personne. Pire : à l&rsquo;acte III, elle est déjà complètement oubliée, la nuit une fois passée. Personne n&rsquo;est venu à son secours. Elle meurt invisible de tous, dans un sacrifice vain et caché et seul le chœur lui répond. On est pourtant loin du miracle déchirant qui clôt <em>Suor Angelica. </em>Sa transmutation finale est d&rsquo;une beauté essentiellement formelle : venue de la lumière, elle retourne à la lumière après son court passage terrestre. Iris n&rsquo;était simplement pas de ce monde, de notre monde. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="750" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0097-1024x750.jpg" alt="" class="wp-image-201129"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>Il est probable que Mascagni ne voulait pas se contenter de variations faciles sur son premier succès et qu&rsquo;il souhaitait au contraire diversifier sa palette, ce qui est tout à son honneur. Il est probable aussi que le public attendait strictement l&rsquo;inverse : <em>Iris</em> fut un relatif succès à sa création, notamment critique, et fut repris dans quelques villes, mais l&rsquo;œuvre ne tarda pas à disparaitre de l&rsquo;affiche. En dépit d&rsquo;une indéniable richesse mélodique, l&rsquo;absence de grands airs immédiatement mémorisables eut probablement un impact négatif sur l&rsquo;accueil à long terme du grand public. Illica se refuse aux effets dramatiques faciles. De fait, l&rsquo;opéra ressemble parfois à un oratorio. Il ne se passe étrangement rien ou presque au premier acte, l&rsquo;enlèvement intervenant au bout de près de quarante-cinq minutes sur les cinquante de la première partie. Encore est-il suivi de la réaction assez apathique du père, qui appelle longuement et mollement sa fille disparue avant d&rsquo;apprendre les raisons (mensongères) de ce départ : on est très loin du <em>climax</em> verdien à la fin de l&rsquo;acte II de <em>Rigoletto </em>(mais peut-être cette absence d&rsquo;effet est-elle due au format concertant de la représentation). Alors qu&rsquo;à l&rsquo;entracte on se demande un peu ce qu&rsquo;on fait là, l&rsquo;ouvrage se met en place en seconde partie et devient captivant, notamment dans le contraste avec son démarrage, jusqu&rsquo;à une scène finale prenante sur laquelle nous reviendrons. La partition est par ailleurs d&rsquo;un grand intérêt musical. Mascagni s&rsquo;était lancé préalablement dans l&rsquo;étude de la musique japonaise, mais il sait éviter toute contrefaçon japonisante, contrairement à Puccini. Au passage, on se demande quelques fois si ce dernier ne se serait pas servi de quelques motifs de Mascagni pour des ouvrages ultérieurs. La musique offre de nombreuses originalités : le duo d&rsquo;Iris et de son père aveugle (l&rsquo;une chantant, l&rsquo;autre déclamant) ; le faux duo d&rsquo;amour qui est plutôt une suite de courts airs indépendants ; le sinistre air de la pieuvre d&rsquo;une étrange animation ; des danses qui préfigurent étonnamment celles de <em>Salome</em> sept ans plus tard ; les interventions rêvées chantées en coulisse ; le prélude aux cordes de l&rsquo;acte III ; et, finalement, le puissant chœur initial, dont la reprise créée l&rsquo;émotion qui nous est refusée dans la mort de l&rsquo;héroïne. Pour l&rsquo;anecdote, on signalera que l&rsquo;hymne a été utilisé à l&rsquo;occasion de l&rsquo;ouverture des Jeux Olympiques de Rome en 1960 et que le Met l&rsquo;avait choisi pour mettre en valeur ses forces chorales à l&rsquo;occasion de son gala du centenaire. