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	<title>Gianluca CAPUANO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<link>https://www.forumopera.com/artiste/capuano-gianluca/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sun, 15 Mar 2026 08:22:50 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Gianluca CAPUANO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Mar 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sans nul doute, dans quelques années, on se souviendra encore de deux lamentos inoubliables par Cecilia Bartoli et d’un autre, non moins virtuose, par Carlo Vistoli, highlights vocaux de ce Giulio Cesare zurichois et moments saillants d’une très belle et très amusante production, mise en scène avec du pep et beaucoup d’invention par Davide Livermore &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sans nul doute, dans quelques années, on se souviendra encore de deux lamentos inoubliables par <strong>Cecilia Bartoli</strong> et d’un autre, non moins virtuose, par <strong>Carlo Vistoli</strong>, <em>highlights</em> vocaux de ce <strong>Giulio Cesare</strong> zurichois et moments saillants d’une très belle et très amusante production, mise en scène avec du pep et beaucoup d’invention par <strong>Davide Livermore</strong> et dirigée superbement par <strong>Gianluca Capuano.</strong> On se souviendra aussi d’une <strong>Anne Sophie Von Otter</strong> n’ayant rien perdu de son art du chant et d’un<strong> Max Emanuel Cenčič</strong> particulièrement en verve. Ça fait beaucoup de choses, donc recommençons par le début.</p>
<p>À l’instar de Haendel et de son librettiste Nicola Francesco Haym, Davide Livermore ne s’occupe guère d’une lecture politique de l’intrigue, ce qui d’ailleurs dans le contexte actuel serait périlleux. Il en fait une fantaisie égyptienne, à la <em>Mort sur le Nil</em> (on y pense <em>volens nolens</em>) mâtinée d’une touche de <em>Cigares du Pharaon</em>. Peut-être parce que le spectacle est né en janvier 2024 à l’Opéra de Monte-Carlo (dont <strong>Cecilia Bartoli</strong> est la directrice), on s’embarque pour une croisière de carte postale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_110-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-209977"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Cecilia Bartoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une croisière de charme</strong></h4>
<p>Très beau décor de coursives et d’escaliers métalliques, d’un blanc immaculé. On est sur un de ces bateaux qui descendent le Nil jusqu’à Assouan, celui-ci est le <em>Tolomeo</em> (à la fin de l’histoire après quelques complots et assassinats, il sera rebaptisé <em>Cesare</em>).</p>
<p>Et tandis que retentit la vigoureuse ouverture à la française par l’orchestre <strong>La Scintilla</strong>, la formation baroque maison de l’Opéra de Zurich, proposant dès les premières mesures un son à la fois corsé et nerveux sur instruments « d’époque », défile une foule de touristes des « années folles », ou prétendues telles, en canotiers et chapeaux-cloches, croisant sur le quai de départ silhouettes orientales en tarbouches et pantalons bouffants, marins en culottes courtes blanches et un commandant en fringant uniforme bleu marine (Carlo Vistoli, cheveux gominés, plus latin lover que jamais).</p>
<p>Le décor très mobile (de <strong>Giò Forma</strong>) ne cessera de monter dans les cintres et d’en redescendre, permettant de jouer sur plusieurs niveaux et s’ouvrant sur un cyclorama où seront projetées d’incessantes et très belles vidéos, signées <strong>D-Wok</strong>, partenaire attitré de Davide Livermore. Aux belles images en technicolor de désert, de pyramides et de felouques sur le Nil auxquelles on s’attend, succèderont de très fortes images (en noir et blanc) de tempête, de vagues gigantesques, d’explosions, d’incendies, et même de bataille aérienne. De drame en un mot.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_125-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-209982"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Carlo Vistoli et Cecilia Bartoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La violence des passions</strong></h4>
<p>Autrement dit, ce contraste très visuel entre d’un côté l’aimable croisière « de charme » du début (à quoi s’ajoutera une extravagante fête hollywoodienne au deuxième acte) et de l’autre les images brutales d’une nature déchaînée, sera la métaphore d’une lecture de ce <em>Giulio Cesare</em> basculant de la satire et de la caricature au drame intime vécu par les protagonistes. De même que la musique de Haendel se grise de pyrotechnies vocales en tous genres pour mieux creuser ensuite les douleurs de l’amour ou celles du deuil.</p>
<p>Davide Livermore, marchant sur les pas d’Agatha Christie, raconte une énigme (qui a tué Pompée ?) sur laquelle vient se greffer un récit d’ambition (celle de Ptolémée), une histoire de vengeance (celle de Cornelia), et surtout une passion amoureuse, contrariée bien sûr, celle de Cléopâtre et Cesare. Un mélange des genres dont le public londonien, qui connaissait son Shakespeare, était familier. Et Livermore oscillant entre la bouffonnerie et la gravité (d’autant plus saisissante) s’inscrit dans cette tradition shakespearienne. Si le spectacle fonctionne si joliment, c’est bien parce que, tout décalé qu’il soit, il traduit fidèlement l’esprit de l’opéra de Haendel : « Je veux raconter leur histoire, pas la mienne », dit-il.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_25-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-209976"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kangmin Justin Kim, Carlo Vistoli,  Anne Sophie Von Otter © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Second degré</strong></h4>
<p>Et il peut s’appuyer sur l’humour de ses interprètes. Ainsi Anne Sophie Von Otter est parfaite en veuve douloureuse (mais vindicative) et sa haute silhouette très digne fait penser irrésistiblement à Maggie Smith dans <em>Downtown Abbey</em> ; elle manipule Sesto, son benêt de fils, collé à ses basques, en petit costume d’enfant gâté. Toute revêche qu’elle soit, elle soulève une passion érotique qui fait bouillir le général égyptien Achilla (l’assassin de Pompée, sur ordre de Tolomeo), une culotte de peau ridicule. Quant à Tolomeo, le frère de Cléopâtre, c’est un intrigant de mélodrame dont Max Emanuel Cenčič fait une manière de diplomate levantin en redingote rayée, une espèce de Rastapopoulos, si l’on veut filer la métaphore tintinophile. Non moins libidineux qu’Achilla, lui aussi voudra s’emparer de la veuve.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_139-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-209984"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à droite Max Emanuel Cenčič © Monika Rittershaus </sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une version de chanteurs, mais d’abord de chef</strong></h4>
<p>Musicalement Carlo Vistoli annonce tout de suite la couleur avec l’air d’entrée de Cesare, festival de notes piquées, orné d’une vertigineuse colorature du haut en bas de sa tessiture : la voix est à la fois agile et corsée, et d’une puissance de projection assez étonnante. L’euphorie de la victoire ne durera pas : Achilla lui apportera le corps de Pompée mort, d’où une aria <em>di furore,</em> emmenée par Gianluca Capuano à une allure d’enfer (précision des violons, pulsation des cordes basses) et brillantissime démonstration de virtuosité, d’aisance, de précision rythmique d’un Vistoli déchaîné.</p>
<p>Dans la déploration de Cornelia, « Priva son d&rsquo;ogni conforto », Anne Sophie Von Otter, accompagnée avec un soin attentif par un consort de flûtes, théorbe, harpe et cordes graves, donnera à entendre une élégance de phrasé intacte, évoquant la douleur du personnage par de très belles demi-teintes. Auxquelles répondra l’air de vengeance de Sesto, « Svegliatevi nel core », véhément mais un peu hirsute, comme le seront souvent ses airs rapides. Un peu plus tard dans son aria lente « Cara speme », <strong>Kangmin Justin Kim</strong> montrera une maîtrise du cantabile, un placement de la voix (très claire), une délicatesse de touche infiniment plus idoines.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="732" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-03-10-a-18.18.54-1024x732.png" alt="" class="wp-image-209993"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Cecilia Bartoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Cecilia Bartoli, elle non plus, ne sera pas tout de suite à son meilleur, et son premier air, « Non disperar, chi sa ? » la cueillera à froid : hérissé de pointes acérées, il inquiétera d’abord, mais sa partie centrale, puis la reprise, éclairée de coloratures et de trilles acrobatiques, rassureront et donneront l’impression de retrouver la Bartoli.</p>
<p>En revanche, Max Emanuel Cenčič dans « L’empio, sleale, indegno » sera d’emblée au top de sa forme : homogénéité, chaleur du timbre, égalité des ornements, caractérisation du personnage par des moyens purement vocaux, <em>sprezzatura</em>, la démonstration est brillante.</p>
<h4><strong>Tout d’un coup l’émotion</strong></h4>
<p>Morceau de bravoure s’il en est, l’aria fameuse « Va tacito e nascosto » verra Vistoli rivaliser avec un cor solo brillantissime (cor naturel bien sûr, la performance de <strong>Juan Bautista Bernat Sanchis</strong> n’est pas mince) et leur dialogue <em>a cappella</em> sera flamboyant. De même que <strong>Renato Dolcini</strong> dans l’air « Tu sei il cor di questo core » d’Achilla : le baryton italien, pour lequel c’est une prise de rôle, impressionne par sa voix timbrée, très homogène, chaleureuse et une virtuosité étonnamment légère dans les airs ornés – et pas mal d’humour dans ce rôle de reître enamouré.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_148-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-209986"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Renato Dolcini © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L&rsquo;émotion sans prévenir</strong></h4>
