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	<title>Alexander CHANCE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 25 Aug 2025 12:03:40 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Alexander CHANCE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BACH, Messe en si mineur &#8211; La Chaise-Dieu</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-messe-en-si-mineur-la-chaise-dieu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anne Rouhette]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Aug 2025 12:01:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux ans après la Passion selon Saint Jean, les Écossais du Dunedin Consort reviennent à La Chaise-Dieu pour une Messe en si d’exception. Difficile de rendre compte dans le détail d’un tel concert tant les 10 chanteurs et les instrumentistes forment un tout d’une grande cohérence et donnent son sens plein au terme d’« ensemble ». Dirigés &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux ans après la <em>Passion selon Saint Jean</em>, les Écossais du Dunedin Consort reviennent à La Chaise-Dieu pour une <em>Messe en si</em> d’exception. Difficile de rendre compte dans le détail d’un tel concert tant les 10 chanteurs et les instrumentistes forment un tout d’une grande cohérence et donnent son sens plein au terme d’« ensemble ». Dirigés depuis le clavecin par <strong>John Butt, </strong>ou plutôt accompagnés, tant l’osmose semble parfaite entre le chef et ses interprètes, tous se montrent totalement investis au service d’un immense chef-d’œuvre dont chaque ligne se dessine dans toute sa clarté : les départs sont toujours limpides, l&rsquo;articulation nette, rendant lisible la polyphonie la plus complexe (quelle maîtrise dans le tourbillon du « Sanctus », par exemple !). Les nuances exquises permettent l’expression d’une intense intériorité, ainsi dans le « Kyrie » initial, dont le piano délicat met immédiatement en lumière l’équilibre du chœur. Mais l’ensemble sait se faire brillant quand il le faut, notamment dans un « Gloria » enivrant.</p>
<p>Peut-être qu’à de rares moments, l’alto puissant d’<strong>Alexander Chance</strong>, par ailleurs bouleversant dans l’« Agnus Dei », ressort un peu trop du chœur. Peut-être que le soprano riche et rayonnant de <strong>Rowan Pierce</strong> domine un peu dans le duo du « Domine Deus » sur le medium de <strong>Jessica Cale,</strong> délicieuse dans le « Laudamus te ». Et peut-être que le timbre chaud de la basse <strong>Matthew Brooke</strong> est plus à son aise dans le « Quoniam » que dans la légèreté du « Et in Spiritum Sanctum », mais comme le ténor <strong>Guy Cutting</strong> dont le dialogue avec la flûte de <strong>Rosie Bowler</strong> dans le « Benedictus » fut un moment de grâce absolu, tous font preuve d’une expressivité remarquable, avec une diction parfaite et une présence scénique magnétique, comme les 5 autres chanteurs. La communion est parfaite avec un orchestre inspiré comme avec le public.  Un très grand moment.</p>
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		<title>HAENDEL, Tamerlano &#8211; Freiburg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-tamerlano-freiburg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tamerlano, œuvre sombre et d’une rare intensité dramatique, est encore trop rarement donné, en comparaison notamment d&#8217;Alcina ou de Giulio Cesare. Composé durant l’été 1724, il marque une rupture dans le genre de l’opera seria en plaçant un ténor, Bajazet, au centre de l’action, et non un castrat ou une prima donna. Le livret de Nicola &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;">, œuvre sombre et d’une rare intensité dramatique, est encore trop rarement donné, en comparaison notamment d&rsquo;<em>Alcina</em> ou de <em>Giulio Cesare</em>. Composé durant l’été 1724, il marque une rupture dans le genre de l’opera seria en plaçant un ténor, Bajazet, au centre de l’action, et non un castrat ou une <em>prima donna</em></span><span style="font-weight: 400;">. Le livret de Nicola Francesco Haym repose en partie sur un texte antérieur d’Agostino Piovene &#8211; lui-même inspiré de la