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	<title>Nicolas COURJAL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Nicolas COURJAL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Discothèque idéale : Meyerbeer – Robert le diable (Minkowski, Palazzetto Bru Zane – 2022)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-meyerbeer-robert-le-diable-minkowski-palazzetto-bru-zane-2022/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 17:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On peine à croire que le grand opéra compte encore tant de contempteurs. Lentement disparu des théâtres, méprisé – à l’instar de tout le répertoire français –, réputé impossible à monter, inchantable, superficiel… Pourtant, les opéras français de Rossini, Meyerbeer et Halévy enthousiasment le public à chaque réapparition. Depuis une vingtaine d’années, ce patrimoine fait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On peine à croire que le grand opéra compte encore tant de contempteurs. Lentement disparu des théâtres, méprisé – à l’instar de tout le répertoire français –, réputé impossible à monter, inchantable, superficiel… Pourtant, les opéras français de Rossini, Meyerbeer et Halévy enthousiasment le public à chaque réapparition. Depuis une vingtaine d’années, ce patrimoine fait l’objet d’une juste réhabilitation, portée par les efforts du Palazzetto Bru Zane et l’ouverture d’esprit de nouvelles générations d’interprètes et de spectateurs.</p>
<p>Il a sans doute fallu attendre un certain alignement de planètes pour redonner vie à <i>Robert le diable</i>, fracassante création de 1831 dont il n’existait scandaleusement aucun enregistrement de studio. Un chef sincèrement amoureux de l’opéra français, une distribution capable d’affronter des parties conçues pour les monstres sacrés qui ont fait le genre… Leur réussite collective atteste la viabilité de ce répertoire, même sans faire appel à des légendes vivantes. Le polystylisme de Meyerbeer est magistralement assumé par tous les chanteurs, <strong>John Osborn</strong> en tête, éloquent et virtuose dans un rôle d’une ahurissante difficulté. <strong>Amina Edris</strong> campe une Alice jeune et fougueuse, Morley est une princesse brillante et frémissante et <strong>Nicolas Courjal</strong> porte haut les couleurs du chant français. Ainsi servi, <i>Robert le diable</i> devrait retrouver le chemin des théâtres.</p>
<p><em>John Osborn (Robert), Nicolas Courjal (Bertram), Amina Edris (Alice), Erin Morley (Isabelle), Nico Darmanin (Raimbaut), Joel Allison (Alberti/un prêtre), Paco Garcia (héraut d&rsquo;armes). Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Chœur de l&rsquo;Opéra national de Bordeaux. Direction : Marc Minkowski.</em></p>


<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>CHARPENTIER, Louise – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ce qu’il avait qualifié de « roman musical », Gustave Charpentier (1860-1956) présentait en 1900 le tableau d’une jeunesse montmartroise désireuse de s’aimer librement en dépit des interdits sociaux et des préjugés. Plus précisément, il s’agit de l’histoire d’une jeune fille, Louise, voulant s’affranchir de la tutelle parentale et qui n’y parvient qu’au prix &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans ce qu’il avait qualifié de « roman musical », Gustave Charpentier (1860-1956) présentait en 1900 le tableau d’une jeunesse montmartroise désireuse de s’aimer librement en dépit des interdits sociaux et des préjugés. Plus précisément, il s’agit de l’histoire d’une jeune fille, Louise, voulant s’affranchir de la tutelle parentale et qui n’y parvient qu’au prix d’un difficile combat contre le chantage affectif de sa mère et d’une rupture douloureuse avec son père.</p>
<p>Le metteur en scène <strong>Christof Loy</strong>, dans une lecture déjà commencée en 2008 à Duisbourg mais renouvelée pour cette production, propose de voir dans ce « roman » (qui à sa création avait fait scandale tout en connaissant le succès) non pas l’histoire d’une émancipation mais celle d’un échec : l’accent est mis sur l’effet délétère des parents toxiques, l’autoritarisme dénué d’empathie de la mère, l’amour possessif et incestueux du père, et la névrose qui en résulte. Ce n’est plus « Zola en musique » (Paul Morand) mais Freud en musique. Ainsi Louise ne vivrait réellement aucun des événements du livret – sa rencontre avec le poète bohème Julien, leur amour réciproque, ses relations avec les ouvrières de l’atelier de couture où elle travaille, son couronnement comme Muse de Montmartre ne seraient que fantasmes consécutifs au traumatisme familial. Ce qui explique que les personnages négatifs de la « réalité » du monde extérieur aient ici la même apparence que les parents de Louise : le Chiffonnier a les traits de son père, la Première d’atelier ceux de sa mère. Tout se déroule en un lieu unique qui s’apparente à l’immense salle d’attente d’un hôpital, dont l’agencement ne varie que pour ébaucher l’esquisse des lieux et rencontres imaginés par Louise.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise_Aix_CL_230-1294x600.jpg" />
© DR</pre>
<p>La fin « ouverte » du livret de Charpentier (dans le texte, on ne sait pas ce qu’il advient de Louise après son départ) autorise certes diverses interprétations, d’autant que le dernier mot revient au père qui, après avoir en vain rappelé sa fille, maudit Paris dans une ultime exclamation. Paris devait d’ailleurs être pour le compositeur, comme il l’écrivait le soir de la création, « une sorte de personnage invisible et présent ». Christof Loy a choisi de ne retenir que le premier adjectif, mais offre tout de même au troisième acte, derrière les hautes fenêtres, un décor de la ville qui finira par disparaître rapidement dans les cintres en même temps que les ballons de la fête. On peut le regretter en pensant aux nombreux rôles illustrant les petits métiers de Montmartre, aux cris de Paris, au folklore bohème. Mais on ne saurait dénier aux choix du metteur en scène une efficacité bouleversante, parfois d’une précision chirurgicale, si l’on ose dire. Ainsi de la confrontation glaçante entre la mère et la fille, des effets produits par les contrastes entre l’agitation générale et la solitude vécue par le personnage, ou encore de l’insertion de ses supposés fantasmes dans le décor général de la salle d’attente oppressante et paralysante, métaphore d’une existence aliénée (scénographie d’<strong>Étienne Pluss</strong>). Dans ce contexte, le jeu des lumières (<strong>Valerio Tiberi</strong>), en épousant les états d’âme ou de conscience de Louise, contribue pour beaucoup à l’émotion qui gagne le public. Ne court-on pas le risque, toutefois, de ne voir en elle qu’une personne malade, incapable de se confronter au monde, dès lors que l’ensemble de l’arc narratif est intégré dans la dimension psychique et pathologique, provoquant une inversion des causes et des effets ?</p>
<p>Elsa Dreisig, que l’on attendait pour cette <em>Louise</em> applaudie au Festival d’Aix l’été dernier, était souffrante lors de la première lyonnaise. C’est la soprano <strong>Gabrielle Philiponet</strong> qui la remplace au pied levé, au sens propre du terme tant son personnage semble sans cesse en partance : son agilité sur scène, dans une mise en scène physiquement très exigeante, est remarquable tout autant que son jeu dramatique poignant. Donnant au rôle toute l’humanité voulue par Gustave Charpentier, sa fragilité naïve, mais aussi l’impétuosité de son amour et l’affirmation de sa volonté de liberté, elle forme avec le robuste et fringant Julien d’<strong>Adam Smith</strong> un couple à la fois paradoxal et complémentaire – lui extraverti, assuré de leur bonheur futur, chantant haut et fort sans souci excessif des nuances mais avec une articulation parfaite et un timbre flatteur, et la séduisant ainsi par cette armure sonore, elle, au chant tout en inflexions subtiles, délicates, tout d’abord effarouchée et menue, se recroquevillant sur un banc ou se jetant dans ses bras. Un couple convaincant aussi par le jeu de la réciprocité et par l’évolution de Louise au cours de l’opéra, dans son statut de partenaire amoureuse inversant l’ordre convenu du désir à la suite de son grand air « Depuis le jour », épreuve parfaitement réussie pour franchir le seuil de l’acte III. On peut savoir gré à Gabrielle Philiponet, qui doit chanter Mimi dans <em>La Bohème</em> à Clermont-Ferrand et à Massy au mois de mars (voir également <a href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-gabrielle-philiponet-la-qualite-que-je-prefere-chez-une-autre-soprano-moi-qui-pensais-etre-la-seule/">ses réponses au Questionnaire de Proust</a> de ce mois de janvier 2026), d’avoir ainsi, dans une parfaite osmose avec ses partenaires, permis à cette représentation d’avoir lieu.</p>
