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	<title>Edwin CROSSLEY-MERCER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Edwin CROSSLEY-MERCER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte &#8211; Aix-en-Provence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un texte intitulé « L’Héritage désenchanté des Lumières » (programme de salle), Antoine Lilti résume la position du spectateur d’aujourd’hui face au dernier opéra de Mozart : « comment pouvons-nous encore vibrer aux accents glorieux du chœur final, comme le faisaient certainement les contemporains de Mozart, alors que nous vivons aujourd’hui dans les ruines &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Dans un texte intitulé « L’Héritage désenchanté des Lumières » (programme de salle), Antoine Lilti résume la position du spectateur d’aujourd’hui face au dernier opéra de Mozart : « comment pouvons-nous encore vibrer aux accents glorieux du chœur final, comme le faisaient certainement les contemporains de Mozart, alors que nous vivons aujourd’hui dans les ruines du progrès, que tout nous invite au désenchantement, à la morosité, voire au désespoir ? Nous ne croyons plus guère à la perfectibilité morale des êtres humains, et le progrès lui-même, scientifique, technologique, économique, après avoir nourri depuis trois siècles tant d’espoirs, apparaît aujourd’hui comme une des raisons mêmes de la catastrophe. Crise écologique, inégalités galopantes, menaces de l’intelligence artificielle : l’humanisme et le progressisme issus des Lumières semblent s’être retournés contre l’humanité elle-même ».</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est le constat de <strong>Clément Cogitore</strong> : il est désormais impossible de lire la Flûte comme le récit du combat manichéen du bien contre le mal, des Lumières contre les ténèbres. La foi en un progrès illimité se heurte aujourd’hui au constat de la catastrophe : ni la raison, ni la technique, n’ont pu apporter le bonheur qu’elles promettaient. Le spectacle s’ouvre sur des images d’archives, des images de décombres – images d’après-guerre. Le spectacle s’ouvre, en d’autres termes, sur un champ ruines. On ne s’étonne dès lors évidemment pas de retrouver la thèse IX de Walter Benjamin, issue de ses <em>Thèses sur le concept d’histoire </em>(1942) dans le programme de salle : « […] où paraît devant nous une suite d’événements, [l’ange de l’histoire de Paul Klee] ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès ». Les affinités conceptuelles de la mise en scène avec <em>Requiem</em>, présenté alternativement sur la même scène lors du Festival, sont évidentes. Elles sont, du reste, formellement soulignées par touches : c’est <strong>Evelin Facchini</strong> qui signe la chorégraphie de chacune des productions.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Flute-enchantee_Festival-dAix-en-Provence-2026_©_Jean-Louis_Fernandez1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Tout du long du spectacle, les images d’archives fonctionnent comme autant d’incursions du passé dans le présent, ou inversement. Manière de souligner que la foi dans la raison du XVIII<sup>e </sup>siècle ou la foi dans le progrès technique des Trente glorieuses procèdent d’une même illusion : la liberté qu’elles promettaient implique en réalité d’abdiquer une part importante d’autonomie. Dérives de la raison d’un côté, montée du libéralisme économique, de l’autre. On se souvient que, pour Kant, les Lumières (<em>Aufklärung</em>) devaient sortir l’humanité d’un état de minorité et la mener à l’état adulte, guidée par la raison. En bon kantien critique, Clément Cogitore transpose le projet kantien au parcours initiatique imposé par Sarastro : Tamino et Pamina sont tour à tour des enfants, des adolescents puis, l’initiation achevée, des adultes. Aux deux premiers stades, le chanteur adulte double sa jeune incarnation, manière de souligner – peut-être – l’irréductible impossibilité d’une évolution purement linéaire.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’approche permet au metteur en scène de résoudre les aspects problématiques de l’œuvre – aspects qui tiennent, précisément, aux dérives autoritaires de la raison qui fondent le propos. Sarastro (le misogyne esclavagiste) n’incarne plus le bien absolu. Il est la raison aveugle (littéralement aveugle, d’ailleurs, dans la mise en scène), celle qui, faute de critique, s’impose de manière autoritaire et à laquelle un culte non moins aveugle est voué. Autour de lui gravitent des policiers, la prison, quelque chose comme un corps médical et une école – bien sûr, puisqu’il s’agit d’initier, c’est-à-dire d’éduquer. Bref, les figures foucaldiennes du pouvoir.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’approche de Cogitore est d’une cohérence remarquable et d’une fécondité inouïe – un spectacle à certainement revoir, tant il est évident que sa densité conceptuelle ne peut être ici qu’esquissée. À cet égard, le propos ne devient véritablement limpide qu’à la fin du premier acte, mais qui a dit qu’il ne fallait pas se préparer avant d’assister à un spectacle ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Flute-enchantee_Festival-dAix-en-Provence-2026_©_Jean-Louis_Fernandez11-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216810"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Si ce sont les mêmes chanteurs qui assurent la partie chantée de leur personnage à tous les stades de son développement, les parties parlées sont tantôt assurées par l’enfant, tantôt par l’adolescent, tantôt par l’adulte. Sur le plan technique, ce parti pris nécessite une sonorisation particulière des dialogues parlés, ce qui produit un effet d’écho (peut-être volontairement poussé) étonnant. En fosse, <strong>Leonardo </strong><strong>García Alarcón</strong> impose une lecture énergique et analytique. Chaque pupitre est traité comme individuellement, imposant son timbre et sa dynamique dans un ensemble particulièrement lisible, mais pas disparate pour autant (peut-être est-ce en partie dû à la hauteur de la fosse). La lecture est fine, riche en retenues et en micro-variations de <em>tempi </em>la plupart du temps maîtrisées. Si les cordes imposent d’abord une énergie débordante, elles sonnent aigre par moment et sont, à l’occasion, complètement fausses. On suppose que le climat de la nuit provençale – et le choix de ne pas réaccorder l’orchestre en cours d’acte – y est pour beaucoup.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Alix Le Saux</strong>, <strong>Ashley Dixon</strong> et <strong>Adriana Bignagni Lesca</strong> forment un trio vocalement très pertinent. Les timbres ont chacun une personnalité propre, mais ils partagent une rondeur et une certaine volupté qui confère aux ensembles une magnifique densité. En début d’acte I, le Tamino de <strong>Mauro Peter </strong>ne parvient pas à libérer ses aigus, qui restent trop canalisés, malgré un placement idéal. Ce n’est qu’au deuxième acte qu’il révèle un spectre dont la beauté procède davantage du travail minutieux sur le son que de la projection naturelle. <strong>Sabine Devieilhe</strong> est évidemment une magnifique reine de la nuit. Le timbre est riche de mille couleurs qu’elle distille avec une maîtrise remarquable dans son air du deuxième acte. Dans l’air du premier acte, les vocalises sont toujours parfaitement dirigées, n’était l’un ou l’autre trait où la voix glisse peut-être plus vite qu’attendu. La Pamina de <strong>Ying Fang </strong>est certainement la révélation vocale de la production : d’abord contenue, la voix se colore en même temps qu’elle s’ouvre pour atteindre des sommets d’expressivité. Loin de céder à la démonstration, c’est dans les <em>pianissimi </em>que la chanteuse révèle la pleine maîtrise de son instrument, parvenant à faire pleinement vivre un son comme contenu dans un espace infiniment petit. Autre élément vocalement marquant, le Papageno de <strong>Sean Michael Plumb</strong>. Le baryton incarne son personnage sans la caricature qui l’accompagne parfois. Son timbre déploie une large palette chromatique que le chanteur rend en un très beau phrasé, assumant tant l’éternel enfant qu’est à certains égards Papageno, que la part de noirceur que porte celui qui n’est jamais vraiment à sa place. Incarné de la sorte, le rôle de Papageno accède à un rang singulier dans la mise en scène de Cogitore. En bas du spectre vocal, le Sprecher d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> déploie un timbre mordant au large spectre, tandis que le Sarastro de <strong>Brindley Sherrat </strong>possède la noirceur que la partition exige sans toujours parvenir à dompter un <em>vibrato</em> qui tend à trop s’imposer. La Papagena d’<strong>Emma Fekete</strong> et le Monostatos de <strong>Rodolphe Briand </strong>complètent avantageusement la distribution. Reste à souligner la prestation remarquable, vocalement comme scéniquement, des membres du <strong>Knabenchor der Chorakademie Dortmund </strong>et du <strong>Chœur de chambre de Namur</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sous un ciel étoilé, les concepts véhiculent leur propre émotion. Signe d’une véritable vision de Festival, qui nous réjouit.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-zauberflote-aix-en-provence/">MOZART, Die Zauberflöte &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Concert d&#8217;ADO Apprentissage De l&#8217;Opéra &#8211; Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-dado-apprentissage-de-lopera-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé en 2023, le programme ADO Apprentissage de l’Opéra réunit quelques cent soixante élèves des conservatoires Est-Ensemble, du CRR 93 Jack Ralite-Aubervilliers-La Courneuve, du Conservatoire Charles Munch (Paris XIème) et du Conservatoire Paul Dukas (Paris XIIème). Répartis en deux orchestres selon leur âge – l’Orchestre Rudolf Noureev pour les 9-15 ans et l’Orchestre Maria Callas &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 2023, le programme ADO Apprentissage de l’Opéra réunit quelques cent soixante élèves des conservatoires Est-Ensemble, du CRR 93 Jack Ralite-Aubervilliers-La Courneuve, du Conservatoire Charles Munch (Paris XI<sup>ème</sup>) et du Conservatoire Paul Dukas (Paris XII<sup>ème</sup>). Répartis en deux orchestres selon leur âge – l’Orchestre Rudolf Noureev pour les 9-15 ans et l’Orchestre Maria Callas pour les 16-25 ans –, ces jeunes musiciens bénéficient d’une formation au répertoire de l’Opéra, art lyrique et ballet confondus, sous la houlette du chef Victor Jacob et de musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Après un premier concert dans ces lieux en 2025, les deux orchestres revenaient ce samedi 13 juin 2026 pour une représentation au Palais Garnier.</p>
<p>Saluons d’emblée et ce programme qui ouvre les portes du répertoire lyrique à de jeunes musiciens enthousiastes venus d’horizons variés et l’invitation qui leur est faite de se produire dans un lieu aussi magique que le Palais Garnier. L’éblouissement pur dans les yeux des plus jeunes musiciens en entrant sur scène en dit long sur les souvenirs qui doivent se forger dans le cadre du programme ADO. Quel plaisir aussi de voir la salle investie par un public essentiellement composé de familles, depuis les petits frères et petites sœurs de trois ou quatre ans jusqu’aux grands-parents, tous ravis et très démonstratifs dans leurs applaudissements.</p>
<p>Mais que cette atmosphère festive de kermesse d’école ne vous trompe pas : la qualité du concert est de très haut niveau. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. » L’Orchestre Rudolf Noureev, qui assure la première partie du concert, fait ainsi montre d’un son juste, propre, assez bluffant vu l’extrême jeunesse de certains des instrumentistes. Impeccables de concentration et de tenue, ils savent aussi bien trouver le brillant frénétique de « La danse des heures » de Ponchielli que l’humour et l’élan de l’ouverture du <em>Barbier de Séville</em>. Mention spéciale aussi à la jeune fille au premier violon, excellente dans son solo extrait de <em>Shéhérazade</em> de Nikolaï Rimski-Korsakov malgré une sonnerie de téléphone mal venue.</p>
<p>En deuxième partie, suit l’Orchestre Maria Callas, regroupant des musiciens plus âgés, dont certains sont déjà engagés dans une trajectoire de professionnalisation. Forts déjà d’une évidente maturité artistique, les jeunes gens nous offrent une très belle ouverture de <em>Don Pasquale</em>, toute animée du mordant et du piquant qui font le charme de cette pièce, avec un remarquable solo de la jeune femme au premier violoncelle. Signalons aussi le très réussi prélude de l’Acte III de <em>Mazeppa</em> de Clémence de Grandval où les solistes au hautbois, cor anglais, violon et violoncelle s’illustrent par une grande sensibilité.</p>
<p>Pas de formation au répertoire de l’Opéra sans chanteurs bien sûr, aussi Julie Fuchs et Edwin Crossley-Mercer viennent offrir leurs services aux deux orchestres, en Adina et Dulcamara pour l’Orchetsre Rudolf Noureev, en Norina et Don Pasquale pour l’Orchestre Maria Callas. Parfaitement accompagnés pour les deux occasions, tous deux font montre du talent comique nécessaire pour faire vivre en quelques minutes ces personnages.</p>
<p>Clos par une émouvante interprétation du chœur à bouche fermée de <em>Madama Butterfly</em>, chanté par les enfants de l’Orchestre Rudolf Noureev, accompagnés par l’Orchestre Maria Callas, ce beau concert laisse le spectateur plein de confiance en l’avenir de nos théâtres lyriques.</p>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, Lucie de Lammermoor &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucie-de-lammermoor-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 08:46:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux héroïnes, une seule folie ? Plus ou moins. Entre Lucie et Lucia di Lammermoor, il ne s’agit pas d’une simple question de langue, mais d’un véritable dédoublement esthétique. Lorsque Gaetano Donizetti adapte son succès napolitain pour Paris en 1839, il ne livre pas une traduction, mais une œuvre recalibrée pour le goût français. Avec les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux héroïnes, une seule folie ? Plus ou moins. Entre <em>Lucie</em> et <em>Lucia di Lammermoor</em>, il ne s’agit pas d’une simple question de langue, mais d’un véritable dédoublement esthétique. Lorsque Gaetano Donizetti adapte son succès napolitain pour Paris en 1839, il ne livre pas une traduction, mais une œuvre recalibrée pour le goût français. Avec les librettistes Alphonse Royer et Gustave Vaëz, le compositeur revoit la configuration des personnages. Exit la camériste Alisa et le fidèle Normanno, tous deux remplacés par le sinistre Gilbert, félon de théâtre dont la présence exsude la perfidie. L’aménagement de la partition au format léger d’Anne Thillon, la créatrice de Lucie, angélise le rôle. Les charmantes coloratures de « Que n’avons-nous des ailes », emprunté à <em>Rosmonda d’Inghilterra</em>, se substituent à l’inquiétude de « Regnava nel silenzio ». Privée de ses cadences avec flûte (ou harmonica de verre) et transposée à une tonalité supérieure, la scène de folie s’assagit. Edgardo, devenu Edgard, abandonne son panache latin au profit d’une élégance toute romantique. En quête d’efficacité théâtrale, certains numéros sont coupés ou condensés : la strette du finale resserrée, le deuxième acte allégé du duo entre Lucia et Raimondo, l’arioso de ce dernier écourté…</p>