tragédie française </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlan ou la mort de Bajazet</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Jacques Nicolas Pradon &#8211; écrit pour </span><i><span style="font-weight: 400;">Il Bajazet</span></i><span style="font-weight: 400;"> (1719), opéra de Francesco Gasparini créé par le ténor italien Francesco Borosini. Ce dernier arriva à Londres pour créer ce même rôle dans le </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano </span></i><span style="font-weight: 400;">haendélien, impressionnant le compositeur par ses qualités vocales et dramatiques. Inspirée d’un épisode historique, la captivité du sultan ottoman Bayezid Ier par Tamerlan en 1402, l&rsquo;œuvre explore également la relation père-fille entre Bajazet et Asteria. Cette dernière, désirée par Tamerlano, est quant à elle éprise du prince grec Andronico. Le </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Haendel se distingue en premier lieu par l&rsquo;importance des récitatifs accompagnés ou des ariosos, notamment dans un troisième acte d’une grande densité émotionnelle. La virtuosité et la beauté des arias ne sont toutefois pas en reste, Asteria et Andronico ayant été chantés à la création par les deux superstars de l&rsquo;époque Francesca Cuzzoni et Senesino.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Comme à son habitude,</span><b> René Jacobs</b><span style="font-weight: 400;"> a préparé ce </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> de manière approfondie et méticuleuse, exigeant de tous un investissement total. Ainsi, tous les chanteurs interprètent leur rôle sans partition, avec une implication profonde dans l&rsquo;œuvre. Le chef gantois, interventionniste mais toujours inspiré, dirige jusqu&rsquo;au moindre récitatif, dont il répartit l&rsquo;accompagnement entre le luth (la fidèle et remarquable </span><b>Shizuko Noiri</b><span style="font-weight: 400;">), la harpe (</span><b>Mara Galassi</b><span style="font-weight: 400;">), le clavecin/orgue (</span><b>Riccardo Magnus</b><span style="font-weight: 400;">) et le violoncelle engagé de </span><b>Stefan Mühleisen</b><span style="font-weight: 400;">. Ce travail minutieux, maintenu dans une tension constante, est spectaculaire, transformant chaque scène en un moment de théâtre vibrant. La direction de René Jacobs, puissante et subtile, se distingue par son équilibre parfait, sans brusquerie : quelle merveille par exemple que ces récitatifs accompagnés ou encore cette ouverture dont la majesté indique toute la gravité du récit à venir. Les jeunes chanteurs, soutenus par cette direction musicale stimulante, livrent des performances sans doute bien plus intenses qu’ils n’en auraient données sous d’autres baguettes. Une mise en espace, accompagnée de quelques éléments (un siège pour le trône de Tamerlano, un châle pour signaler le travestissement d&rsquo;Irene en servante), permet au public de comprendre l&rsquo;action de manière limpide. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le rôle-titre, </span><b>Paul-Antoine Bénos-Djian</b><span style="font-weight: 400;"> impressionne par une voix corsée, dont les graves percutants soulignent avec justesse la noirceur du personnage. Son chant, d’une précision remarquable, fait briller les vocalises (« A dispetto d’un volto ingrato »), et son incarnation du tyran s’impose avec évidence, sans forcer le trait. Le ténor <strong>Thomas Walker</strong> déploie un timbre souple et lumineux dans l’aigu, mais solidement ancré dans le grave, restituant avec justesse la tessiture hybride de Bajazet. Son interprétation habitée culmine dans la scène de la mort du troisième acte, rendue avec une vérité dramatique poignante, mais sans excès de pathos.</span></p>