<p>Mais ce qui laissera le public pétrifié d’émotion à la fin du premier acte, ce sera bien l’aria « Son nata a lagrimar » de Cornelia, introduit par un prélude orchestral d’une étonnante densité (ces accords d’une plénitude saisissante !) : à nouveau Von Otter y fait des merveilles de phrasé, dosant les silences avec subtilité, entraînant Sesto dans son mouvement. Le tempo se ralentit, leur duetto semble s’immobiliser, on ne sait plus qui indique le mouvement, d’elle ou de Capuano, on s’étonne de la fraîcheur conservée de la voix dans le registre supérieur. Le rideau se fermera très lentement sur l’ultime image des deux corps, mère et fils, gisant au sol, partageant la même souffrance, sur une coda orchestrale d’une impalpable transparence.</p>
<h4><strong>Vistoli décoiffant…</strong></h4>
<p>Le deuxième acte commence comme une fiesta organisée par Cléopâtre (sous l’aspect de Lydie). Ambiance cabaret oriental, odalisques agitant des éventails à plumes, trio jazz sur le côté, nappes blanches et seaux à champagne. Vêtue de voiles telle Claudette Colbert dans le <em>Cléopâtre</em> de Cecil B. de Mille, c’est surtout dans la reprise de l’air « V’adoro, pupille » que Bartoli donnera à entendre ces sons filés, ces pianissimi impalpables dont elle a gardé le secret et qui ont le don de faire fondre les auditeurs (la première partie de l’air aura paru plus tendue).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="614" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_12-1024x614.jpeg" alt="" class="wp-image-209973"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le début du deuxième acte © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>À quoi Carlo Vistoli répliquera par un numéro délirant : en smoking blanc de crooner, empoignant son pied de micro après un « one, two, three, four » de rocker, il fera de « Se in fiorito ameno prato » une démonstration d’aisance et de panache avec des déferlantes de vocalises aviaires (à cause de l’<em>augellin</em> du texte) dans une performance à la Presley (avec ondulations de bassin, époque « Elvis the pelvis ») : transparence de la voix, agilité des appoggiatures, trilles et vocalises virtuoses, notes hautes en chapelet, duetto avec le violon solo de la <em>Kapellmeisterin</em> de La Scintilla montée sur scène pour rivaliser avec lui, cadence a cappella et <em>messa di voce</em> de compétition, et bien sûr triomphe à l’applaudimètre !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_5-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-209970"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Carlo Vistoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Si l’air <em>di tempesta</em> « L&rsquo;angue offeso mai non posa » de Sesto ne convaincra guère, sur un tempo agitato désordonné très peu séduisant et guère flatteur pour sa voix (mais quelle énergie et quel rebond de l’orchestre derrière lui), en revanche Bartoli sera étonnante de légèreté et d’agilité dans l’air « Venere bella », avec de délicieux allègements.</p>
<p>Non moins délicieuse, sa manière de gaffer et d’avouer à Cesare venu la rejoindre sur son lit qu’elle n’est pas Lydie mais Cléopâtre. De toute façon leur idylle sera interrompue par des soubresauts de bombardements, et s’ensuivra un étourdissant air <em>di vendetta</em> de Cesare, « Al lampo dell’armi », où Vistoli pourra déployer avec un brio décoiffant tout son arsenal de vocalises, sur un tempo foudroyant, nouvelle occasion de dire à quel point la direction donne vie &#8211; et ici fureur &#8211; à la musique de Haendel. Derrière lui le Nil se soulève en vagues noires très angoissantes (rarement la vidéo nous aura semblé si bien utilisée).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="674" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_7-1024x674.jpeg" alt="" class="wp-image-209971"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Carlo Vistoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>…et Bartoli bouleversante</strong></h4>
<p>À peine sera-t-il sorti que Bartoli pourra dans « Se pietà di me non senti » interpréter le premier des lamentos extraordinaires qu’on évoquait au début.<br />Sans doute se souvient-elle que c’est sur cette même scène qu’il y a quelque vingt-cinq ans elle chanta pour la première fois ce rôle. Elle est ici confondante de pathétique, allant jusqu’au filet de voix (mais dont on perd rien, tant la technique est souveraine). Elle ralentit le tempo à l’extrême, puis l’accélère, anime le discours, portée par un accompagnement tour à tour d’une délicatesse chambriste puis soulevant de grandes vagues de cordes graves, dans un air écrit par Haendel pour la Cuzzoni qui sans doute, comme Bartoli, maîtrisait souverainement les <em>portamentos</em> aériens dans le registre supérieur, les pianissimi et les ornements expressifs, les trilles lents notamment.</p>
<p>Superbe image de la chanteuse seule sur la scène vide, entourée de rouge de tous les côtés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_121-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-209980"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Cecilia Bartoli © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le bel canto même</strong></h4>
<p>Elle n’est pas au bout de ses malheurs. Faite prisonnière par son propre frère, qui ne la ménage guère (aria « Domerò la tua fierezza » où Cenčič est à nouveau incendiaire), il ne lui restera que ses yeux pour pleurer.<br />L’aria « Piangerò » semblera monter une marche de plus vers le sublime. Non seulement c’est un nouvel exemple d’une voix miraculeusement conservée, mais surtout c’est un extraordinaire moment d’émotion, comme suspendu. Les coloratures furieuses de la partie centrale ne rendent que plus bouleversante la reprise de la phrase initiale, d’une matière impalpable, d’une limpidité totale, montant jusqu’à l’extrême aigu sur un tempo ralenti à l’extrême. On touche là à l’essence même du bel canto.</p>
<p>Impression que prolongera Carlo Vistoli, qui ne voudra pas être en reste : le récitatif accompagné « Dall&rsquo;ondoso periglio » conduit à l’aria « Aure deh per pietà », par le truchement d’une incroyable <em>messa di voce</em> sur <em>Aure</em> et une note tenue interminablement. Ce n’est pas tant l’exploit vocal qui étonne ici, que la parfaite musicalité, la sincérité de l’expression, et, on y revient, le bel canto retrouvé : l’expression par les couleurs mêmes de la voix. Legato impeccable, pleins et déliés, dynamique expressive, sobriété aussi parfaite qu’était tout à l’heure pétaradante la virtuosité de « Se in fiorito ameno prato ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="659" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/giulio_cesare_in_egitto_c_monika_rittershaus_21-1024x659.jpeg" alt="" class="wp-image-209975"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La dernière image : le Tolomeo est devenu le Cesare © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Mais Bartoli aura encore le loisir de briller, notamment dans l’aria rapide « Da tempeste il legno infranto » où, la voix décidément chauffée à blanc, elle enchaînera avec gourmandise les notes piquées staccato, les trilles <em>ribattuti</em> et autres fantaisies scintillantes, à chaque reprise de l’air plus audacieuse et plus libre. Rayonnante.</p>
<p>La réconciliation générale indispensable donnera prétexte à un ravissant duetto Cléopâtre-Césare sur un rythme de danse, un unisson où leurs couleurs de voix fusionneront idéalement.</p>
<p>Avant un grand final avec chœur (réapparition des touristes) libérant l’enthousiasme du public zurichois, et des <em>bravi</em> <em>!</em> jaillissant de partout.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-zurich/">HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto &#8211; Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VIVALDI, Hotel Metamorphosis &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-hotel-metamorphosis-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour comprendre la genèse de ce spectacle, il faut impérativement lire l’entretien entre Barrie Kosky le metteur en scène et Olaf A. Schmitt le concepteur/dramaturge. Partant du constat que les opéras de Vivaldi sont pour la plupart d’une structure dramatique très faible, ce qui explique qu’ils ne sont quasiment pas joués, mais qu’ils contiennent des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour comprendre la genèse de ce spectacle, il faut impérativement lire l’entretien entre <strong>Barrie Kosky</strong> le metteur en scène et Olaf A. Schmitt le concepteur/dramaturge. Partant du constat que les opéras de Vivaldi sont pour la plupart d’une structure dramatique très faible, ce qui explique qu’ils ne sont quasiment pas joués, mais qu’ils contiennent des joyaux musicaux qui méritent d’être exhumés, est née l’idée de recréer un livret nouveau qui permettrait de mettre cette belle musique en valeur. Plusieurs initiatives du même genre, consacrées à d&rsquo;autres compositeurs, ont vu le jour ces dernières années, notamment à la Monnaie de Bruxelles, avec assez peu de réussites spectaculaires. Le livret concocté pour ce spectacle est tout droit tiré des Métamorphoses d’Ovide, source inépuisable de récits extrêmement imaginatifs, porteurs de symboles à vocation universelle, et qui ont le mérite d’avoir résisté au temps en inspirant à travers les siècles, les meilleurs peintres, sculpteurs, dramaturges ou musiciens. De cet important corpus, il a été tiré cinq chapitres, qui deviennent autant d’histoires indépendantes les unes des autres, et qui mises bout à bout tenteront de constituer une trame dramatique pour ce spectacle. Pour leur donner vie, pour en expliquer les tenants et aboutissants, pour remplacer les récitatifs et donc relier entre eux les airs choisis – quasi tous tirés d’opéras de Vivaldi – qui constituent le matériau musical de la soirée, on a fait appel à une comédienne qui lit des extraits d’Ovide (mais aussi un poème de Rilke) en allemand : il s’agit de <strong>Angela Winkler</strong>, grande figure du théâtre allemand restée célèbre pour avoir été la première femme à interpréter Hamlet, et qui a accompagné tout le développement du <em>Regietheater</em>&nbsp;pendant le dernier quart du siècle dernier. Elle interprète Orphée, puisque tous les épisodes du spectacle sont censés être issus de ses rêves…</p>
<p>Le choix de la langue allemande pour relier entre eux des airs d’opéra italiens, le tout sur-titré en anglais, oblige à une gymnastique cérébrale qui donne un peu le tournis, et ne favorise pas vraiment l’établissement d’une œuvre homogène. On a également retenu quelques passages de musique orchestrale, ce qui permet l’introduction de plusieurs ballets, très réussis, dus à <strong>Otto Pichler</strong> et interprétés avec une belle fougue juvénile par une troupe de douze danseurs un peu déjantés.</p>
