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	<title>Rémy BRÈS-FEUILLET - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 11 Aug 2026 21:24:30 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Rémy BRÈS-FEUILLET - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>CESTI, Il pomo d&#8217;oro &#8211; Innsbruck</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cesti-il-pomo-doro-innsbruck/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On n&#8217;a pas tous les jours 50 ans, alors pour sa cinquantième édition, le Festival d&#8217;Innsbruck a décidé de marquer les esprits en recréant en version scénique une des œuvres mythiques du répertoire baroque, réputée immontable par sa durée (près de 6h30 de musique !), son livret (quarante-sept rôles !) mais aussi son état de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="standard-markdown grid-cols-1 grid [&amp;_&gt;_*]:min-w-0 gap-3 [&amp;_&gt;_*:last-child]:mb-0 print:block print:[&amp;_&gt;_*_+_*]:mt-3 standard-markdown">
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">On n&rsquo;a pas tous les jours 50 ans, alors pour sa cinquantième édition, le Festival d&rsquo;Innsbruck a décidé de marquer les esprits en recréant en version scénique une des œuvres mythiques du répertoire baroque, réputée immontable par sa durée (près de 6h30 de musique !), son livret (quarante-sept rôles !) mais aussi son état de conservation (les actes III et V ne subsistent qu&rsquo;à l&rsquo;état de fragments). <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> de Cesti est une œuvre culte, commentée et étudiée, mais qui n&rsquo;avait pas été reprise dans son intégralité sur une scène depuis sa création en 1668. Et il s&rsquo;agit là d&rsquo;une vraie proposition de festival, puisque l&rsquo;opéra est, comme à sa création, donné en deux soirées : à la fin du premier soir, les artistes ne viennent pas saluer et les spectateurs doivent revenir le lendemain pour connaître le fin mot de l&rsquo;histoire.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Il est difficile d&rsquo;imaginer un ouvrage plus disproportionné, en dehors du <em>Ring</em> que Wagner composera deux siècles plus tard et du <em>Licht</em> de Stockhausen. Commandé au début de 1666 pour les noces de l&#8217;empereur Léopold Iᵉʳ et de Marguerite-Thérèse d&rsquo;Espagne, <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> constituait la réponse habsbourgeoise à l&rsquo;<em>Ercole amante</em> de Cavalli, commandé en 1660 pour le mariage de Louis XIV, et devait le dépasser en ampleur comme en beauté. L&rsquo;ouvrage est finalement donné en juillet 1668, pour l&rsquo;anniversaire de l&rsquo;impératrice, sur deux journées, vraisemblablement les 13 et 14 juillet (d&rsquo;autres sources indiquent le 12 et le 13, d&rsquo;autres encore le 12 et le 14).</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Il faut se représenter ce qu&rsquo;a pu être ce spectacle démesuré. Car il s&rsquo;agit bien avant tout d&rsquo;un spectacle total, une <em>festa teatrale</em>, comme son sous-titre l&rsquo;indique, et non seulement un drame musical : Francesco Sbarra, poète de cour venu d&rsquo;Innsbruck, est chargé d&rsquo;écrire le poème ; Antonio Cesti, qui a servi lui aussi autrefois à la cour d&rsquo;Innsbruck, est choisi pour en composer la musique ; Ludovico Ottavio Burnacini conçoit vingt-trois décors et trente-neuf machines pour un théâtre de bois, construit ex nihilo pour l&rsquo;occasion et capable d&rsquo;accueillir quelque cinq mille spectateurs ; Venturi règle les danses, Santini les combats, Schmelzer la musique des ballets, le comte de Waldstein l&rsquo;intendance. Léopold Iᵉʳ, grand connaisseur en musique, compose lui-même quelques numéros. En tout, quarante-sept rôles et plus d&rsquo;une centaine de participants se succèdent sur le plateau, accompagnés par un orchestre hors norme : plusieurs groupes de cordes, deux cornets, trois trombones, un basson, deux flûtes à bec et un continuo très fourni, sans commune mesure avec ce qu&rsquo;on peut trouver dans d&rsquo;autres fosses européennes de l&rsquo;époque. Cette débauche de moyens – l&rsquo;unique représentation coûtera près de 100 000 thalers, soit plusieurs dizaines de millions d&rsquo;euros actuels – n&rsquo;était possible que parce qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une commande princière ; un théâtre privé vénitien n&rsquo;aurait jamais pu se permettre de tels excès.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-218952 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/all-the-gods-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">La réputation d&rsquo;ouvrage impossible qu&rsquo;<em>Il pomo d&rsquo;oro</em> traîne après lui n&rsquo;est donc pas usurpée : il s&rsquo;agit incontestablement de l&rsquo;une des œuvres les plus longues et fastueuses jamais écrites pour la scène lyrique. Quelques recréations ont déjà été tentées – en août 1980, ici même, le festival d&rsquo;Innsbruck faisait entendre quelques numéros dans un programme Cesti chanté notamment par René Jacobs ; la première exécution intégrale en concert eut lieu en 1981 à Aidenbach, puis une seconde en juillet 1989 à Vienne. La partition nous est parvenue dans un état parcellaire : seuls le prologue et les actes I, II et IV ont été conservés dans leur intégralité. De nombreux numéros vocaux des actes III et V furent retrouvés à la Biblioteca Estense de Modène, mais beaucoup de choses demeurent inconnues, notamment les parties orchestrales. Ottavio Dantone a donc entrepris de reconstituer cette musique perdue, en puisant dans le catalogue des opéras de Cesti (notamment dans <em>Il Tito</em> ou <em>La Dori</em>) les pages qui convenaient le mieux au texte des scènes manquantes. Le résultat, disons-le d&#8217;emblée, est parfaitement réussi, puisqu&rsquo;on n&rsquo;entend absolument pas les sutures entre fragments conservés et éléments reconstitués.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le <em>pomo d&rsquo;oro</em> du titre italien n&rsquo;est pas une tomate, mais bien la pomme d&rsquo;or lancée sur l&rsquo;Olympe par la déesse Discorde, gravée d&rsquo;un « à la plus belle » qui sème la zizanie chez les déesses. L&rsquo;histoire est bien connue : Pâris accorde finalement la pomme à Vénus, qui lui promet en échange la plus belle femme du monde. Mais Pallas-Athéna et Junon ne se laissent pas faire, et devant les troubles qu&rsquo;entraînent ces rivalités jusque chez les humains, Jupiter décide de confisquer la pomme et de l&rsquo;offrir à une mortelle qui réunit à la fois la beauté de Vénus, la puissance de Junon et la sagesse de Pallas, afin que toutes trois soient satisfaites : ce sera l&rsquo;impératrice Marguerite-Thérèse elle-même. Cette intrigue est prétexte à l&rsquo;apparition de toute la crème de l&rsquo;Olympe, de Mercure à Ganymède, jusqu&rsquo;aux trois Grâces, aux trois Furies, aux Vents, dans des tableaux extrêmement variés, et permet l&rsquo;entremêlement d&rsquo;intrigues parallèles, la principale étant l&rsquo;abandon par Pâris de son amante Ennone, elle-même désirée par le jeune Aurindo, que tente de raisonner Filaura, la nourrice de la nymphe. Étonnamment, cette surcharge de personnages et de fils narratifs ne crée pas nécessairement de confusion et l&rsquo;histoire se suit plutôt bien, sans réel temps mort.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">La musique que Cesti compose sur ce livret est très séduisante : majoritairement récitative, elle suit le texte de près mais ménage aussi aux personnages de petits airs où ils expriment isolément leurs sentiments. De là une alternance de <em>lamenti</em>, de duos sensuels, de scènes chorales, de pages virtuoses ou mordantes. Les épisodes pastoraux combleront les amateurs du genre : le duo Pâris/Ennone est du plus haut goût vénitien, tout comme les plaintes répétées de la nymphe, dont on ne se lasse pas. Le déchaînement des éléments que déclenche Junon au dernier acte prend des accents pré-vivaldiens – encore s&rsquo;agit-il là d&rsquo;une page empruntée à un autre ouvrage de Cesti, et l&rsquo;on ne sait plus très bien qui, du compositeur ou de son reconstructeur, on admire. La scène qui clôt le deuxième acte, où Pallas confisque leurs instruments aux Arts et à la Science pour préparer la guerre, marque durablement, davantage par ce qu&rsquo;elle dit – combien la guerre ruine les arts et les sciences – que par sa musique, pourtant de la plus belle eau, comme le reste de l&rsquo;ouvrage.</p>
<p><img decoding="async" class="wp-image-218953 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Giacomo-Nanni-Eolo-Mauro-Borgioni-Euro-Jiayu-Jin-Zeffiro-Danilo-Pastore-Volturno-Ziga-Copi-Austro-Sophie-Rennert-Giunone-choir-and-dancers-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">Giacomo Nanni (Eolo), Mauro Borgioni (Euro), Jiayu Jin (Zeffiro), Danilo Pastore (Volturno), Žiga Čopi (Austro), Sophie Rennert (Giunone) © Birgit Gufler</pre>
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<p>&nbsp;</p>
<div class="standard-markdown grid-cols-1 grid [&amp;_&gt;_*]:min-w-0 gap-3 [&amp;_&gt;_*:last-child]:mb-0 print:block print:[&amp;_&gt;_*_+_*]:mt-3 standard-markdown">
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Face à cette œuvre monstrueuse, le metteur en scène <strong>Fabio Ceresa</strong> entreprend de trouver un équivalent aux merveilles scéniques de Burnacini, et donc de faire de la machinerie elle-même une partie du spectacle. Un petit nuage avec les personnages monte et descend des cintres à presque chaque scène, des espaces entiers sont engloutis sous le plateau, le décor tourne, tandis que gravures et photographies agrandies forment des toiles peintes, pour composer un monde qui assume constamment son artificialité. La séparation entre les mondes divin et mortel est très nettement rendue : les dieux vivent dans la couleur et la fantaisie, les mortels dans la grisaille. Un décor d&rsquo;hôtel contemporain en fournit l&rsquo;exemple le plus parlant : Filaura y devient femme de ménage, Aurindo groom, tandis que Pâris et Ennone en sont les clients. Les costumes, innombrables, mêlent quant à eux des références à l&rsquo;Antiquité, à la Renaissance et des accessoires contemporains, comme les Converse de Mercure. Tout ceci est d&rsquo;un kitsch assumé, d&rsquo;une cohérence esthétique assez inégale. Mais le festival d&rsquo;Innsbruck n&rsquo;a pas à sa disposition les caisses de l&#8217;empereur d&rsquo;Autriche et on lui sait déjà gré de ne pas couper des scènes ou des personnages, donc d&rsquo;avoir produit une quantité faramineuse de costumes et de décors différents.