<p><b>Katherina Ruckgaber</b><span style="font-weight: 400;"> déploie en Asteria une voix légère et claire, soutenue par une ligne d’une grande finesse et ornementée avec justesse. Très investie scéniquement, la soprano émeut par une fragilité frémissante (« Cor di padre »), malgré quelques tensions dans l&rsquo;aigu. </span><b>Alexander Chance</b><span style="font-weight: 400;"> incarne un Andronico juvénile, très bien projeté, qui s&rsquo;accorde idéalement avec celle d’Asteria, comme en témoigne leur bouleversant duo « Vivo in te ». Le contre-ténor anglais vocalise avec précision ; et si l’interprétation reste encore un peu sage, elle se distingue par une élégance constante. En Irene, </span><b>Helena Rasker</b><span style="font-weight: 400;"> dégage une présence scénique marquante, qui correspond parfaitement au caractère piquant et décalé du personnage. Le timbre chaud et velouté de la contralto se mêle idéalement aux clarinettes dans l&rsquo;aria « Par che mi nasca in seno », seul exemple haendélien de l&#8217;emploi de ces instruments. Enfin, en une seule aria, le baryton-basse </span><b>Matthias Winckhler</b><span style="font-weight: 400;">, très présent scéniquement, marque les esprits grâce à une ligne vocale souple et d&rsquo;une belle profondeur.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les musiciens du </span><b>Freiburger Barockorchester</b><span style="font-weight: 400;">, fidèles à eux-mêmes, jouent ce soir comme si leur vie en dépendait, pour reprendre les mots de René Jacobs. La beauté des couleurs (flûtes), l&rsquo;impeccable mise en place (ces cordes et ces hautbois !) impressionne tout au long de la représentation. Accueilli en triomphe par le public de Freiburg, ce concert était le prélude à une tournée européenne. René Jacobs dirigera par ailleurs ce glorieux </span><i><span style="font-weight: 400;">Tamerlano</span></i><span style="font-weight: 400;"> en 2026, cette fois en version scénique au Festival Haendel de Karlsruhe.</span></p>
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		<title>BACH, Johannes-Passion &#8211; Bruxelles (Flagey)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-johannes-passion-bruxelles-flagey/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il existe plusieurs versions de la Passion selon Saint-Jean : celle qu’on entend moins souvent, dite version 1725 (l’originale date de 1724) se distingue de l’originale par un chœur d’ouverture différent (Oh Mensch, bewein dein Sünde groß) réutilisé en 1727 pour clore la première partie de la Passion selon Saint-Matthieu, un choral final différent, et l’ajout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il existe plusieurs versions de la Passion selon Saint-Jean : celle qu’on entend moins souvent, dite version 1725 (l’originale date de 1724) se distingue de l’originale par un chœur d’ouverture différent (<em>Oh Mensch, bewein dein Sünde groß</em>) réutilisé en 1727 pour clore la première partie de la Passion selon Saint-Matthieu, un choral final différent, et l’ajout de quelques arias et chorals. On ne sait pas exactement pour quelles raisons Bach opéra ces modifications, on peut juste constater que cette deuxième version laisse une plus grande place aux chorals, et donc une implication plus grande du public des fidèles dans le commentaire du drame, une plus grande proximité avec le sort de Jésus.</p>
<p>La conception de <strong>Lionel Meunier</strong> s’écarte elle aussi des habitudes, qu’on en juge plutôt : un chœur  disposé en arc de cercle autour de l’orchestre, des solistes qui s’avancent sur un proscénium pour chanter leur air mais s’en retournent avant même que l’orchestre ait terminé, pas de chef devant l’orchestre – le directeur musical est au milieu du chœur, tous les solistes issus du chœur, quasi anonymement (à l’exception de l’évangéliste), une volonté délibérée de simplicité et de modestie, à l’écart de tout vedettariat, tout à fait dans l’esprit de l’époque : faire le mieux qu’on peut avec les moyens du bord, pour la seule gloire de Dieu.</p>