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="718" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0008-718x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-201125"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;ouvrage réserve l&rsquo;essentiel de la musique à Iris. <strong>Ermonela Jaho</strong> offre ici une magnifique composition dramatique, évoquant avec justesse les différentes émotions de la jeune fille : sa joie simple et pure initiale, la terreur (culminant dans l&rsquo;air de la pieuvre, longuement applaudi), le désespoir et finalement la résignation. La projection n&rsquo;est pas très puissante, mais Mascagni épargne le plus souvent à son héroïne les déchainements d&rsquo;un orchestre par ailleurs puissant, et cette fragilité convient bien à l&rsquo;héroïne. Bien utilisé, le léger vibrato de la chanteuse apporte même un surcroit d&rsquo;émotion. Le timbre, chaud et coloré, est idéal, les piani et pianissimi sont de toute beauté, dramatiquement en situation, au service d&rsquo;une interprétation frémissante. Le rôle d&rsquo;Osaka correspond parfaitement à la <em>vocalità</em> actuelle de <strong>Gregory Kunde</strong>. On pourrait même parler d&rsquo;une promenade de santé tant le ténor américain semble dominer sans effort cette tessiture tendue, avec une voix d&rsquo;une incroyable jeunesse. Le haut médium est très sollicité et les aigus <em>spinto</em> du ténor font vibrer les murs. Alors que le personnage est totalement antipathique, le chanteur essaie de l&rsquo;adoucir par son jeu, suggérant un amour et un remords sincères. <strong>Germán Enrique Alcántara</strong> offre un Kyoto au chant agréablement naturel, avec une voix chaude et puissante. Le baryton argentin campe un souteneur plus amoral que maléfique, oscillant entre l&rsquo;espiègle et l&rsquo;inquiétant. <strong>Jongmin Park</strong> déploie une impressionnante voix de basse, au timbre riche et profond et au noble phrasé. Après sa courte intervention à l&rsquo;acte II (il lit le message pour le père d&rsquo;Iris). <strong>Pablo García-López</strong> a davantage l&rsquo;occasion de briller dans l&rsquo;assez longue intervention du chiffonnier au début de l&rsquo;acte III, avec une voix bien posée, un aigu facile et un bon phrasé. On aura également apprécié la voix chaude et bien conduite de <strong>Carmen</strong> <strong>Solís</strong>, en particulier le mélancolique air de la geisha. Le <strong>Chœur du Teatro Real</strong> est impressionnant, homogène, sonore tout en restant musical. Les différents plans de la polyphonie de l&rsquo;Hymne au soleil sont rendus avec précision et clartés. Deux artistes du chœur, <strong>Iñigo</strong> <strong>Martín</strong> et <strong>Alexander</strong> <strong>González</strong>, interviennent en tant que solistes dans les rôles de deux autres chiffonniers avec des voix bien timbrées et qui passent la rampe malgré leur éloignement en fond de scène. Sous la baguette attentive et dévouée de <strong>Daniele Callegari</strong>, l&rsquo;<strong>Orchestre du Teatro Real</strong> rend parfaitement justice à la luxuriante orchestration de Mascagni et son éventail de couleurs. Le chef italien sait être attentif aux chanteurs et privilégie ici la douceur et la poésie sur les accents plus vifs ou dramatiques.</p>
<p>En dépit de la rareté de l&rsquo;œuvre, somme toute assez difficile, surtout en concert, le spectacle affiche complet ou presque. Le public est attentif et connaisseur, applaudissant par exemple les quelques airs aux bons endroits, et réserve un accueil chaleureux aux artistes au rideau final, dont une standing ovation bien méritée pour Ermonela Jaho.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="569" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0141-1024x569.jpeg" alt="" class="wp-image-201124"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>Quelques heures plus tôt, près du Théâtre Royal, dans la rue Hileras, un ancien bâtiment en cours de transformation en hôtel s&rsquo;est effondré. Près de 40 ouvriers travaillaient sur le chantier et plusieurs d&rsquo;entre eux ainsi que l&rsquo;architecte du projet étaient recherchés sous les décombres. Les causes de l&rsquo;accident ne sont pas encore connues et le bilan est actuellement de quatre morts. Avant le début du spectacle, un message de solidarité a été lu : « Les artistes et les employés du Théâtre Royal qui participent au concert de ce soir expriment leur solidarité avec toutes les personnes touchées par l&rsquo;accident survenu dans la rue Hileras. Merci beaucoup. »</p>