<p>Longtemps dominante en France, <em>Lucie</em> a été éclipsée au milieu du XXe siècle par l’original italien, avant de connaître au XXIe siècle un regain d’intérêt. Aux débuts des années 2000, à Lyon, Natalie Dessay et Roberto Alagna ont marqué les esprits par une lecture haletante, dont subsiste le seul enregistrement disponible à ce jour de la version française (avec Ludovic Tézier en Henri). <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucie-de-lammermoor-tours-salut-et-appel-a-la-france/">En 2023, Tours</a> la remettait en lumière à l’intention de la regrettée Jodie Devos. La même année, Aix-en-Provence l’affichait en concert et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucie-de-lammermoor-bergame/">Bergame</a> en confiait la mise en scène à Jacopo Spirei, rattrapée lors de la première représentation par une actualité tragique. C’est cette saison au tour de l’Opéra Comique de s’y risquer.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/lucie_de_lammermoor_5_%C2%A9_Herwig_PRAMMER-1294x600.jpg" />de gauche à droite : Léo Vermot-Desroches (Edgar Ravenswood), Sabine Devieilhe (Lucie Ashton), Etienne Dupuis (Henri Ashton), Sahy Ratia (Lord Arthur Bucklaw), Yoann Le Lan (Gilbert), Edwin Crossley-Mercer (Raymond Bidebent), choeur accentus © Herwig Prammer</pre>
<p>« Risquer » car l’entreprise n’est pas sans embûches, tant une fois la curiosité musicologique satisfaite, s’affirme la supériorité dramatique de <em>Lucia </em>sur <em>Lucie</em>. A la tête de l’Insula Orchestra, <strong>Speranza Scapucci</strong> veut nous persuader du contraire. En vain. Ce n’est pas parce que l’histoire est violente qu’il faut violenter la partition. Frappée, giflée, agitée de spasmes, la musique de Donizetti peine à respirer ; les changements brusques de tempi induisent quelques décalages. Surtout, l’orchestre joue fort, trop fort dans une salle de dimension normale qui, au contraire de certains théâtres disproportionnés, demande plus de tempérance. Les interventions du chœur ajoutent à la surenchère sonore. Cet excès de volume oblige les chanteurs à hausser la voix, au risque de donner l’impression que le son est amplifié. « Fermez les micros ! C’est une honte ! », lâche du deuxième balcon un spectateur abusé par la surcharge de décibels – accusation mensongère que Louis Langrée, indigné, viendra démentir dans la salle après l’entracte sous les applaudissements du public.</p>
<p>Il est certain que les trois ténors requis par cette version gagneraient à plus de subtilité. <strong>Léo Vermot-Desroches</strong> n’est jamais meilleur que lorsqu’il recourt à la voix mixte et nuance une émission dure et nasale au-delà du <em>mezzo forte</em>. Cette rudesse est sans doute à mettre sur le compte du trac pour un jeune artiste qui aborde ici son premier grand rôle sur une scène parisienne. Déjà dans « Tombes de mes aieux », son air final, la tension se desserre. Moins crispé, Edgard gagne en expressivité et laisse entrevoir ce que l’interprétation aurait pu être sans cette constante pression.</p>
<p>La même réserve vaut pour les deux autres ténors. <strong>Yoann Le Lan</strong>, en Gilbert, aurait intérêt à adoucir une projection trop âpre. <strong>Sahy Ratia</strong>, en Arthur, pâtit aussi d’un chant forcé. On peine à reconnaître l’interprète sensible de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-paris-tce/">Robinson Crusoé au Théâtre des Champs-Elysées</a>, ou le Gandhi tout en grâce de <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-nice/">Satyagraha</a></em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-nice/"> à Nice</a> en début de saison. Tous bénéficient d’une diction française exemplaire, à l’égal d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong>, Raymond solide dont on regrette que la version française abrège le rôle.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/lucie_de_lammermoor_1_%C2%A9_Herwig_PRAMMER-1294x600.jpg" />Sabine Devieilhe (Lucie Ashton), Edwin Crossley-Mercer (Raymond Bidebent), chœur accentus © Herwig Prammer</pre>
<p>Incité à son tour par l’orchestre – et la mise en scène – à outrepasser des moyens déjà considérables, <strong>Étienne Dupuis</strong> impose dès le premier tableau une présence d’une bestialité saisissante. Mais c’est dans le duo avec Lucie, au deuxième acte, que son baryton héroïque donne la vraie mesure de son talent. Le masque tombe. La brutalité se teinte de perversion. Rivé au texte, Henri alterne puissance et insinuation d’une voix large, longue, amère ou doucereuse selon l’effet recherché mais toujours d’une grande intensité expressive.</p>
<p>Rien ne saurait lui résister, surtout pas Lucie telle qu’incarnée par <strong>Sabine Devieilhe</strong> conformément aux dictats de la version française. Les amateurs de Lammermoor transalpines pourront être décontenancés par cette héroïne d’une autre nature : sylphide fluide et agile, aux notes flûtées, parfois pincées, loin du personnage ombrageux que propose la version italienne. Quelques traits, quelques suraigus, lancés comme des défis, certains éléments de vocabulaire belcantiste — la colorature, le trille —évoquent le bois dans lequel Lucia fut sculptée avant de devenir cette Lucie, souvent translucide, que Sabine Devieilhe dissout dans une scène de folie à son image, fragile, naturelle, simple alors même qu’elle repose sur une technique élaborée.</p>
<p>En lien avec l’actuelle prise de conscience féministe, la mise en scène d’<strong>Evgeny Titov</strong> s’engouffre dans la brèche toxique des rapports de domination masculine. Dans un décor d’inspiration Biedermeier, étouffé par une tournette qui assure les changements de tableau, les hommes déversent leur trop plein de testostérone. Sous les costumes amples et austères, la chair. Dès la première scène, une femme dénudée et enchaînée devient le jouet d’un groupe de soudards mené par Henri. Cette lecture à la hussarde vaut d’abord par la place accordée à la relation fraternelle, traitée sous un angle psychologique qui aurait mérité d’être davantage exploré. Engagée dans une escalade d’images extrêmes, la scène de folie dérive vers une esthétique gore sanctionnée au moment des saluts par une bordée de huées.</p>
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		<title>DENISOV, L&#8217;Ecume des jours &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/denisov-lecume-des-jours-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La première saison de la nouvelle directrice de l’Opéra de Lille, Barbara Eckle, s’ouvre avec un compositeur inconnu du public, Edison Denisov, mais avec son opéra inspiré de l’un des romans les plus lus encore aujourd’hui, L’Ecume des jours de Boris Vian, paru en 1947. L’opéra éponyme composé en 1981 mettant à l’honneur une jeunesse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La première saison de la nouvelle directrice de l’Opéra de Lille, Barbara Eckle, s’ouvre avec un compositeur inconnu du public, <strong>Edison Denisov</strong>, mais avec son opéra inspiré de l’un des romans les plus lus encore aujourd’hui, <em>L’Ecume des jours</em> de Boris Vian, paru en 1947. L’opéra éponyme composé en 1981 mettant à l’honneur une jeunesse insouciante, insolente et quelque peu anarchiste (on disait existentialiste après guerre) peut encore parler au public d’aujourd’hui ; d’autant plus si on confie la production à une jeune metteuse en scène, <strong>Anna Smolar</strong>, qui officie pour la première fois à l’opéra. Créée à l’Opéra-Comique en 1986, l’œuvre d’un compositeur dissident en URSS, adoubé par le pape de la modernité, Pierre Boulez, n’a jamais été redonnée en France jusqu’à ce jour, mais l’a été plusieurs fois dans le monde russe et germanique. Faudrait-il relever des goûts divergents ? Si la mise en scène s’est révélée fantasque et inventive fixant heureusement notre attention, le langage musical et le traitement de la voix lyrique par Edison Denisov nous ont paru bien ennuyeux et surtout totalement dépassés. Croyez bien qu’on aurait adoré apprécier le choix de Madame Eckle, comme l’œuvre de ce sympathique compositeur persécuté dans son pays à l’époque des plans quinquennaux &#8211; les diatribes contre le travail par Colin, héros du roman, lui ayant évidemment bien plu (deux arias en témoignent).</p>