<p>Notre confrère Jean Michel Pennetier avait <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/">rendu compte de manière détaillée</a>, dans ces colonnes, de la représentation aixoise du 8 juillet 2025. Nous souscrivons à ses commentaires concernant la grande qualité du plateau vocal : toutes et tous seraient à citer en effet. Ajoutons simplement que l’Irma de la soprano <strong>Marianne Croux</strong> offre un beau moment de lyrisme au deuxième tableau de l’acte II, tandis que le ténor <strong>Filipp Varik</strong> donne une interprétation remarquable, vocalement parfaite, du Pape des Fous. La basse <strong>Nicolas Courjal</strong> impressionne en père de Louise par la puissance de sa projection et la clarté de sa diction, tout en assurant avec talent un rôle de composition suscitant le malaise. <strong>Sophie Koch</strong> est parfaite dans le double rôle de la mère et de la première d’atelier.</p>
<p>La salle de l’Opéra de Lyon, avec sa remarquable acoustique, permet évidemment bien mieux que le théâtre de l’Archevêché de percevoir la richesse de la partition de Charpentier, ses nuances, ses subtilités mais aussi ses moments paroxistiques, de même que la spatialisation du son, l’irruption des bruits et des cris de Paris à côté des moments de lyrisme qui suspendent le temps, grâce à l’excellence de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé avec beaucoup de raffinement et d’expressivité par <strong>Giulio Cilona</strong>. Les Chœurs, préparés par <strong>Benedict Kearns</strong>, sont parfaits, comme à l’accoutumée.</p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On n’en aura jamais fini avec les grossiers séducteurs, les dragueurs invétérés et les faux-galants qui ne pensent qu’à ça ; telle pourrait bien être la morale de l&#8217;histoire contée par Agnès Jaoui dans la nouvelle production de Don Giovanni présentée à Toulouse. En tous cas si l’on interprète correctement le retour in extremis du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On n’en aura jamais fini avec les grossiers séducteurs, les dragueurs invétérés et les faux-galants qui ne pensent qu’à ça ; telle pourrait bien être la morale de l&rsquo;histoire contée par <strong>Agnès Jaoui</strong> dans la nouvelle production de <em>Don Giovanni</em> présentée à Toulouse. En tous cas si l’on interprète correctement le retour <em>in extremis</em> du séducteur au baisser de rideau alors qu’Anna, Ottavio et Elvira trinquent à l’heureux dénouement, à la mort du Don Juan. Ainsi, finalement non, l’enfer ne l’aura pas happé, et si ce n’est lui, c’est son double parfait qui revient sur terre, et qui va repartir de conquête en conquête. Elle est assez bien vue cette ultime pirouette et elle pimente un peu une mise en scène bien traditionnelle, bien tranquille même, sans élément vraiment saillant à mettre en avant. Agnès Jaoui le revendique du reste, elle s’inscrit dans la tradition des mises en scène classiques avec juste ce qu’il faut de modernité par l’emploi de vidéo-projections bienvenues comme dans la scène du cimetière.<br />
Pour le reste, des décors passe-partout avec leurs lots de murailles amovibles, balcons et portes secrètes, salle de fête et de danse, et de magnifiques costumes façon XVIIIe.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_6605.jpg" />© Mirco Magliocca
</pre>
<p>C’est essentiellement par la réalisation musicale, sur scène et dans la fosse, que ce spectacle gagne ses galons. En ce soir de première, il est normal que quelques réglages restent d’actualité. Demeurent quelques décalages (à l’orchestre ou entre fosse et scène) et surtout un équilibre meilleur à trouver entre les voix et les instruments, qui ont tendance tout du long à couvrir la scène. Le jeune chef italien (il a 25 ans) <strong>Riccardo Bisatti</strong> dirige pour la première fois l’orchestre du Capitole et il le fait bien ; l’ouverture est ciselée, parfaitement lisible. Il manquera toutefois une homogénéité des tempi, qui fait que l’on a parfois l’impression d’assister à une juxtaposition de numéros sans véritable fil conducteur (par exemple le « Deh vieni a la finestra» est pris très lentement alors que la scène du cimetière est alertement troussée). L’ensemble des pupitres est comme souvent irréprochable.<br />
On attendait le Don Giovanni et <strong>Nicolas Courjal</strong> et l’on n’est pas déçu ; le diable est dans cette voix sombre, féline, parfaitement portée et qu’aucune difficulté technique n’effraie (on note cependant quelques imprécisions dans la prononciation de l’italien). Le portrait qu’Agnès Jaoui trace du séducteur nous laisse en revanche perplexe. C’est celui d’un homme tout d’un bloc, un véritable monolithe, qui ne connaît pas le doute et semble dépourvu même de réflexion. On le verra du début à la fin avec le même sourire moqueur, distancié certes, mais qui fait fi de l’évolution psychologique du personnage tout au long de la pièce. Certes, Don Juan prend son monde de haut, mais toutes les avanies (« décidément une sale journée », dira-t-il) qu’il rencontre doivent faire évoluer le personnage, contribuer à le densifier, à montrer de lui une facette bien moins caricaturale que celle d’un séducteur qui ne pense qu’à chiquer et séduire à tour de bras. Le Juan doit se saisir de lui-même et aller jusqu’à douter. Don Giovanni est-il un personnage intéressant s’il ne se pose pas de question ?<br />
Face à lui, <strong>Vincenzo Taormina</strong> (Leporello) est un acteur de talent ; le baryton est solide, l’air du catalogue plaisant mais  la voix se perd souvent dans les ensembles (le trio du début du I). <strong>Adrien Mathonat</strong> est un Masetto qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et il sait très bien faire cela, <strong>Sulkhan Jaiani</strong> nous dresse un beau portrait de Commandeur ; la basse est riche, solide et il fait frémir lorsqu’il revient chercher Don Giovanni. Enfin on aura pris beaucoup de plaisir à entendre les deux arias d’Ottavio. <strong>Dolvet Nurgeldiyev</strong> délivre notamment un magnifique « Il mio tesoro », très habité.<br />
Le trio féminin est de tout premier ordre. <strong>Anaïs Constans</strong> est absolument parfaite en Zerlina, amoureuse de son Masetto, mais totalement déboussolée par le séducteur. <strong>Karine Deshayes</strong> est une magnifique Elvira ; il faut retenir essentiellement son « In quali eccessi… mi tradi quell’alma ingrata » qui trace avec profondeur et toute crédibilité le portrait d’une femme qui ne sait plus à quel saint se vouer. Grande performance dans cette aria du II. Et que dire de celui de donna Anna, incarnée par une <strong>Andreea Soare</strong> des grands jours : la voix puissante et ductile lui permet d’aborder crânement les pièges de son « Crudele !&#8230; Non mi dir » et de venir à bout des coloratures qui parsèment la partition. En réalité ce sont ses deux grands arioso et aria des premier et second actes qui ont suscité l’enthousiasme.<br />
Neuf représentations de <em>Don Giovanni</em> sont prévues à Toulouse. Forumopera rendra compte de la distribution en alternance.</p>
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		<item>
		<title>MASSENET, Don Quichotte &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-don-quichotte-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Massenet a fait mourir en scène beaucoup de ses héros et de ses héroïnes, mais quand meurt épuisé le vieux Don Quichotte, n’est-ce pas son propre adieu à la vie qu’il a en tête ?De cet ultime opéra, somme toute assez peu représenté, en tout cas pas autant que sa liberté, son invention, ses surprises &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Massenet a fait mourir en scène beaucoup de ses héros et de ses héroïnes, mais quand meurt épuisé le vieux Don Quichotte, n’est-ce pas son propre adieu à la vie qu’il a en tête ?<br />De cet ultime opéra, somme toute assez peu représenté, en tout cas pas autant que sa liberté, son invention, ses surprises constantes, le mériteraient, l’Opéra de Lausanne donne une lecture un peu déconcertante au début (du moins pour le signataire de ces lignes), mais qui très vite convainc, par la grâce d’un interprète complètement investi par son personnage, et finalement émeut jusqu’à tirer des larmes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-24-2-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-201016"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marc Barrard et Nicolas Courjal © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Ce qui nous aura déconcerté, c’est le côté music-hall des premières scènes, l’apparition de Dulcinée en meneuse de revue, descendant des cintres au milieu d’une foule de boys en frac, agitant des éventails (rouges), sous une voûte de lampes à la Paul Derval. Mais très vite d’autres idées, bien plus originales, emmèneront le spectateur à l’intérieur-même de l’imaginaire du Chevalier de la Longue Figure.</p>
<h4><strong>Un vieil enfant en body</strong></h4>