<p>Il faut noter aussi que toute la musique n’est pas de Vivaldi : on trouvera au dernier tableau deux pages orchestrale de Geminiani (d’après Corelli) et un air de Giacomelli.</p>
<p>Au final, on se retrouve, sur le plan théâtral, avec cinq tableaux cohérents mais isolés, et sur le plan musical avec un pot-pourri de beaux airs un peu fades, sans grande force dramatique et de musique instrumentale de belle facture. Ces airs mettent évidemment les chanteurs fort en évidence, contiennent leur lot de prouesses techniques, mais n’en sont pas devenus dramatiquement plus denses pour autant, cela reste le point faible du spectacle. L’élément dramatique viendra donc de la mise en scène, confiée à l’excellent Barrie Kosky, qui réussit à créer des images très belles, fortes, modernes, sensuelles et pleines de sens sur une musique qui n’en a guère. Par soucis d’homogénéité, les cinq tableaux sont situés dans un même lieu, une chambre d’hôtel, ce qui explique le titre de la pièce.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/hotel-metamorphosis-2025-c-sf-monika-rittershaus-091-1294x600.jpg" alt="">© Monika Rittershaus</pre>
<p>Les cinq tableaux ne sont pas non plus de force égale. Le premier – consacré à Pygmalion – est sans doute le moins inspiré. Le deuxième nous raconte l’histoire d’Arachne et sa rivalité fatale avec Minerve. Le troisième reprend l’histoire bien méconnue de Myrrha, un inceste père-fille mais commis par la fille à l’insu du père, un point de vue tout à fait inattendu sur la question. Après la pause, le quatrième tableau, sans doute le plus réussi, reprend l’histoire d’Écho et Narcisse vue de façon très sensuelle. Le dernier tableau, consacré au mythe d’Orphée, se penche sur le sort des deux amants après la tentative de ramener Eurydice sur terre. Voila qui donnerait bien envie de relire Ovide !</p>
<p>Mais venons-en à l’interprétation : il y a clairement deux générations qui se côtoient, celle des anciens avec Angela Winkler, Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky, et celle des plus jeunes, Lea Desandre et Nadezhda Karyazina ; d’un côté le souci de ne pas décevoir même si on n’est plus tout-à-fait ce qu’on a été, de l’autre, l’idée de recueillir en héritage les fruits d’une transmission tout en montrant ce dont on est capable, le tout sans rivalité et dans une belle harmonie. Ce passage de témoin d’une génération à l’autre trouve son expression la plus tangible lorsque Lea Desandre chante – magnifiquement – l’air extrait d’<em>Ercole sul Terdomonte</em> « <em>Zeffiretti que sussurate&nbsp;» </em>inclus dans le rôle d’Echo, un des plus grands succès des récitals de Bartoli il y a quelques années.</p>
<p><strong>Anna Winkler</strong> adopte, dans le ton de son récit, une voix chantante et charmeuse, de celle qu’on utilise pour parler aux enfants ou pour susciter l’imagination dans un conte de fées. Sa diction chuinte un peu et l’alternance de voix amplifiée pour la comédienne et de voix naturelle pour les chanteurs – en plus des différences de langue –&nbsp;crée des ruptures peu heureuses. <strong>Cecilia Bartoli</strong>, en particulier dans le rôle d’Arachne où elle a à défendre les airs les plus redoutables, continue d’impressionner par la vitalité de son interprétation et la puissance de sa voix. Le timbre nous a paru un peu affecté par le temps qui passe (ou était-ce un jour de moindre forme&nbsp;?) et la souplesse vocale moins tangible également. La prestation reste globalement étincelante, et bien de nature à conquérir un public pour ainsi dire acquis. Le même constat, globalement, vaut pour <strong>Philippe Jaroussky</strong>, élégant Narcisse dans son pyjama bleu, un peu éclipsé cependant par la présence solaire des deux figurants, jeunes éphèbes incandescents essentiellement préoccupés d&rsquo;eux-mêmes, pressentis pour figurer le dieu adolescent et son reflet. On dira le plus grand bien, en revanche, de la prestation époustouflante de <strong>Lea Desandre</strong>, en pleine maîtrise de ses moyens et d’une agilité vocale remarquable, extrêmement drôle dans le rôle de Écho, émouvante dans celui de Myrrha. De son côté, <strong>Nadezhda Karyazina</strong> campe une Minerve redoutable, une Junon impérieuse, très précise dans ses vocalises, voix puissante et riche, doublée d’une excellente comédienne. La relève est assurée.</p>
<p>Toutes les interventions du chœur, de même que celles de la troupe de danseurs ont apporté au spectacle une dimension juvénile, colorée, vivante, particulièrement bienvenue pour relancer la dynamique de la pièce, parfois un peu loin des préoccupations d’aujourd’hui (c’est peu dire…).</p>
<p>L’orchestre, dirigé par <strong>Gianluca Capuano</strong>, fidèle partenaire de Cecilia Bartoli, s’est montré très attentif à soutenir les voix ; de nombreux instrumentistes, fort brillants solistes, ont eu l’occasion de déployer leur talent dans des dialogues avec les chanteurs, ces passages où voix et instruments se répondent étant une des caractéristiques de l’écriture de Vivaldi.</p>
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		<title>GLUCK, Orfeo ed Euridice – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-orfeo-ed-euridice-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une Iphigénie en Tauride un peu trop sage donnée ce vendredi au Festspielhaus de Baden-Baden, le festival d’automne « La Grande Gare » s’achève ce dimanche avec une autre version de concert d’un opéra de Gluck : la variante de Parme de 1769 d’Orfeo ed Euridice. Mis en scène par Christof Loy pour le festival de Pentecôte de Salzbourg &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-tauride-baden-baden/">Iphigénie en Tauride</a></em> un peu trop sage donnée ce vendredi au Festspielhaus de Baden-Baden, le festival d’automne « La Grande Gare » s’achève ce dimanche avec une autre version de concert d’un opéra de Gluck : la variante de Parme de 1769 d’<em>Orfeo ed Euridice</em>. Mis en scène par Christof Loy pour le festival de Pentecôte de Salzbourg de 2023 et salué à l’époque par <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-orfeo-ed-euridice/">Claude Jottrand</a>, le spectacle est ici dépouillé des ajouts dansés, voit les rôles d’Amour et d’Eurydice interprétés par la même chanteuse et se trouve enrichi par des extraits d’autres versions du chef-d’œuvre de Gluck. Le résultat est magnifique…</p>
<p>Pour une version de concert, cette production est visuellement une bien belle réussite et la mise en espace des protagonistes, à commencer par le chœur, est sublimée par des jeux de lumière élaborés, à la dramaturgie efficace. Simple et intelligent, le travail de placement et de mouvements vaut bien mieux que certaines mises en scène potentiellement ambitieuses et effectivement ratées. De leur travail avec Christof Loy, les deux interprètes et les choristes semblent avoir parfaitement retenu les conseils de direction d’acteurs. Expressivité, réalisme et naturel, on sent le spectacle bien rodé et les chanteurs en phase avec leurs rôles respectifs. La vaste salle du Festspielhaus est régulièrement plongée dans le noir, puis violemment baignée d’une lumière intense, avant de voir visages et corps sculptés comme dans le meilleur du cinéma expressionniste allemand. Les débuts où le héros se lamente sur le corps de sa défunte épouse ainsi que les Enfers sont en noir intégral, quand les Champs Élysées éclatent d’une blancheur quasi aveuglante. Seule note de couleur, l’intervention d’Amour tout en rouge, qui apporte d’ailleurs une note humoristique bienvenue pour détendre l’atmosphère. L’action ramassée en sept scènes pour un acte d’une petite heure et demie à peine ne laisse aucun répit émotionnel à l’auditeur, pris en totale empathie dans ce drame à l’issue fatale. Car la fin correspond ici à ce que raconte le mythe, le <em>lieto fine </em>étant supprimé ; Eurydice est bel et bien morte, veillée par le chœur pendant un long moment avant que le public semble comprendre que plus rien ne se passera et ne se décide enfin à applaudir à tout rompre, espérant sans doute auparavant qu’un <em>deus ex machina</em> vienne ressusciter la belle et réunir les époux.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20241124_Orfeo-2_cAndreaKremper-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-177894"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andrea Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>Très sobrement vêtue d’un tailleur noir puis blanc, cheveux rassemblés en queue de cheval sans afféteries, <strong>Cecilia Bartoli</strong> compose un Orphée mieux que crédible. La longue carrière de la diva romaine n’a rien enlevé à son charisme et à la beauté exceptionnelle de son timbre naturellement splendide et fastueusement muri au terme d’un travail acharné dont la chanteuse continue aujourd’hui à récolter les fruits. Certes, ceux que sa technique insupporte et que l’utilisation frénétique de son instrument défrisent continueront à n’entendre que coups de glottes incontrôlés contrastant avec des sons étouffés qui parfois auraient du mal à passer la rampe. En revanche, chez les fans de la diva que les effets de pyrotechnie ébouriffante et l’intensité dramatique de son interprétation ravissent depuis toujours, l’émotion est bien au rendez-vous. On vibre au diapason de celle qui parvient si justement à nous faire ressentir la perte, le désespoir, la quête ou encore le caractère puéril de la dispute avec une Eurydice qui ne comprend décidément rien et à laquelle on ne peut rien expliquer. « Che faro senza Euridice » ne manquera pas d’en désarçonner plus d’un. Proféré à toute berzingue puis lentement décéléré, l’effet est splendide. La Bartoli nous fait partager la terreur panique ressentie par Orphée au moment funeste de la perte définitive. Sacrée Cecilia, on n’en finira donc pas avec elle d’être obligés à écouter nos tubes lyriques comme si c’était la première fois (et en ce qui nous concerne, à souscrire à ces nouveautés…).</p>