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le rire constitue l&rsquo;autre grand instrument de la stratégie du metteur en scène. Le prologue transforme le panégyrique à la gloire des Habsbourg en concours de miss, chaque pays étant chargé d&rsquo;exhiber un talent stéréotypé : l&rsquo;Italie, par exemple, tourne une pâte à pizza du bout des doigts, la Bohême fait résonner des verres en cristal. La scène des Vents verse quant à elle plus franchement dans l&rsquo;actualisation politique : Trump y fait son apparition, avec sa gestuelle caractéristique, qui s&rsquo;accorde à la musique jusque dans certains passages ornés ; l&rsquo;émirat arabe qui lance un avion en papier sur deux tours faites de lingots d&rsquo;or renvoie en revanche au 11 septembre avec une désinvolture gênante. À l&rsquo;inverse, le retour de Trump à la fin de l&rsquo;acte IV pour déchirer un carton rouge, référence à l&rsquo;actualité récente, est désopilant. Ceresa revendique cette profusion de stimuli dans sa note d&rsquo;intention comme un « dîner composé de plusieurs plats » pour soutenir l&rsquo;attention sur deux soirées. Le problème est que tous les gags ne se valent pas et que ce regard humoristique devient un peu hégémonique. <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> contient déjà son propre comique, et en quantité finalement assez limitée. Ce rire-là est-il celui de l&rsquo;ouvrage ou celui qu&rsquo;on lui prête ?</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Reste la question de l&rsquo;épilogue, qui est évidemment la page la plus datée du livret parce que la plus circonstancielle. L&rsquo;outrance de la flatterie faisait alors partie du protocole, et nul n&rsquo;était tenu de prendre au pied de la lettre qu&rsquo;une impératrice de dix-sept ans possédât la puissance de Junon, la sagesse de Pallas et la beauté de Vénus. Ceresa transpose la résolution en faisant apparaître à la place de l&rsquo;impératrice une Miss Europe, cape aux douze étoiles sur les épaules et visage masqué de diamants. La solution est cohérente avec le prologue, et il faut lui reconnaître cette logique. Le geste n&rsquo;en devient pas moins un peu naïf et bancal dès lors qu&rsquo;il change de destinataire : proclamer l&rsquo;Europe parfaite ne relève d&rsquo;aucune convention partagée et le spectateur ne reçoit plus un rituel mais une opinion – généreuse sans doute, non sans quelque chose d&rsquo;autoritaire dans cette manière de mettre fin au conflit en absorbant toutes les différences. L&rsquo;image est belle ; elle est aussi plus équivoque qu&rsquo;elle n&rsquo;en a l&rsquo;air.</p>
<p><img decoding="async" class="wp-image-218956 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/il-pomo-d-oro-4340_c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Vingt solistes se partagent les quarante-sept rôles, et tous sont des bêtes de scène, capables de changer d&#8217;emploi à plusieurs reprises et de passer du sérieux au grotesque sans perdre le fil. Le chouchou du public est sans conteste <strong>Alberto Allegrezza</strong>, à qui America puis Filaura offrent un terrain idéal : ténor bouffe sonore et incisif, il fait claquer le texte avec une gourmandise communicative, tandis que le costume et le maquillage poussent l&rsquo;exagération jusqu&rsquo;au drag, qui rappelle à la fois la démesure de Divine et l&rsquo;érotisme de Freddie Mercury passant l&rsquo;aspirateur dans le clip d&rsquo;<em>I Want to Break Free</em>. Profondément émouvante, <strong>Mathilde Ortscheidt</strong> donne à Ennone un timbre sombre, dense et un beau phrasé : ses plaintes sont l&rsquo;un des rares moments où l&rsquo;immense machine spectaculaire laisse place à l&rsquo;histoire intime. Même singularité de couleur, androgyne et grave, chez <strong>Margherita Maria Sala</strong> (Italia, Mercurio, Alceste), qui rappelle parfois Ewa Podleś et se trouve aussi bien à son aise dans le chant héroïque que dans le <em>lamento</em> (on aimerait tant l&rsquo;entendre dans Farnace ou dans Rossini). <strong>Mauro Borgioni</strong>, enfin, est un Pâris idéal : la fraîcheur amoureuse comme le maintien arrogant sont caractérisés avec la même précision, et la voix, déliée, garde toujours sa noblesse.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Les trois déesses sont distribuées avec autant de soin scénique que vocal : <strong>Sophie Rennert</strong> impose à Junon sa taille, sa majesté et un timbre mordant ; <strong>Shira Patchornik</strong> possède en Pallas l&rsquo;abattage, la technique et un charisme fou, quelque chose de vipérin aussi, même si la voix demeure parfois un peu pointue ; <strong>Jone Martínez</strong> est une Vénus sensuelle, au timbre moins caractéristique, mais pleinement convaincante.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">À leurs côtés, <strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> prête à Aurindo un beau timbre et compose un personnage de dépressif fiévreux très réussi, même si le rôle descend souvent un peu trop bas pour lui. <strong>Giacomo Nanni</strong> dispose en Jupiter d&rsquo;un baryton ample et parfaitement articulé, <strong>Paul Figuier</strong> étonne autant en élément du Feu surexcité qu&rsquo;en Ganymède fripon, <strong>Ester Ferraro </strong>campe une Discorde mordante à laquelle ne manque qu&rsquo;un peu de puissance et <strong>José Coca Loza</strong> trouve avec Pluton et Charon un terrain à la mesure de sa voix caverneuse. Dans le rôle discret d&rsquo;Apollon, <strong>Filippo Mineccia</strong> est hilarant d&rsquo;infatuation. On regrettera davantage que <strong>Rocco Cavalluzzi</strong>, très convaincant scéniquement en Momo, laisse passer trop peu de texte, la voix étant engorgée, ce qui rend également le timbre grisâtre.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">À la tête de l&rsquo;<strong>Accademia Bizantina</strong>, Ottavio Dantone impressionne : sa direction est tendue, variée et attentive à la construction d&rsquo;ensemble. Les tempi restent toujours assez mobiles pour que les longues scènes ne s&rsquo;affaissent jamais. L&rsquo;orchestre est d&rsquo;une beauté qui laisse pantois, mais son mérite ne tient pas qu&rsquo;à la splendeur du son : Dantone met en valeur la caractérisation des personnages opérée par Cesti. Dans le tableau infernal, le clavecin accompagne Proserpine tandis que les cordes graves et le basson soutiennent la voix de Pluton ; Momo reçoit un accompagnement pointé où pizzicati et basson se mêlent pour produire quelque chose de sautillant et de lourd à la fois. Cette variété de climats, la magnificence des scènes de tutti où éclatent les cuivres, la grâce des pages plus intimes : voilà ce qui empêche six heures et demie de musique de devenir ennuyeuses.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le chœur <strong>NovoCanto</strong>, préparé par <strong>Brigitte Wurzer</strong>, est à la hauteur dans toutes ses interventions et particulièrement investi scéniquement. Les danseurs du <strong>Street Motion Studio</strong> et de la <strong>Compagnia Fattoria Vittadini</strong> convainquent moins en dehors des passages de ballroom et de voguing réglés par <strong>Davide Riminucci</strong>, surtout du côté masculin ; l&rsquo;un d&rsquo;eux se distingue néanmoins par la souplesse de ses lignes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-218961 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Shira-Patchornik-Pallade-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">Shira Patchornik (Pallade) © Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">On l&rsquo;aura dit, tout dans ce spectacle n&rsquo;est pas également convaincant : l&rsquo;ironie est trop présente, certaines plaisanteries politiques sont maladroites et quelques choix esthétiques peuvent diviser. Mais la musique est merveilleuse de bout en bout, Dantone maintient la tension à la tête d&rsquo;un orchestre d&rsquo;une splendeur sonore rare, les chanteurs jouent le jeu avec une générosité constante, et Ceresa renouvelle assez les images pour que la démesure ne tourne jamais à l&rsquo;épreuve d&rsquo;endurance pour le public et les artistes. Enfin, l&rsquo;expérience de voir une œuvre si majestueuse sur deux soirs n&rsquo;a pas d&rsquo;équivalent.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Spectacle fascinant, parfois inégal, mais une franche réussite : la standing ovation d&rsquo;une dizaine de minutes au terme de la seconde soirée saluait autant un exploit qu&rsquo;une œuvre et des artistes qu&rsquo;on aurait volontiers retrouvés pour une troisième soirée. On ne peut qu&rsquo;encourager nos lecteurs à faire le voyage à Innsbruck pour assister à ce spectacle mémorable.</p>
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		<title>HAENDEL, Il trionfo del Tempo e del Disinganno &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra avait été interdit à Rome par Innocent XI en 1681. Cette contrainte nous vaut une extraordinaire floraison d’oratorios et de cantates qui en reprennent le langage, sinon les thèmes. Tout premier oratorio de Haendel, luthérien de 22 ans, mais aussi le dernier, après l&#8217;extraordinaire production que l&#8217;on connaît, l’ouvrage a subi de nombreux remaniements. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra avait été interdit à Rome par Innocent XI en 1681. Cette contrainte nous vaut une extraordinaire floraison d’oratorios et de cantates qui en reprennent le langage, sinon les thèmes. Tout premier oratorio de Haendel, luthérien de 22 ans, mais aussi le dernier, après l&rsquo;extraordinaire production que l&rsquo;on connaît, l’ouvrage a subi de nombreux remaniements. Empruntant à plusieurs de ses contemporains, comme il était fréquent, il a nourri aussi nombre de ses opéras, tel <em>Rinaldo</em>.<br />
Quatre solistes, pas de chœur, un ensemble orchestral réduit, l’ouvrage, privé de mise en scène par sa destination (*), est prisé du public, comme des organisateurs de concerts, à juste titre, puisque le compositeur y fait montre d’une extraordinaire maturité. Classique parmi les classiques du répertoire baroque, <em>Il trionfo del Tempo e del Disinganno</em> n’avait pas été donné au Festival depuis l’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-beaune-le-triomphe-de-la-beaute-du-plaisir-et-de-lemotion/">édition 2021</a>.</p>
<p>Parabole moralisante, conçue et versifiée par le cardinal Benedetto Pamphili, l’oratorio oppose quatre personnages allégoriques : le Temps et la Désillusion vont s’employer à rompre la complicité du Plaisir et de la Beauté, qui finira par renoncer à l’amour charnel et à l’insouciance de la vie pour le cloître. La distribution, proche de l’idéal, est équilibrée. Les voix s’accordent avec bonheur, dans chacun des deux duos, comme dans les quatuors. Tous les<em> da capo</em> seront ornés avec soin et séduction, sans surcharge.<br />