<p>La relecture du livret d&rsquo;Edison Denisov (presque parfait anagramme) par Anna Smola<strong>r</strong> n’est pas en cause, même si elle n’est pas exempte de clichés. D’abord la volonté d’effacer le « male gaze » jeté sur les femmes dans le roman (et donc le livret) selon Anna Smolar , qui donne une place prépondérante au personnage de Chloé – mais avec un dialogue particulièrement indigent in <em>media res</em> pour asseoir sa proposition entre la soprano <strong>Josefin Feiler</strong>, Chloé, et l’actrice <strong>Malgorzata Gorol</strong>, la Souris, et une scène d’euthanasie finale, dont on aurait pu se passer, censée dénoter la liberté du personnage. Anna Smolar renverse ensuite la vision de Boris Vian et de Denisov (un récit de garçons qui fantasment sur des filles potiches selon elle) en un carnaval queer « non binaire ». Chloé est en couple avec « la Souris », Jésus est prêt pour une marche des fiertés au troisième acte (incarné par le baryton-basse camerounais <strong>Maurel Endong</strong> en slip et bottes pailletés), entre autres idées amusantes mais bien inoffensives désormais. On peut aussi interroger cette chorégraphie confiée à quatre danseurs, dont les interventions parfois pertinentes (la scène de la patinoire) sont à d&rsquo;autres moments menacées de faire office de remplissage. Les tours du magicien ont semblé, quant à eux, fidèles à l’esprit insolent et foutraque du roman dans les tout premiers tableaux, nettement moins intéressants ensuite car tombant à plat (avec cette langue et ce bras percés par un clou en gros plan à la vidéo). Pour l’essentiel cependant, la metteuse en scène franco-polonaise imagine une fort belle scénographie (et quelques images fortes), magnifiquement réalisée et éclairée, avec ce double studio réservé à chaque récit ; et un plateau qui se fait tantôt appartement, avec son fameux pianocktail, piste de danse, usine ou cimetière. L’assombrissement méthodique de la salle dominée par un nénuphar rouge géant, métaphore de la maladie qui tue Chloé, se révèle particulièrement impressionnant.</p>
<p>Mais hélas, malgré tout le talent du chef <strong>Bassem Akiki</strong>, un <strong>Orchestre national de Lille</strong> très engagé, un chœur à l’unisson, c’est l’ennui profond qui a dominé pendant toute la première partie du spectacle (1h25 quand même). Malgré un instrumentarium particulièrement marquant (guitares électriques, basse, clavecin, saxophones) venant enrichir les pupitres habituels de l’opéra, ce langage musical sériel qui multiplient les dispersions de combinaisons instrumentales, les lignes mélodiques contrariées de l’atonalité, sans oublier ce style vocal soumis aux hauteurs dissonantes, bref tout ce matériau sonore qui appartient à une avant-garde du passé, celle des années soixante, ne nous a pas passionnés (les commentaires du public à l&rsquo;entracte ne laissant guère de doute). Le programme nous présente un compositeur adepte du polystylisme. On en est très loin, malgré ces quelques rares citations de Duke Ellington, <em>L’Ecume des jours </em>se faisant alors brièvement comédie musicale, ou drame avec l’insertion de l’accord de <em>Tristan</em> de l’opéra de R. Wagner. La seconde partie nettement plus prenante (50&prime;) a révélé une partition plus frappante, voire émouvante, avec ses denses plages sonores aux cordes graves, aux lignes chromatiques descendantes, et son utilisation du zvon, l’hétérophonie du choeur slave.</p>
<p>Les jeunes chanteurs ont beaucoup de talent mais souvent un accent à couper au couteau pour un livret écrit en français. Les ténors dans le rôle de Colin, <strong>Cameron Becker</strong>, et <strong>Elmar Gilbertsson</strong> en Chick, dotés d’un beau timbre, font ce qu’ils peuvent pour communiquer leur légèreté puis leur désespoir en des arias et duos arides. La soprano <strong>Josefin Feiler</strong> nous laisse également froids malgré une voix à la projection aisée, aux belles couleurs. Seuls le Nicolas de <strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> et l’Alise de <strong>Katia Ledoux</strong> convainquent pleinement, l’un avec son beau baryton ductile et son jeu débridé, l’autre avec son superbe et puissant mezzo, à la texture voluptueuse, à l’ambitus remarquable. Pour vous faire votre propre idée, si vous ne pouvez aller à Lille, Mezzo Live diffusera fin novembre et en décembre ce spectacle.</p>
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		<title>DUSAPIN, Antigone – Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-antigone-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Trois ans seulement après la création de son dernier opéra, Il viaggio, Dante, Pascal Dusapin livre une nouvelle partition lyrique, opératorio au sujet antique, comme Penthesilea (2015) et Medeamaterial (1992). Son Antigone est un monolithe dont la musique continument torturée explique moins qu&#8217;elle n&#8217;accompagne la mécanique macabre enclenchée dans les premières minutes du drame : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Trois ans seulement après la création de son dernier opéra, <em>Il viaggio, Dante</em>, Pascal Dusapin livre une nouvelle partition lyrique, opératorio au sujet antique, comme <em>Penthesilea</em> (2015) et <em>Medeamaterial</em> (1992). Son <em>Antigone</em> est un monolithe dont la musique continument torturée explique moins qu&rsquo;elle n&rsquo;accompagne la mécanique macabre enclenchée dans les premières minutes du drame : Antigone, par obéissance aux lois non écrites des dieux, veut offrir à son frère les hommages funéraires, Créon, par obéissance aux lois élémentaires de la cité, non moins puissantes spirituellement, refuse à un ennemi des honneurs indus. La morale grecque héroïque qui a cours dans la tragédie exige que l&rsquo;on veuille du bien à ses amis et du mal à ses ennemis ; le mythe, alors, pose la question insoluble : que faire lorsqu&rsquo;une même personne est à la fois ami (frère, neveu) et ennemi (général qui a porté ses armes contre Thèbes) ?</p>
<p>La partition de <strong>Pascal Dusapin</strong> dégage un expressionnisme d&rsquo;autant plus frappant que les moyens réellement mis à sa disposition sont plutôt sobres, tout compte fait : le plan sonore paraît rarement complexe, on entend surtout un continuum très horizontal, une longue stase orchestrale plombée dès les premières mesures par une atmosphère angoissante. Ce suspens miroitant de noirceur est parfois perturbé par quelques événements sonores brutaux mais qui n&rsquo;ont qu&rsquo;un temps. Les instruments sont utilisés parfois à la limite entre son et bruit, comme ces cuivres laissant échapper de déchirantes déflagrations, une harpe qui fait entendre le métal de ses cordes, même une flûte sonorisée dans l&rsquo;ouverture de l’œuvre, un parti pris qui augmente la perte des repères sonores du spectateur. Si l&rsquo;on apprécie beaucoup la force suggestive de cette musique étouffante, on lui trouve un manque de progression, comme face à un monochrome qui vous happerait mais n&rsquo;en resterait pas moins uniforme. Relevons tout de même quelques percées d&rsquo;un langage différent, notamment lorsque Hémon évoque son amour pour Antigone, et que s&rsquo;esquisse à l&rsquo;orchestre un nuage de douceur, ou à l&rsquo;inverse dans le premier interlude orchestral, impressionnant de masse soudainement accumulée. L&rsquo;écriture vocale, quant à elle, navigue volontiers sur la palette du <em>Sprechgesang</em>, tout en réservant quelques grandes lignes saisissantes aux interprètes. La prosodie n&rsquo;est pas du tout hachée, mais les sauts de registre reviennent régulièrement pour émailler d&rsquo;intensité les mots du livret.</p>