<p>À ses côtés, <strong>Mélissa Petit</strong> réussit parfaitement à tirer son épingle du jeu. La soprano française est aussi convaincante en Amour que dans le rôle d’Eurydice. Tour à tour pétillante et sensuelle, puis en proie aux affres du doute et affrontant la froideur de la mort, la cantatrice affiche une santé vocale réjouissante et, sur toute la tessiture, une apparente facilité proprement jouissive. Ajoutons à cela de belles qualités de projection et un sens dramatique certain, en voilà assez pour se dire qu’on va suivre la carrière de la géniale jeune femme avec attention. Les chœurs ne déparent en rien et font honneur au nom choisi pour leur formation : <strong>Il Canto di Orfeo</strong>. Sous la direction très inspirée de <strong>Gianluca Capuano</strong>, pour la plupart debout pendant tout le spectacle, ce qui contribue à la dynamique ressentie par l’auditeur, les <strong>Musiciens du Prince – Monaco</strong> nous enchantent. Tout en sobriété et en délicatesse pour les scènes où la douleur se fait chair musicale, ils parviennent par contraste à rendre bien concrets les orages et tourmentes des éléments. Viva Cecilia, qui sait si bien s’entourer…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-orfeo-ed-euridice-baden-baden/">GLUCK, Orfeo ed Euridice – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Aug 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une longue histoire d’amour qui unit les troupes de Cecilia Bartoli à La Clémence de Titus. Commencée il y a plus de deux ans par une tournée de concerts – sans mise en scène donc – dont l’étape liégeoise avait retenu notre attention , elle avait trouvé son aboutissement au festival de Pentecôte à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une longue histoire d’amour qui unit les troupes de <strong>Cecilia Bartoli </strong>à <em>La Clémence de Titus</em>. Commencée il y a plus de deux ans par une tournée de concerts – sans mise en scène donc – dont<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-liege-la-tablette-de-titus/"> l’étape liégeoise avait retenu notre attention</a> , elle avait trouvé son aboutissement au festival de Pentecôte à Salzbourg en mai dernier, dans une mise en scène de Robert Carsen. C’est cette même production qui est reprise cet été encore, avec un succès bien mérité.</p>
<p>Le moins que l’on puisse dire est que la production a fait bien des progrès au cours de ces deux années. L’orchestre du Prince-Monaco, celui-là même que Bartoli a fondé et qui lui est spécifiquement dédié puisqu’il l’accompagne quasiment dans tous ses projets, était hier soir particulièrement bien équilibré et sonnait, dans l’acoustique très favorable du palais du festival, comme un phalange de tout premier plan.</p>
<p style="text-align: left;">L’élément le plus faible de la distribution a été remplacés très avantageusement, et le casting vocal forme dès lors une équipe bien équilibrée et de très haut niveau, nous y reviendrons.</p>
<p>Mais c’est l’intervention de <strong>Robert Carsen</strong> qui mérite ici nos plus grandes louanges. Travaillant avec intelligence sur les éléments objectifs du livret, il construit pour chacun des personnage une identité forte, cohérente, crédible et intéressante, en ce compris les rôles souvent relégués au second plan que sont le couple formé par Annio et Servilia ou celui de Publio qui prennent ici pleinement leur part du drame.</p>
<p>Dans la vision de Carsen, Titus est un être fort et juste, avide de vérité, qui se place délibérément au-dessus des passions humaines et de leur petitesse, et qui s’érige dès lors en modèle pour nous tous. Un modèle issu des lumières, en quelque sorte, notion chère à Mozart, même si elle est anachronique quand on l&rsquo;applique aux héros de l’antiquité. Sa clémence est l’outil par lequel se forge son attitude, et qui lui donne tout son sens. Aucune faiblesse donc, chez ce personnage central, mais au contraire une figure exemplaire soumise à la réflexion de chacun, en pleine cohérence et dignité.</p>
<p>Les autres rôles autour de lui, à des degrés divers, incarnent des passions plus ou moins coupables : l’ambition pour Vitelia, la trahison par faiblesse pour Sesto, mais aussi le remords, ou au contraire des vertus bien rares : l’honnêteté et la franchise pour Servilia – le rôle y gagne beaucoup en profondeur – soutenue par Annio. De Publio, Carsen fait le grand organisateur de l’intrigue, froid et lucide, le seul qui entrevoit la fin avant les autres.</p>
<p>Tout cela tient particulièrement bien la route, permet le déroulé du spectacle indépendamment de la transposition dans le monde contemporain (celui du pouvoir, entre conseil des ministres et parlement) dans un décor tout noir magnifiquement éclairé. Le rapprochement est évident entre l’incendie du Capitole à Rome en l’an 80 et les événements du Capitole de Washington le 6 janvier 2021. Carsen n’évite pas le rapprochement, il le suscite, en joue, y trouve sens et s’en nourrit.</p>
<p>Par ailleurs, le metteur en scène évacue également la question du genre, toujours un peu problématique dans une distribution qui comprend deux rôles travestis, en faisant de Sesto et d’Annio des femmes, tout simplement, sans rien changer au livret. Les scènes de séduction n’en sont pas moins vraisemblables, ni moins émouvantes.</p>
<p>Sur le plan de la réalisation scénique, Carsen travaille par tableaux successifs qui s’enchaînent au gré des récitatifs, la fluidité de l’ensemble étant malheureusement parfois un peu compromise par les applaudissements du public, après chaque air ou presque, qui viennent interrompre l’action en cours.</p>
<p>Cecilia Bartoli (Sesto) dont on ne s’étalera pas, une fois de plus, à vanter les mérites, reste la reine incontestée des vocalises tout en souplesse, des aigus filés auxquels elle donne toutes les couleurs qu’elle veut, du sens de l’à-propos, d’un constant engagement scénique et d’une grande rigueur musicale, sans doute soutenue par le grand nombre de représentations que compte aujourd’hui cette production. Le challenge pour une artiste de cette trempe est évidemment de ne pas décevoir, de se maintenir au meilleur niveau, ce qu’elle fait à la perfection, une fois encore.</p>
<p>Autour d’elle, stimulés par la qualité de l’ensemble, chacun s’attache à donner le meilleur de lui-même, ce qui donne une distribution très homogène : le Titus de <strong>Daniel Behle</strong> est particulièrement satisfaisant, en raison de la caractérisation du personnage, mais aussi par sa solidité vocale et son timbre à la fois viril et nuancé ; ce ténor – qui à ses heures est aussi compositeur – fait d’ailleurs dans le monde germanique une très solide carrière, tant en concert que sur scène.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="la-clemenza-di-tito-2024-c-sf-marco-borrelli-023-scaled" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/la-clemenza-di-tito-2024-c-sf-marco-borrelli-023-scaled-1-1294x600.jpg" alt="">Cecilia Bartoli &amp; Alexandra Marcellier © SF/ Marco Borelli</pre>
<p>La Vitelia d’<strong>Alexandra Mercellier</strong> est elle aussi très solide, avec une grande puissance vocale et une belle virtuosité. La voix est un peu dure cependant, mais cela ne messied pas à la conception du rôle, une incarnation presque caricaturée de l’ambition professionnelle, encore renforcée par le costume, bottes et jupe de cuir, chemisier échancré, la panoplie complète d’une angoissée prête à tout pour réussir ! Et lorsqu’elle s’aperçoit que Sesto ne l’a pas trahie, lorsque soudain l’émotion, le remords s’emparent du personnage, ce que la musique de Mozart traduit si bien, elle trouve les couleurs qu’il faut pour s’ouvrir au sentiment.</p>
<p>Très attachante du début à la fin, <strong>Mélissa Petit</strong> prête sa voix à Servilia, pour qui Carsen semble avoir une grande tendresse. Au lieu du fade soprano qu’on entend si souvent et malgré le costume ingrat d’une secrétaire un peu cruche, elle donne beaucoup de caractère au rôle, l’investit intelligemment, et réussit à en faire l’incarnation du courage, de l’authenticité et de la droiture. Dans la même veine, <strong>Anna Tetruashvili</strong> qui chante Annio s’en tire fort bien également.</p>
<p>On s’attachera aussi à souligner l’excellente prestation des chœurs, nombreux, parfaitement intégrés à la mise en scène, d’une justesse et d’un engagement scénique irréprochables.</p>
<p><strong>Ildebrando D’Arcangelo</strong> enfin prête sa voix particulièrement bien timbrée et sa présence scénique bien affirmée au rôle de Publio, auquel Carsen donne finalement le dernier mot dans une fin très inattendue. Dans le dernier tableau, ce vaste chœur qui chante l’apothéose de Titus, le metteur en scène nous livre le fin mot de sa vision de la pièce : aux termes d’un complot qui semble ourdi par Publio, l’empereur est lâchement assassiné sous les coups de couteaux de ceux-là mêmes qui chantent ses louanges. Le rapport de force, le goût de l’intrigue et du pouvoir l’emportent sur la générosité magnanime, le sens de la justice ou simplement la grandeur, les valeurs des lumières sont bafouées. La chemise tachée de sang, Titus s’écroule et meurt, tandis que Vitelia s&rsquo;assoit sur le trône, dans une scène théâtrale complètement inédite. Cette entorse faite à l’histoire (Titus est mort de fièvre en 81…) n’en est pas moins d’une très grande force dramatique et relance l’intérêt à la toute fin du spectacle, à un moment où tout semblait joué.</p>