<ol>
<li>
<pre>L’initiative en revient au Metropolitan Opera. Il faut dire que leurs autres couplages laissent songeurs.<em> Cavalleria rusticana</em> fut créé par la compagnie dès 1891 à l’occasion d’une tournée à Chicago, en première partie... du premier acte de <em>La Traviata</em> ! L'ouvrage fut ensuite associé à <em>Orfeo ed Euridice</em>, à la création locale de <em>Philémon et Beaucis</em> de Gounod, et enfin à <em>I Pagliacci</em> (le 22 décembre 1893) sans que ce couplage ne s’impose d’ailleurs immédiatement : ultérieurement, il fut encore joué avec <em>Philémon et Beaucis</em> (avec la scène de folie d’<em>Hamlet</em> en bonus), l’acte II de<em> L’Amico Fritz</em>, <em>La Traviata</em> (complète cette fois),<em> Lucia di Lammermoor</em>, les deux premiers actes de <em>Carmen</em>... De son côté,<em> I Pagliacci</em> y pouvait être associé à<em> Orfeo ed Euridice</em>,<em> Lucia di Lammermoor</em>, <em>La Fille du Régiment</em> ou donné tout seul. Ces couplages divers, parfois complètement baroques, avec des opéras ou des ballets, ont bien sûr eu lieu à travers le monde et pas seulement au Metropolitan qui offre le mérite d'avoir des archives en ordre !</pre>
</li>
</ol><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-iris-madrid/">MASCAGNI, Iris &#8211; Madrid</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Un « vieux chien » droit sur ses pattes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/un-vieux-chien-droit-sur-ses-pattes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Apr 2025 06:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Verdi avait une affection particulière pour son Simon Boccanegra, écrit en 1856 pour honorer un contrat avec la Fenice de Venise en vue du carnaval 1857. L’échec cinglant de la création d’une œuvre que le compositeur avait voulu originale l’avait beaucoup blessé. Certes, elle était différente de ses précédentes partitions, par ses clairs-obscurs, sa douleur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Verdi avait une affection particulière pour son <em>Simon Boccanegra</em>, écrit en 1856 pour honorer un contrat avec la Fenice de Venise en vue du carnaval 1857. L’échec cinglant de la création d’une œuvre que le compositeur avait voulu originale l’avait beaucoup blessé. Certes, elle était différente de ses précédentes partitions, par ses clairs-obscurs, sa douleur rentrée et la noblesse froide de ses personnages (le méchant Paolo et ses comparses exceptés), à commencer par le rôle-titre. Pas toujours innocent de jugements à l’emporte-pièce, Verdi avait sous-entendu que les Vénitiens n’étaient pas capables de comprendre de telles subtilités -comme ils n’avaient pas compris celles de La Traviata quelques années plus tôt.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est pourtant cet opéra et pas un autre que le compositeur, poussé en ce sens par son éditeur Ricordi, acceptera de réhabiliter presque un quart de siècle plus tard avec l’aide de son nouveau librettiste Arrigo Boïto, après 10 ans de silence à l’opéra. « Je me prépare à raffermir les pattes d’un vieux chien qu’on a méchamment battu à Venise et qui se nomme Simon Boccanegra » écrira-t-il à son ami Arrivabene en janvier 1881. On connaît la suite et aujourd’hui, ce <em>Simon Boccanegra</em> de 1881 culmine au firmament des chefs d’œuvre du maître et on n’en compte plus les reprises depuis plusieurs décennies, après une redécouverte par le duo Abbado-Strehler devenue légendaire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais que reste-t-il de la version initiale ? On n’en connaissait jusqu’ici qu’un enregistrement pour la BBC sur le vif dirigé en 1976 par John Matheson et réédité par Opera Rara et un autre au festival de Martina Franca en 1999 et publié par le label Dynamic. <strong>Opera Rara</strong> propose donc la première version de studio de la version de 1857, enregistrée en marge de concerts en avril 2024. Elle surpasse sans peine le dernier disque précité et bénéficie d&rsquo;un plus grand