<p>Ce livret, justement, est composé d&rsquo;après la traduction allemande, par Hölderlin, de l&rsquo;<em>Antigone</em> de Sophocle. Dusapin a coupé plusieurs passages dans un souci bien évident d&rsquo;économie et de concentration. Le principal changement, qui nous paraît constituer un écueil, est la suppression du chœur. Son absence impose d&rsquo;abord de répartir autrement la parole, puisque dans de nombreux passages les protagonistes dialoguent avec le chœur, qui conseille, commente voire décrit (et donne de précieuses indications scéniques). Ce travail de redistribution est assez bien mené, notamment au moyen de la mise en scène : Créon s&rsquo;adresse non plus aux vieillards de Thèbes mais à la salle en se positionnant derrière des micros. Mais vers la fin du drame, la présence du chœur est dramatiquement nécessaire pour assurer la cohérence et la continuité scénique : c&rsquo;est, après le départ de Tirésias, en discutant avec le chœur que Créon décide de revenir sur sa décision et c&rsquo;est au chœur que le Messager annonce la mort d&rsquo;Hémon, en l&rsquo;absence de Créon. Pour s&rsquo;en sortir, le livret introduit donc un personnage, le Coryphée, dont l&rsquo;existence serait pleinement pertinente s&rsquo;il ne surgissait pas sur scène à la fin seulement, tenant ses deux mallettes, sans qu&rsquo;on sache bien pourquoi il arrive là. Une autre difficulté que crée la suppression du chœur est la perte des parties lyriques qui rythment la tragédie grecque. Entre les épisodes (où les protagonistes parlent) sont normalement intercalés des intermèdes chantés, les <em>stasima</em>, sur des thématiques souvent cosmiques ou religieuses qui mettent en perspective la catastrophe. Le livret de Dusapin réintègre intelligemment quelques vers de ces saisissantes parties chorales dans le monologue d&rsquo;Antigone.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Netia Jones</strong> est d&rsquo;une abstraction efficace. Son plateau est occupé pour moitié par six gigantesques colonnes carrées blanches, sur lesquelles sont projetés des rais de lumière ou des taches noires. Une avancée angulaire de la scène accueille un demi-cercle de micros installés comme pour une conférence de presse, tandis qu&rsquo;un poteau soutient deux écrans. Si on ajoute à cela les costumes sombres, la production est toute de noir et de blanc, ce qu&rsquo;accentuent les images spectrales diffusées sur les écrans, où l&rsquo;on voit en différé et au ralenti les protagonistes venus s&rsquo;exprimer devant les micros.</p>
<p>La distribution ne souffre aucune faiblesse, ce qui, conjugué à la fougue et à la minutie de la direction de <strong>Klaus Mäkelä</strong>, assure la réussite de la soirée. Grande habituée des opéras de Dusapin, qui lui a écrit cette Antigone sur mesure, <strong>Christel Loetzsch</strong> est impressionnante d&rsquo;engagement et de tessiture. L&rsquo;écriture vocale sollicite très souvent ses graves riches tout en les poussant volontairement dans ses retranchements, où la voix semble forcée, plus crachée que projetée, jusqu&rsquo;à des sons rauques franchement hurlés. Elle assume avec passion sa dernière scène, monologue gagné par la folie (un peu trop à notre goût du reste, par rapport à l&rsquo;idée que l&rsquo;on se fait du personnage). <strong>Tómas Tómasson</strong>, en Créon, est l&rsquo;autre pôle dramatique de la soirée. Son cheminement personnel, de l&rsquo;inflexibilité et de la noblesse outragée au doute puis au désespoir, est parfaitement incarné, au point de devenir le vrai personnage humain face à une Antigone exaltée au point de sembler dangereuse. La ligne soignée et le jeu efficace de <strong>Jarrett Ott</strong> (un messager) emportent autant l&rsquo;adhésion que l&rsquo;Ismène malmenée aux aigus éclatants d&rsquo;<strong>Anna Prohaska</strong> ou que le très beau timbre trompetant du ténor <strong>Thomas Atkins</strong>, qu&rsquo;on aurait volontiers entendu plus longtemps en Hémon. Mentions spéciales à <strong>Edwin Crossley-Mercer</strong>, Tirésias à la basse sépulcrale et profonde et à <strong>Serge Kakudji</strong> (Coryphée), dont la voix de haute-contre est extraordinairement riche en harmoniques.</p>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que reste-t-il de Carmen si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Que reste-t-il de <em>Carmen</em> si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : une approche esthétisante, c’est-à-dire une mise en scène au premier degré qui, en réalité, ne traite rien du tout – ce que reste une mise en scène qui prétendrait s’approprier l’œuvre en la transposant ailleurs ou aujourd’hui – et une approche confrontante – c’est-à-dire l’appropriation du livret pour le mettre à l’épreuve des réels enjeux qu’il porte. Manière de tester la pertinence de l’opéra le plus joué du répertoire. Rien que ça.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Dmitri Tcherniakov</strong> est bien sûr intellectuellement trop ambitieux pour se contenter d’une simple esthétisation de l’intrigue : Don José a tué Carmen et il faut  comprendre pourquoi. Ou tenter, du moins. Et pour comprendre  et expliquer un objet, il faut s’en détacher et le regarder de l’extérieur ; il ne faut pas mettre en scène Carmen, mais proposer une mise en scène <em>sur </em>Carmen.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans un vaste hall art déco, un couple d’apparence bourgeoise, sans doute la petite cinquantaine, consulte. Monsieur n’a plus de désir, madame s’ennuie. Il faut réactiver tout cela (le parallèle avec la proposition du metteur en scène dans son <em>Così fan tutte</em> frappe évidemment) et c’est un jeu qui sauvera la mise : monsieur va jouer à Don José et tous joueront à <em>Carmen</em>. D’emblée la proposition est radicale : la survie du couple bourgeois hétérosexuel suppose de réactiver la part de violence – ce que d’aucuns appellent <em>passion</em> – de monsieur, quitte à mettre à mort madame (la fin de l’histoire qu’ils proposent de jouer est en effet déjà connue). Quand le jeu s’arrête et que le thérapeute constate « un net progrès », c’est toujours à la suite d’un excès de violence de Don José. Comme si celui-ci réintégrait peu-à-peu une norme – ce qui est attendu de lui –, norme qui passe par l’affirmation d’une puissance virile et nocive et qui, cette fois-ci mais cette fois-ci seulement, causera sa perte car le jeu tourne mal.</p>
<p style="font-weight: 400;">La proposition est stimulante, originale et jamais pathétique (on y décèle même une part d’humour). La modification des textes parlés fonctionne et, alors qu’on aurait pu craindre un essoufflement du rythme dû aux changements de situation (dans le jeu ou hors du jeu), l’aller-retour entre fiction et réalité confère une vraie unité dramatique à une œuvre qui, parfois, paraît ne plus être qu’une succession de tubes.</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête de l’orchestre symphonique et des chœurs de la Monnaie, <strong>Nathalie Stutzmann</strong> adopte une lecture dramatique de la partition et pose des choix que l’on n’avait encore jamais entendus : dans l’ouverture, tous les timbres sont mis sur le même plan d’intensité sonore, ce qui apporte une tension extrême – à l’instar du propos sur scène. Dans la suite, l’approche restera toujours tendue sans toutefois sacrifier le mouvement propre à la partition. Malgré quelques décalages qui doivent encore être réglés (première oblige), les chœurs offrent un son uniforme et une belle dynamique dont les ressorts manquent toutefois de subtilité (l’accentuation des consonnes apporte un réel rythme mais frôle la caricature, tandis que certains crescendos donnent un relief appréciable mais semblent franchement exagérés).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-A_007_BerndUhlig-1294x600.jpeg" alt="" />© Bernd Uhlig</pre>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Eve-Maud Hubeaux </strong>parvient à concilier les antagonismes que la mise en scène exige : elle est davantage une actrice jouant <em>Carmen </em>que, réellement, Carmen. Ce décalage dramaturgique ne sacrifie jamais la musicalité qui s’exprime notamment par un sens du phrasé et un <em>rubato</em> affirmé mais toujours maîtrisé dans la habanera, par exemple. Le timbre est rond et la voix puissante, ce qui passe par un placement de la voix très (et peut-être, d’ailleurs, trop) nasal. Malgré des changements de registre (poitrine, masque, tête) perceptibles, l’ensemble est cohérent et – c’est le principal – percutant.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le Don José de <strong>Michael Fabiano </strong>n’est pas loin de l’idéal. Le son est ample, les (rares) aigus de la partition contenus mais soignés. On est loin, et c’est heureux, du personnage passablement primaire et trop sûr de lui que l’on sert trop souvent. Ici, l’interprétation est ancrée dans la fragilité du personnage, ce qui n’empêche ni le plaisir vocal, ni la fougue – bien au contraire.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Anne-Catherine Gillet</strong> connaît le personnage de Micaëla par cœur et, pourtant, parvient à le réinventer. La « fausse » Micaëla est la « vraie » épouse, celle qui a poussé son mari à participer au jeu-thérapie. Le placement de la voix très en avant, couplé à une clarté naturelle du timbre, résulte en une grande pureté vocale – même si on a déjà entendu plus d’éclats dans ses aigus.</p>