Bellezza est le rôle le plus exigeant, tant par le nombre d’interventions que par la technique exigée. Son évolution est illustrée avec bonheur, de l’insouciance de la jeunesse à la conversion. Ce soir, <strong>Suzanne Jerosme</strong>, familière de l’emploi, est annoncée comme relevant d’une extinction de voix. Rien n’en transparaît, sinon, un bref instant d’effort trahissant sa fatigue au début du second acte. L’engagement est total, les traits virtuoses, les contrastes pleinement restitués (« Un pensiero nemico&#8230;Nacque un altro leggiadro pensiero », de son troisième air).  Son ultime intervention, « Tu del ciel ministro », sur lequel se ferme l’oratorio, avec le violon solo, relève du miracle, lumineuse, extatique. La plénitude radieuse, la béatitude ne peuvent laisser indifférent.<br />
<strong>Éléonore Pancrazi</strong>, Piacere, chante six airs, dont le célèbre « Lascia la spina », dont la force expressive nous est restituée de façon exemplaire. Ce soir, la voix paraît parfois légèrement en retrait par rapport à la mémoire qu’on en a, c’est cependant un bonheur que ses airs et son duo avec la Beauté « Il voler nel fior degl’ anni », dont les vocalises traduisent idéalement l’insouciance et la complicité. Son dernier air, concertant, « Come nembo che fugge col vento », avec un superbe orchestre, figuraliste, est un sommet. Elle se joue des traits virtuoses de la première partie pour exhaler l’interrogation plaintive qui suit. Du grand art.</p>
<p>Le choix de confier à un contreténor le rôle de Disinganno, qui conforte les deux allégories graves et édifiantes satisfait l’oreille comme la raison, même si le machisme sort renforcé. Mais n’est-ce pas ce que véhiculait l’Église d’alors ? Le contreténor <strong>Rémy Brès-Feuillet </strong>nous vaut un superbe Disinganno. La voix est longue, ductile, colorée, sonore et d’une diction irréprochable. Ainsi la vocalise sur « vanni » de son troisième air, avec deux flûtes (« Crede l’uom »), est-elle exemplaire. Toujours avec les flûtes, son adagio, « Più non cura valle oscura », est un moment de bonheur et d’émotion.<br />
Tempo, le directeur de conscience, est incarné par <strong>Stuart Jackson</strong>, présenté comme un ténor, dont il a le registre, certes, mais qui s’enrichit d’une tessiture grave impressionnante, que n’ont pas forcément tous les barytons. Même privé de son second air (pourquoi ?), les trois restants, sa participation au duo avec Disinganno, les deux quatuors sont de grands moments. Sans oublier les récitatifs, qui prennent ici une dimension opératique, dont la conviction emporte l’adhésion, particulièrement le « Quanto chiude la terra è regnio mio». L’expression en est toujours exemplaire, servie par une voix bien timbrée, d’une autorité naturelle, qui donne son poids à chaque mot, qu’il soit chuchoté ou véhément. « Urne voi », puis « Folle, dunque tu sola presumi » sont d’une force peu commune.</p>
<p>Disciple d’Alain Altinoglu, « Révélation chef d&rsquo;orchestre » des Victoires de la Musique 2025, aussi curieux qu’engagé, familier du répertoire lyrique, <strong>Simon Proust</strong> et les musiciens du <em>Banquet céleste</em> nous donnent une belle leçon d’interprétation baroque, qui force l’admiration par son énergie et son excellence stylistique.  Les solistes, Marie Rouquié au violon, Patrick Beaugiraud, au souffle incroyable, dont le hautbois est aussi véloce que ductile, au jeu quasi improvisé, Julien Barre au violoncelle dont le chant est admirable &#8211; pardon de ne pas citer chacune ni chacun &#8211; c’est un constant régal, comme le continuo, conduit du clavecin et de l’orgue par Kevin Nanent-Navratil. Si l’ouverture et la sonate avec orgue sont remarquables de vie, de précision, de conduite, les musiciens tissent le plus beau des écrins aux voix, riche dans les expressions les plus variées, du figuralisme à la poésie comme à la véhémence. Une soirée mémorable.</p>
<p>On a frôlé, sinon atteint la perfection, et le public, malgré l’accablante canicule, ne ménage pas sa gratitude envers les artistes, particulièrement méritoires dans des conditions aussi difficiles.</p>
<pre>(*) même si chacun se souvient de la réalisation de Warlikowski, avec Emmanuelle Haïm à la direction, il y a juste dix ans, à Aix.</pre>
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		<title>HAENDEL, Sosarme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-sosarme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>J’ignore les raisons pour lesquelles cet opéra seria de Haendel n’attire guère ni les metteurs en scène ni les directeurs d’opéra. La seule recension d’une production de l’œuvre, dans les archives de Forum Opéra qui couvrent tout de même un quart de siècle, remonte à juin 2016 à Halle en Allemagne. Et le moins qu’on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>J’ignore les raisons pour lesquelles cet opéra<em> seria</em> de Haendel n’attire guère ni les metteurs en scène ni les directeurs d’opéra. La seule recension d’une production de l’œuvre, dans les archives de Forum Opéra qui couvrent tout de même un quart de siècle, remonte à juin 2016 à Halle en Allemagne. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’avait guère séduit notre collègue Bernard Schreuders. Je renvoie volontiers le lecteur vers <a href="http://J’ignore les raisons pour lesquelles cet opéra séria de Haendel n’attire guère ni les metteurs en scène ni les directeurs d’opéra. La seule recension d’une production de l’œuvre, dans les archives de Forum Opéra qui couvrent tout de même un quart de siècle, remonte à juin 2016 à Halle en Allemagne. https://www.forumopera.com/spectacle/sosarme-halle-cinq-personnages-en-quete-de-voix-et-une-basse/ Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’avait guère séduit notre collègue Bernard Schreuders. Je renvois volontiers le lecteur vers son article qui y trouvera tout ce qu’il faut savoir sur la genèse de l’œuvre, sa rareté, ainsi qu’une description du livret.  Aujourd’hui c’est l’excellent label du Château de Versailles qui propose Sosarme, créé à Londres en 1732. Et certes, cet enregistrement vient combler un grand vide, puisqu’aucun autre n’est plus disponible actuellement. Dans toute l’histoire du disque, trois enregistrements seulement en ont été réalisés, le premier par Anthony Lewis pour l’Oiseau-Lyre en 1954, ça date un peu tout de même, le deuxième pour Newport sous la direction de Johannes Somary (1994), et le troisième, dans la version portugaise de l’œuvre, par Alan Curtis et Il Complesso Barocco pour Virgin Classics (2005). Le livret mêlant intrigue dynastique et passions amoureuses est pourtant riche en péripéties, assez resserré, et offre la possibilité de quelques beaux airs ou duos, sans toutefois atteindre le niveau d’intensité dramatique du Giulio Cesare ou d’Agrippina par exemple. La partition contient son lot d’airs à vocalises particulièrement redoutables, et nécessite des chanteurs aguerris. Elle contient aussi, chose plus rare chez Haendel, trois duos remarquables dont le spectaculaire Per le Porte del Tormento entre Elmira et Sosarme à l’acte II, une page de toute beauté. Avec un orchestre de 26 musiciens, Marco Angiolini, qui tient également le rôle de Haliate, peine à donner à la partition l’ampleur que le sujet mérite. Est-ce une faiblesse de la prise de son, très proche des chanteurs mais reléguant la partie instrumentale à l’arrière-plan, est-ce lié au lieu de l’enregistrement ou à la taille de l’orchestre, le résultat sonore paraît étriqué, manquant de relief et de séduction. Peu de recherche de couleurs orchestrales, une dynamique assez fade, une instrumentation très standardisée, le chef déroule la partition sans réussir à construire véritablement la progression dramatique, générant ainsi un sentiment de longueur et de répétition. Il y met pourtant beaucoup d’énergie et de fougue, c’est plutôt la gravité, la dramaturgie et la profondeur qui font défaut. La distribution vocale devrait être dominée par le rôle-titre, confié au célèbre castrat Senesino au jour de la création de l’œuvre. Le très jeune contre-ténor Rémy Brès-Feuillet qui s’est déjà fait entendre dans des (plus petits) rôles haendéliens à Leipzig ou au festival baroque de Bayreuth y déploie toute son énergie mais peine à atteindre l’impact dramatique ou la grandeur que requiert le personnage. La partition regorge de difficultés techniques qu’il domine globalement, mais sans réussir à produire le feu d’artifice souhaité. De la même génération, sa partenaire Sarah Charles, qui chante Elmira, donne bien plus de satisfaction. Elle présente une voix délicieuse, avec un petit vibrato serré et de grandes facilités dans l’aigu, cultivant l’ingénuité du rôle auquel elle apporte fraîcheur et spontanéité. En contraste et dans un registre beaucoup plus sombre, Eléonore Pancrazi chante Erenice, la mère d’Elmira et l’épouse du roi Haliate. Sa voix aux voluptés un peu vénéneuses est particulièrement propice à l’expression du drame, elle vocalise avec dextérité et expérience, c’est sans conteste l’élément le plus solide de la distribution. Le chef, qui est aussi ténor à ses heures, s’est réservé le rôle du roi Haliate, très exigeant techniquement lui aussi, avec des écarts vertigineux ou des vocalises périlleuses. Fort de son expérience de la musique de Haendel, avec laquelle il a des affinités particulières, il parvient à une belle maîtrise du rôle et se montre finalement plus convainquant comme chanteur que comme chef d’orchestre. Citons encore dans cette très juvénile distribution le contre-ténor italien Nicolo Balducci, qui incarne brillamment Melo, le fils rebelle du roi, et son compatriote le baryton-basse Giacomo Nanni, à peine trente ans, dans le rôle de Altomaro, le mauvais de l’histoire qui conseille le souverain, redoutable dans son grand air de l’acte I Fra l’ombre e gl’orrori farfalla confusa. Logan Lopez Gonzalez contre-ténor belge qu’on a déjà entendu avec la Capella Mediterranea et qui incarne ici Argone, n’est pas plus âgé. Son timbre exceptionnel et la grande liberté de sa voix donnent au rôle une ambiguïté singulière. Cette sympathique cohorte de chanteurs même pas trentenaires ne manque ni d’ambition ni d’avenir. Ils se voient confié des rôles certes pas au-dessus de leurs moyens techniques, mais pour lesquels tous n’ont pas toujours la maturité requise. Accrochée au texte, fort littérale dans sa conception, l’interprétation globale finit par manquer de distance, de légèreté et de conduite dramatique. L’émotion n’est pas toujours au rendez-vous, laissant émerger tout de même ici et là de forts beaux moments de chant baroque." data-wplink-url-error="true">son article</a> qui y trouvera tout ce qu’il faut savoir sur la genèse de l’œuvre, sa rareté, ainsi qu’une description du livret.</p>