confort d&rsquo;écoute que le premier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il ne s’agit pas ici de comparer les deux versions réalisées par Verdi, mais à la première écoute de cet enregistrement, parfaitement réalisé sur le plan technique, on peut mesurer combien le compositeur a retravaillé toute sa partition en profondeur. Si on retrouve plusieurs pages presque inchangées, dans le Prologue et dans les deux derniers actes, presque aucune n’a strictement la même instrumentation, ni les mêmes inflexions. Bien qu’assez originale, surtout par rapport à ses dernières productions (<em>La Traviata, Il Trovatore, Les Vêpres siciliennes</em> ou encore la reprise d’<em>I Lombardi</em>, devenus <em>Jérusalem</em> pour l’Opéra de Paris), la partition reste encore marquée par un style encore assez usuel chez Verdi. La cavatine de Maria au début du premier acte en est peut-être l’exemple le plus marquant, tout comme le duo entre Fiesco et Adorno peu après ou cette fête un peu terne et au chœur « Viva Simone ! » un peu statique que remplacera, et avec quel génie, la scène du Conseil. Mais dès 1857, on peut percevoir les ombres noires et les lumières voilées qui font le prix de ce chef-d’œuvre, et qui la distinguent de ses contemporaines.</p>
<p style="font-weight: 400;">Car l’équipe réunie autour de <strong>Mark Elder</strong> et <strong>l’orchestre de Hallé</strong> défend cette première version avec une ardeur qui n’en altère pas les moirures. <strong>German Enrique-Alcántara</strong> incarne un Simon à la voix ferme. S’il n’a pas à interpréter le fameux « Plebe, patrizi, popolo » écrit pour la version de 1881, il sait incarner son personnage et sa lassitude avec finesse et autorité. Si <strong>Sergio Vitale</strong> se montre plus débraillé en Paolo, le Gabriele du ténor péruvien <strong>Iván Ayón-Rivas</strong>, déploie une voix solaire, aux aigus triomphants, malgré un métal qui peut paraître un peu dur. En Amelia, <strong>Eri Nakamura</strong>, hésitante, ne semble prendre ses marques que progressivement mais donne un beau relief à ce personnage fort, seule femme dans un monde d’hommes, par exemple dans la scène où elle décrit son enlèvement. L’une des voix les plus intéressantes de cet enregistrement est la jeune basse <strong>William Thomas</strong>, Fiesco de bronze, de la noblesse plein la voix dont certaines couleurs rappellent même un certain Ghiaurov, et dont le nom avait hélas alimenté la chronique puisque c’était lui la malheureuse victime de la violente claque donnée par John Eliot Gardiner à l’issue d’un concert. On connaît la suite. Mais gageons que cet artiste fera surtout parler de lui pour cette voix qui va encore s’épanouir et qui incarne un très beau Fiesco.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le <strong>double chœur</strong> et l’orchestre offrent à ce très beau cast un écrin presqu’idéal, qui rend justice à une partition originale qui mérite d’être défendue, et à laquelle on n’aura même pas le cœur de reprocher des cloches trop envahissantes à la fin du prologue (l’enregistrement -discutable- de la version de 1881 par Georg Solti souffrait du même écueil). Mais malgré toutes ses qualités et son intérêt historique, la version de 1857 ne pourra jamais remplacer ce que son auteur lui-même en fera en 1881.</p>
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		<title>Concours musical Reine Elisabeth de Belgique 2018 — Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concours-musical-reine-elisabeth-de-belgique-2018-bruxelles-bozar-la-justice-de-salomon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 May 2018 06:25:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les concours s’accompagnent en général de leur lot de polémiques. Les critiques se plaignent du jury, le public éreinte les journalistes, les candidats mal classés se répandent dans la presse, bref chacun y va de son commentaire assassin pour dénoncer tout ce qui n’a pas été à son goût. L’édition 2018 du Reine Elisabeth va &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Les concours s’accompagnent en général de leur lot de polémiques. Les critiques se plaignent du jury, le public éreinte les journalistes, les candidats mal classés se répandent dans la presse, bref chacun y va de son commentaire assassin pour dénoncer tout ce qui n’a pas été à son goût. L’édition 2018 du Reine Elisabeth va sans doute faire exception, tant le palmarès semble inattaquable. Les jurés, qui comptaient quelques très grands noms du chant (Christophe Prégardien, Ann Murray, José Van Dam) ont rendu un verdict qui mettra tout le monde d’accord, en plaçant sur la première marche le baryton allemand <strong>Samuel Hasselhorn</strong>. A seulement 28 ans, celui-ci a montré une assurance, une assise, une puissance qu’on rencontre rarement chez des artistes de son âge. Il n’avait pourtant pas fait le choix d’un répertoire spectaculaire ou « facile » : deux extraits du <em>Knaben Wunderhorn</em>, le <em>Elias</em> de Mendelssohn et la mort de Rodrigue dans le <em>Don Carlos</em> de Verdi (donnée en prime dans un français impeccable) : dans chacun des trois morceaux, Hasselhorn a déployé son timbre luxueux, son art de la déclamation juste et sobre, son legato de rêve, bref, tout ce qui fait de lui le parfait modèle du <em>kavalierbariton</em>. S’y ajoutent une compréhension parfaite du texte et de l’atmosphère, une gradation des nuances millimétrée et une autorité naturelle qui ont fait taire jusqu’aux plus enroués des spectateurs. Une ovation à réveiller les morts semblait annoncer par avance la victoire.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/cmireb2018iii.jpeg?itok=1Rf4LzKZ" title="CMIREB" width="468" /><br />
	© CMIREB</p>
<p class="rtejustify">Très logique également, la médaille de bronze décernée à <strong>Ao Li</strong>. Depuis les débuts des épreuves, la basse chinoise subjuguait l’auditoire par l’ampleur de ses moyens. C’est à lui qu’est revenue la tâche délicate d’ouvrir le premier soir des finales. Fidèle à sa réputation de fonceur, il ne s’est pas laissé impressionner par l’enjeu, et il fallait l’entendre lancer ses « Tra La la » de Ralph (Bizet – <em>La jolie Fille de Perth</em>), enchaîner avec une cavatine d’<em>Aleko</em> aux graves vrombissants, trouver le temps d’émouvoir dans la très brève « Vecchia zimarra » de Puccini et terminer par un air de Bartolo du <em>Barbier </em>qui met certes un peu à l’épreuve la mobilité de cette voix parfois trop large, mais qui révèle une <em>vis comica</em> étonnante.</p>
<p class="rtejustify">Beaucoup de commentateurs auraient vu <strong>Rocío Pérez</strong> dans le trio de tête : la soprano espagnole doit se contenter d’une très honorable quatrième place. Elle avait enchanté la salle Henry Le Bœuf avec sa <em>Somnanbule</em> de Bellini aux phrasés aériens, qui sont ceux d‘une belcantiste racée, avant de soulever les spectateurs de leur siège grâce à un air des Clochettes de <em>Lakmé</em> qui offrait toute la gamme de la virtuosité stratosphérique, et qui faisait regretter que Delibes soit si peu programmé de nos jours. Mais sans doute a-t-elle payé  le choix d’ouvrir sa prestation avec un air de la Reine de la Nuit certes bien en place mais dont les aigus ont été lancés avec une certaine prudence, ce qui a frustré les oreilles d’amateurs de haute voltige.</p>
<p class="rtejustify"><strong>Héloïse Mas</strong> arrive cinquième. Le jury récompense sa capacité unique d’incarnation : à peine avait-elle lancé (à froid) les premières notes de l’appel de Brangäne que nous étions 2000 à être transportés au sommet de la tour, en Cornouailles, à faire le guet pour protéger Tristan et Isolde, enivrés par la rondeur du timbre et les sortilèges de l’orchestre wagnériens. Donizetti et sa <em>Favorite</em> lui permettent de montrer qu’elle maîtrise aussi bien l’univers italien que le romantisme allemand, et son final de <em>Sapho</em> (« O ma lyre immortelle ») restera un des tout grands moments du concours. Sans doute a-t-elle fait l’erreur de programmer <em>Carmen</em> (mais comment résister quand on est une mezzo française ?) qui vient trop tôt dans son développement artistique.</p>