<p>Comme aire de jeu, un plateau très incliné. C’est l’île de rêve de Don Quichotte, comme le dit <strong>Bruno Ravella</strong>, le metteur en scène. Sur cette île apparaissent, d’abord en tenues de soirée, le vieux fou très décrépit et son fidèle compagnon-soutien-frère Sancho. Ils vont très vite quitter ces vêtements cérémonieux, que Sancho pliera soigneusement : si lui-même sera en gilet et chaine de montre, un foulard rouge en guise de ceinture, le Chevalier restera en « body » comme un vieil enfant qu’il est. Seul son gilet blanc de frac, enfilé à l’envers, lui sera une manière de cuirasse.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201019"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Nicolas Courjal</strong>, qui dans la vie a une petite cinquantaine fringante, dessine, avec l’aide d’une perruque de cheveux blancs, une silhouette de vieillard chancelant, fragile, mais que sa folie électrise et transmue en héros de chevalerie dans les plaines d’Estrémadure. Un vieux fou, qui entre deux extravagances, s’illumine de bonté, de générosité, de lyrisme, de sagesse.</p>
<p>Quand les fracs auront disparu, la voûte électrique (soit dit en passant, une belle création du scénographe <strong>Leslie Travers</strong>, qui crée une illusion troublante, en perspective accélérée) deviendra un espace onirique, comme la figuration du cerveau embrumé du héros, l’intérieur d’un crâne où les tempêtes se bousculent.</p>
<p>Tout de suite on est saisi par l’intensité juvénile de la partition de Massenet, qui dès les premières notes demande aux musiciens d’être dans la tension et l’énergie, – dixit le chef <strong>Laurent Campellone</strong> à la tête d’un <strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong>, dont la prestesse illumine l’ouverture. De même que le <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, impeccable dans les « Alza ! » de la foule sous le balcon-trapèze de Dulcinée, ou dans la marche triomphale ironique saluant l’entrée du Quichotte et de Sancho.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-12-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201004"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Courjal, Stéphanie d&rsquo;Oustrac, Jean Miannay © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> assume avec panache le personnage d’aguicheuse espagnole que lui dessinent le metteur en scène et sa costumière, <strong>Gabrielle Dalton</strong> : guépière moulante, bas à résille mettant en valeur ses jambes parfaites, longue basquine froufroutante et rouge, en forme de traîne à l’andalouse…</p>
<h4><strong>Second degré</strong></h4>
<p>Dès son air d’entrée, « Quand la femme a vingt ans », s’entend la même bravoure, et une manière de second degré, d‘excès : sans doute cette Dulcinée joue-t-elle de ses charmes comme le Chevalier joue de ses rêves de gloire. Il y a dans sa manière de chanter de la gourmandise, un élan, de l’audace aussi (qui va de pair avec celle de descendre des cintres en équilibre sur une balançoire exiguë). Stéphanie d’Oustrac, très pétulante, joue la carte du brio et de la verve, parfois au détriment de la ligne de chant, et, très en voix, se promène allègrement entre ses différents registres et envoie des fortissimos renversants…</p>
<p>Elle titille la jalousie de ses soupirants, Rodriguez (<strong>Maxence Billiemaz</strong>) et Juan (<strong>Jean Miannay</strong>). D’où un duel bouffe à coups de cannes entre ce dernier et le Quichotte. On remarque au passage que le noble vieillard est dans une forme olympique. On le verra encore quand, bataillant contre le moulin, il se livrera à quelques cabrioles assez enlevées.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-6-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-200999"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Courjal © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Second degré aussi peut-être dans les mots que le librettiste Henri Cain met dans la bouche de Don Quichotte, mais que Nicolas Courjal assume avec sérieux : « Je voudrais que la joie embaumât les chemins, / La bonté la cœur des humains, / Qu&rsquo;un éternel soleil illuminât les plaines ».</p>
<h4><strong>Un vibrato qu&rsquo;on oublie vite</strong></h4>
<p>Le vibrato de sa voix, assez accentué, étonne d’abord, mais on oublie toute réticence devant l’humanité du personnage qu’il incarne, et le lyrisme bouffe de ses emballements (« Je vous offre un château sur le Guadalquivir, les jours y passeront duvetés de tendresse »).<br />Il y a de la ferveur dans la composition de Courjal qui, tout jeune qu’il est, dessine un vieux bonhomme très crédible. Ni pathétique ni ridicule, Don Quichotte est l’honnêteté même dans un monde factice et on aime la tendresse candide qui baigne par exemple sa romance de la fin du premier acte : « Elle m&rsquo;aime et va me revenir / Avec des yeux mouillés de repentir… »</p>
<p style="text-align: left;">Cocasse et touchante, sa recherche de rimes brillantes pour le poème qu’il dédie à l’élue de ses pensées brumeuses : idée très drôle, ses vers prennent la forme cursive de lignes d’écriture descendant des cintres pour dessiner son laborieux madrigal <em>:</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Dulcinée !</em><br /><em>Dame de ma pensée !</em><br /><em>De toi mon âme est oppressée&#8230;</em><br /><em>Mais j&rsquo;ai vu ton émoi&#8230;</em><br /><em>Je sais que tu penses à moi !</em><br /><em>Je crois en toi !</em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-14-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201006"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Courjal © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un merveilleux de théâtre</strong></h4>
<p>Autre idée de mise en scène astucieuse : ce géant dont on ne voit que les jambes énormes descendant des cintres pour envahir le plateau, tandis que des mains surgissent des coulisses et des cintres pour devenir ailes de moulin. Des images d’une poésie magique, d’un merveilleux de théâtre, dont, vieil enfant à son tour, on reste épaté.</p>
<p>La plume rapide de ce Massenet presque septuagénaire continue à courir, semant de brèves mélodies qu’il abandonne sans souci de les développer, passant très vite à d’autres idées. L’orchestration est constamment changeante. Ainsi le tableau de nature au début du deuxième acte, évoquant avec hautbois et flûtes « un lever d&rsquo;aurore très rose dans la campagne » ou les rythmes cavalcadants de la bataille du vieux fou contre le moulin (syncopes, traits virtuoses des vents, cuivres triomphants lors de la victoire finale). Brillant morceau de bravoure de l’OCL.</p>
<h4><strong>Marc Barrard, superbe Sancho</strong></h4>
<p>De surcroît, Massenet varie l’écriture vocale, prêtant des tournures archaïsantes à l’étonnant couplet misogyne de Sancho fulminant contre cette gent féminine qui mène les hommes par le bout du nez (« L’homme est une victime, et les maris des saints ! »). <strong>Marc Barrard</strong> dessine un Sancho dense et fraternel, rouspéteur et généreux. D’impeccables phrasés, une diction dans la grande tradition du chant français, le timbre chaud d’une voix d’une robustesse à toute épreuve, une présence en scène aussi solide que sont fantasques les embardées de son maître.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-19-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201011"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marc Barrard © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Nouvelle trouvaille de mise en scène au troisième acte, le tableau de la nuit étoilée : quelques points lumineux sur le fond très noir de la scène. Le tempo se ralentit, pour une vaste page orchestrale, cuivres sombres et cordes graves, angoisse et mystère. Tandis que Sancho frémit de terreur, le Quichotte qui rêve d&rsquo;héroïsme (il part à la reconquête d’un collier de perles qu’on a volé à Dulcinée) entame une romance « Quand paraissent les étoiles… » qu’il ne poursuit pas : ce sont les violons qui la continueront… Autre idée d’un Massenet décidément très désinvolte.</p>
<h4><strong>Un saint esprit descendant sur les brigands</strong></h4>
<p>Soudain on va voir les points lumineux des étoiles s’étirer, on croira un instant à des étoiles filantes, mais finalement le fond de la scène se déchirera (ce n’était qu’une feuille de papier) et surgira un phalange de bandits masqués, très décidés à occire les deux voyageurs. <br />Au chœur des brigands (pastiche d’opéra traditionnel), Don Quichotte rétorquera d’abord par une prière, puis par une ardente profession de foi, « Je suis le chevalier errant qui redresse les torts, un vagabond inondé de tendresse… » Nouvelle page étonnante, sous forme d’<em>arioso</em>, où Nicolas Courjal est superbe d’idéalisme et de lyrisme.<br />On verra alors descendre lentement une couronne lumineuse, à la fois référence au collier dérobé et auréole venant coiffer le Chevalier de la Longue Figure, qui bénira les bandits médusés&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-22-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201014"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Courjal  et Stéphanie d&rsquo;Oustrac © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Massenet en liberté</strong></h4>