<p>Aujourd’hui c’est l’excellent label du Château de Versailles qui propose <em>Sosarme</em>, créé à Londres en 1732. Et certes, cet enregistrement vient combler un grand vide, puisqu’aucun autre n’est plus disponible actuellement. Dans toute l’histoire du disque, trois enregistrements seulement en ont été réalisés, le premier par Anthony Lewis (avec Alfred Deller) pour l’Oiseau-Lyre en 1954, ça date  tout de même un peu, le deuxième pour Newport sous la direction de Johannes Somary (1994), et le troisième, dans la version portugaise de l’œuvre, par Alan Curtis et <em>Il</em> <em>Complesso</em> <em>Barocco</em> pour Virgin Classics (2005).</p>
<p>Le livret mêlant intrigue dynastique et passions amoureuses est pourtant riche en péripéties, assez resserré, et offre la possibilité de quelques beaux airs ou duos, sans toutefois atteindre le niveau d’intensité dramatique du <em>Giulio</em> <em>Cesare</em> ou <em>d’Agrippina</em> par exemple. La partition propose son lot d’airs à vocalises particulièrement redoutables, et nécessite des chanteurs aguerris. Elle contient aussi, chose plus rare chez Haendel, trois duos remarquables dont le spectaculaire <em>Per le Porte del Tormento</em> entre Elmira et Sosarme à l’acte II, une page de toute beauté.</p>
<p>Avec un orchestre de 26 musiciens, <strong>Marco</strong> <strong>Angiolini</strong>, qui tient également le rôle de Haliate, peine à donner à la partition l’ampleur que le sujet mérite. Est-ce une faiblesse de la prise de son, très proche des chanteurs mais reléguant la partie instrumentale à l’arrière-plan, est-ce lié au lieu de l’enregistrement ou à la taille de l’orchestre, le résultat sonore paraît étriqué, manquant de relief et de séduction. Peu de recherche de couleurs orchestrales, une dynamique assez fade, une instrumentation très standardisée, le chef déroule la partition sans réussir à construire véritablement la progression dramatique, générant ainsi un sentiment de longueur et de répétition. Il y met pourtant beaucoup d’énergie et de fougue, c’est plutôt la gravité, la dramaturgie et la profondeur qui font défaut.</p>
<p>La distribution vocale devrait être dominée par le rôle-titre, confié au célèbre castrat Senesino au jour de la création de l’œuvre. Le très jeune contre-ténor <strong>Rémy</strong> <strong>Brès</strong>&#8211;<strong>Feuillet </strong>qui s’est déjà fait entendre dans des (plus petits) rôles haendéliens à Leipzig ou au festival baroque de Bayreuth y déploie toute son énergie mais peine à atteindre l’impact dramatique ou la grandeur que requiert le personnage. La partition regorge de difficultés techniques qu’il domine globalement, mais sans réussir à produire le feu d’artifice souhaité.<br />
De la même génération, sa partenaire <strong>Sarah</strong> <strong>Charles,</strong> qui chante Elmira, donne bien plus de satisfaction. Elle présente une voix délicieuse, avec un petit vibrato serré et de grandes facilités dans l’aigu, cultivant l’ingénuité du rôle auquel elle apporte fraîcheur et spontanéité. En contraste et dans un registre beaucoup plus sombre, <strong>Eléonore</strong> <strong>Pancrazi</strong> chante Erenice, la mère d’Elmira et l’épouse du roi Haliate. Sa voix aux voluptés un peu vénéneuses est particulièrement propice à l’expression du drame, elle vocalise avec dextérité et expérience, c’est sans conteste l’élément le plus solide de la distribution.<br />
Le chef, qui est aussi ténor à ses heures, s’est réservé le rôle du roi Haliate, très exigeant techniquement lui aussi, avec des écarts vertigineux ou des vocalises périlleuses. Fort de son expérience de la musique de Haendel, avec laquelle il a des affinités particulières, il parvient à une belle maîtrise du rôle et se montre finalement plus convainquant comme chanteur que comme chef d’orchestre.<br />
Citons encore dans cette très juvénile distribution le contre-ténor italien <strong>Nicolo</strong> <strong>Balducci</strong>, qui incarne brillamment Melo, le fils rebelle du roi, et son compatriote le baryton-basse <strong>Giacomo</strong> <strong>Nanni</strong>, à peine trente ans, dans le rôle de Altomaro, le mauvais de l’histoire qui conseille le souverain, redoutable dans son grand air de l’acte I <em>Fra</em> <em>l’ombre</em> <em>e</em> <em>gl’orrori</em> <em>farfalla</em> <em>confusa. </em><strong>Logan Lopez Gonzalez </strong>contre-ténor belge qu’on a déjà entendu avec la <em>Capella</em> <em>Mediterranea</em> et qui incarne ici Argone, n’est pas plus âgé. Son timbre exceptionnel et la grande liberté de sa voix donnent au rôle une ambiguïté singulière.</p>
<p>Cette sympathique cohorte de chanteurs même pas trentenaires ne manque ni d’ambition ni d’avenir. Ils se voient confié des rôles certes pas au-dessus de leurs moyens techniques, mais pour lesquels tous n’ont pas toujours la maturité requise. Accrochée au texte, fort littérale dans sa conception, l’interprétation globale finit par manquer de distance, de légèreté et de conduite dramatique. L’émotion n’est pas toujours au rendez-vous, laissant émerger tout de même ici et là de forts beaux moments de chant baroque.</p>
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		<title>CAVALLI, La Calisto – Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-nantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 06:38:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Calisto de Cavalli a longtemps eu la réputation d’être une rareté, alors qu’elle a pourtant joui de nombreuses programmations si l’on se penche d’un peu plus près sur ce chef-d’œuvre du xviie siècle, comme l’a fait l’Avant-Scène Opéra. C’est évidemment la version de Jacobs et Wernicke qui s’est installée dans les mémoires, mais celle &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Calisto </em>de Cavalli a longtemps eu la réputation d’être une rareté, alors qu’elle a pourtant joui de nombreuses programmations si l’on se penche d’un peu plus près sur ce chef-d’œuvre du xvii<sup>e</sup> siècle, comme l’a fait l’<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/une-calisto-peut-en-cacher-une-autre/">Avant-Scène Opéra</a>. C’est évidemment la version de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/madeleine-coquine/">Jacobs et Wernicke</a> qui s’est installée dans les mémoires, mais celle qui est en train de faire le tour des salles cette triennale est en passe de devenir un classique et de contribuer à faire largement connaître l’un des opéras les plus érotiques qui soient. Créée à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-aix-en-provence/">Aix</a> au cours de l’été 2025, cette nouvelle production de <strong>Jetske Mijnssen</strong> a été immédiatement très admirée au festival tout comme elle l’a été à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-rennes/">Rennes</a> le mois dernier. Le succès est également au rendez-vous à Nantes (pour deux dates seulement, coupes budgétaires obligent) et l’on peut déjà présager un égal enthousiasme dans les prochains lieux : Angers, le TCE, Caen, Luxembourg et Avignon. On ne peut que saluer la réussite de cette impressionnante co-production dotée d’une bien belle distribution et d’une mise en scène intelligente et fascinante.</p>
<p>En effet, Jetske Mijnssen a choisi d’oublier le merveilleux et les effets spéciaux des machineries de scène nécessaires pour remplir les premiers théâtres payants vénitiens en plein milieu du xvii<sup>e</sup> siècle. Elle ne se gargarise pas davantage de l’ambiance grivoise et des ressorts comiques de l’œuvre, mais préfère transposer l’intrigue dans un xviii<sup>e</sup> siècle qui évoque fort judicieusement les <em>Liaisons dangereuses</em> de Choderlos de Laclos et les jeux pervers de conquêtes amoureuses destructrices ainsi que de relations de pouvoir. Les costumes sont l’élégance même et le décor consiste en une salle qui n’est pas sans évoquer le langage raffiné d’un Giorgio Strehler. Le rococo est ici épuré à l’extrême, les boiseries xviii<sup>e</sup> siècle richement décorées se faisant sages lambris cérusés, sublimés par un dispositif scénique ingénieux, sous forme de rotonde tournante, qui cèle ou découvre les protagonistes. Mais la transposition ne s’arrête pas au Siècle des Lumières : le propos rappelle les heures sombres du xx<sup>e</sup> siècle au moment de l’épuration de la Libération et le meurtre de Jupiter par Calisto (vraie liberté par rapport à l’histoire) rend le propos ultra contemporain. Une scène en particulier est spécifiquement cruelle, d’un sadisme froid au possible, celle de la punition de la ravissante nymphe Calisto par Junon (qui préfère s’en prendre à la belle plutôt que de se venger directement de son époux volage). Au lieu de se voir métamorphoser en ourse, Calisto se fait tondre méthodiquement et froidement. Voilà de quoi éclairer sous un jour résolument moderne Ovide et donner à ce <em>dramma per musica</em> une résonance actuelle qui devrait toucher et interroger tout un chacun.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Calisto-©-Monika-Rittershaus-12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-204152"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau vocal est lui aussi de toute beauté : <strong>Lauranne Oliva</strong> est une Calisto ravissante qui dégage un charme irrésistible. Sa voix est idéalement timbrée, souple et nuancée. Ses émois tout comme ses désillusions nous vont droit au cœur. <strong>Alex Rosen</strong> est un superbe Jupiter/Diane, scéniquement très à l’aise en aristocrate à la Valmont mâtiné de Don Giovanni, convaincant dans tous les registres, y compris quand il utilise sa voix de fausset pour incarner Diane, à l’effet comique garanti. Tout aussi impériale, <strong>Giuseppina Bridelli</strong> sait rendre perceptibles les contradictions de son personnage : la chaste Diane qui, en réalité, est l’esclave de pulsions sexuelles totalement débridées. Tous les personnages de cette histoire sont d’ailleurs obsédés par le désir amoureux, bien souvent physique et sans issue. La direction d’acteurs fine et maîtrisée leur permet à tous d’en exposer clairement tous les aspects, entre flamme hypocrite et lubricité déchaînée, y compris dans les chorégraphies impayables de <strong>Dustin Klein</strong> qu’ils exécutent eux-mêmes avec brio. Seule Junon est véritablement frustrée et refroidie, quoique brûlante de jalousie vengeresse, ce qu’<strong>Anna Bonitatibus</strong> réussit à rendre avec grand art, de son bel instrument aux couleurs ambrées dont les éclats se font puissance déferlante ou douce plainte tout juste audible. D’abord houspillé puis triomphant, l’Endymion de <strong>Rémy Bres-Feuillet</strong> est tout de virtuosité et d’ornementations délicieuses à l’oreille. Le Mercure de <strong>Dominic Sedgwick</strong> n’est pas en reste, en parfait acolyte de Jupiter. Petit accroc à la distribution, <strong>Zachary Wilder</strong>, souffrant, se contentera de mimer son rôle sur scène, caché derrière un masque, tandis que <strong>Clément Debieuvre</strong> le remplace, au pied levé, vaillamment et efficacement dans la fosse. Les trois Furies complètent efficacement la distribution qui excelle dans le <em>parlar cantando</em> d’un grand naturel de déclamation tout comme dans les ensembles et dans les airs de bravoure.</p>