<p>Il n’est pas certain que ces choix aient réellement contribué à la réussite musicale de la soirée, globalement décevante par rapport aux attentes, étant donné les qualités qu’on reconnait volontiers aux artistes ici impliqués. Certes le chœur <strong>Vox Luminis</strong> est d’une exceptionnelle précision, d&rsquo;une très grande homogénéité dans chaque pupitre. Il parvient à chanter avec ferveur y compris dans les nuances les plus piano. Les interventions du chœur constituèrent d’ailleurs la colonne vertébrale de la soirée, sa part la plus solide. L’orchestre baroque de Fribourg est sans doute un des meilleurs pour ce type de répertoire ; mais les troupes réunies à Bruxelles ont plutôt donné l’impression de faire partie de l’équipe B de la phalange, ou souffraient de l’absence de chef devant elles. Des imprécisions dans les interventions solistes, des couleurs orchestrales peu imaginatives, une omniprésence de l’orgue et un clavecin à peu près inaudible sont les principaux reproches qu’on peut faire à la partie orchestrale. A son crédit, il faut tout de même mentionner la qualité de l’intervention de la viole de gambe de <strong>Juan Manuel Quintana</strong> et les efforts permanents de <strong>Petra Müllejans</strong> pour communiquer du regard avec Lionel Meunier et maintenir la cohésion entre chœur et orchestre.</p>
<p>Le choix de Lionel Meunier de s’attribuer le rôle de Jésus peut lui aussi être contesté : préoccupé bien légitimement de son rôle de chef de chœur, à grand renfort de mouvements corporels, de sa participation au pupitre des basses, de sa connexion avec la <em>concertmeisterin</em>, il peine à trouver la sérénité que requiert le rôle symboliquement si important, et sa technique vocale n’est pas non plus à la hauteur des attentes : diction allemande approximative et ligne vocale peu soutenue. On soulignera en revanche les magnifiques interprétations du ténor <strong>Raphael Höhn</strong>, dans le rôle de l’évangéliste, très nuancé, très humain, précis et dynamique dans ses enchaînements, et d’<strong>Alexander Chance</strong>, membre du chœur à qui sont confiés les airs d’alto, et qui impressionne par son implication dramatique, sa voix parfaitement timbrée, son énergie, son ardeur juvénile et sa maîtrise du style. Son interprétation du <em>Es ist vollbracht </em>restera dans toutes les mémoires. On passera sous silence les interventions du ténor, (technique insuffisante face aux difficultés de la partition). Du côté des sopranes, le premier air a été confié à <strong>Erika Tandiono</strong>, voix très agréable, et le second à <strong>Viola Blache</strong>, particulièrement émouvante. La basse <strong>Sebastien Myrus</strong> interprète très honorablement les parties solistes qui lui sont dévolues, de même que <strong>Laurent Najbauer</strong> dans le rôle de Ponce Pilate, et de <strong>Vincent De Soomer</strong> dans celui de Pierre.</p>
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		<title>Bach, Passion selon Saint Jean &#8211; John Eliot Gardiner</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bach-passion-selon-saint-jean-john-eliot-gardiner-paradis-pour-le-choeur-golgotha-pour-les/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Mar 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce disque illustre bien la contradiction qui peut exister, en musique, entre le temps long et le temps court. Temps court : nous sommes le Vendredi Saint 2021, et le Royaume-Uni est encore soumis à des règles sanitaires draconiennes. Coincés sans public dans le cadre majestueux du Sheldonian Theatre d&#8217;Oxford, on comprend que John Eliot &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce disque illustre bien la contradiction qui peut exister, en musique, entre le temps long et le temps court. Temps court : nous sommes le Vendredi Saint 2021, et le Royaume-Uni est encore soumis à des règles sanitaires draconiennes. Coincés sans public dans le cadre majestueux du Sheldonian Theatre d&rsquo;Oxford, on comprend que <strong>John Eliot Gardiner</strong> et les ingénieurs de Deutsche Grammophon aient eu envie de laisser une trace du travail de répétitions accompli dans les semaines qui précèdent. Dans cette perspective, le présent enregistrement est un témoignage émouvant, sans doute encore plus dans sa version filmée. Si on prend l&rsquo;optique du temps long, Gardiner a déjà enregistré par deux fois cette <em>Passion selon Saint Jean</em>. Une première version date de 1986 pour Arkiv, et une seconde en 2011 chez SDG. Les solistes des deux versions sont, cités pêle-mêle, Anthony Rolfe-Johnson, Nancy Argenta, Mark Padmore, Bernarda Fink. Avec d&rsquo;aussi solides atouts, ces albums se sont attirés une pluie de louanges. Remettre la partition sur le métier appelle donc des justifications sérieuses. Ici, on est bien en peine de les trouver.</p>