<p>Pessimisme ou réalité, chacun jugera…</p>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Jun 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Toute la richesse, toute la splendeur du monde est dans le passé.&#160;» La vie en fleur d’Anatole France pourrait expliquer la liesse du public devant ce Giulio Cesare qui affichait, en ce printemps 2024, une distribution que l’on aurait pu applaudir au printemps 2004… ou presque. C’est en 2005, à Zurich, que Cecilia Bartoli faisait &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;Toute la richesse, toute la splendeur du monde est dans le passé.&nbsp;» <em>La vie en fleur </em>d’Anatole France pourrait expliquer la liesse du public devant ce <em>Giulio Cesare </em>qui affichait, en ce printemps 2024, une distribution que l’on aurait pu applaudir au printemps 2004… ou presque. C’est en 2005, à Zurich, que <strong>Cecilia Bartoli </strong>faisait ses premiers pas dans les sandales de la Cléopâtre de Haendel, un an avant qu’<strong>Andreas Scholl </strong>fasse entendre son César au Théâtre des Champs-Elysées. Et la santé vocale affichée par les deux artistes sur la scène de l’Opéra Royal de Versailles a de quoi susciter quelques méditations sur l’immarcescibilité de certains artistes. Car certes, Scholl fait un empereur plus galant que guerrier, infiniment plus à sa place dans la méditation d’« Aure deh per pieta » que dans les fusées vocales exigées par « Empio diro tu sei », où son bas registre trahit quelques faiblesses. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ? De même, et de façon presque antagoniste, Bartoli fait une Cléopâtre toute en frémissements et en nerfs, véhémente jusque dans le désespoir de « Se pieta », où la révolte supplante l’apitoiement. Mais cette véhémence, justement, qu’elle est prodigue en réjouissances ! Car quand il s’agit de transformer chaque vocalise en spectacle pyrotechnique, d’embarquer « Da tempeste » dans un tourbillon euphorique, d’étaler les séductions de « V’adoro pupille » avec une virtuosité si juste qu’elle rend irrésistible tout ce qui, chez d’autres, passerait pour de la complaisance, Cecilia Bartoli se montre sous son meilleur jour, parée d’une santé vocale miraculeusement préservée.</p>
<p>A l’unisson de ce couple, <strong>Sara Mingardo</strong>,<em> mater dolorosa</em> sous des torrents de larmes, et timbre aux moirures à peines voilées, nous jette en pleine figure les tourments de Cornelia. Le duo qu’elle forme avec <strong>Kangmin Justin Kim</strong>, qui se fit connaître, à l’époque du conservatoire, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=vdQU-N8b3HA">par de très vivaces imitations d’une certaine Cecilia Bartoli avant de partager les planches avec elle, n’en a que plus de relief</a> : car ce Sextus offre à la douleur uniforme de sa mère une réponse toute en soubresauts, partageant avec elle la tristesse dépouillée de « Son nata a lagrimar », mais esquissant aussi, dès un « Svegliatevi nel core » percutant, le portrait d’un jeune homme rageur. Au même niveau d’engagement apparaissent le Ptolémée visqueux de <strong>Max Emanuel Cencic</strong> et l’Achille veule de <strong>Peter Kalman</strong>, qui n’oublient pas que les personnages vils peuvent être à la fois très vils et très bien chantés.</p>
<p>A la tête de ses <strong>Musiciens du Prince – Monaco, Gianluca Capuano </strong>mène son Haendel et ses troupes (à quelques noms près la même que lors de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-bruxelles/">tournée européenne de l’automne dernier et des représentations de janvier à Monte-Carlo</a>) avec enthousiasme, quitte à hâter les fins de phrase et à opérer quelques coupures (essentiellement dans les récitatifs et dans certains airs, notamment « Tutto puo donna vezzosa »). Les couleurs de l’orchestre, généreuses et variées, laissent quelques solistes se distinguer, à l’instar de la corniste, debout à côté d’Andreas Scholl dans le redoutable « Va tacito ». Et sur scène, malgré l’absence de décors et de costumes, sauf pour Cecilia Bartoli qui a le droit à quelques porteurs de plumes pour pimenter un peu sa scène de séduction au début du deuxième acte, tout le monde s’ébroue gaiement avec une énergie communicative : un vrai goût de bon vieux temps !</p>
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		<title>Their Master&#8217;s Voice &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/their-masters-voice-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jun 2024 08:46:56 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=165219</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sous les ors somptueux de l&#8217;Opéra Royal et les rythmes pointés de l’Ouverture du Rinaldo de Haendel, le rideau se lève sur un spectacle en répétition. Jeffrey Himmelhoch (« Haut comme le ciel »), un contre-ténor un peu hippie à la retraite, incarné par John Malkovich, est en pleine création de son nouveau spectacle. Il &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/their-masters-voice-versailles/"> <span class="screen-reader-text">Their Master&#8217;s Voice &#8211; Versailles</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Sous les ors somptueux de l&rsquo;Opéra Royal et les rythmes pointés de l’Ouverture du </span><i><span style="font-weight: 400;">Rinaldo </span></i><span style="font-weight: 400;">de Haendel, le rideau se lève sur un spectacle en répétition. Jeffrey Himmelhoch (« Haut comme le ciel »), un contre-ténor un peu hippie à la retraite, incarné par </span><b>John Malkovich</b><span style="font-weight: 400;">, est en pleine création de son nouveau spectacle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un hommage au castrat Farinelli, dont il vient par miracle de retrouver un manuscrit des mémoires à Madrid. Mais rien ne se passe comme prévu : les conditions de travail sont trop contraignantes, et, pis encore, de nombreux désaccords se font jour avec la vision de la metteuse en scène Rosie Blackwell, une féministe un peu </span><i><span style="font-weight: 400;">woke</span></i><span style="font-weight: 400;"> incarnée par </span><b>Emily Cox</b><span style="font-weight: 400;">. Et puis il manque la superstar pour incarner l&rsquo;illustre Carlo Broschi adulte. Qu&rsquo;à cela ne tienne, apparaît miraculeusement &#8211; telle Anna Netrebko au Bolchoï &#8211; la femme de ménage du théâtre, la divine Maddalena Cigno (</span><b>Cecilia Bartoli</b><span style="font-weight: 400;">, vous l&rsquo;aurez deviné). Cette dernière est engagée sur le champ, après avoir bouleversé l&rsquo;assistance par son interprétation poignante du « Gelido in ogni vena », extrait du </span><i><span style="font-weight: 400;">Farnace</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Vivaldi.</span></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Their Master&rsquo;s Voice</span></i><span style="font-weight: 400;">, écrit et mis en scène par </span><b>Michael Sturminger</b><span style="font-weight: 400;"> (</span><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/butinages-mozartiens/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">The Giacomo Variations</span></i></a><span style="font-weight: 400;">), est conçu comme un </span><i><span style="font-weight: 400;">pasticcio</span></i><span style="font-weight: 400;">, autour d&rsquo;œuvres de Haendel, Vivaldi et Pergolèse. Habilement réalisé, non dénué d&rsquo;humour et de second degré (comme ces références actuelles à la </span><i><span style="font-weight: 400;">cancel culture</span></i><span style="font-weight: 400;">), il permet au spectateur de profiter d&rsquo;une bonne heure et demie de musique baroque, en se plongeant dans l&rsquo;univers des castrats. On peut toutefois regretter qu&rsquo;il se focalise quasi exclusivement sur la question du genre &#8211; le fait par exemple que les castrats, souvent dans leur jeunesse, tenaient les premiers rôles féminins -, en laissant de côté l&rsquo;aspect musical. Du brillant art vocal de Farinelli, virtuosité et panache dans l&rsquo;aigu, il ne sera au final que peu question, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;aucun des extraits vocaux choisis ce soir n&rsquo;a été chanté à l&rsquo;époque par le </span><i><span style="font-weight: 400;">primo uomo</span></i><span style="font-weight: 400;">. Enfin, si le spectacle est réalisé avec goût (costumes, vidéos), les prises de risque manquent. Ce n&rsquo;est finalement qu&rsquo;en fin de représentation, avec cet hilarant passage dans lequel Himmelhoch exige d&rsquo;entrer sur scène tel Jupiter descendant des cieux, ou encore cet improbable « </span><span style="font-weight: 400;">Pur ti miro</span><span style="font-weight: 400;"> » (</span><i><span style="font-weight: 400;">L’Incoronazione di Poppea</span></i><span style="font-weight: 400;">)</span> <span style="font-weight: 400;">chanté en duo par Malkovich et Bartoli, que surgissent enfin des propositions un peu plus décalées.</span></p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="895" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TMV05-e1717915892109-1024x895.jpg" alt="" class="wp-image-165239"/><figcaption class="wp-element-caption">© Opéra de Monte Carlo &#8211; Marco Borrelli</figcaption></figure>


<p><span style="font-weight: 400;">Ce « Duel de stars », tel que présenté dans le programme de salle, en est-il réellement un ? Même si les interventions de John Malkovich, hilarant en chanteur sur le retour, font mouche, le </span><i><span style="font-weight: 400;">pasticcio</span></i><span style="font-weight: 400;"> a été conçu à la gloire de Cecilia Bartoli. Le sincère investissement de la cantatrice, sa familiarité avec ce répertoire, son intelligence musicale forcent toujours l&rsquo;admiration. Sa mort de Semele (« Ah me! Too late I now repent ») a de quoi arracher les larmes, son « Lascia la spina », comme flottant dans l&rsquo;espace, est décidément anthologique. </span><span style="font-weight: 400;">Les moments d&rsquo;émotion ne manquent pas, tel que ce « Amami, e verdrai » (</span><i><span style="font-weight: 400;">Niobe</span></i><span style="font-weight: 400;"> d&rsquo;Agostino Steffani), dans lequel la voix de la mezzo-soprano s&rsquo;entremêle aux délicats arpèges du théorbe de </span><b>Simone Vallerotonda</b><span style="font-weight: 400;">. Mais inutile de se voiler la face, la voix de la diva romaine n&rsquo;a plus tout à fait l&rsquo;impact de ses débuts, notamment en termes de projection. </span><span style="font-weight: 400;">Dans l&rsquo;un de ces chevaux de bataille, le « Desterò dall’empia » extrait d&rsquo;</span><i><span style="font-weight: 400;">Amadigi</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel, on la retrouve presque dépassée dans l&rsquo;implacable duel mené contre le hautbois et la trompette </span><i><span style="font-weight: 400;">soli</span></i><span style="font-weight: 400;">. Certes, les </span><i><span style="font-weight: 400;">pianissimi</span></i><span style="font-weight: 400;"> de la Bartoli sont toujours divins, mais l&rsquo;on rêverait également d&rsquo;une démonstration plus virtuose et tranchante, après tout n&rsquo;étaient-ce pas, si l&rsquo;on en croît les témoignages de l&rsquo;époque, les principales qualités de Farinelli ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Incarnant le célèbre castrat dans sa jeunesse, </span><span style="font-weight: 400;">le sopraniste allemand </span><b>Philipp Mathmann</b><span