<p>À partir du quatrième acte, l&rsquo;émotion monte encore. Avec quelques très beaux moments, d’abord le mélancolique lamento de Dulcinée, « Lorsque le temps d’amour a fui… », où Stéphanie d’Oustrac montre d’autres couleurs, entourées de mélismes arabo-anadalous, puis le malicieux duo entre Quichotte et Sancho… Où à nouveau Massenet semble s’amuser de sa science musicale : au choral entonné noblement par Quichotte, « J’entre enfin dans la joie, et l’immortalité ! », s’entretisse le rythme de menuet de Sancho qui, tel Sganarelle, réclame ses gages : « Quand donc entrerai-je dans l’opulence et dans l’oisiveté ? » Ce menuet drolatique deviendra grandiose quand son maître lui aura promis des brocards et un château…</p>
<p>Enfin quand Don Quichotte aura remis à Dulcinée le fameux collier et qu’elle aura cruellement ri de sa demande en mariage, la belle phrase (tellement Massenet) de vieil homme, « Ô toi dont les bras nus sont plus frais que la mousse, Laisse-moi te parler de ma voix la plus douce…», et l&rsquo;unisson puissant de Dulcinée et Quichotte sur « Je t&rsquo;ai livré mon cœur et te vois à mes pieds ! »</p>
<p>Une Dulcinée qui aura tout compris : « Oui, peut-être est-il fou&#8230; mais&#8230; c&rsquo;est un fou sublime ! »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Par-25-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-201018"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Courjal et Marc Barrard © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Amitié amoureuse</strong></h4>
<p>On l’a dit, Marc Barrard est magnifique, et toute la fin de l’opéra semble faite pour le mettre en valeur, d’abord sa plaidoirie « Moquez-vous sans pitié de ses bas décousus, Vous&#8230; bas fripons, courtisans, gueuses, qui devriez tomber aux pieds / De l&rsquo;être saint dont vous riez ? » et puis, après un très étonnant solo de violoncelle, qui semble répondre sombrement à la méditation de <em>Thaïs</em>, le duo d’amitié, on serait tenté de dire d’amitié amoureuse, entre Quichotte et Sancho, qui précède la mort du héros : « Sois l&rsquo;ultime soutien de celui qui pansa l&rsquo;humanité souffrante&#8230;»<br />Il y a là une grandeur, une noblesse, une sérénité, que vient illuminer un concert de bois quand le mourant évoque l’Ile des Rêves qu’il lègue à son valet.</p>
<p>Tous deux serrés l’un contre l’autre, les deux chanteurs y sont, sur de longues et lentes arabesques des violons, touchants de tendresse.</p>
<p>Depuis longtemps, les lumières clinquantes ont disparu, ne reste qu’un plateau désert et cette fraternité aux portes de la mort.<br />Et la voix lointaine de Dulcinée chantant : « Où vont nos bonheurs ? »</p>
<p>Un très bel opéra. Magnifiquement servi à Lausanne. Il faudrait, on aimerait que cette production soit reprise et aille de théâtre en théâtre&#8230;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-don-quichotte-lausanne/">MASSENET, Don Quichotte &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 04:43:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, Louise remporta un triomphe à sa première, et l&#8217;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&#8217;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer Louise aujourd&#8217;hui ? Premier opéra naturaliste, l&#8217;ouvrage traite du désir féminin, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, <em>Louise</em> remporta un triomphe à sa première, et l&rsquo;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&rsquo;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer <em>Louise</em> aujourd&rsquo;hui ? Premier opéra naturaliste, l&rsquo;ouvrage traite du désir féminin, du sentiment de liberté lié à la vie dans une grande ville, du refus de l&rsquo;autorité parentale et de ses conséquences, de l&rsquo;honneur de la famille (alors que celle-ci n&rsquo;est plus contrainte par le qu&rsquo;en-dira-t-on provincial du fait d&rsquo;un environnement anonyme)&#8230; toutes choses qui disparaissent largement après 1968, mais qui étaient encore bien réelles dans la France de l&rsquo;après-guerre, en particulier dans les familles fraichement montées à la ville. Le succès de l&rsquo;ouvrage doit ainsi probablement davantage à ces thématiques, prégnantes pour le public de l&rsquo;époque, qu&rsquo;à une musique correctement tournée mais sans grâce particulière, à l&rsquo;exception de l&rsquo;air « Depuis le jour » que la plupart des grands sopranos auront mis à leur répertoire (Charpentier n&rsquo;obtiendra d&rsquo;ailleurs plus jamais aucun succès majeur avec ses compositions). La popularité de l&rsquo;ouvrage à l&rsquo;international (on lit souvent que l&rsquo;œuvre conserve une certaine réputations aux États-Unis par exemple) tient sans doute beaucoup à son évocation du Paris montmartrois. Enfin, le livret est souvent un peu ronflant et emphatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194020"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Il fallait donc une sacrée audace pour reprogrammer cet ouvrage dans le cadre du festival d&rsquo;Aix-en-Provence, d&rsquo;autant qu&rsquo;il est particulièrement lourd à monter en raison d&rsquo;une distribution pléthorique, surtout si l&rsquo;on peut réunir des chanteurs capables de faire vivre la prosodie française. Une approche actuelle aurait pu lui rendre sa modernité : après tout, ce qu&rsquo;on appelle improprement les « crimes d&rsquo;honneur » se multiplient, sans parler de la banalisation des discours masculinistes ou du phénomène des <em>Incel</em>, autant de signes de la fragilité des droits des femmes. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;option qu&rsquo;a choisie <strong>Christof Loy</strong>. Considérant que la composition de l&rsquo;ouvrage suit de peu les travaux (contestés) de Charcot sur l&rsquo;hystérie (1), le metteur en scène allemand a choisi de faire de Louise une patiente traitée pour cette névrose. Le concept n&rsquo;est pas véritablement nouveau : c&rsquo;est celui développé par Andrei Serban pour la production de<em> Lucia di Lammermoor</em> donnée à l&rsquo;Opéra-Bastille depuis trente ans. On ne compte d&rsquo;ailleurs plus les mises en scène se référant &nbsp;à l&rsquo;univers médical : on se rappellera ainsi qu&rsquo;Aix a déjà donné une <em>Carmen</em> qui se passait dans un centre de thérapie sexuelle (2017), et de même pour son dernier <em>Così</em> <em>fan</em> <em>tutte</em> (2023). Dans un décor unique, la salle d&rsquo;attente d&rsquo;un hôpital, Louise fantasme un amour pour Julien (on découvrira à la toute dernière scène qu&rsquo;il s&rsquo;agit du médecin) et une relation quasi sexuelle avec son propre père, culminant dans une scène finale assez explicite qui se termine par le suicide de l&rsquo;héroïne (suicide lui aussi fantasmé puisqu&rsquo;après un court moment d&rsquo;obscurité totale, on se retrouve à nouveau dans l&rsquo;hôpital, Louise sortant réjouie du cabinet du médecin, et certainement pas guérie). Toute l&rsquo;œuvre est ainsi construite autour du délire de Louise. Certains personnages sont d&rsquo;ailleurs interprétés par ses proches : celui du Chiffonnier dont l&rsquo;histoire résume les craintes du Père pour sa fille, ou du Noctambule, aux mœurs dissolus, chanté par l&rsquo;interprète de Julien (ce qui peut engendrer une certaine confusion chez le spectateur non averti). On comprend moins pourquoi la Mère devient également la Première d&rsquo;atelier de l&rsquo;entreprise de confection dans laquelle travaille Louise (d&rsquo;autant que ladite Mère l&rsquo;a précédemment menacée de la forcer à travailler à la maison). Si le concept semble donc un peu bancal, il n&rsquo;est pas vraiment dérangeant. Enfin, la direction d&rsquo;acteur est excellente et le moindre des petits rôles est travaillé à la perfection. Le Paris montmartrois disparait en revanche dans cette mise en scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194056"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Elsa Dreisig</strong> incarne une Louise introvertie, intérieurement vibrante, dont la fragilité s&rsquo;exprime dans un chant délicat, avec une projection souvent un peu ténue, sauf pour les grands scènes où elle fait éclater sa révolte. Sa prononciation est également d&rsquo;une grande clarté et elle se révèle une diseuse exceptionnelle. Le soprano sait également bouger son corps pour traduire avec justesse tout une palette de sentiments. Elle sait, avec une profonde justesse, rendre l&rsquo;évolution de son personnage, même si la révolte contre l&rsquo;autorité parentale