On peine à croire que le grand opéra compte encore tant de contempteurs. Lentement disparu des théâtres, méprisé – à l’instar de tout le répertoire français –, réputé impossible à monter, inchantable, superficiel… Pourtant, les opéras français de Rossini, Meyerbeer et Halévy enthousiasment le public à chaque réapparition. Depuis une vingtaine d’années, ce patrimoine fait l’objet d’une juste réhabilitation, portée par les efforts du Palazzetto Bru Zane et l’ouverture d’esprit de nouvelles générations d’interprètes et de spectateurs.
Il a sans doute fallu attendre un certain alignement de planètes pour redonner vie à Robert le diable, fracassante création de 1831 dont il n’existait scandaleusement aucun enregistrement de studio. Un chef sincèrement amoureux de l’opéra français, une distribution capable d’affronter des parties conçues pour les monstres sacrés qui ont fait le genre… Leur réussite collective atteste la viabilité de ce répertoire, même sans faire appel à des légendes vivantes. Le polystylisme de Meyerbeer est magistralement assumé par tous les chanteurs, John Osborn en tête, éloquent et virtuose dans un rôle d’une ahurissante difficulté. Amina Edris campe une Alice jeune et fougueuse, Morley est une princesse brillante et frémissante et Nicolas Courjal porte haut les couleurs du chant français. Ainsi servi, Robert le diable devrait retrouver le chemin des théâtres.
John Osborn (Robert), Nicolas Courjal (Bertram), Amina Edris (Alice), Erin Morley (Isabelle), Nico Darmanin (Raimbaut), Joel Allison (Alberti/un prêtre), Paco Garcia (héraut d’armes). Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Chœur de l’Opéra national de Bordeaux. Direction : Marc Minkowski.