style="font-weight: 400;"> se révèle excellent acteur, dans un anglais parfait. Malheureusement, sa prestation vocale est peu assurée dans le grave et un peu stridente dans l&rsquo;aigu</span><span style="font-weight: 400;">. </span><span style="font-weight: 400;">Comme à son habitude, le chef italien </span><b>Gianluca Capuano</b><span style="font-weight: 400;"> dirige avec fougue et inventivité, soulignant les contrastes (la ​​« Battaglia » d&rsquo;</span><i><span style="font-weight: 400;">Ariodante</span></i><span style="font-weight: 400;">), même s&rsquo;il n’est pas exempt de brusqueries inutiles (ces staccato martelés dans l&rsquo;air de </span><i><span style="font-weight: 400;">Farnace</span></i><span style="font-weight: 400;">). Très sollicité, le </span><b>Chœur de l&rsquo;Opéra de Monte-Carlo</b><span style="font-weight: 400;"> est d&rsquo;une belle unité, dans le « Confessio » du </span><i><span style="font-weight: 400;">Confitebor tibi domine</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Pergolèse, ou encore dans le sombre « How dark, O Lord, are the decrees » de</span><i><span style="font-weight: 400;"> Jephta</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel, mais manque un peu de clarté et de puissance. Les </span><b>Musiciens du Prince-Monaco</b><span style="font-weight: 400;"> brillent par un </span><i><span style="font-weight: 400;">continuo</span></i><span style="font-weight: 400;"> renversant (</span><b>Davide Pozzi </b><span style="font-weight: 400;">et </span><b>Gabriele Levi</b><span style="font-weight: 400;">), ainsi que par la qualité de leurs solistes : </span><b>Jean-Marc Goujon</b><span style="font-weight: 400;"> à la flûte (« Sol da te », extrait de l&rsquo;</span><i><span style="font-weight: 400;">Orlando furioso</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Vivaldi), </span><b>Pier Luigi Fabretti</b><span style="font-weight: 400;"> au hautbois et </span><b>Thibaud Robinne</b><span style="font-weight: 400;"> à la trompette (« Desterò dall’empia », </span><i><span style="font-weight: 400;">Amadigi di Gaula</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel).</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Malgré un rappel enjoué, avec le sémillant « Endless pleasure » extrait de </span><i><span style="font-weight: 400;">Semele</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel, ce spectacle soigné laisse un avant-goût d&rsquo;inachevé, musical et scénique.</span></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/their-masters-voice-versailles/">Their Master&rsquo;s Voice &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 May 2024 04:42:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une série de concerts en 2022 (notamment à Liège et à Paris), Cecilia Bartoli aborde pour la première fois scéniquement le rôle de Sesto dans le cadre de son Festival de Pentecôte, un rôle qu’elle avait d’ailleurs enregistré au tout début des années 90. En dépit du titre de l’opéra, le rôle de Sesto &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une série de concerts en 2022 (notamment à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-liege-la-tablette-de-titus/">Liège</a> et à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemence-de-titus-paris-philharmonie-bartoli-and-friends/">Paris</a>), <strong>Cecilia Bartoli</strong> aborde pour la première fois scéniquement le rôle de Sesto dans le cadre de son Festival de Pentecôte, un rôle qu’elle avait d’ailleurs enregistré au tout début des années 90. En dépit du titre de l’opéra, le rôle de Sesto est certainement le plus important de l’ouvrage et le plus difficile à distribuer, tant par la technique vocale exigée que par la large gamme d’émotions sollicitée L’interprétation fulgurante de Cecilia Bartoli est ici une totale réussite. La technique, le chanteuse italienne la possède sur le bout des doigts : tout parait si facile qu’on en viendrait presque à oublier la difficulté du rôle. Les vocalises sont parfaites, la voix est homogène sur l’ensemble de la tessiture, et le chant est d’un pur style mozartien. Au delà de cette perfection vocale, on apprécie surtout un engagement dramatique toujours justement dosé, ni histrionique, ni trop distant.  Interprété avec une fièvre retenue, son « Parto, parto » au premier acte n’est pas un simple numéro virtuose mais le miroir des sentiments contradictoires de Sesto. Son « Deh per questo istante solo » exprime parfaitement la complexité des remords de Sesto, tourmenté non par la perspective de la mort mais par le désespoir d’avoir trahi Tito. Du grand théâtre.</p>

<p>A ses côtés, <strong>Daniel Behle</strong> est un Tito de belle allure, au format vocal requis. Le timbre est un peu blanc et l’émission nasale, mais la musicalité est sans défaut et la diction particulièrement nette. Le chanteur sait admirablement exprimer les sentiments contradictoires du personnage, tout en restant l’empereur supposé maîtriser ses émotions. Le ténor offre enfin une superbe exécution de sa grande scène « Se all&rsquo;impero », avec des vocalises précises, une parfaite maîtrise du souffle, et une belle autorité : un autre grand moment de la soirée.</p>
<p><strong>Alexandra Marcellier</strong> est une Vitellia un brin exotique : l’émission, avec son vibrato serré un peu marqué, est assez éloignée de la pureté mozartienne ou de l’autorité des Julia Varady, Carol Vanesss ou Lucia Pop (pour n’en citer que quelques unes). Au positif, la voix est puissante et les coloratures sont bien exécutées. Le soprano excelle dramatiquement avec un personnage maléfique, autocentré et inaccessible au remords, parfaitement incarné, en osmose avec la mise en scène de Robert Carsen.</p>
<p>La jeune <strong>Anna Tetruashvili</strong> (28 ans) est un superbe Annio, bien chantant et capable d’exprimer avec délicatesse une belle palette d’émotions. On la sent clairement à même d’incarner dès maintenant un Sesto convaincant. <strong>Mélissa Petit</strong> offre une Servilia de belle tenue, au timbre joliment corsé, au chant d’une grande douceur. <strong>Ildebrando D&rsquo;Arcangelo</strong> est un Publio de luxe, quasi belcantiste, à l’émission triomphale, et dramatiquement vénéneux et qui brûle les planches avec sa seule présence.</p>
<p>L’acoustique artificielle de la salle ne nous a pas permis d’apprécier dans sa complétude le travail de <strong>Gianluca Capuano</strong> à l’orchestre. Les vents l’emportent sur les cordes, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-une-folle-journee-pasticcio-salzbourg/">le dialogue promis entre clavecin et pianoforte passe aux oubliettes</a> et les voix dominent exagérément le tout. On apprécie toutefois une direction dramatique aux tempi incisifs, bien en phase avec le plateau vocal, et qui soutient l’action théâtrale avec intelligence et musicalité et moins de noirceur que dans la mise en scène. Le choeur <strong>Il Canto di Orfeo</strong> est une fois de plus impeccable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="555" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/la-clemenza-di-tito-2024-c-sf-marco-borrelli-016-1024x555.jpg" alt="" class="wp-image-163793"/><figcaption class="wp-element-caption">© SF/Marco Borrelli</figcaption></figure>


<p>Le dernier (ou avant-dernier) chef d’oeuvre de Mozart n’a pas trop inspiré <strong>Robert</strong> <strong>Carsen</strong> qui reprend ici l’esthétique de son <em>Aida</em> créée à Londres en 2022. Nous sommes dans un univers tristounet aux décors aux tons verdâtres, avec un mobilier années 50-60 rehaussé de moniteurs TV dernier cri. Les images des incidents du Capitole de Washington sont reprises pour illustrer la tentative d’assassinat de Tito au Capitole&#8230; de Rome, mais la référence moderne ne va pas plus loin : Sesto n’a pas les cheveux orange. Sans grande surprise, le metteur en scène détourne la conclusion finale : pardonnée par l&#8217;empereur, Vitellia en profite pour faire capturer Servilia et Anio, tandis que les insurgés et Publio viennent assassiner pour de bon Tito. Fin un peu téléphonée qui fait fi du message politique, voire maçonnique, de l’œuvre, celui de la clémence comme principe d’un gouvernement éclairé. Leopold II, qui avait commandé l’œuvre pour son couronnement, n&rsquo;aurait guère apprécié ce contre-sens romantico-véristo-moderniste. L’ouvrage est aussi (et peut-être d’abord) un hommage de Mozart à un souverain réformateur : quand il n’était encore que Grand-duc de Toscane, Leopold fut le premier à abolir de façon permanente la peine capitale, le 30 novembre 1786 (sept ans avant la Terreur). La torture fut également interdite. Au positif, Robert Carsen connait son métier et sait clairement animer un plateau &nbsp;: le spectacle est d’une grande fluidité, avec de rapides changements de décors, et la direction d’acteur est excellente. Carsen imprime ainsi un rythme presque cinématographique à un <em>opera seria</em> naturellement statique. Ce n’est pas un mince exploit !