devient ici la fuite vers la mort pour échapper à des pulsions incestueuses fantasmées. À sa première intervention, la voix d&rsquo;<strong>Adam Smith</strong> nous fait nous interroger. Le jeune chanteur nous rappelle un peu le grand Neil Shicoff : un chant si énergique, parfois à la limite de l&rsquo;accident toutefois, était-il nécessaire pour une œuvre plutôt délicate ? La réponse nous sera apportée avec le grand duo de l&rsquo;acte III qui nécessite en effet les ressources d&rsquo;un <em>lirico-spinto,</em> et où le ténor britannique, dominant sans problème le bouillonnement orchestral, achèvera de nous convaincre. Le français est dépourvu d&rsquo;accent, mais la prononciation (un peu à la Shicoff justement) est perfectible. Ajoutons une présence scénique évidente, un charme craquant, qui sait rendre très crédible et très vivant le personnage de Julien. <strong>Sophie Koch</strong> incarne la Mère avec autorité. À ce stade de sa carrière, la voix est parfois un peu dure, mais s&rsquo;accorde pour cela même avec ce rôle de composition. L&rsquo;actrice est impeccable. <strong>Nicolas Courjal</strong> est particulièrement investi dramatiquement dans son personnage de Père, lui aussi particulièrement névrosé, d&rsquo;autant que la mise en scène lui en demande beaucoup. Quelques aigus un peu sont à l&rsquo;arraché, mais cela passe dans le feu de l&rsquo;action, et contribue à exprimer le trouble psychique du personnage.</p>
<p>La pléthore de seconds rôles est impeccablement distribuées. <strong>Marianne Croux</strong> offre toute la truculence requise au personnage de la couturière Irma, avec un timbre chaud et de beaux graves. Remplaçant au pied levé Roberta Alexander souffrante et qui s&rsquo;est désistée pour toute la série, <strong>Annick Massis</strong> apporte une touche de nostalgie avec le personnage de la balayeuse qui connu son heure de gloire. La voix est toujours lumineuse et d&rsquo;une belle fraîcheur. Difficile de ne pas craquer pour le Gavroche idéal de <strong>Céleste Pinel</strong> campé avec abattage et humour (elle chante également l&rsquo;Apprentie, une jeune couturière). En marchand d&rsquo;habits, mais surtout en Pape des Fous, <strong>Grégoire Mour</strong> fait preuve d&rsquo;une splendide musicalité, d&rsquo;un beau phrasé, avec une belle maîtrise de la voix mixte. Là encore, la prononciation est impeccable. Les autres chanteurs ont des interventions souvent plus limitées mais toujours exigeantes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de franchir le mur de l&rsquo;orchestre ou d&rsquo;exister au milieu des ensembles. Tous sont à citer car tous sont parfaits. Les deux gardiens de la paix, les jeunes <strong>Filipp Varik</strong> et <strong>Alexander de Jong</strong> sont déjà des promesses. Le Bricoleur de <strong>Frédéric Caton</strong> est pétri d&rsquo;humanité. <span style="font-size: revert;"><strong>Carol Garcia</strong> est une Gertrude espiègle et pleine de vie. </span><span style="font-size: revert;"><strong>Karolina</strong> <strong>Bengtsson</strong> est une Camille rêveuse et empathique. <strong>Julie Pasturaud</strong> est une Marguerite un brin maternelle. <strong>Marie-Thérèse Keller</strong> est une Madeleine enjouée. <strong>Marion Vergez-Pascal</strong> dispense un timbre agréable en Élise. <strong>Marion Lebègue</strong> (Suzanne, La Glaneuse de charbon) offre une belle projection et une excellente diction. </span><strong>Jennifer Courcier</strong> est une Blanche et une Plieuse de journaux pleine d&rsquo;entrain. <span style="font-size: revert;">Le <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon</strong> et la <strong>Maîtrise des Bouches-du-Rhône</strong> sont excellents, idéalement </span>sonores, scéniquement très vivants, mais relativement peu sollicités par la partition.</p>
<p><strong>Giacomo Sagripanti</strong> dirige d&rsquo;une baguette experte, avec une grande attention envers le plateau. Les ensembles sont parfaitement coordonnés. En dépit des qualités de l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon (par ailleurs renforcé par Orchestre des Jeunes de la Méditerranée pour la musique de scène), l&rsquo;acoustique de l&rsquo;Archevêché ne permet pas trop toutefois de goûter l&rsquo;opulence de l&rsquo;orchestration, l&rsquo;ensemble apparaissant davantage fondu qu&rsquo;émaillé de touches subtiles.</p>
<pre>(1) Fondateur de la neurologie, Jean-Martin Charcot, dont les apports scientifiques sont indéniables, se trompait toutefois sur la nature de l'hystérie qu'il pensait d'origine neurologique stricte, alors qu'on la considère aujourd'hui comme d'origine psychiatrique. </pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/">CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lalo-le-roi-dys/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, Le Roi d’Ys, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, <em>Le Roi d’Ys</em>, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut fléchir » reste régulièrement donné, Jonas Kaufmann s’offrait encore en 2017 le luxe inattendu de le graver sur son album d’opéra français, et l’air de mezzo « De tous côtés j’aperçois dans la plaine » n’a également pas tout à fait sombré dans l’oubli. Partition inspirée, avec de belles pages chorales, tentative intéressante de synthèse d’opéra français et d’influences wagnériennes, <em>Le Roi d’Ys</em> méritait bien un enregistrement chez Palazzetto Bru Zane, label dont on ne saluera jamais assez les services rendus au répertoire français.</p>
<p>Plus que l’histoire du souverain de la cité bretonne, <em>Le Roi d’Ys</em> est celle de ses deux filles, Rozenn, soprano angélique, et Margared, mezzo rebelle. Cette dernière est fiancée au prince Karnac, guerrier redoutable dont le roi s’assure ainsi de l’amitié, mais toutes deux sont éprises du preux chevalier Mylio. Passons les détails, compliqués, de quelques batailles et fêtes traditionnelles. Margared va d’abord attirer les foudres de Karnac sur Ys, en refusant de l’épouser. Puis, comprenant que Mylio lui préfère sa sœur, elle s’allie à Karnac pour ouvrir les écluses de la cité, provoquant ainsi son inondation.  Karnac est tué par Mylio et Margared se jette à la mer, rachetant sa faute par son sacrifice et arrêtant in extremis la submersion complète d’Ys.</p>
<p>Pour un tel récit, il faut des forces orchestrales et chorales capables de planter le décor et d’animer le drame, ce dont <strong>le C</strong><strong>hœur et l’Orchestre national philarmonique de Hongrie</strong> s’acquittent merveilleusement. Si la direction de <strong>György Vashegyi</strong> nous a paru un peu placide à l’acte I, où il faut reconnaître qu’il ne se passe encore que peu de chose par comparaison avec les deux actes suivants, elle gagne en nervosité et en théâtre par la suite. Le troisième acte, en particulier, est saisissant, avec un très beau contraste entre la tendresse de l’air de Mylio puis du trio du roi et ses filles et le dramatisme emporté de l’inondation de la cité.</p>
<p>La distribution vocale est d’une grande homogénéité, sans aucun maillon faible. <strong>Christian Helmer</strong> met un beau baryton au service d’un Saint Corentin hiératique à souhait. Karnac trouve en <strong>Jérôme Boutillier</strong> un interprète à la voix saine et sûre, à la diction impeccable, capable de tempêter avec autant de menace que nécessaire dans ses deux scènes avec Margared. Dommage que le rôle soit en fait assez peu valorisant, sans aucun air ni moment un peu plus apaisé qui lui permettent de développer d’autres qualités que déclamation et volume. Dans le rôle du Roi d’Ys, <strong>Nicolas Courjal</strong>, basse dont on ne signale plus l’excellence, peut quant à lui, dans le trio avec ses filles, développer de belles nuances, une ligne de chant douce et touchante qui complètent de manière bienvenue des récitatifs plus marmoréens et impérieux. Pierre angulaire de ce beau quatuor masculin, <strong>Cyrille Dubois</strong> prête son ténor souple au timbre un peu pincé au chevalier Mylio. Sans aucune surprise, l’air « Puisqu’on ne peut fléchir » lui convient si bien qu’on le croirait écrit pour lui. Ces quelques pages élégantes, espiègles, tout en nuances de piano et pianissimo, couronnées par un contre-la en voix de tête sont parfaitement servies par la voix claire, la diction impeccable et le style légèrement précieux de Dubois. De manière un peu moins attendue, les passages plus guerriers du rôle lui vont tout aussi bien. Son sens du mot fait merveille, en particulier dans le final du premier tableau de l’acte III. Du côté féminin, <strong>Judith van Wanroij</strong> met un soprano un peu nasal mais élégant et gagnant en fruité vers le haut de la tessiture au service de Rozenn. Très à son avantage dans le duo d’amour avec Mylio au dernier acte, elle fait montre d’un joli legato et d’aigus lumineux. Le tempérament fougueux de <strong>Kate Aldrich</strong>, enfin, donne toute son aura tragique à Margared. Si l’on pourrait souhaiter davantage de dégradé de couleurs, notamment dans sa scène de l’acte II, son sens du théâtre balaie toute réserve. « L’enfer écoute » dit Maragred à un Karnac désespéré de ne trouver de soutien ni du ciel ni du diable. Et en effet, quand Kate Aldrich chante, avec une telle maîtrise sur toute la longueur de la tessiture, d’aigus plein d’aplomb jusqu’à des graves poitrinés d’un beau métal sombre, il y a bien quelque chose de terrifiant.</p>