<p>Certes, il y a la somptuosité du <strong>Monteverdi Choir,</strong> dont chaque intervention est à frémir d&rsquo;intensité, du plus bref choral au chœur polyphonique le plus complexe. Le niveau de virtuosité est inégalé, et l&rsquo;engagement au delà de toute critique. Il y a aussi le geste ample de John Eliot Gardiner, son sens du drame sacré, la générosité du son qu&rsquo;il prodigue avec ivresse en soulevant d&rsquo;enthousiasme tous les pupitres des <strong>English Baroque Soloists,</strong> <a href="https://www.forumopera.com/cd/jean-sebastien-bach-passion-selon-saint-jean-philippe-herreweghe-quand-on-arrive-a-los">si loin du jansénisme de Philippe Herrewege, qui nous avait paru excessif.</a> Tout cela est bel et bon. Mais ces qualités étaient déjà présentes dans les deux enregistrements précédents, et on ne peut pas dire que la conception du chef ou l&rsquo;esthétique du chœur aient vraiment évolué. La raison de cette nouvelle mouture devrait donc tenir dans une brochette de solistes exceptionnels.</p>
<p>Force est de reconnaitre que le compte n&rsquo;y est pas vraiment. Certes, l&rsquo;Evangéliste de <strong>Nick Pritchard </strong>est loin de démériter. En termes d&rsquo;accent dramatique, de mordant, de sens du récit, il s&rsquo;inscrit dans la lignée des bons Evangélistes anglais de ces dernières décennies (Padmore, Rolfe-Johnson, Bostridge, &#8230;). Le problème est que cette influence est un peu trop audible, et que, tout concentré qu&rsquo;il est à se montrer à la hauteur de ses prédécesseurs, il manque de spontanéité et ne parvient pas à faire entendre une voix vraiment personnelle. Dans une Saint Jean, plus récitée que sa grande soeur, c&rsquo;est péché mortel que d&rsquo;avoir un Evangéliste qui ne marque pas. Il en va de même pour le Jésus de <strong>William Thomas</strong>, correct mais insipide comme un vitrail de Saint-Sulpice, et pour le Pierre de <strong>Michael Lafferty,</strong> qui s&rsquo;oublie aussitôt l&rsquo;appareil éteint.</p>
<p>Tout cela reste néanmois d&rsquo;un niveau trés acceptable jusqu&rsquo;au premier air de la partition, « Von den Stricken meiner Sünden », dévolu à l&rsquo;alto. On doit se pincer pour se convaincre qu&rsquo;on ne rêve pas. Rien n&rsquo;est en place au niveau vocal, le timbre est d&rsquo;une laideur insigne, le souffle apparait constamment court (on a l&rsquo;impression à certains moments que le chanteur va devoir s&rsquo;arrêter tant il semble à bout). Avec de telles limites techniques, il ne peut être question d&rsquo;approfondissement spirituel. Ce n&rsquo;est pas <strong>Alexander Chance</strong> qui amènera les athées vers la foi, surtout que son « Es ist vollbracht », sommet de la partition, répète exactement les mêmes défauts, avec l&rsquo;ajout d&rsquo;un grave inaudible face à un orchestre très en verve. Retour urgent à Marjana Lipovsek (Harnoncourt) et Andreas Scholl (Herreweghe dans son enregistrement Harmonia Mundi) pour redécouvrir le pouvoir de la voix d&rsquo;alto dans l&rsquo;œuvre. Le ténor n&rsquo;est pas tellement mieux : à nouveau, l&rsquo;auditeur est confronté à un timbre ingrat, et à un chanteur qui semble à la peine, avec une absence de caractérisation qui s&rsquo;explique par des raisons techniques ; <strong>Peter Davoren</strong> gagne néanmoins en essurance au fil de l&rsquo;œuvre, et poursuit sur un « Erwäge » plus ressenti. <strong>Julia Doyle</strong> et <strong>Alex Ashworth</strong> sont en fait les seuls à offrir un vrai chant bachien à la hauteur de la direction de Gardiner, avec des voix sûres et bien conduites. C&rsquo;est peu, trop peu, surtout dans une discographie qui compte tant de références. Voilà donc un enregistrement qui aura sûrement marqué les participants en raison des circonstances de sa réalisation, mais qui ne s&rsquo;inscrira pas durablement dans l&rsquo;histoire du disque.</p>
<p> </p>
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