<p style="font-weight: 400;">Escamillo est davantage un vieux beau qu’un fringuant toréador. Le timbre dense et très sombre – à certains égards même, guttural – d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> convient parfaitement à ce parti pris. L’air du toréador n’a pas l’éclat qu’une mise en scène ordinaire réclamerait. Il sonne ici comme un avertissement déjà funeste – n’est-ce, au fond, pas la meilleure lecture de cet air : « prend garde, un œil noir te regarde » ? D’une manière générale, les choix de mise en scène transparaissent d’ailleurs toujours dans l’interprétation musicale, ce qui en dit énormément sur le travail et l’intelligence de chacun dans cette production.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Christian Helmer</strong>, <strong>Pierre Doyen</strong>, <strong>Louise Foor</strong>, <strong>Claire Péron</strong>, <strong>Guillaume Andrieux</strong> et <strong>Enguerrand de Hys </strong>complètent une distribution musicalement et dramatiquement particulièrement intéressante, tandis que Pierre Gramont, en administrateur de la « clinique », assume un rôle clé dans la cohérence de l’intrigue.</p>
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		<title>CHERUBINI, Médée &#8211; Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-montpellier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En cette journée internationale des femmes, quelle riche idée d’avoir programmé cette Médée de Cherubini, dans sa version française, originale ! Autant Negar, de Kevyan Chemirani, réalisé par Marie-Eve Signeyrole était une incontestable réussite, autant la metteuse en scène, accompagnée de son équipe habituelle, se fourvoie-t-elle avec Médée, hélas. Fidèle à son approche des ouvrages anciens, elle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En cette journée internationale des femmes, quelle riche idée d’avoir programmé cette <em>Médée </em>de Cherubini, dans sa version française, originale ! Autant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/chemirani-negar-montpellier/"><em>Negar</em></a>, de Kevyan Chemirani, réalisé par <strong>Marie-Eve Signeyrole</strong> était une incontestable réussite, autant la metteuse en scène, accompagnée de son équipe habituelle, se fourvoie-t-elle avec <em>Médée</em>, hélas<em>.</em> Fidèle à son approche des ouvrages anciens, elle transpose et réduit le livret à un fait divers sordide, « fruit d’une société raciste et patriarcale » : l’infanticide, avec un portrait-charge caricatural des hommes, et des altérations constantes des éléments du drame (1). La tragédie en sort défigurée, triviale, la musique de Cherubini servant d’illustration à l’histoire inventée par la réalisatrice. Quel gâchis ! Pourtant, pour la première fois, sauf erreur, le défi de conserver – même tronqués – les dialogues parlés en alexandrins autorisait une plus-value (2). On les disait difficiles à traduire la vie de chacun, voire impossibles. Heureuse surprise, les chanteurs relèvent avec bonheur ce véritable challenge.</p>
<p>Entre Gluck et Spontini ou Berlioz, Mozart et Beethoven, cette <em>Médée,</em> ouvrage « plus dangereux que tous les labyrinthes de Crète », fut admirée par ce dernier (3), Schumann, Brahms et Wagner et bien d’autres. Pourquoi est-elle si rare ? Ce fut un demi-échec à sa création, et n’étaient les scènes germaniques (Berlin, Vienne, puis Francfort et Munich), elle aurait pu disparaître. Si la Scala la reprit en italien, en 1909, un peu plus défigurée encore, c’est à Maria Callas que l’on doit son retour. La version originale reparut tout d’abord à Buxton (1984), puis à Paris l’année suivante. Depuis, elle a retrouvé ses lettres de noblesse, particulièrement à la faveur de la dernière édition de la partition (2006). La production, réalisée avec l’Opéra-comique (ex Théâtre Feydeau) où elle fut créée, a fait l’objet d’un excellent <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-paris-opera-comique/">compte-rendu d’Antoine Brunetto</a>, auquel nous renvoyons le lecteur. (Nous ne l’avons délibérément relu qu’après la représentation).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Medee11-1294x600.jpg" alt="" />© Marc Ginot / OONM</pre>
<p>La distribution, en dehors des servantes, issues du chœur, est inchangée. L’Orchestre national Montpellier Occitanie et le chœur associé prennent la relève d’Accentus. C’est <strong>Jean-Marie Zeitouni</strong> qui succède à Laurence Equilbey. Le décor est unique (c’est-à-dire pas de décor : une cage noire) modelé par les éclairages. Un système de rideaux coulissants du fond de scène, bienvenu, autorise les vidéos (regard des enfants, de Médée, live, et des éléments de leur vie, balançoires, bols&#8230; ainsi que le cadre naturel, une mer houleuse). Signés <strong>Yashi</strong>, les costumes, intemporels sont bien dessinés. Avant que retentissent les premiers accords de l’ouverture, la chute régulière des gouttes d’eau de la cellule où croupit l’infanticide nous introduit dans le drame. Le procédé sera repris avant le troisième acte. Le parti pris de la metteuse en scène la conduit à confier à une comédienne le double de Médée, dès la cellule d’isolement du centre pénitentiaire où elle est détenue. Ses réflexions, son témoignage – ajoutés &#8211; vont accompagner le déroulé de l’action. Le rappel de l’histoire précédant le lever du rideau est effectué durant cette ouverture. Le ton est donné : l’accouplement de Jason et de Médée, puis de Jason et de Dircé, sous le regard des deux enfants jouant aux toreros résument le parti pris de transposition. Les vidéos sont efficaces, sinon envahissantes (caméra mobile qui scrute les visages des enfants), essentielles pour traduire le propos de la réalisation, mais apportent-elles une plus-value à la tragédie ? Il en va de même des bruitages ajoutés en temps réel. L’insertion de courts passages, triviaux, sans rapport aucun avec le drame (le chat de la <em>Mèr’ Michel</em> etc.), ni avec la musique, fait plus que surprendre : il relève de la provocation.</p>
<p>Alors que les enfants du livret original sont muets, Marie-Eve Signeyrole impose leur regard constant, leur donne même la parole (voix off) pour dénoncer la violence de leur père, pourtant visuellement manifeste. S’ils constituent un des ressorts du drame, ils prennent ce soir la première place, évacuant toutes les autres composantes (les enjeux de pouvoir, les dieux et les sortilèges etc.). Ajoutez un pope et ses servants pour célébrer l’union de Jason à Dircé, conduite par son royal père, Créon, puisque ce sera dans une église qui accueille les réfugiées, brutalisées, violentées par les sbires à la scène précédente&#8230; Rien ne nous est épargné, la violence et le sexe semblent les seuls moteurs de cette pitoyable aventure. Ce n’est même plus un manifeste féministe, c’est un incroyable brûlot, parfois confus, surchargé, où l’on cherche péniblement les restes de la <em>Médée</em> originale. Tout est noir, la lumière et la couleur étant distribuées avec parcimonie. La violence des hommes prédateurs fait oublier celle du drame original. Plus de poignard pour le sacrifice des enfants, le poison ; à l’embrasement et au tonnerre final, se substitue un suicide silencieux dans l’eau&#8230; pourquoi s’être privé de cette dimension essentielle ? On espère que la perpétuité de cette <em>Médée</em> sera incompressible, et qu’elle ne sortira jamais du cachot où l’a confinée la mise en scène.</p>