<p>La partition originale, prévue pour six musiciens, est efficacement arrangée par <strong>Sébastien Daucé</strong> pour son <strong>Ensemble Correspondances</strong> d’une quarantaine de musiciens. Le théâtre de Nantes leur propose un écrin idéal et l’on goûte les couleurs et la richesse de cet orchestre, dont on remarque avec bonheur le percussionniste, particulièrement virtuose ce soir. Un bien beau spectacle.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="[ LA CALISTO ] ENTRETIEN AVEC LE DIRECTEUR MUSICAL SÉBASTIEN DAUCÉ" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/Gpayb8nT1tE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>SCARLATTI Alessando, Stabat Mater &#8211; Ambronay</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/scarlatti-alessando-stabat-mater-ambronay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Sep 2025 09:49:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La relative brièveté du Stabat mater impose toujours un complément de programme. Ce sont quatre pièces, deux sinfoniae encadrant deux airs qui introduiront la célèbre hymne dont le texte est attribué à Jacopone da Todi. Alors que les six instrumentistes de La Palatine ont pris place et qu’on attend la première sinfonia, c’est la voix &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La relative brièveté du <em>Stabat mater</em> impose toujours un complément de programme. Ce sont quatre pièces, deux <em>sinfoniae</em> encadrant deux airs qui introduiront la célèbre hymne dont le texte est attribué à Jacopone da Todi. Alors que les six instrumentistes de La Palatine ont pris place et qu’on attend la première <em>sinfonia</em>, c’est la voix de <strong>Marie Théoleyre</strong> qui résonne, nue, entonnant un <em>Alleluia</em> de plain-chant (ou laude ?), que reprend <strong>Rémy Brès-Feuillet</strong>, avant que leurs voix s’unissent. Excellent moyen de susciter une attention forte tout en créant une atmosphère de recueillement, en accord avec les pièces retenues. Les mélismes sont bien conduits, malgré de petits soucis de justesse. Le violoncelle sera ponctuellement affecté de la même réserve au début de la sinfonia de <em>La Maddalena penitente. </em>L’imprécision des cordes sera vite contredite et les nombreux passages staccato du <em>Stabat mater</em> seront autant de réussites. Deux airs suivent, dont les textes, pathétiques, appellent l’illustration la plus baroque. Le premier, confié au contre-ténor, souvent apprécié dans ce répertoire, confirme son aisance, la rondeur de son émission, comme sa longueur du souffle. L’écriture raffinée de Scarlatti séduit à plus d’un titre, dans le jeu d’imitations confié aux instruments. Une cantate de chambre suit, d’un caractère voisin, grave et animé, sur un beau motif de ritournelle. La conduite de notre soprano, comme son attention au texte, retiennent l’attention, plus que le timbre ou les aigus projetés sans grâce. La <em>sinfonia </em>« Mentre un Zeffiro Arguto », à trois, ferme agréablement cette introduction. On en retiendra le beau jeu des violons, articulé, animé, quasi dansant. Ces derniers, très sollicités, virtuoses dans le <em>Stabat Mater</em>, y seront quelque peu écrasés par des basses trop sonores (théorbe, violoncelle, contrebasse, orgue).</p>
<p>Le texte  diffère ponctuellement de celui qui nous est familier, avec quelques variantes, alors fréquentes. D’une douzaine d’années postérieur (1), le <em>Stabat mater</em> de Pergolèse est écrit pour deux castrats. En était-il de même de celui de Scarlatti ? Sans doute. Il y a maintenant des années que la partie d’alto (notée en clé d’ut 3<sup>e</sup> dans l’original) est confiée à un contre-ténor, quand ce ne sont pas les deux voix (2). Pourquoi pas, même si les habitudes sont dérangées ? Il faudra attendre quelques numéros pour que nos musiciens trouvent la confiance et l’épanouissement généreux qui marqueront la suite. Ainsi, la ponctuation lancinante de l’adagio initial est estompée, tout comme les oppositions piano – forte, ce qui surprend (3). On ne détaillera pas les vingt numéros, parfois très brefs (14 mesures suffisent pour le magnifique largo <em>Fac me cruce</em>, confié au contre-ténor), qui conduisent à l’<em>Amen</em> final. Huit tonalités principales pour une vingtaine de pièces traduisent bien la volonté du compositeur de faire appel à toute la palette expressive (rappelons que le tempérament égal n’avait pas cours et que les couleurs tonales étaient alors différenciées). L’extrême richesse qui caractérise chacune des pièces fait de cette œuvre une mosaïque où le compositeur explore tous les procédés dont il dispose pour traduire la force et l’émotion qu’appelle la déploration. Certes, le pathétique de Pergolèse a conquis les âmes et les cœurs, mais sans doute serait-il temps de nous pencher sur l’œuvre de son prédécesseur, moins directe, mais plus riche, plus intérieure.</p>
<p>Le chant de chacune et chacun est stylé, parfois agrémenté ponctuellement. La liberté est à portée de voix. Les cinq duos sont équilibrés, et le dialogue fructueux. Si c’est l’alto (ici notre contre-ténor) qui intervient le plus longuement, les deux solistes doivent affronter les mêmes difficultés : lignes très distendues, vocalises virtuoses, ornements notés ou ajoutés, longueur de voix. Et les deux s’en sortent avec bonheur. Tumultueux, intensément dramatique, tendu, <em>Quis est homo</em> nous vaut une belle illustration de « <em>in tanto supplicio</em> » que notre soprane conduit sans peine. Le « <em>Fac me vere tecum flere</em> », (andante smorzando [en affaiblissant]), avec les violons détachés, comme fréquemment la basse, où les longues vocalises figuralistes abondent, est fort bien défendu par notre contre-ténor. Les tensions harmoniques, les modulations surprenantes, les suspensions dramatiques confèrent à ces pages une modernité singulière. L’assistance retient son souffle, après avoir réfréné ses applaudissements depuis le début : nos valeureux interprètes seront chaleureusement ovationnés. Offerte en bis, la première pièce du <em>Stabat mater</em> de Pergolèse ravit le public, conquis par leur engagement.</p>
<ul>
<li>
<pre>1. Pour remplacer celui de Scarlatti, il fut vraisemblablement commandé par la même confraternité napolitaine. 
2. Ainsi, Sabadus, Minasi, Mead, Mineccia, Marino, Orlinski, et d’autres. 
3. Toutes les suites de notes brèves répétées (parfois marquées « tremolo ») souffrent d’une expression minorée, dont l’articulation appelait un traitement plus rythmique. Les lignes de basse descendantes, porteuses de sens, appellent également un jeu spécifique.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>HANDEL, Berenice &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/handel-berenice-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 May 2024 07:02:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quinze ans après Alan Curtis et le tout jeune Franco Fagioli, Berenice revient au Théâtre des Champs-Elysées. Ce n’est pas l’œuvre de Haendel la plus réussie : à coté de rôles marquants (Berenice et Demetrio) qui enchainent les airs raffinés et variés, les autres personnages ne brillent qu’épisodiquement et doivent souvent se contenter d’airs de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quinze ans après <a href="http://licida.over-blog.com/article-berenice-de-handel-au-theatre-des-champs-elysees-41952641.html">Alan Curtis et le tout jeune Franco Fagioli</a>, <em>Berenice</em> revient au Théâtre des Champs-Elysées. Ce n’est pas l’œuvre de Haendel la plus réussie : à coté de rôles marquants (Berenice et Demetrio) qui enchainent les airs raffinés et variés, les autres personnages ne brillent qu’épisodiquement et doivent souvent se contenter d’airs de remplissage peu inspirés. Quant au livret, certes non dénué d’humour, il est davantage prétexte à affects qu’efficace théâtralement : les tergiversations de la reine Berenice pour prendre un époux au milieu d’un enchevêtrement de quiproquo politico-amoureux sont assez répétitives.</p>
<p>Pour la défendre, il faut donc à la reine d’Egypte des artistes brillants et fin connaisseurs du style de Haendel, à même d’en révéler les trésors quelquefois enfouis. C’est le cas de l’équipe de ce soir. A commencer par <strong>Il Pomo d’Oro</strong> et la direction décidemment toujours épatante de <strong>Francesco Corti</strong>. Avec une finesse rythmique ravissante, il faut entendre leurs ritournelles faire irruption dès que le chanteur a terminé sa phrase, et leur inventivité pour consteller d’effets harmoniques étonnants les passages les moins inspirés.</p>
<p>Le rôle titre fut écrit pour la grande Strada del Po (qui créa aussi <em>Alcina</em> par exemple), et c’est peu dire que <strong>Sandrine Piau</strong> sait incarner la reine avec prestance et piquant (air inaugural impérieux). Cependant, si la voix a conservé une agilité certaine et rare après une telle carrière (quoique toujours avare de trilles) et qu&rsquo;elle a étoffé son medium, les aigus sont dorénavant assez mats et il faut toute son éloquence extraordinaire pour compenser une palette de couleurs réduite. Cela ne suffit hélas pas à renouveler l’intérêt à chaque reprise de l’air concertant « Chi t’intende » dont elle peine à rendre le caractère douloureux.</p>
<p>Fabio n’a l’occasion de briller que via son premier formidable air « Vedi l’ape » où les cordes imitent par triolets les tournoiements saccadés d’une abeille avec un grâce infinie. <strong>Matthew Newlin</strong> s’en sort superbement via notamment de très belles variations sur une belle étendue, avec un léger grain dans le grave qui rappelle Kobie van Rensburg.</p>
<p>Alessandro, rôle assez transparent car trop tempéré, est littéralement transcendé par la performance d’<strong>Arianna Vendittelli</strong> : son « Che sara quando amante » prodigieux lui permet de faire fi d’une tessiture limitée, par une intelligence technique surprenante et audacieuse (<em>canto di sbalzo</em>). Son deuxième air est d’une sensibilité à fleur de peau très émouvante, et le public ne retient pas son enthousiasme après le dernier.</p>
<p><strong>Ann Hallenberg</strong> ne fait qu’une bouchée de la très secondaire Selene. Son « Gelo, avampo » est à la fois très intense et équilibré. Elle est suprême dans les récitatifs qu’elle anime comme personne (ces intonations, ces œillades !) tandis que son « Si poco e forte » est une merveille de second degré.</p>
<p><strong>John Chest</strong> jouit de très beaux moyens mais souffre d’un vocabulaire belcantiste encore trop limité, et d’une prudence excessive à l’exception de quelques aigus bien préparés.</p>