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg/">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Une folle journée (pasticcio) &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-une-folle-journee-pasticcio-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 May 2024 05:12:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le pasticcio revient à la mode. Pratiqué au XVIIIe siècle dans l&#8217;opéra baroque, le pasticcio consistait à assembler, sur un livret unique, des airs provenant d&#8217;opéras divers écrits par même compositeur ou par des musiciens différents. Le procédé permettait de créer rapidement une oeuvre originale, avec un succès facilité par la reprise des airs les &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le <em>pasticcio</em> revient à la mode. Pratiqué au XVIIIe siècle dans l&rsquo;opéra baroque, le <em>pasticcio</em> consistait à assembler, sur un livret unique, des airs provenant d&rsquo;opéras divers écrits par même compositeur ou par des musiciens différents. Le procédé permettait de créer rapidement une oeuvre originale, avec un succès facilité par la reprise des airs les plus applaudis d&rsquo;ouvrages précédents. L&rsquo;opéra baroque se prêtait particulièrement au <em>pasticcio</em> car les airs y expriment les sentiments des protagonistes (l&rsquo;amour, la colère&#8230;) alors que l&rsquo;action n&rsquo;avance qu&rsquo;au travers des récitatifs. Les airs sont ainsi relativement interchangeables : dans les années 90, Jean-Claude Malgoire avait ainsi pu proposer un <em>Montezuma pasticcio</em> à une époque où l&rsquo;on pensait perdu l&rsquo;ouvrage original de Vivaldi. Pietro Metastasio fut le principal pourvoyeur de livrets (28 opéras, des cantates, des oratorios&#8230;), musicalement illustrés par les plus grands musiciens de son temps (et aussi par les moins bons). A titre d&rsquo;exemple, <em>La Clemenza di Tito</em> fut mise en musique par Antonio Caldara en 1734 puis par plus d&rsquo;une quarantaine de compositeurs, Mozart inclus (en 1791 : près de 10 ans après la mort de Métastase). Avec le temps, et l&rsquo;opéra romantique se prêtant moins facilement au même traitement, le <em>pasticcio</em> s&rsquo;est fait plus rare mais ne s&rsquo;est jamais totalement éteint : au XIXe siècle, <em>Robert Bruce</em> et <em>Invanhoé&nbsp;</em>sont composés sur des tubes rossiniens francisés. Au XXIe siècle, on peut noter <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/un-pastiche-sinon-rien/"><em>The Enchanted Island</em></a> (2011), une commande du Metropolitan Opera pour familiariser son public avecle baroque (huit compositeurs sollicités pour une intrigue inspirée de <em>La Tempête</em> et du <em>Songe d’une nuit d’été</em> de William Shakespeare), ou encore, à la Monnaie de Bruxelles, <a href="https://www.forumopera.com/bastarda-a-la-monnaie-vous-avez-dit-batarde/"><em>Bastarda</em></a> (basé sur <em>Elisabetta al castello di Kenilworth, Anna Bolena, Maria Stuarda </em>et <em>Roberto Devereux</em> de Gaetano Donizetti <a href="https://www.forumopera.com/breve/donizetti-la-trilogie-tudor-a-bastille/">et peut-être même sur un poisson d&rsquo;avril de Forum Opéra</a>) ou <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rivoluzione-e-nostalgia-bruxelles/">Rivoluzione e Nostalgia</a>&nbsp;basé</em> sur des ouvrages de Giuseppe Verdi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="703" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/marcoborrelli_160524_09150-1-1024x703.jpg" alt="" class="wp-image-163606"/><figcaption class="wp-element-caption">Mattia Olivieri © SF/Marco Borrelli</figcaption></figure>


<p>Sur le principe, l&rsquo;idée de réaliser une oeuvre nouvelle basée principalement sur la trilogie Da Ponte était excellente tant les points communs en sont nombreux. Malheureusement, la réalisation n&rsquo;est pas à la hauteur des attentes, faute de trame narrative. Après une pétillante ouverture des <em>Nozze</em> <em>di</em> <em>Figaro</em>, nous nous retrouvons à l&rsquo;aéroport Lorenzo Da Ponte, dans le terminal de la WAM. Nous entendons les premières scènes des <em>Nozze</em>. Figaro discute avec Susanna de leur prochaine chambre à coucher autour d&rsquo;un mode d&#8217;emploi façon Ikea. Instruit des intentions du Comte, il sort une épée de son étui à guitare et sème la panique dans le terminal (les passagers les plus audacieux réussissent quelques selfies). En partant, il échange son étui avec celui de Don Ottavio. Celui-ci chante alors « Il mio tesoro » (Don Giovanni) en s&rsquo;expliquant avec la police. La comtesse des <em>Nozze</em> semble lui répondre avec « Porgi amor ». Leporello lui chante l&rsquo;air du catalogue, devenu l&rsquo;air du répertoire de l&rsquo;iPhone. Sur le tableau d&rsquo;affichage des prochains départs apparaissent alors les «scores » de Don Giovanni dans les différents pays, les passagers agitant des fanions suivant leur nationalité. On passe à autre chose avec quelques extraits de <em>Così fan tutte, </em>totalement détachés dramatiquement de ce qui précède. Rolando Villazón, en serveur muet, anime le plateau de quelques gags burlesques interprétés dans un style chaplinesque. Rapidement, toute cohérence disparait. Un avion s&rsquo;écrase, plus tard un second, prétexte à un choeur extrait de <em>Davide penitente</em>, magnifiquement chanté par les choeurs Il Canto di Orfeo et Bachchor Salzburg mais, a contrario, pas très folichon. Bartoli en Despina déguisée en docteur fume un énorme joint. Tous les vols sont annulés et il n&rsquo;y a plus de schnaps. Ferrando vient chanter le tube de l&rsquo;été « Une aura amorosa » et quelques couples dansent un slow. Villazón, qui a retrouvé le dernier litre d&rsquo;alcool, en propose sans succès autour de lui, et finit seul toute la bouteille. Dans sa note d&rsquo;intention, <strong>Davide Livermore</strong> explique avoir voulu créer une sorte de mosaïque à partir de ces différentes scènes, mais on a surtout l&rsquo;impression d&rsquo;assister à une suite de clips comiques : une fois achevée, la mosaïque ne représente rien de précis. Est-ce la raison pour laquelle le metteur en scène a cru nécessaire d&rsquo;intervenir lui-même sur le plateau ? Il tente alors de nous éclairer : spectateurs et artistes sont embarqués dans un même voyage, etc. Nous n&rsquo;avons pas été convaincu. Un metteur en scène est un maître d&rsquo;œuvre qui sait mobiliser les forces autour d&rsquo;un spectacle, en éclairer les interrogations, en révéler éventuellement le sous-texte ou nous montrer sa modernité, mais ce n&rsquo;est pas nécessairement un auteur. Au positif, ce <em>pasticcio</em> est virevoltant, drôle, visuellement superbe, parfaitement dirigé. Un spectacle brillant. On aura également apprécié les superbes contributions vidéos de <strong>D-Wok</strong>, les magnifiques éclairages de <strong>Fiammetta</strong> <strong>Baldisseri</strong>, les costumes colorées de <strong>Mariana</strong> <strong>Fracasso</strong> et le décor éminemment spectaculaire <strong>Giò</strong> <strong>Forma</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/une-folle-journee-2024sf-marco-borrelli-015-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163699"/><figcaption class="wp-element-caption">Davide Livermore © SF/Marco Borrelli</figcaption></figure>


<p>Dans ce contexte, les satisfactions sont essentiellement d&rsquo;ordre musical. A la tête d&rsquo;un orchestre des Musiciens du Prince-Monaco techniquement parfait, <strong>Gianluca</strong> <strong>Capuano</strong> est un miracle de précision, mais aussi de fantaisie et de surprises. Le pianoforte ne se contente d&rsquo;ailleurs pas ici d&rsquo;accompagner les récitatifs mais se joint à l&rsquo;orchestre pour y ajouter ses improvisions. Interrogé sur ce choix musical, le chef italien répond : « À l&rsquo;époque, Mozart dirigeait et jouait au pianoforte. Compte tenu de son génie d&rsquo;interprète, notamment dans les improvisations, on ne peut pas imaginer qu&rsquo;il ait abandonné son instrument entre deux récitatifs pour seulement diriger, d&rsquo;autant que la baguette de chef d&rsquo;orchestre n&rsquo;était pas encore en usage. Je suis donc convaincu que pour les ouvrages de cette époque, et jusqu&rsquo;à certains opéras belcantistes, le pianoforte doit être associé à l&rsquo;orchestre. Pour <em>La Clemenza di Tito</em> ici, nous avons même un pianoforte et un clavecin qui dialoguent. Cela ajoute un brin de folie ! &nbsp;». Pour les experts, précisons que le diapason utilisé est le diapason « Mozart » à 430 Hz, à mi-chemin entre le diapason baroque et le diapason moderne. Remplaçant au pied levé Ildebrando d&rsquo;Arcangelo souffrant, <strong>Mattia Olivieri</strong> est parfait sur tous les plans : belle voix, excellente technique, bonne projection et une présence scénique indéniable. <strong>Ruben Drole</strong> chante également &nbsp;fort bien mais son émission est trop cotonneuse, un peu sourde. <strong> Mélissa Petit</strong> n&rsquo;a qu&rsquo;un grand air pour briller, et elle y parvient parfaitement. Certes le timbre est encore un peu vert, mais la complexité du personnage est parfaitement rendue avec un chant &nbsp;d&rsquo;une grande beauté et d&rsquo;une excellente technique belcantiste. Excellent en <em>comprimario</em> muet, <strong>Rolando Villazón</strong> s&rsquo;attaque à un air de Basilio (habituellement coupé dans les représentations des <em>Nozze di Figaro</em>) qui ne correspond pas à sa vocalité. Le vétéran <strong>Alessandro Corbelli</strong> (71 ans) n&rsquo;a plus un timbre très jeune mais sa technique vocale et son métier scénique sont toujours intacts. Le Cherubino de <strong>Lea</strong> <strong>Desandre</strong> est toujours aussi adorable. <strong>Daniel Behle</strong> est un peu bousculé par son premier air mais le second est remarquablement conduit, avec un beau legato, et moins de nasalités. La reine de la soirée est bien entendu <strong>Cecilia</strong> <strong>Bartoli</strong>. Espiègle Susanna, Despina déjantée (chantée avec une voix déguisée impayable), et insurpassable dans l&rsquo;aria « Ch&rsquo;io mi scordi di te&#8230; Non temer, amato bene » (KV 505), accompagnée par rien moins que <strong>Daniil Trifonov</strong>. L&rsquo;air, chantée comme au concert, sans mise en scène, obtient la plus grande ovation de la soirée : tout est dit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/une-folle-journee-2024sf-marco-borrelli-013-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163711"/><figcaption class="wp-element-caption">Cecilia Bartoli et Daniil Trifonov © SF/Marco Borrelli</figcaption></figure>