<p>La distribution, avec prise de rôle de chacune et chacun, fait une large place aux artistes « canucks » (canadiens) et c’est tant mieux, car aucun ne démérite ce soir.  Non seulement la direction, mais trois des principaux protagonistes leurs sont confiés (Médée, Créon, Dircé). Médée, noble et monstrueuse, blessée, désespérée et vengeresse, est avant tout une femme amoureuse, au point de quitter son pays, trahir son père, tuer son propre frère, pour aimer sans limite. Le rôle, écrasant, est confié à <strong>Joyce El-Khoury</strong>, voix sonore et assurée, généreuse, au solide médium, d’un legato exemplaire. Elle porte l’ouvrage, belle et déchirante, farouche et humaine. Son combat intérieur est traduit avec justesse. Dès son air d’entrée, elle s’impose comme le personnage le plus attachant. Une grande tragédienne dont on admire tout autant la déclamation naturelle des textes parlés. Le dernier acte, à lui seul, suffit à justifier l’ouvrage et l’interprète. Le Jason de <strong>Julien Behr</strong> est ce soir une sorte d’Ottavio lubrique et violent, alcoolique. La mise en scène lui refuse le statut de guerrier héroïque, dévoré par l’ambition du pouvoir, soit, mais on regrette que l’émission souple, la ligne élégante de la voix soient sacrifiés au postulat que les hommes sont tous des brutes obsédées par le sexe. <strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> est Créon. Aussi détestable que son futur gendre, le colérique souverain n’a pas la noblesse, l’autorité ni la rouerie attendues, faute au parti pris de la production. C’est bien dommage car les moyens sont incontestables<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.opera-orchestre-montpellier.fr/intervenants/edwin-crossley-mercer/">,</a> comme le jeu. L’émission est sonore, bien timbrée, et le dévoiement du personnage nous prive du vrai Créon. On attendait une Dircé (<strong>Lila Dufy</strong>) plus lumineuse sinon éblouissante. La conduite de la ligne, déliée, d&rsquo;une voix quelque peu serrée à plusieurs reprises, en dehors de « Hymen, viens dissiper une vaine frayeur ». Les récitatifs sont vivants et la diction irréprochable.  La noblesse du chant de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> (Néris) lui vaudra des applaudissements nourris après son « ah ! nos peines seront communes », avec un beau basson concertant. Le timbre, l’expression de la mezzo suscitent une admiration pleinement justifiée. Les servantes font leur travail, sans plus (<strong>Jennifer Michel et Natalia Ruda</strong>). Les ensembles (les duos et les finales de chaque acte, tout particulièrement) sont également réussis, et on oublie le cadre et la transposition pour en apprécier les réelles qualités.</p>
<p>Le chœur se montre le plus souvent puissant et précis, dès la Marche célébrant le belle Dircé. L’orchestre conduit par Jean-Marc Zeitouni gagnera en puissance comme en engagement tout au long de la soirée, pour un troisième acte bouleversant. Si l’ouverture paraissait convenue, le chef et ses musiciens s’approprieront vite une partition frémissante, flamboyante, pour nous bouleverser au dénouement, malgré une mise en scène qui en réduit singulièrement le format. A signaler, la flûte, puis le basson solos qui avaient remarquablement tissé leur ligne pour se conjuguer à la voix.</p>
<p>Une soirée où la déception le dispute au bonheur de retrouver un tel chef-d’œuvre servi par de belles voix. Que n’a-t-on fait appel à un juge des affaires matrimoniales ? Cela aurait invalidé le détournement de l’ouvrage, et sauvé deux innocents !</p>
<pre>(1) Pour avoir eu le privilège de voir plusieurs productions de la version originale de <em>Médée</em>, point n’est besoin de tordre le cou aux didascalies pour rendre son humanité attachante à l’héroïne. La partition et le livret de 1797 se trouvent sur le net. Relisez Corneille, puis le livret de Hoffman ! Cessons de prendre le public pour inculte, et de penser le répertoire ancien de l’opéra à la lumière de séries télévisées, trop souvent racoleuses et sordides. 
(2) Pourquoi persister à classer <em>Médée</em> comme opéra comique ? Le livret original de la création la signale comme « tragédie ». Quant à la partition, de peu postérieure, elle l’intitule « opéra en trois actes ». De fait c’est une tragédie lyrique. Seuls les dialogues parlés, et le lieu de création, peuvent formellement appeler l’usage d’opéra-comique.
(3) « De tous les compositeurs d’opéra vivants, Cherubini est celui que je respecte le plus ».</pre>
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		<title>CHERUBINI, Médée — Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Feb 2025 14:13:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une véritable rareté que propose l’Opéra Comique avec cette Médée de Cherubini, en français. La dernière représentation de l’œuvre à Paris date de 2012 avec la production iconoclaste de Krzysztof Warlikowski au Théâtre des Champs-Élysées, et son héroïne en clone d’Amy Winehouse. Mais la proposition du Comique est d’autant plus alléchante que, quand Warlikowski &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une véritable rareté que propose l’Opéra Comique avec cette <em>Médée</em> de Cherubini, en français. La dernière représentation de l’œuvre à Paris date de 2012 avec <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bad-romance/">la production iconoclaste de Krzysztof Warlikowski</a> au Théâtre des Champs-Élysées, et son héroïne en clone d’Amy Winehouse. Mais la proposition du Comique est d’autant plus alléchante que, quand Warlikowski avait réécrit les dialogues, ce sont ceux en alexandrins originaux de François-Benoît Hoffman qui sont présentés ici.</p>
<p>Le passage à la version originelle telle que présentée au Théâtre Feydeau en mars 1797 change la tonalité de l’œuvre par rapport à la <em>Medea</em> (version italienne avec récitatifs) que l’on a plus l’habitude d’entendre, remise en lumière, et de quelle façon, par Maria Callas et Leonard Bernstein en 1953 à La Scala. Comme si l’on revenait à une tragédie classique quand la version italienne tend par certains aspects vers un pré-romantisme, les récitatifs maintenant davantage une tension qui s’exacerbera dans le final.</p>
<p>Si certains effets de la version italienne s’avèrent dramatiquement bien supérieurs, en particulier l’entrée de Médée, ici relativement anodine, sans le suspense et l’effet spectaculaire du « &#8211; Chi sei tu ? – Io ? Medea ! », les alexandrins (ici raccourcis) ne sonnent jamais pompeux, d’autant que les interprètes ont audiblement travaillé sur le texte et la scansion.</p>
<p>En accord avec la forme « opéra comique », <strong>Joyce El-Khoury</strong> n’est pas la Médée torche vive qu’on entend habituellement, c’est une tragédienne qui ménage ses effets : on est dans une combustion lente mais qui n&rsquo;en sera pas moins dévastatrice. La tessiture est d’ailleurs parfaitement maitrisée, des graves nourris et sonores aux aigus dardés et le timbre, singulier, avec ces aspérités qui accrochent l’oreille, sied à la magicienne. C’est la douceur qui prédomine d’abord, même si les tumultes intérieurs affleurent déjà : le personnage retient ses griffes, tente d’enjôler les hommes, Jason et Créon, la chanteuse osant des <em>piani</em> sur certains points d’orgues. Mais les éclats prendront rapidement le dessus. Il manque juste pour parachever le portrait, le lâcher prise hystérique dans les dernières scènes, à notre goût un peu trop sages (la chanteuse étant peu aidée il est vrai par le traitement scénique sans éclat du dernier acte). Gageons que cet abandon viendra au fur et à mesure des représentations.</p>