<p class="rtejustify"><strong>Marianne Croux</strong> ferme la marche : certains trouveront que c’est injuste, mais le jury a selon nous trouvé le juste équilibre entre la nécessité de marquer la persistance de certains problèmes techniques dans Mozart (<em>Idoménée</em>) et la volonté de récompenser une artiste à la sincérité désarmante, capable de tirer des larmes quand elle pépille « Le Rossignol » de Berg, d’émoustiller avec la valse de Musetta (Puccini) ou de traduire les tourments d’Anne Truelove à la recherche de son volage amant (Stravinsky).</p>
<p class="rtejustify">Le seul point vraiment sujet à discussion nous paraît être la médaille d’argent <strong>d’Eva Zaïcik</strong> : on reconnaîtra à l’artiste un choix audacieux de répertoire : Moussorgski, Bach, Purcell ne sont pas vraiment des hits de concours, et si on rajoute Rossini et Bizet, on a une prestation chantée en cinq langues ! Tout est délivré avec professionnalisme, mais on ne peut s’empêcher de trouver ce chant daté, surtout dans le baroque : pas assez d’articulation, tout est trop « planant », avec une accentuation déficiente des consonnes. Surtout que plusieurs des « non-classés » pouvaient se targuer d’atouts au moins aussi considérables : <strong>Sooyeon Lee, </strong>et son Olympia désopilante, <strong>Yuriy Hadzetskyy</strong> et sa façon bouleversante de retenir les sons dans « Mein Sehnen, mein Wähnen » de Korngold ou encore <strong>German Enrique Alcántara</strong>, irrésistible de faconde en Figaro, mais autant capable d’émouvoir lorsque le répertoire l’exige. Finalement, seuls <strong>Charlotte Wajnberg</strong>, <strong>Alex DeSocio</strong> et <strong>Danylo Matviienko</strong> apparaissent un peu en retrait.</p>
<p class="rtejustify">La moisson 2018 est donc riche de joies, et plus encore de promesses, quand on sait que l’âge moyen des finalistes est de 28 ans. Elle est aussi synonyme de bonne nouvelle pour la vie lyrique bruxelloise. Tout au long des trois soirées, <strong>l’Orchestre Symphonique de La Monnaie</strong> s’est montré galvanisé par la baguette impérieuse <strong>d’Alain Altinoglu</strong>. Confirmant les excellentes impressions du cycle Brahms ; du <em>Dialogue des Carmélites</em> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/lohengrin-bruxelles-la-monnaie-ici-prevaut-lart">du récent <em>Lohengrin</em>,</a> les instrumentistes  ont tout donné dans un festival de couleurs, de puissance, de flexibilité, permettant aux lauréats de se sentir à l’aise de Purcell à Britten. Debussy avait donc tort. Un concours, ce n’est pas que pour les chevaux.</p>
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		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#039;Hoffmann — Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-metz-gloire-a-la-muse-et-aux-seconds-roles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Jun 2017 15:42:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque nouvelle production des Contes d’Hoffmann réserve son lot de surprises. Celle de l’Opéra-Théâtre de Metz ne déroge pas à la règle. Plus d’un siècle de mutilations, de tripatouillages – bien intentionnés – ont produit des lectures très (a) variées. Le plus souvent l’ouvrage résiste bien à ces traitements de toutes natures. A la fois &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Chaque nouvelle production des <em>Contes d’Hoffmann</em> réserve son lot de surprises. Celle de l’Opéra-Théâtre de Metz ne déroge pas à la règle. Plus d’un siècle de mutilations, de tripatouillages – bien intentionnés – ont produit des lectures très (a) variées. Le plus souvent l’ouvrage résiste bien à ces traitements de toutes natures. A la fois opéra-bouffe, opéra-comique, opéra-féérie, opéra fantastique, c’est tout cela : le prolongement, l’aboutissement de toute l’œuvre lyrique d’Offenbach. Ce soir, la version Choudens, revue et corrigée par Oeser (Alcor) nous est proposée. Pourquoi pas ?</p>