<p>Servi par une si belle distribution et des forces collectives si convaincantes, ce<em> Roi d’Ys</em> a tout pour séduire et captiver l’auditeur. À l’heure où l’Opéra national de Paris a dévoilé une saison 2025-26 si timide en ce qui concerne l’opéra français, cette intégrale nous rappelle tristement, mais magistralement, tout ce que nous manquons sur nos scènes !</p>
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		<title>TCHAIKOVSKI, Eugène Onéguine</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/tchaikovsky-eugene-oneguine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=187819</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dominique Joucken avait assisté à La Monnaie à ce moment d’exception, et nous renvoyons le lecteur à son beau compte rendu. La « sobriété radicale » dont il qualifie la mise en scène se vérifie, amplifiée par le jeu des caméras et des plans. Si ce n’avait été extrêmement réducteur, nous aurions intitulé notre propos &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dominique Joucken avait assisté à La Monnaie à ce moment d’exception, et nous renvoyons le lecteur à son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/eugene-oneguine-laurent-pelly-bruxelles-la-monnaie-une-frustration-qui-comble/">beau compte rendu</a>. La « sobriété radicale » dont il qualifie la mise en scène se vérifie, amplifiée par le jeu des caméras et des plans. Si ce n’avait été extrêmement réducteur, nous aurions intitulé notre propos « Les chaises de Madame Larina », sans rapport aucun à Ionesco&#8230; En effet, en dehors de deux alignements de lampions lors du bal, ce sont les seuls accessoires qui meublent le plateau : quatre chaises pour les femmes, au début, puis de nombreuses, alignées en fond de scène, pour les danseurs. Ce sera tout. Ainsi le jeu des lumières, subtilement et chichement distribuées, de splendides costumes, et une direction d’acteurs sobre et efficace suffiront à créer les atmosphères et permettre à l’émotion la plus juste de nous captiver.</p>
<p>On ne présente plus <strong>Laurent Pelly</strong>, dont tant de productions sont devenues des références. Quant au regard de <strong>François Roussillon</strong>, le cinéaste lyricophile, il nous comble, par son acuité, par son intelligence à saisir tel geste, tel mouvement, telle expression qui explicite et enrichit le propos dramatique et musical (1). La beauté visuelle du décor de <strong>Massimo Troncanetti</strong> (2) est toujours au rendez-vous, le dépouillement constant : lumineux, tournant dans un univers obscur d’où apparaissent les paysans, puis les jeunes filles, un large parquet, carré, dont la forme et le mouvement se renouvellent, constitue le dispositif commun aux sept tableaux. Ainsi, s’articule-t-il pour faire apparaître un fond de scène, pour confiner Tatiana dans sa chambre, enfin ménager le salon des Larine ou le palais de Grémine. Cette incroyable ascèse fonctionne et l’on oublie le décor bucolique de la confection des confitures comme les fastes de Saint-Pétersbourg.</p>
<p>Viril, sûr de lui et désabusé, l’immense <strong>Stéphane Degout</strong> s’empare d’Eugène Onéguine (qu’il a repris depuis à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-toulouse/">Toulouse</a>). La complexité du personnage, son évolution sont traduits avec une rare vérité. La voix est magistrale, qu’il s’agisse du timbre, de la souplesse, de l’égalité des registres, de la projection. Sa dernière intervention, déchirante, nous bouleverse malgré ce que le personnage peut avoir d’antipathique. &nbsp;Non moins admirable le Lenski que nous offre <strong>Bogdan Volkov</strong>. Le poète idéaliste est vrai, profondément épris d’Olga, si dissemblable, et son caractère ombrageux, jaloux, jamais morbide, est rendu avec finesse. L’arioso est un modèle. Le style en est exemplaire, raffiné, et l’émotion éperdue de son air précédant le duel est poignante. Le duo résigné des deux anciens amis n’est pas moins juste.</p>
<p>La Tatiana de <strong>Sally Matthews</strong> a grande allure, dès la scène de la lettre, au legato admirable, mais on la préfère mûrie et passionnée au dernier acte, car la fraîcheur juvénile de l’émission reste en-deçà des attentes. La voix est ravissante, onctueuse, et empreinte de passion comme de noblesse. L’insouciante Olga est<strong> Lilly Jorstad</strong>. Le mezzo est léger, joli, et s’accorde bien au personnage, épanoui, animé par la joie de vivre. Madame Larina, confiée à<strong> Bernadetta Grabias</strong>, n’appelle que des éloges. &nbsp;<strong>Cristina Melis</strong> chante Filipievna, l’attachante nourrice. La voix est sûre, malléable et traduit bien sa dignité humble. <strong>Nicolas Courjal</strong> nous vaut un beau et surprenant Grémine, pas de ces vieillards que l’on nous présente trop souvent. Son air, noble et empreint d’émotion vraie, est un bonheur. Aucun des seconds rôles – le Triquet de <strong>Christophe Mortagne</strong>, Zaretski de <strong>Kamil Ben Hsaïn Lachiri</strong>, Petrovich de <strong>Kris Belligh</strong> – ne dessert cette distribution de grand prix, particulièrement harmonieuse.</p>
<p>Le chœur, parfaitement réglé dans son chant comme dans ses évolutions, y compris chorégraphiques, n’appelle que des éloges. Animé,&nbsp; jamais surjoué, c’est remarquable. Sous la baguette élégante d’<strong>Alain Altinoglu</strong>, retenue jusqu’au dernier acte, précise et inspirée, aux tempi justes, l’Orchestre Symphonique de la Monnaie nous vaut un bonheur constant : lisible, coloré, souvent chambriste. Toute la sensibilité de Tatiana est déjà dans la première phrase de l’introduction du premier acte. Jamais l’équilibre entre la fosse et le plateau ne sera compromis. Le soin du détail, la progression inexorable, un souci constant des voix participent à notre bonheur. « Le bonheur était possible » échangent Tatiana et Onéguine avant que celle-ci, douloureusement inflexible, le congédie à jamais. Si l’échec de leur amour est la trame du poème de Pouchkine, il n’est certainement pas un auditeur-spectateur qui n’ait été profondément ému, bouleversé par cette singulière production (3), qui nous ferait oublier celle de Robert Carsen (avec Renée Fleming et Dmitri Hvorostovsky).</p>
<pre>(1) A signaler cependant que les gros plans sur les visages démentent ponctuellement la jeunesse adolescente de Tatiana. Mieux valait garder l’illusion que l’éloignement ménageait au spectateur en salle.&nbsp;
(2) qui avait déjà signé <em>A Midsummer Night’s Dream</em>, de Britten, avec Laurent Pelly.&nbsp;
(3) Petit regret&nbsp;: seuls les anglophones ont droit à la lecture de la notice, pourtant succincte, qui comporte la note d’intentions de Laurent Pelly et le propos d’Alain Altinoglu.</pre>
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		<title>Gala du Centenaire de l&#8217;Opéra &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-du-centenaire-de-lopera-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Dec 2024 06:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; Un incendie ayant détruit la salle de l’Opéra de Marseille en 1920, elle fut reconstruite dans le style art-déco typique des années d’après-guerre et inaugurée le 3 décembre 1924 avec&#160;Sigurd,&#160;du compositeur marseillais Ernest Reyer. Pour le centenaire de cet événement, une soirée de gala a été présentée ce 3 décembre 2024, dans une atmosphère &#8230;</p>
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<p>Un incendie ayant détruit la salle de l’Opéra de Marseille en 1920, elle fut reconstruite dans le style art-déco typique des années d’après-guerre et inaugurée le 3 décembre 1924 avec&nbsp;<em>Sigurd,&nbsp;</em>du compositeur marseillais Ernest Reyer. Pour le centenaire de cet événement, une soirée de gala a été présentée ce 3 décembre 2024, dans une atmosphère de ferveur joyeuse et de fierté. En prélude au concert, sur la scène encadrée de plantes et de fleurs, le directeur de l’Opéra,&nbsp;Maurice Xiberras, rappelle le motif de cette célébration, vante le rôle du personnel qui génération après génération contribue à maintenir vivante cette institution et insiste sur le caractère municipal de cette maison, soutenue exclusivement par la mairie de Marseille. Tout naturellement,&nbsp;Benoît Payan, le premier magistrat lui succède pour dire son attachement à l’Opéra – auquel le lient les souvenirs de sa grand-mère qui l’emmenait au « paradis » –&nbsp; un lieu d’élection pour &nbsp;la culture et l’ouverture grâce à la musique, et sa reconnaissance envers les maîtres musiciens qui ont participé et participent encore à l’ambition artistique, les chefs d’orchestre&nbsp;Lawrence Foster, présent dans la salle, et le nouveau directeur musical,&nbsp;<strong>Michele Spotti</strong>, auquel il s’adressera en italien. Celui-ci, dernier à intervenir, le remercie en français et argue de la nécessité de préserver sa concentration pour ne pas s’épancher davantage.</p>