<p><strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> propose un Arsace mémorable à l’encontre de la partition grâce à un timbre de contre-ténor alto très personnel et des vocalises liquides qui ne manquent que de longueur de souffle.</p>
<p><strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> préfère une fois encore faire résonner sa puissante voix et son émission très moelleuse, plutôt que chercher la difficulté technique (cadences souvent plus narcissiques que risquées). Il n’y a guère que dans son invocation des enfers qu’il sort de sa torpeur pour affronter avec vaillance une écriture à la fois syllabique et torturée de croches, ne loupant que quelques notes graves. Il le fait très bien mais en signalant ses limites dans une reprise très peu variée.</p>
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		<title>d&#8217;après VIVALDI, L&#8217;Olympiade des Olympiades &#8211; Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-vivaldi-lolympiade-des-olympiades-nice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 May 2024 06:22:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nice aime le sport autant que la musique (1), et on imagine difficilement que semblable projet ait pu se concevoir, se construire et se réaliser en un autre lieu. L’histoire narrée par l’Olimpiade que l’on trouvera par ailleurs, est simple : sur fond de rivalités sportives, le roi promet sa fille au vainqueur des Jeux olympiques. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nice aime le sport autant que la musique (1), et on imagine difficilement que semblable projet ait pu se concevoir, se construire et se réaliser en un autre lieu. L’histoire narrée par <em>l’Olimpiade</em> que l’on trouvera par ailleurs, est simple : sur fond de rivalités sportives, le roi promet sa fille au vainqueur des Jeux olympiques. Elle est aimée secrètement de deux amis, un prince et un athlète, auquel le premier demande de participer sous son nom, assuré de ne pouvoir l’emporter…</p>
<p>Casser les codes, les clichés sur l’opéra, pour répondre aux attentes du plus large public, sans qu’il y ait besoin de préparation ni d’a priori culturel, telle est la volonté affichée des réalisateurs, et le pari un peu fou est tenu. Il a fallu commencer par réécrire <em>l’Olimpiade</em> en empruntant à nombre de musiciens l’ayant illustré (2), au premier rang desquels Vivaldi, tout en réduisant la durée à moins de deux heures (sans entracte), travail accompli par <strong>Jean-Christophe Spinosi</strong> et sa sœur, Nathalie. Puis traduire concrètement le projet : bouleverser la disposition fonctionnelle du théâtre à l’italienne pour surprendre, faire disparaître la fosse afin de rapprocher, voire mêler, public et interprètes (orchestres en salle et scène en gradins, ouverte au public), supprimer les récitatifs au profit d’un narrateur (3), ouvrir l’espace et inséminer la musique par le sport (les porteurs de la flamme dont on suit ponctuellement la course en temps réel sur la promenade des Anglais investissent le plateau au terme de la représentation, idéalement synchronisée). S’il faut saluer la prouesse technique, le dispositif adopté impose la sonorisation des voix, avec des interrogations sur l’usage d’un clavier électronique et à ce qui ressemble à un dispositif de DJ (est-ce lui qui brouille l’écoute du premier air d’Aminta ?).</p>
<p>Exercice redoutable que le pasticcio, dont les réussites sont exceptionnelles. Nombre de chefs baroques s’y sont égarés, sinon fourvoyés : une connaissance approfondie des styles propres à chacun et la capacité à les associer harmonieusement n’est pas à la portée de tous. Ce sont trop souvent des assemblages de pièces intéressantes, mais accusant d’importantes différences stylistiques, sur des livrets douteux, inventés pour la circonstance. Ici, le défi est relevé brillamment, à travers deux composantes : le livret de Métastase donne sa cohérence narrative et dramatique à la réalisation, même amputé, réduit à deux actes enchaînés, réécrit pour substituer aux récitatifs des textes de liaison confiés à une « maîtresse de cérémonie », jouant médiocrement le rôle d’une speakerine, commentatrice d’épreuves sportives. Ce sera la principale – et, somme toute, relative &#8211; faiblesse de ce spectacle. D’autre part l’intelligence de la réalisation musicale et scénique confère une incontestable unité à la production (4).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Olimpiade-7-1294x600.jpg" /><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">© Dominique Jaussein - Opéra de Nice</span></pre>
<p>On lui devait déjà le <em>Phaéton</em> (2022) et sa participation à l’<em>Akhnaten</em> (2020) qu’avait produits l’Opéra de Nice<strong>. Eric Oberdorff </strong>signe la mise en scène et la chorégraphie, essentielle. La première privilégie naturellement les Jeux Olympiques, ceux-ci sont actualisés avec humour et cocasserie : L’opéra s’est mué en piste d’athlétisme, avec ses couloirs. Le décor unique est transformé à vue, de façon simple et inventive par les chanteurs et danseurs. Quelques accessoires, structures d’exercices physiques, cordes etc. et des éclairages appropriés suffiront à renouveler le cadre. Les projections, limitées, sont bienvenues et participent à l’esprit qui préside. Les champions sont l’objet de vignettes Panini, que les jeunes collectionnaient compulsivement il y a déjà longtemps. Les costumes des solistes les différencient clairement, même si certains ne sont pas du meilleur goût (Aminta). Ceux des danseurs sont aussi justes qu’appropriés à leurs évolutions. La rivalité amoureuse, qui s’achève heureusement par l’union des deux couples, est avant tout illustrée par la musique, et par les évolutions chorégraphiques qui l’accompagnent. Celles-ci comme la gestique de tous les protagonistes sont un bonheur, dans leur conception comme dans leur réalisation, propre à séduire chacun. La direction d’acteur, aboutie, est un modèle.</p>
<p>Jean-Christophe Spinosi avait déjà signé une mémorable <em>Olimpiade</em>, intégrale, de Vivaldi, au Festival 2023 de Beaune (5). La distribution, sans faiblesse, reconduit des valeurs sûres bien que jeunes, aguerries, dont trois des premiers rôles : <strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> (Mégacle), <strong>Fernando Escalona</strong> (Licida), <strong>Ana-Maria Labin</strong> (qui chantait alors Aminta), et l’engagement d’excellents chanteurs. Le meneur de jeu a ainsi constitué une belle équipe, dynamique, engagée, dont il connaît bien chacun des membres. Les deux amis, contre-ténors, se montrent exemplaires d’aisance, de virtuosité, de longueur de voix. Tout juste regrette-t-on les changements accusés de registre, sans doute délibérés, de Megacle dans son air d’entrée « Superbo di me stesso ». L’Aristea que campe <strong>Margerita Maria Sala </strong>est servie par une belle voix, mais alors qu’elle se trouve au cœur de l’action dramatique, avec le rôle musicalement le plus riche, on est un peu en-deçà des attentes. D’autre part, pourquoi l’avoir affublée d’une robe dépourvue de séduction ? On retrouve avec un réel bonheur <strong>Ana-Maria Labin</strong>, maintenant Argene, émouvante, servie par des moyens exceptionnels. L’Aminta de <strong>Marlène Assayag</strong> impressionne, aux superbes aigus, à la ligne de chant d’une belle conduite. <strong>Gilen Goicoechea</strong><strong>, Alcandro </strong>est un merveilleux baryton, dont on regrette que le rôle soit si limité. On ne présente plus <strong>Luigi De Donato</strong>, qui nous vaut un royal Clistene : l’émission souveraine d’égalité et de couleur est un régal. Sa dernière intervention est un moment fort qui participe au bonheur de chacun.</p>
<p>Sport et musique, deux publics – l’interne et l’externe -, deux orchestres, deux groupes de danseurs… l’autre caractéristique du projet réside dans l’unité fusionnelle de la réalisation. L’ouverture, puissante, nerveuse, idéalement en place, rassure. L’Orchestre philharmonique de Nice est rompu à la musique baroque (le <em>Phaéton</em> dirigé par Jérôme Corréas en 2022 en était un exemple), c’est le <em>ripieno</em>, enrichi des vents (aux cors obligés de Vivaldi s’ajoutent, flûtes, hautbois, bassons et percussions). L’Ensemble Matheus, faisant office de concertino, se réserve l’accompagnement de certains airs. Les deux formations, distinctes et jouant séparément, parfois associées en un ensemble unique, ou dans la relation concertante, appellent des déplacements réguliers du chef, sportif en survêtement, comme les musiciens en tenues riches, variées, colorées (on remarque ainsi un corniste en cuissard et maillot de cycliste, coiffé de son casque). Il faut souligner la précision des attaques, des articulations, la conduite des phrasés de tous les musiciens : l’homogénéité du jeu est remarquable, malgré le handicap de la distance qui sépare les deux groupes. Hormis les basses de l’orchestre philharmonique qui, ponctuellement, dans tel air « scient du bois », l’ensemble n’appelle que des éloges. Le chœur, placé dans les deux étages de loges surplombant l’orchestre philharmonique rayonne à deux reprises : dans le chœur des bergers (de Vivaldi) chanté par les femmes, puis dans « I tuoi strali », de Hasse à la fin de l’ouvrage. On connaît et apprécie l’engagement de <strong>Jean-Christophe Spinosi</strong> au service de cette musique, et de l’Olimpiade tout particulièrement. Attentif à chacun et à tous, épanoui, énergique, bondissant comme caressant, avec vigueur comme délicatesse, d’un exigence constante, il sert magnifiquement cette partition dans laquelle il s’est totalement investi.</p>
<p>Bien que l’opera-seria – à la différence de la tragédie lyrique – n’accorde qu’une place dérisoire à la danse, celle-ci est ici souveraine : huit des danseurs du Ballet de l’Opéra ne forment qu’un avec six authentiques break-dancers (6), virtuoses recrutés pour la circonstance. La fusion est idéale. Nul ne peut rester insensible aux évolutions renouvelées, à la gestique démonstrative, illustrative du texte et des figuralismes qu’il appelle. Un spectacle total, hors-normes, propre à conquérir tous les publics.</p>
<p>Du 20 au 29 juin, au Théâtre des Champs-Elysées, pour l’ouverture des J.O., Jean-François Spinosi et son Ensemble Matheus retrouveront <em>l’Olimpiade</em> de Vivaldi, dans son intégralité, avec une prestigieuse distribution (<strong>Jakub Józef Orliński, Marina Viotti</strong><strong>, </strong><strong>Caterina Piva, Delphine Galou, Jodie Devos, Luigi De Donato, Christian Senn</strong>), dans une mise en scène d’Emmanuel Daumas<strong>. </strong>Nous souhaitons au public de retrouver une émotion au moins égale à celle qu’ont éprouvés les Niçois.</p>
<pre>(1) Le départ du Tour de France, en 2022, avait déjà été l’occasion retenue par l’Opéra pour participer à l’événement au travers d’un concert dédié. 