<p>Les neuf mesures du prélude suffisent à nous dire que l’orchestre sera un acteur essentiel. A peine les « Glou, glou » du chœur se font-ils entendre, fantasques, irréels et bien présents que nous augurons de beaucoup de plaisir. La Muse est du même tonneau, malgré un soupçon d’accent qu’on lui pardonne volontiers. Les couplets de Lindorf imposent le personnage, le choeur des étudiants, tout va bien jusque l’arrivée de Hoffmann, dont la chanson de Kleinsach accuse les faiblesses. L’acte d’Olympia, avec une poupée grotesque dont le chant ne l’est pas moins confirme nos craintes : la distribution des premiers rôles déçoit. Attendons la suite. <strong>Paul-Emile Fourny</strong>, fidèle à ses propositions, nous offre une lecture  honnête, sans autre prétention que de servir l’ouvrage. Un décor unique, sorte de cour en fer à cheval sur laquelle débouche un passage en fond de scène, et  un autre, côté cour. Au premier étage, une coursive – qui ne sera visible qu’à la faveur des éclairages et de la transparence des façades – permet de beaux effets. Un castelet côté jardin, voilà le décor unique des trois actes, du prologue et de l’épilogue. Les costumes sont de bon goût et participent efficacement à la caractérisation des personnages. On doute qu’il y ait une direction d’acteurs. Chacun des chanteurs fait ce qu’il sait faire. Tel, familier de l’opérette est comme un poisson dans l’eau, tel autre, mélodiste, est emprunté et mécanique, Hoffmann va improviser à la trompette. On comprend mal des attitudes triviales ou vulgaires qui n’ont même pas le don de faire sourire ou rire  (le tremblement d’Hoffmann saisissant la fleur d’Olympia, celle-ci prenant Hoffmann aux fesses, puis portant sa main à son bas ventre, heureusement protégé  par un cartable, le ronflement de Spalanzani).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/les_contes_dhoffmann_16_c_arnaud_hussenot_-_opera-theatre_de_metz_metropole.jpg?itok=9o8mE59a" title="Tableau final © Arnaud Hussenot - Opéra-Théâtre de Metz Métropole" width="468" /><br />
	Tableau final © Arnaud Hussenot &#8211; Opéra-Théâtre de Metz Métropole</p>
<p>L’extraordinaire longévité du Hoffmann campé par <strong>Jean-Pierre Furlan</strong>, qui le chante depuis plus de vingt-cinq ans, a un corollaire :  les aigus projetés sont toujours là, puissants et clairs, mais le timbre est altéré, l’effort est presque toujours perceptible, sauf dans l’acte d’Antonia. La souplesse, la poésie, l’innocence font défaut. Le métier s’est substitué à la vie, à la lumière. Du chant, on cherche vainement la fraîcheur, l’élégance, la distinction, la folie. La diction est affectée, les mots semblent indifférents, trop rabâchés sans doute, à moins que toute l’attention se focalise sur l’émission. Hoffmann ne renonce pas à l’amour, mais choisit maintenant entre les amours trompeuses et le vrai, celui qui élève l’homme au-dessus de sa condition, l’art en quelque sorte. Encore faut-il que le personnage soit crédible, ce qui n’arrive, ponctuellement, que dans l’acte d’Antonia, comme écrit plus haut.</p>
<p>Rares sont les cantatrices réunissant les qualités permettant d’incarner les quatre personnages. Du soprano léger d’Olympia aux couleurs dramatiques et sensuelles de Giulietta, il y a tout l’univers du chant. <strong>Norah Amsellem</strong> n’a pas les moyens d’Olympia, voulue grotesque par la mise en scène. « Les oiseaux dans la charmille », avec ses roulades, ses trilles, ses notes piquées suraigües, est un air d’anthologie. On se demande même si ce chant répond à la volonté de la mise en scène de caricaturer, ou si c’est laborieux, faute de mieux : une Olympia de patronage. Nous sommes rassurés avec son Antonia , plus fraîche, voire émouvante, fragile (« Elle a fui la tourterelle ») et enfin hallucinée, malgré quelques aigus au large vibrato, trop appuyé. Giulietta, passionnée, incandescente (et vénale) nous vaut enfin un beau duo avec Hoffmann.</p>