</div>
<p>Le programme de salle est clair : il s&rsquo;agit d&rsquo;un « concert de l&rsquo;Orchestre philharmonique et du chœur de l&rsquo;Opéra de Marseille » auquel participeront des chanteurs invités. Et tout au long de la soirée on assistera en effet à une démonstration de virtuosité et d&rsquo;endurance de la part des musiciens et des artistes du chœur, d’une réactivité irréprochable et d’une tenue de très haut niveau. Les uns et les autres ont manifestement beaucoup travaillé pour atteindre cette qualité et la conserver malgré les changements de style, versatilité essentielle dans leur profession. Michele Spotti est certainement un acteur majeur de cette réussite : sa direction de l’ouverture de <em>La forza del destino </em>emporte dès les premières mesures, et ravit par la clarté des plans sonores, la justesse rythmique, la science du crescendo, la vivacité des couleurs dans les ruptures de ton, et les cuivres admirables qui annoncent déjà <em>Don Carlos.</em></p>
<p>Cette tension, cette vigilance attentive aux moindres nuances, cette exécution factuellement irréprochable, on pourra les savourer jusqu&rsquo;à la fin, avec l&rsquo;apothéose de l&rsquo;ensemble qui couronne le dernier acte de<em> Guillaume Tell</em>.&nbsp; Mais jusque là, que de bonheurs ! Après le chœur fringant des gitans du Trovatore, où les percussions étincellent, il y a les diaprures exotiques d&rsquo;Aida, avec une exécution coruscante de la musique de ballet et la majesté du choeur « Gloria all&rsquo; Egitto e ad Iside »&nbsp;aux effets de profondeur spatiale. Il y aura la gaieté débridée du « Vin ou bière, bière ou vin » de Faust,&nbsp; et, enivrants, les préludes de <em>Lohengrin, </em>acte I et acte III. Le premier aura bien cette subtilité initiale des cordes, qui semblent tisser un voile arachnéen, avant les montées en puissance et les redites sublimes. Le deuxième nous mettra groggy par l’énergie et la somptuosité sonore, cette illusion de profondeur, ces ruptures d’intensité qui génèrent d’autres couleurs et d’autres rythmes, et les reprises fulgurantes où les cuivres étincellent, avant l&rsquo;entrée du chœur, souple, précis, clair, solennel, enrichissant la houle de la musique qui nous ravit. Il faudrait décortiquer pièce par pièce tous les bonheurs que l’orchestre a dispensés, mais&nbsp; comment ne pas mentionner les violoncelles échos de la douleur amère de Rigoletto, la flûte caressante de <em>Norma</em>, la clarinette suggestive de <em>La reine de Saba </em>?</p>
<p>Aux artistes de la maison, six solistes prêtaient leur concours. <strong>Karine Deshayes, </strong>présentée dans le programme comme mezzo-soprano, a interprété sur cette même scène Norma et Balkis, la reine de Saba. Elle offre au public sa version de « Casta diva », très séduisante formellement dans son hédonisme sonore, malgré la faible projection des graves, avant&nbsp; l’air de Balkis « Plus grand dans son obscurité » où son énergie vocale, au service du dilemme sentimental de la souveraine,&nbsp; fait merveille.</p>
<p>Premier soprano à entrer en scène, <strong>Csilla Boros</strong> incarne d’abord la prisonnière qui s’est éprise de l’ennemi que son père est venu combattre et se sent amèrement coupable d’éprouver ce sentiment. Le rôle est sien et elle n’en ignore aucune nuance, exhalant avec force la douleur amère d’une situation qui la déchire avant d’implorer les Dieux d’avoir pitié d’elle, sinon, autant mourir. C’est cependant avec l’air de Leonora extrait de <em>La forza del destino </em>« Pace, pace mio Dio » qu’elle va nous ravir, la voix répondant exactement aux intentions expressives et obéissant souplement aux impératifs techniques, comme une splendide <em>messa di voce</em>, l’expressivité du visage renforçant celle du son.</p>
<p>L’autre soprano est <strong>Patrizia Ciofi</strong>, que les Marseillais ont eu maintes occasions d’entendre, et voir « Caro nome » à son programme laisse perplexe, sinon dubitatif. Ce n’est pas être goujat que de dire que le temps passe, il passe pour tout le monde, même pour les chanteuses qu’on a beaucoup aimé. On n’en est que plus heureux de dire à quel point la performance nous a médusé : non seulement l’air a été chanté sans la moindre bavure, mais cette interprétation pourrait servir de modèle pour l’intelligence de la gestion des moyens. La cantatrice toscane nous a délivré une véritable leçon de chant ! Et ce n’était que la première, car dans la scène finale de <em>La Traviata</em>, où Violetta lit la lettre de Germont et s’écrie «&nbsp;E tardi&nbsp;!&nbsp;», l’intensité de son interprétation laisse pantois, comme l’impression d’une évidence telle qu’elle impose. C’est magistral, comme la <em>messa di voce </em>finale.</p>
<p><strong>Enea Scala</strong>, ténor dont la côte est élevée pour une partie du public marseillais, chante d’abord «&nbsp;Quando le sere al placido&nbsp;» de <em>Luisa Miller</em>, avant «&nbsp;Ah, lève-toi, soleil&nbsp;!&nbsp;» du <em>Roméo et Juliette </em>de Gounod, dans un français presque parfait. Si nous groupons les deux airs, a priori fort différents, le premier étant une évocation nostalgique, le deuxième une exhortation exaltée, c’est parce que leur caractère spécifique ne nous parvient pas clairement à travers l’interprétation. La voix est robuste, l’émission vigoureuse, l’extension notable, autant de qualités. Mais il nous manque pour être séduit un souci plus affirmé des nuances.</p>
<p>Premier des deux barytons, <strong>Marc Barrard</strong> passe du bougon Bartolo du <em>Barbiere </em>rossinien à l’émouvant Sancho du <em>Don Quichotte </em>de Massenet. S’il a déjà interprété avec succès ce dernier rôle, dont il sait restituer le potentiel émotif de la scène où l’écuyer souffre de voir Don Quichotte tourné en dérision, on ne l’attendait pas en tyranneau domestique confronté au <em>sillabato </em>rapide. Et il se tire avec les honneurs de cette épreuve, ayant ainsi montré deux aspects de son talent, dans le domaine comique et pathétique.</p>
<p>Le deuxième, par ordre d’entrée en scène, est <strong>Juan Jésus Rodriguez</strong>, qui fit grande impression lors de ses débuts sur la même scène et est resté un favori du public. D’abord Rigoletto dans l’air fameux «&nbsp;Cortigiani, vil razza dannata&nbsp;» &nbsp;il est ensuite le Conte de Luna dans <em>Il Trovatore</em> avec «&nbsp;Il balen del suo sorriso&nbsp;» trouvant lui aussi dans ces deux airs l’occasion de démontrer sa polyvalence. Était-il fatigué&nbsp;? Si l’apostrophe coléreuse et méprisante de l’outragé se transforme de façon convaincante en imploration paternelle débordante de détresse, faisant ainsi de cette interprétation un sommet tant par l’exécution que par son impact émotif, en revanche la romance solitaire où le comte s’exalte en évoquant l’emprise de Leonora sur lui manquait du velours qui colore alors la voix de cet homme brutal.</p>
<p>Dernier intervenant masculin, <strong>Nicolas Courjal </strong>interprète d’abord «&nbsp;A te l’estremo addio&nbsp;» tiré du prologue de <em>Simone Boccanegra&nbsp;</em>; le patricien Fiesco abandonne le palais génois où sa fille est morte. &nbsp;L’air est d’une redoutable difficulté car il s’agit d’une introspection où la tristesse l’emporte vite sur la colère, où il faut émouvoir sans charger. La basse s’acquitte avec honneur de la gageure, et la descente à l’abîme finale est bien chantée et non râlée. Son autre air, celui de Phanuel dans <em>Hérodiade</em>, n’est pas moins difficile car le personnage n’exprime pas vraiment des sentiments mais sa perplexité quant au prisonnier, est-il un homme, est-il un Dieu, et les astres qu’il interroge ne répondent toujours pas. La voix doit courir le long des arches qui s’élèvent, et Nicolas Courjal le fait fort honorablement.</p>