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		<title>MOZART, Grande messe en ut mineur (K.427), Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-grande-messe-en-ut-mineur-k-427-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 May 2024 05:24:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Grande messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart est un ouvrage inachevé dont l&#8217;histoire de la composition reste soumise à conjectures. Diverses raisons sont avancées pour expliquer le désir du Mozart de composer une messe (car il ne s&#8217;agit pas ici d&#8217;un ouvrage de commande). Il semble que le compositeur ait voulu réaliser &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La Grande messe en ut mineur de Wolfgang Amadeus Mozart est un ouvrage inachevé dont l&rsquo;histoire de la composition reste soumise à conjectures. Diverses raisons sont avancées pour expliquer le désir du Mozart de composer une messe (car il ne s&rsquo;agit pas ici d&rsquo;un ouvrage de commande). Il semble que le compositeur ait voulu réaliser une action de grâce à l&rsquo;occasion de son mariage avec Constance Weber le 4 août 1782. Mais Constance déclara aussi quarante ans plus tard que son époux avait voulu remercier le Ciel de la naissance de leur premier enfant, Raimund Leopold, le 17 juin 1783, celui-ci mourant malheureusement deux mois plus tard. On avance également le désir de Mozart de se réconcilier avec son père, Leopold, opposé au mariage. Wolfgang et Constance se rendent à Salzbourg en juillet 1783 sans que cette réconciliation n&rsquo;ait lieu. La messe est créée le 26 octobre et les époux retournent à Vienne le lendemain. Les historiens sont à peu près unanimes pour considérer que l&rsquo;ouvrage créé est bien la <em>Grande messe</em>, mais que, sa composition étant inachevée (il manque sur le manuscrit une partie du <em>Credo</em> et la totalité de l&rsquo;<em>Agnus Dei</em>), des fragments provenant d&rsquo;ouvrages précédents ont vraisemblablement été insérés pour remplacer les parties manquantes. Les raisons pour lesquelles Mozart a stoppé net sa composition ne sont pas davantage établies : peut-être s&rsquo;agit-il de l&rsquo;annonce de la mort de leur premier enfant, mais peut-être s&rsquo;agit-il de raisons purement pratiques, comme le souligne Richard Wigmore dans le programme de salle : un décret de l&rsquo;Empereur Josef II de 1782 impose une musique religieuse plus austère. Dès lors, la <em>Grande messe</em>, insuffisamment dépouillée, avait peu de chance d&rsquo;être représentée à nouveau. En 1785, Mozart recyclera le <em>Kyrie</em> et le <em>Gloria</em> dans sa cantate <em>Davide</em> <em>penitente</em>. La première édition de l&rsquo;ouvrage (Alois Schmitt), en 1901, incorpore des extraits d&rsquo;autres messes, au risque d&rsquo;un manque d&rsquo;homogénéité stylistique. Certaines exécutions ne prennent en considération que la musique effectivement écrite pour la Grande messe, d&rsquo;autres choisissent de la compléter : dans ces conditions, la durée d&rsquo;un concert peut varier de 40 minutes à près d&rsquo;une heure et demi, suivant les tempi adoptés ! Fort de l&rsquo;accueil de son édition du<em> Requiem</em> de Mozart, le pianiste et musicologue Robert D. Levin a proposé une nouvelle version basée sur des esquisses de cette même année 1783 et sur un air composé pour <em>David</em> <em>penitente</em> (c&rsquo;est-à-dire le recyclage inverse de celui pratiqué par Mozart en 1785), « Tra l&rsquo;obscure ombre funeste <b>»</b>. Levin revisite également l&rsquo;orchestration traditionnelle pour offrir, selon l&rsquo;opinion de Wigmore, un tout cohérent synthétisant les influences du baroque allemand et du rococo italien, et le style plus personnellement mozartien.</p>
<p>Le quatuor de jeunes chanteurs est très différemment sollicité suivant les pupitres. La voix de <strong>Juliette Mey</strong> est bien projetée, d&rsquo;une belle couleur un peu ambrée, homogène sur l&rsquo;ensemble de la tessiture. Les passages vocalisants ne lui offrent par ailleurs aucune difficulté : un sans faute.<strong> Regula Mühlemann</strong> est particulièrement à l&rsquo;aise dans les zones les plus aiguës de sa partie, avec un timbre claire, quasi angélique. Le médium est en revanche peu corsé. Peu charitable, Mozart lui a également écrit quelques notes graves difficiles. Dans un rôle plus court, mais avec tout de même un air dédié, <strong>Jan Petryka</strong> offre un joli timbre de ténor mais laisse entrevoir quelques limites techniques dans les parties plus vocalisantes. &nbsp;Sa projection reste par ailleurs en retrait de celle de ses partenaires. Mozart n&rsquo;a pas gâté la basse pour sa composition et il faut attendre le quatuor du <em>Benedictus</em> pour apprécier la voix chaude et le style élégant de <strong>Yasushi Hirano</strong> contraint à faire tapisserie depuis le début du concert !</p>
<p>Cette version bénéficie surtout d&rsquo;une exécution orchestrale et chorale qui flirte avec le sublime et dont il faut féliciter en premier lieu son maître d&rsquo;oeuvre, le chef <strong>Gianluca Capuano</strong>. Les Musiciens du Prince – Monaco ne sont pas ici un simple accompagnateur, mais pratiquement un soliste à par entière. L’orchestre a été créé au printemps 2016 à l’Opéra de Monte-Carlo, sur une idée de Cecilia Bartoli en collaboration avec Jean-Louis Grinda, alors directeur de l’institution monégasque. Gianluca Capuano en est le chef principal depuis mars 2019. Il a su développer une sonorité propre à ce nouvel orchestre, combinant la vivacité habituelle des formations sur instruments anciens, à un fruité et une épaisseur de son propre à séduire les auditeurs pour lesquels ce type de formations offre parfois un son trop sec. Composé de près de cinquante instrumentistes, l&rsquo;orchestre offre ainsi un son riche, capable de remplir la grande salle de la Felsenreitschule sans non plus se faire piéger par une acoustique parfois trop réverbérée. Surtout, l&rsquo;orchestre est une authentique partie prenante de cette messe qu&rsquo;il anime d&rsquo;une profonde spiritualité. Qui plus est, la formation orchestrale est en parfaite symbiose avec les deux chœurs mobilisés pour l&rsquo;occasion, <strong> Il Canto di Orfeo</strong> et le <strong>Bachchor Salzburg</strong> : puissance, expressivité et agilité au service de l&rsquo;émotion. On notera également les passages à double-choeur qui induisent une impressionnante spatialisation (les choristes sont disposés traditionnellement en fond de salle mais aussi, pour le <em>Qui</em> <em>Tollis</em>, le <em>Sanctus</em> et une partie du <em>Benedictus</em>, de part et autre de l&rsquo;orchestre, tessitures aiguës côté jardin, graves côté cours). &nbsp;Le public ovationnera au final chef, choeur et orchestre.</p>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques jours seulement après Paris (https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-paris/ ), les équipes de Cecilia Bartoli, parties pour une tournée européenne, faisaient escale à Bruxelles, ville qu’elles avaient boudée l’an dernier au profit de Liège, pour une représentation unique du Giulio Cesare de Haendel. Le spectacle ayant déjà fait l’objet dans ces colonnes d’une recension très complète par notre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques jours seulement après Paris (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-paris/">https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-paris/</a> ), les équipes de Cecilia Bartoli, parties pour une tournée européenne, faisaient escale à Bruxelles, ville qu’elles avaient boudée l’an dernier au profit de Liège, pour une représentation unique du <em>Giulio Cesare</em> de Haendel.</p>
<p>Le spectacle ayant déjà fait l’objet dans ces colonnes d’une recension très complète par notre estimé collègue, nous n’allons pas répéter tout ce qu’il a dit fort à propos, même si notre avis global sur la soirée est plus enthousiaste que le sien.</p>
<p>Il y a bien sur un peu de ridicule dans ces mises en espace qui ne sont pas des mises en scène, et qui reproduisent des poncifs surannés, sans souci dramaturgique et avec une certaine candeur. Qu’importe si <strong>Cecilia Bartoli</strong> réalise ses rêves d’enfant en enfilant des robes de princesse et en se pavanant sous des éventails de plumes d’autruche, si <strong>Carlo Vistoli</strong> provoque l’hilarité en montrant les belles chaussettes rouges qu’il arbore sous son smoking, et si tout cela nous détourne quelque peu du drame. La partition, à la trame dramatique fort distendue, permet ces digressions et la musique n’en souffre pas trop.</p>
<p>Le niveau global de la prestation est de grande qualité, eu égard aux immenses difficultés vocales de la partition. Certes, il y a à redire sur certains chanteurs de la distribution, mais n’est-ce pas le mérite de Cecilia Bartoli d’entrainer dans son très commercial sillage des jeunes moins expérimentés et néanmoins pleins d’ardeur ? Nous aussi, nous avons été un peu irrité par les grimaces et les gesticulations de Carlo Vistoli, mais la solidité de la voix, l’extraordinaire facilité de ses vocalises sont éblouissants.</p>
<p></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="343" height="310" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/mingardo.jpg" alt="Sara Mingardo © DR" class="wp-image-83612"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Sara Mingardo, Cornelia</sup></figcaption></figure>


<p>Et que dire de la magnifique sobriété de <strong>Sara Mingardo</strong>, exemplaire de dignité et d’intensité vocale, la seule qui compose réellement un personnage dramatiquement élaboré. <strong>Max-Emanuel Cencic</strong> campe un Tolomeo pusillanime et peu incarné, la voix manque de volume et d’impact. <strong>Kangmin Justin Kim</strong> en Sesto montre lui aussi une belle disposition pour les vocalises, la voix trouvera avec le temps la profondeur et la précision nécessaires. La basse bolivienne <strong>José Coca Loza</strong>, dans le rôle d’Achilla livre une prestation tout à fait honorable même si le rôle est somme toute secondaire. Quant à Cecilia Bartoli elle-même, sans doute pas au meilleur de sa forme vocale mais tout de même absolument souveraine dans ses aigus filés, la virtuosité de ses vocalises, son aisance scénique, son plaisir du chant et de la scène, l’immense engagement d’énergie qu’elle y met, elle deviendrait presque la meneuse de revue de ce spectacle.</p>
<p>Au fil des ans et sous la direction de <strong>Gianluca Capuano</strong>, les musiciens du Prince-Monaco assoient leur réputation de solidité. Avec des tempi très rapides, beaucoup de contrastes dynamiques, ils assurent la cohésion musicale de la soirée sans faillir. On pourrait souhaiter cependant un peu plus de soin, plus d&rsquo;imagination dans la recherche de couleurs instrumentales, l’allègement des ornements et des effets, et l’élaboration d’affects intermédiaires entre la virtuosité débridée ou le lamento désespéré (ces deux nuances là fonctionnent très bien, merci).</p>
<p></p>
<p>La salle archi-comble (2.100 places…) se lève comme un seul homme dès le dernier accord posé, et fait aux artistes une standing ovation mémorable, à la mesure du caractère festif, brillant et virtuose de la partition. Visiblement ravi, le public obtiendra même que soit bissé le chœur qui termine la pièce et ressortira enchanté de sa soirée, n’est-ce pas là le principal&nbsp;?</p>
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