<p>Faute de premiers rôles convaincants, les autres remplissent fort bien leur contrat. Les quatre « méchants », Lindorf, Coppélius, le Docteur Miracle et Dapertutto sont confiés à <strong>Homero Pérez-Miranda</strong>. La voix est solide, puissante, bien timbrée, racée, au service de la conduite d’un chant toujours expressif. Lindorf a de l’allure et du mordant, singulièrement plus sympathique que Hoffmann, Coppélius un peu trop bonhomme, mais pas inquiétant, Miracle, le charlatan maléfique encapuchonné dans sa bure est juste, avec de beaux aigus. Quant à Dapertutto, le prédateur-proxénète, il est bien campé et réussit son « Scintille, diamant ». Manquent seulement un peu de noirceur ou de soufre, le Malin n’a pas été convoqué par la mise en scène, semble-t-il. </p>
<p>Andrès, Cochenille, Frantz en enfin Pittichinaccio (<strong>Raphaël Brémard</strong>) nous ravissent : justes, comiques et de bon goût, distingués, la voix est jeune, bien placée, robuste. « Jour et nuit » mérite particulièrement d’être applaudi. Si <strong>Rodolphe Briand</strong> nous vaut un beau Spalanzani, vocalement et dramatiquement, le Crespel de <strong>Luc Bertin-Hugault</strong> déçoit. La voix est sûre, mais le jeu  appliqué, scolaire d’où toute vérité est exclue altèrent ses interventions. Les autres petits rôles, Hermann et Schlemil (<strong>German Enrique Alcantara</strong>) le Nathanaël d’<strong>Eric Mathurin</strong> comme le Luther de <strong>Thomas Roediger</strong> ne connaissent pas de défaillance. Une mention pour la (trop) brève intervention de la Voix de la Mère  (<strong>Marie-Emeraude Alcime</strong>), touchante et d’une réelle beauté, qui ne fait qu’accuser les faiblesses des premiers rôles.</p>
<p>La  Muse, on le sait, protège et accompagne Hoffmann, qu’elle chérit, sous la forme de son ami Nicklausse.  Ce ne sont pas un second rôle, la présente scénique et l’activité vocale en attestent. S’il n’était qu’un nom à retenir de cette soirée, c’est bien celui de <strong>Jordanka Milkova</strong>, un vrai mezzo qui sait se faire légère. Les deux petits couplets d’« Une poupée aux yeux d’émail » sont ravissants. Par-delà la figure attachante du livret, nous avons une vérité vocale et dramatique. Avec de solides graves, charnus en Muse, puis légère, mutine, espiègle en Nicklausse, elle attrape ses aigus avec aisance dans l’air du Coq. Elle excelle dans les récitatifs, vivants, naturels. On croit revoir et écouter Ann Murray. Son « Vois sous l’archet frémissant » est remarquable, soutenu par un orchestre aux belles couleurs. « On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs » permet de conclure, nous réconciliant enfin avec ces<em> Contes d’Hoffmann</em>.</p>
<p>Les ensembles estompent les faiblesses individuelles et sont toujours parfaitement réglés. Ainsi, les trios de l’acte d’Antonia (« Pour conjurer le danger », « Tu ne chanteras plus ? ») sont un moment de grâce, de mystère, de merveilleux, on atteint à une vérité dramatique, palpable, rare.</p>
<p>Les chœurs des opéras de Nancy et de Metz se sont unis pour la circonstance. La réussite est absolue : qu’il s’agisse de la dynamique, de l’intelligibilité, des couleurs, c’est un bonheur constant, des « Glou, glou » du début à la scène ultime.  Le raffinement, la distinction tranchent avec la vulgarité de certains partis pris scéniques et vocaux. La seule réserve, quelque peu dérisoire, a trait à leur sur-effectif compte-tenu de la surface disponible du plateau.</p>
<p>Le rythme du spectacle, sa respiration, son esprit  sont donnés par <strong>Jacques Mercier</strong>. Sa direction, sans baguette, est efficace, juste, toujours précise et attentive à chacun. Il insuffle une dynamique, articule des accents et des phrasés convaincants. La lecture qu’il impose à l’orchestre nous ravit : puissante, grave comme fluide et transparente, c’est une direction française tout-à-fait appropriée à l’ouvrage, claire, souple, qui sait se faire théâtrale.  N’oublions pas de mentionner le beau violoncelle solo, dont chacune des interventions est un moment de bonheur.</p>
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