(2) Plus de 60 compositeurs ont illustré le livret de Métastase, de Caldara à Mozart (le célèbre air « Alcandro, io confesso », acte III, scène 6 : K 294, pour soprano, de 1778, et le K 512, pour basse, de 1787), sans oublier Donizetti (pour un opéra inachevé). 
(3) Quoi qu’il en coûte à l’amateur, épris de ces moments de vie où Vivaldi donne le meilleur de lui-même pour servir l’action dramatique et la psychologie des personnages. 
(4) L’exercice a connu un précédent discographique remarquable, il y a plus de dix ans : faisant appel à pas moins de 16 compositeurs, le <em>Venice Baroque Orchestra</em>, nous valait, sur ce même livret, un enregistrement diffusé par Naïve. 
(5)  <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-lolimpiade-beaune/">La compétition truquée, ou l’amitié rivale de l’amour </a>
(6) la break dance figure cette année au nombre des disciplines olympiques.</pre>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto — Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jan 2024 13:31:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à l’Opéra de Paris en 2011, cette production de Giulio Cesare in Egitto n’a jamais réellement convaincu. Conçue à l’origine autour de la personnalité hors norme de Natalie Dessay, la mise en scène de Laurent Pelly ne parvient pas à mettre en valeur toutes les merveilles de cet opera seria. Cette nouvelle reprise très &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Créée à l’Opéra de Paris </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-grand-defi-darchibald/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">en 2011</span></a><span style="font-weight: 400;">, cette production de </span><i><span style="font-weight: 400;">Giulio Cesare in Egitto</span></i><span style="font-weight: 400;"> n’a jamais réellement convaincu. Conçue à l’origine autour de la personnalité hors norme de Natalie Dessay, la mise en scène de </span><b>Laurent Pelly</b><span style="font-weight: 400;"> ne parvient pas à mettre en valeur toutes les merveilles de cet </span><i><span style="font-weight: 400;">opera seria</span></i><span style="font-weight: 400;">. Cette nouvelle reprise très courue &#8211; douze représentations à guichets fermés -, confirme hélas nos impressions antérieures. On se lasse vite de la transposition dans un musée du Caire, tant le concept, basé sur une succession de gags, s’épuise de scène en scène. Ce trop plein de mouvement et d’agitation inutile (ah, ces incessantes allées et venues des salariés du musée!) est un véritable tue l’émotion. Si l’on se prend parfois à sourire (Cleopatra arrivant sur un diable ou enroulée dans un tapis), jamais l’on est ému. Un comble pour une œuvre comportant certaines des arias les plus déchirantes du répertoire baroque.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans ce contexte, quelle drôle d’idée, après </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-ariodante-paris-garnier/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">un </span><i><span style="font-weight: 400;">Ariodante</span></i></a><span style="font-weight: 400;"> des plus ternes l’an passé, de confier à nouveau la baguette à </span><b>Harry Bicket</b><span style="font-weight: 400;">. Le chef anglais déroule tranquillement sa partition numéro après numéro, avec des </span><i><span style="font-weight: 400;">tempi</span></i><span style="font-weight: 400;"> uniformément allants, des récitatifs accompagnés inhabités (« Che sento » de Cleopatra) et des transitions qui tombent à l’eau (laborieuse </span><i><span style="font-weight: 400;">sinfonia</span></i><span style="font-weight: 400;"> du troisième acte). Plus mystérieux encore : alors que d’innombrables ensembles baroques jouent merveilleusement la musique de Haendel, ce sont les instruments modernes de l’</span><b>Orchestre de l’Opéra national de Paris</b><span style="font-weight: 400;"> qui sont dans la fosse, une première depuis 1997 dans ce répertoire. Les valeureux musiciens réussissent à alléger le son et à s’approprier en partie le phrasé baroque comme en témoigne une Ouverture prometteuse. Mais même si l’orchestre est épaulé de quelques instruments baroques &#8211; théorbe en fosse, viole de gambe sur scène pendant le « V’adoro pupille » de Cleopatra -, on regrette beaucoup le timbre incomparable de ces derniers, à commencer par le </span><i><span style="font-weight: 400;">traverso</span></i><span style="font-weight: 400;"> de « Piangero » et le cor naturel de « Va tacito ». Au final, l’expérience, intéressante sur le papier, ne méritait sans doute pas d’aller jusqu’à la scène : quel contraste avec le brillant Concert d’Astrée, dans la fosse dans cette même production en 2011 et 2013.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le temps de quelques fulgurances, la distribution sauve la soirée, mais sans qu’aucun des chanteurs ne soit parfaitement dans son rôle. En Cesare, </span><b>Gaëlle Arquez</b><span style="font-weight: 400;">, de par sa familiarité avec ce répertoire et une grâce musicale innée, livre une belle prestation vocale, à l’instar d’un « Aure, deh, per pietà » qui restera comme l’un des rares moments saisissants de la soirée. Mais le rôle de Cesare, créé par le castrat alto Senesino, est trop grave pour la mezzo française, qui bute dès son entrée sur un « Presti omai » manquant d’assise ainsi que sur les vocalises peu audibles du « Empio, dirò, tu sei ». Avec un tonitruant récitatif d’entrée (« Regni Cleopatra »), </span><b>Lisette Oropesa</b><span style="font-weight: 400;"> impose ses moyens phénoménaux : projection royale, justesse imparable, trille précis. Mais mal à l’aise dans l’écriture haendélienne qui sollicite un legato et un bas médium qui lui échappent et interprétant des </span><i><span style="font-weight: 400;">da capi</span></i><span style="font-weight: 400;"> de façon trop impersonnelle, la soprano américaine ne convainc pas toujours. Elle réussit davantage à habiter les airs les plus rapides, même si son « Da tempeste » final reste trop prudent et sans le feu d’artifice vocal attendu. Plus grave, son incarnation manque de nuances &#8211; c’est entre le </span><i><span style="font-weight: 400;">mezzo forte</span></i><span style="font-weight: 400;"> et le </span><i><span style="font-weight: 400;">forte</span></i><span style="font-weight: 400;"> qu’elle traversera l’opéra -, et surtout, peu aidée il est vrai par la scénographie, d’émotion : rarement aura-t-on entendu « Se pieta » si peu poignant. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est </span><b>Emily D’Angelo</b><span style="font-weight: 400;"> qui, en Sesto après avoir sagement renoncé à chanter le rôle-titre, incarne ce soir son personnage de la façon la plus satisfaisante. Scéniquement, l’androgyne cantatrice canadienne est extrêmement crédible dans ce rôle d’adolescent qu’elle habite d’une voix d’une insolente santé et d’une belle agilité. L’incarnation reste toutefois un rien impersonnelle et univoque, et la cantatrice éblouissait davantage en Ariodante sur cette même scène il y a un an. Pour ses débuts à l’Opéra de Paris, le Tolomeo bien chantant de </span><b>Iestyn Davies</b><span style="font-weight: 400;"> ne manque pas de charme, mais sans le mordant vocal et scénique de Christophe Dumaux dans ce même rôle. La Cornelia de </span><b>Wiebke Lehmkuhl</b><span style="font-weight: 400;"> séduit quant à elle par un timbre crémeux. En Achilla, </span><b>Luca Pisaroni</b><span style="font-weight: 400;"> impose une belle personnalité, mais semble un rien dépassé par l’écriture exigeante (les aigus notamment) de ses deux arias. Enfin, le jeune </span><b>Rémy Bres </b><span style="font-weight: 400;">incarne avec humour le rôle de Nireno et habite joliment son aria « Chi perde un momento ».</span></p>
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		<title>HAENDEL, Flavio – Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-flavio-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Sep 2023 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Très rare sur les scènes lyriques, Flavio, Re de’ Longobardi fut créé en 1723, quelques années après la fondation par Haendel de la Royal Academy of Music à Londres. Ce dramma per musica, relativement court, a peu d’équivalents dans l&#8217;œuvre du compositeur, le livret mêlant éléments tragiques, comiques et parodiques, ce qui n’est pas sans &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Très rare sur les scènes lyriques, <em>Flavio, Re de’ Longobardi</em> fut créé en 1723, quelques années après la fondation par Haendel de la Royal Academy of Music à Londres. Ce <em>dramma per musica</em>, relativement court, a peu d’équivalents dans l&rsquo;œuvre du compositeur, le livret mêlant éléments tragiques, comiques et parodiques, ce qui n’est pas sans rappeler son <em>Agrippina</em> vénitienne. Tombé dans l’oubli jusqu’en 1967, l’œuvre a ensuite bénéficié d’une résurrection salutaire à la scène et au disque grâce à René Jacobs.</p>
<p>Pour cette production du Festival Bayreuth Baroque, la partition a été largement enrichie de plusieurs intermèdes instrumentaux composés par Haendel, Telemann ou Matthew Locke. Ceux-ci illustrent à la fois les changements de décor ou certaines des scènes ajoutées, à l’instar de celle où l’on voit une dame de la cour interpréter l’ariette française « Vos mespris chaque jour » de Michel Lambert. Le décor conçu par <strong>Helmut Stürmer</strong> est constitué d’un ensemble de panneaux tournants, enrichi de certains éléments (le grand lit à baldaquin, la table de billard, le lustre) qui vont et viennent au gré de l’action. La somptuosité des costumes et des perruques de <strong>Corina Gramaosteanu</strong> ajoute à la beauté de l’ensemble, sans parler du cadre intimiste et enchanteur du lieu, le Markgräfliches Opernhaus de Bayreuth.</p>