<p>Arrivé à ce point de ce compte-rendu, on s’interroge sur le bien-fondé de nos quelques réserves et on constate qu&rsquo;elles portent sur des aspects de l&rsquo;interprétation des artistes invités. Alors, retournant à l&rsquo;essentiel, le service des artistes de l&rsquo;Opéra de Marseille en ce soir de célébration, que faire d&rsquo;autre que les féliciter, les remercier, et s&rsquo;associer à la joie bruyante du public ?&nbsp; &nbsp;Les ovations qui ont ponctué le concert sont devenues aux saluts une succession de triomphes. Et le geste mystérieux du chef, allant au fond de la scène chercher une dame pour la tirer à l’avant – était-ce une assistante ? – devient, quand on apprend qu’il s’agit d’une artiste des chœurs qui vient de participer à son dernier concert, la manifestation de cette solidarité et de ce respect indispensables à la longévité d’une maison. L’Opéra de Marseille vient de fêter ses 100 ans. Partageons cette légitime euphorie !</p>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Sep 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est la rentrée au Capitole de Toulouse avec une nouvelle production de Nabucco en partenariat avec l’opéra de Lausanne, dont Charles Sigel avait rendu compte en juin dernier. La distribution (il y en aura deux en alternance) est entièrement revue, à l’exception du Zaccaria de Nicolas Courjal, déjà présent en Suisse. Le metteur en scène, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la rentrée au Capitole de Toulouse avec une nouvelle production de <em>Nabucco</em> en partenariat avec l’opéra de Lausanne, dont <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-lausanne/">Charles Sigel avait rendu compte</a> en juin dernier. La distribution (il y en aura deux en alternance) est entièrement revue, à l’exception du Zaccaria de Nicolas Courjal, déjà présent en Suisse.<br />
Le metteur en scène, chorégraphe, éclairagiste et costumier <strong>Stefano Poda</strong>, qui mettra en scène ce même <em>Nabucco</em> en ouverture du Festival des Arènes de Vérone 2025, propose une vision proprement, voire essentiellement chorégraphique de l’œuvre. On pourrait presque oser avancer que c’est tout l’opéra qui est chorégraphié, tout, jusqu’au baisser de rideau et aux saluts hiératiques des choristes et de leur chef Gabriel Bourgoin, alignés comme des soldats au garde-à-vous. Dix-sept danseurs sont omniprésents et accaparent l’attention. Ils accompagnent plus qu’ils ne commentent l’action, ils s’agrippent aux personnages, les entravent ou les entraînent, les forcent ou les blessent, et ne leur laissent aucun répit. C’est esthétiquement très réussi, parfois subjuguant, c’est une prouesse artistique et athlétique incontestable, mais cela reste une chorégraphie. Et une chorégraphie ne remplace pas une mise en scène.<br />
Or ici, on chercherait vainement une proposition, une mise en scène au sens où l’on entend qu’une conduite d’acteurs doit éclairer, interroger le spectateur, susciter l’adhésion, la controverse ou le débat. La danse à la place du jeu d’acteurs ?<br />
Alors tout de même, quelques idées à retenir. L’opposition criante et parfois éblouissante, pour ne pas dire aveuglante des couleurs dans des décors essentiellement géométriques. Des lumières crues qui s’opposent&nbsp;; des couleurs qui tranchent jusqu’au caricatural (exclusivement blanche, rouge et noire avec des protagonistes qui endossent alternativement ces couleurs sans que l’on sache trop quel sens donner à cela). Et aussi, une grille cylindrique transparente qui figure tantôt le temple hébreu, tantôt la prison de Nabucco au IV ou encore, plus malaisant, une immense fournaise dans laquelle périssent les Juifs au I. Et puis le «&nbsp;Va pensiero&nbsp;» avec l’aile de Samothrace reconstituée en arrière-plan et le blé en herbe, qui promettent richesse et liberté. Mais de ligne conductrice qui nous entraînerait dans une histoire, point&nbsp;; le spectateur reste spectateur, il reste pour ainsi dire sur la touche.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9644-Avec-accentuation-Bruit-1.jpg?&amp;cacheBreak=1727254256319" alt="" width="661" height="441">
©Mirco Magliocca</pre>
<p>L’orchestre national du Capitole brille de nouveau de mille feux. Si l’on met de côté une synchronisation douteuse des cuivres au tout premier accord, on aura admiré l’homogénéité des <em>tutti</em> et la qualité des solos (flûte et violoncelle). Ce qui, en revanche, aura interrogé, c’est la direction imprimée par le chef <strong>Giacomo Sagripanti</strong>. Une direction parfois difficile à suivre à l’image d’une ouverture qui nous a semblé bien peu lisible avec des sauts de <em>tempi</em> inattendus. Et puis, dans la liaison entre les morceaux (les numéros), un manque de fluidité, des points d’arrêts trop marqués et qui ont pour effet de couper l’élan.<br />
Plateau vocal de belle tenue, dominée par l’époustouflante Abigaille de <strong>Yolanda Auyanet</strong>. La soprano espagnole s’empare d’un des rôles verdiens les plus exigeants avec l’autorité de celle qui sait de quoi elle chante. Le timbre est trempé comme un fer brûlant, les blessures de la vie se lisent dans les aspérités vocales qui confèrent à la ligne de chant une authenticité sans commune mesure. La technique est sûre, Auyanet caracole avec assurance jusqu’en haut de la gamme et dégringole celle-ci tout aussi sûrement : à cet égard, la phénoménale entrée du II, arioso, aria et cabalette avec un saut de deux octaves du contre-ut aigu à l’ut grave est d’autant plus spectaculaire que la soprano nous gratifie, pour la reprise de la cabalette, d’ornements aussi difficiles que maîtrisés. A ses côtés le Nabucco de <strong>Gezim Myshketa</strong> monte en puissance tout au long de la soirée. Timbre chaleureux, ardeur vocale incontestable, jeu convaincant&nbsp;; on retiendra le magnifique duo avec Abigaille au III («&nbsp;Deh, perdona&nbsp;») où Rigoletto pointe sous Nabucco. <strong>Nicolas Courjal</strong> est Zaccharia, <a href="https://www.forumopera.com/breve/le-role-le-plus-difficile-de-tout-le-repertoire-verdien-pour-nicolas-courjal/">le rôle le plus difficile du répertoire verdien</a>, selon lui. L’entrée est effectivement redoutable («&nbsp;D’Egitto là su i lidi&nbsp;») que Courjal entame avec prudence, en évitant les pires embûches de cet enfer pavé de bonnes intentions. La suite lui donnera raison et il conclut brillamment («&nbsp;Del futuro nel buio discerno&nbsp;»). L’Ismaele de <strong>Jean-François Borras</strong> a quelque peu souffert d’un manque de stabilité dans l’émission au I&nbsp;; tout est rentré dans l’ordre par la suite et on aura reconnu la générosité dans le ténor du Grenoblois. Beaucoup de subtilité dans la voix d’<strong>Irina</strong> <strong>Sherazadishvili</strong> qui est une Fenena vraiment touchante. Quelques aigus filés, un cantabile du plus bel effet, auront marqué cette belle présence sur scène.<br />
Enfin, il ne faudrait surtout pas oublier le personnage principal de <em>Nabucco</em>, à savoir le chœur. Gabriel Bourgoin nous habitue décidément à la belle ouvrage, et là, le curseur était placé très haut, tant les choristes, hommes et femmes, sont en permanence sur le gril. Même pour un soir de première, on ne déplorera nul décalage, nulle approximation dans l’élocution d’un italien quasi parfait ; on retiendra comme il se doit le moment de grâce tant attendu : les 45 voix qui entonnent un « Va pensiero » qui, pour entendu et rebattu qu’il soit, donne toujours la chair de poule quand il est de cet acabit.</p>
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		<title>Le rôle le plus difficile du répertoire verdien selon Nicolas Courjal</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Sep 2024 13:38:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Interviewé par le site ClassicToulouse, Nicolas Courjal converse autour de Nabucco, à l’affiche du Capitole du 24 septembre au 8 octobre : « Cela peut paraître paradoxal mais Don Carlos est plus facile à chanter que Nabucco car dans cet opéra Verdi a fait la synthèse harmonieuse de son art. Mais pour l’heure ce musicien est dans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Interviewé par <a href="https://classictoulouse.fr/entretiens/zaccaria-est-pour-moi-le-role-le-plus-difficile-de-tout-le-repertoire-verdien-nicolas-courjal/">le site ClassicToulouse</a>, Nicolas Courjal converse autour de <em>Nabucco</em>, à l’affiche du Capitole du 24 septembre au 8 octobre : « Cela peut paraître paradoxal mais <em>Don Carlos</em> est plus facile à chanter que <em>Nabucco</em> car dans cet opéra Verdi a fait la synthèse harmonieuse de son art. Mais pour l’heure ce musicien est dans l’expérimentation des tessitures. Et c’est parfois violent, je pense particulièrement au rôle d’Abigaille ». Cette incommodité s’étend aussi à Zaccharia, « le rôle verdien le plus difficile car le plus engageant sur tous les plans » selon Nicolas Courjal qui en détaille les nombreuses embuches, le <em>fa</em> dièse aigu à découvert en fin de troisième partie n’étant pas des moindres.</p>
<p>La conversation se termine par un aperçu des prochains engagements de la basse française, parmi lesquels un mystérieux projet mozartien – Don Giovanni que Nicolas Courjal disait vouloir chanter dans <a href="https://www.forumopera.com/nicolas-courjal-jaimerais-bien-chanter-don-giovanni-mais-on-ne-me-le-demande-pas/">une interview accordée à Christian Peter en 2018</a> ?</p>
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