<p>L’opéra de Haendel narre la rivalité entre deux conseillers du roi Flavio de Lombardie, Ugone et Lotario, et l’épisode tragique, façon <em>Le Cid, </em>qui s’en suit : Guido, fils d’Ugone tue en duel Lotario, père de sa bien-aimée Emilia. En parallèle, on suit également les mésaventures d’un couple secondaire : Teodata (sœur de Guido, dont Flavio tombe amoureux), éprise de Vitige (proche de Flavio). Transposant l’action du Moyen Âge à une cour à la Versailles, la mise en signe signée <strong>Max Emanuel <b>Cenčić </b></strong>sait parfaitement tirer profit de l’ambivalence du livret en mêlant à l’action, qui reste parfaitement lisible, un monde de débauche et de cruauté. C’est drôle et finement réalisé, même si on peut trouver que la dimension <em>seria</em> n’y a que trop rarement sa place.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Bayreuth-Baroque-2023_FlavioIII_Julia-Lezhneva_%C2%A9_Falk-von-Traubenberg-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1695075619800" />© Falk von Traubengerg</pre>
<p><strong>Julia Lezhneva</strong> affiche une technique toujours superlative, de la précision des coloratures à un trille presque irréel, triomphant ainsi sans peine des deux piquantes arias « Quanto dolci, quanto care » et « Amante stravagante ». <em>Prima donna</em> jusqu’au bout des ongles, elle ajoute cadences et interpolations dans chacune de ses six arias, et jusque que dans les récitatifs. On ne peut qu’admirer la performance, comme en témoigne l’ébouriffant « Da te parto » au troisième acte. Toutefois, cette course insensée vers le risque vocal trouve parfois ses limites. Dans « Ma chi punir desio ? » qui clôt le second acte, la sublime sicilienne en fa dièse mineur, écrite par Haendel pour Francesca Cuzzoni, se noie dans des variations hors de propos.</p>
<p>En Guido, <strong>Max Emanuel <b>Cenčić </b></strong>démontre une fois de plus sa parfaite adéquation aux rôles créés par le castrat Senesino, dont il épouse parfaitement la tessiture. Dans « Bel contento », la projection est royale, et dans le célèbre « Rompo i lacci », plus rien ne semble arrêter la virtuosité du contre-ténor. <strong>Monika Jägerová</strong> est une Teodata fougueuse, au beau timbre de contralto et dont la voix épouse à merveille celle de <strong>Yuriy Mynenko</strong>. Celui-ci, bien qu’un peu tendu dans l’aigu, fait preuve d’une belle présence. En Flavio, <strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> est scéniquement irrésistible, jouant avec humour le rôle de satyre que la mise en scène lui assigne. Dans les positions les plus inhabituelles – que ce soit au lit honorant la Reine ou dans un bain coquinement lavé à la brosse par Vitige –, il n’oublie pas de faire valoir le chant, dans un style haendélien impeccable. En pères rivaux, <strong>Sreten Manojlovic</strong> et <strong>Fabio Trümpy </strong>complètent cette distribution sans faille.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Benjamin Bayl</strong> étonne au premier acte par des <em>tempi</em> extrêmement rapides, à tel point qu’on en vient à se demander si instrumentistes et chanteurs parviendront sans trébucher au bout de certains airs ! Mais le chef britannique peut s’appuyer sur un <strong>Concerto Köln</strong> aussi vif que puissant. En outre, ce dynamisme fait parfaitement écho à celui de la mise en scène, et n’oublie pas de faire part de temps à autre à des moments d’une belle sensibilité, en particulier dans certains récitatifs accompagnés.</p>
<p>Encore plus que la somme des parties, dont on a vu que certaines ont leurs limites, ce <em>Flavio</em>, vaut par sa cohérence d’ensemble, scénique et musicale, qui transporte du début jusqu’à la fin. Accueilli par une salle en délire, il montre une nouvelle fois que le public est prêt à accueillir toute proposition, dès lors que celle-ci ne repose pas sur un concept abscons, mais sur un réel travail respectant à la fois texte et musique.</p>
<p>Il est possible de <a href="https://www.br-klassik.de/concert/ausstrahlung-3330332.html" target="_blank" rel="noopener">visionner le spectacle</a> sur le site de BR Klassik.</p>
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		<title>VIVALDI, L&#8217;Olimpiade &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-lolimpiade-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Jul 2023 06:50:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment oublier l’Olimpiade que Rinaldo Alessandrini offrit ici même en 2002, avant de l’enregistrer ? Après avoir très longuement mûri son projet, c’est maintenant le tour de Jean-Christophe Spinosi, dont la familiarité à Vivaldi est connue. La production, prévue en 2022, avait été compromise par la pandémie. Elle sera reprise à Paris au TCE, dans une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment oublier <em>l’Olimpiade</em> que Rinaldo Alessandrini offrit ici même en 2002, avant de l’enregistrer ? Après avoir très longuement mûri son projet, c’est maintenant le tour de <strong>Jean-Christophe Spinosi</strong>, dont la familiarité à Vivaldi est connue. La production, prévue en 2022, avait été compromise par la pandémie. Elle sera reprise à Paris au TCE, dans une mise en scène d’Emmanuel Daumas, et une distribution totalement renouvelée (1) en juin 2024, en prélude à l’ouverture des Jeux olympiques. Le respect de la partition est absolu : ni coupure, ni altération de tel ou tel passage, le fait est suffisamment rare pour être signalé.</p>
<p>De Caldara à Donizetti, le livret de Métastase fut illustré plus de cinquante fois. L’histoire, complexe, repose sur deux couples – réunis pour une fin heureuse. Les deux hommes sont amis, qui se découvrent rivaux, la princesse Aristea étant promise par son père au vainqueur des Jeux. Mais l’authentique vainqueur, ayant concouru sous le nom de son ami et à sa demande, est aimé de la princesse. De multiples péripéties, allant de la tentative de meurtre du roi, au sacrifice de la fiancée abandonnée comme à la reconnaissance de l’enfant sacrifié vont autoriser toutes les situations dramatiques propres à émouvoir le public.</p>
<p>L’ouverture, nerveuse, incisive, contrastée à souhait, augure bien de la suite. La direction, énergique et souple, équilibre et sculpte avec un bonheur constant. Maîtrisant l’ouvrage comme la syntaxe et la grammaire vivaldiennes, Jean-Christophe Spinosi construit le drame en soulignant les richesses (ainsi les figuralismes, tel galop de cheval dans « Qual destrier… », le violoncelle solo de « Sciagurato, in braccio a morte »…).  L’Ensemble Matheus, précis, articulé, dynamique, coloré, est au service du chant : peut-on mieux servir l’œuvre ?</p>
<p>Si l’orchestre et la direction sont exemplaires, la distribution réserve autant d’excellences que de prises de rôle un tantinet laborieuses, parce qu’insuffisamment assimilées ou desservies par les moyens vocaux. Les trois brèves interventions du « coro », ici les solistes rassemblés à l’unisson, déçoivent, sympathiques mais bâclées.</p>
<p>Aristea, convoitée par Licida, aimée de Megacle, est <strong>Francesca Ascioti</strong>. Malgré d’incontestables moyens, on demeure sur sa faim, faute d’une pleine appropriation du rôle, jusqu’au deuxième acte. Le bon et noble Megacle, accablé par le sort, partagé entre l’amitié et l’amour, est le contre-ténor<strong> Rémy Brès-Feuillet</strong>. Inégal dans les registres, il mettra du temps avant d’imposer son autorité, vocale et dramatique. Asservi par la lecture, il ne s’en échappe vraiment qu’au travers des récitatifs. Ce n’est qu’au dernier acte (« Lo seguitai felice ») qu’il parviendra à nous émouvoir. Le duo Aristea-Megacle qui ferme le premier acte ne convainc pas pleinement. <strong>Jean-Jacques L’Anthoën </strong>a l’autorité vocale et dramatique requise pour incarner Clistene, le roi. Si les moyens sont réels, l’articulation des traits reste en deçà des attentes. La plénitude vocale n’interviendra qu’avec le trouble de « Non son donde viene ». L’ Alcandro de <strong>Matthieu Toulouse </strong>est desservi autant par une émission inégale que par la lecture appliquée de ses interventions. Ces réserves émises, il faut maintenant insister sur les qualités des trois autres solistes. L’inconstant et fougueux Licida est <strong>Fernando Escalona</strong>, contre-ténor vénézuélien, exceptionnel d’aisance, de maturité et de couleur. Il s’est pleinement approprié la partition et son jeu, libre et habité, impressionne. Son « Mentre dormi », où les cors se joignent aux cordes, est admirable, voix longue et agile aux mezza voce idéaux, avec une ornementation juste, virtuose, jamais ostentatoire. Toutes ses interventions confirmeront cette maîtrise, doublée d’un incontestable investissement dramatique. <strong>Chiara Brunello</strong>, contralto aux graves profonds, est Argene. Elle associe sa maîtrise vocale à son sens dramatique, servis par une élocution et un débit exemplaires. Ses trois airs (un par acte) sont autant de réussites. Enfin, pour couronner le tout,<strong> Ana Maria Labin </strong>campe un Aminta d’excellence. Le précepteur avisé, mûr, est servi par des moyens vocaux qui ne se démentent jamais. La voix est sonore, souple, homogène, aux aigus brillants, avec un sens de l’ornementation d’un répertoire où elle confirme toutes ses qualités. Son air « Siam navi » est un modèle tant par la virtuosité des traits que par l’égalité des registres. Il en ira de même tout au long de l’ouvrage (« Son qual per mare ignoto », aux superbes couleurs). La liberté du jeu, associée à un investissement exemplaire participent à notre bonheur.</p>
<p>Pour résumer, un chef aguerri, un brillant ensemble et une distribution peu homogène, où l’excellence voisine une lecture vocale qui peine parfois à convaincre.</p>
<pre>(1) <strong>Jakub Józef Orliński</strong><strong> - </strong>Licida <strong>; </strong><strong>Marina Viotti</strong><strong> - </strong>Megacle<strong> ; </strong><strong>Varduhi Abrahamyan</strong><strong> - </strong>Aristea<strong> ; </strong><strong>Delphine Galou</strong><strong> - </strong>Argene<strong> ; </strong><strong>Jodie Devos</strong><strong> - </strong>Aminta<strong> ; </strong><strong>Luigi De Donat</strong>o - Clistene<strong> ; </strong><strong>Christian Senn</strong><strong> - </strong>Alcandro. On nous promet une dimension contemporaine (breakdance, slam, street art…) ainsi que la participation d’athlètes de l’équipe de France.</pre>
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