<p>Avec Jason, <strong>Julien Behr</strong> se réinvente avec bonheur en fort ténor. Si la voix sonne d’abord un peu engorgée, on ne peut qu’admirer l’aplomb vocal sans faille, le métal inaltérable, qui conviennent parfaitement au personnage monolithique, particulièrement détestable dans cette production (nous y reviendrons).</p>
<p><strong>Lila Dufy</strong> convainc moins en Dircé (Glauce dans la version italienne), ne serait-ce qu’au niveau de la diction, d’une parfaite limpidité chez ses collègues, ici plus floue. Par ailleurs, le timbre n’a pas toute la pureté et le brillant qu’on aurait pu rêver pour ce personnage lumineux et innocent.</p>
<p>On applaudit en revanche sans réserve le magnifique Créon d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong>. La voix puissamment projetée sait tour à tour se faire caressante et chaleureuse puis cinglante et menaçante. La bonté rayonne naturellement du mezzo capiteux de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> en Néris. Dommage que le tempo précipité de son air « Ah ! nos peines seront communes » gâche quelque peu la magie de ce moment suspendu, lui conférant un côté sautillant voire presque « guilleret » tout à fait hors de propos.</p>
<p>On touche ici la limite de certains choix de <strong>Laurence Equilbey</strong> à la tête de l’Insula orchestra, privilégiant la progression de l’action avec des tempi plutôt vifs. Cette pulsation va de pair avec une sonorité instrumentale plutôt sèche, mettant en avant la rythmique et les percussions au détriment des cordes.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Medee-DR-S.Brion_-1294x600.jpg" />Lila Dufy (Dircé), Julien Behr (Jason), chœur accentus © Stefan Brion</pre>
<p>On a gardé pour la fin l’élément le plus clivant du spectacle. On connaît le goût de la provocation de <strong>Marie-Ève Signeyrole</strong> (en charge de la mise en scène, et de la conception et la réalisation vidéo), qui est accueillie aux saluts par un mélange de bronca et d’applaudissements. Les intentions de mise en scène sont claires : Médée est « une femme sous l’emprise d’un système patriarcal », qui plus est une étrangère. Elle est donc la victime de l’histoire.</p>
<p>La metteuse en scène semble craindre d’ennuyer ou que le public actuel ne comprenne pas bien les résonnances du mythe avec l’époque actuelle. Elle superpose donc au livret l’histoire d’une femme emprisonnée pour voir tué ses enfants, et l’on verra en vidéo les images d’une balançoire abandonnée avec force grincements ou des bols vides d’une table de petit déjeuné désertée, marquant les regrets de la mère infanticide. Si cela ne suffisait pas, le nouveau personnage interviendra à plusieurs reprises pendant le spectacle, notamment en reprenant la comptine du Chat de la Mère Michel, ce qui est plutôt inattendu sur la scène de l’Opéra Comique. Ce n’est pas la seule adjonction : les enfants de Médée prennent également à plusieurs reprise la parole pour dénoncer leur père violent. Au-delà du fait qu&rsquo;elles nous ont semblé surnuméraires et n’apporter que peu au mythe, ces interventions viennent parasiter l’action, voire se surimprimer sur la musique.</p>
<p>Un autre reproche serait l’hystérisation et le manque de nuances dans le propos : les hommes sont ici tous des porcs, que ce soit Jason, Créon ou leur suite. Pêle-mêle, on assiste à des viols en direct à l’acte 2, dont celui de Néris (bien que l’on n&rsquo;ait pas forcément toujours l’image, nous avons droit au son). De même, Jason et Créon ne semblent pas capables de réprimer leurs pulsions, pelotant ou violentant systématiquement tout personnage féminin à leur portée. Le message est clair : tous des ordures !</p>
<p>Cependant, au-delà du caractère (très) appuyé des messages, on reconnaît l’intelligence et la finesse de la direction d’acteurs. Pour ne citer qu’un exemple, l’image de Médée, tournant sur elle-même et jetant à la figure de Dircé et de Jason les pétales de fleur à la sortie de leur mariage à la fin de l’acte 2 est d’une grande puissance. De même le fait de montrer l’acte 1 au travers du regard des enfants (grâce notamment aux caméras filmant en direct) est original et apporte une perspective nouvelle sur les rapports des personnages.</p>
<p>Cela étant dit, courez à l’Opéra Comique, ou à l’Opéra de Montpellier du 8 au 13 mars 2025, qui coproduit le spectacle, ne serait-ce que pour découvrir la version originale de la <em>Médée</em> de Cherubini et pour écouter la distribution de haut vol.</p>
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		<title>HAENDEL, Hercules &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-hercules-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre oratorio et opera seria, le Hercule de Haendel est une partition très riche, composée à Londres en 1744 mais remaniée à deux reprises en 49 et 52, sans doute parce que la première version avait été un échec. Nonobstant le titre, le rôle central de l’intrigue, un terrible drame de la jalousie, est Déjanire, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre oratorio et <em>opera seria</em>, le <em>Hercule</em> de Haendel est une partition très riche, composée à Londres en 1744 mais remaniée à deux reprises en 49 et 52, sans doute parce que la première version avait été un échec. Nonobstant le titre, le rôle central de l’intrigue, un terrible drame de la jalousie, est Déjanire, l’épouse du Héros. Croyant son époux amoureux de la belle captive Iole, elle lui fait endosser la tunique de Nessus, sensée ranimer les flammes de l’amour, mais le malheureux Hercules périt dans les flammes de cet embrasement. En fait, c’est le fils d’Hercules, Hyllus, qui était épris de la belle et qui finira par l’épouser sur ordre de Jupiter.<br />
Une telle intrigue, digne des plus beaux peplums, est propice au déploiement d’une très riche veine dramatique tantôt vécue par les personnages et tantôt racontée par eux, que la somptueuse musique de Haendel illustre admirablement, à grand renfort de chœurs.</p>
<p>Les quatre solistes principaux réunis pour cette version de concert ont livré jeudi une prestation de très haut niveau : la mezzo suédoise <strong>Ann Hallenberg</strong> (Déjanire) éblouit par l’intensité dramatique qu’elle insuffle au rôle, la rigueur de sa technique, infaillible dans les airs à vocalise, et la maîtrise totale dont elle fait preuve tout au long des presque trois heures de la représentation. La voix est chaude, souple, d’une grande richesse de couleurs, pleine d’énergie et l’interprétation musicale, conduite avec intelligence, ménage des effets spectaculaires, culminant dans un impressionnant air de folie, mais aussi des moments d’humour ou de grande tendresse reflétant la complexité du rôle.</p>
<p>Dans le rôle d’Hercules, la basse <strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> est lui aussi très impressionnant. Né à Clermont-Ferrand au sein d’une famille d’origine anglaise, ce musicien complet fait depuis une vingtaine d’années une fort belle carrière, tant à la scène qu’en récital. La voix est tout à fait spectaculaire, avec des profondeurs insondables, une grande réserve de puissance, et il parvient à donner au rôle ce qu’il faut de brutalité pour refléter le caractère un peu obtus du personnage d’Hercules, chef de guerre peu enclin à l’introspection.</p>
<p>Dans une tout autre veine, mais parfaitement bien distribué également, le jeune ténor <strong>Guy Elliott</strong> tient très dignement le rôle d’Hyllus, le fils d’Hercules secrètement amoureux de la belle captive. Fruit de l’enseignement du <em>Royal College of Music, c</em>e musicien raffiné livre une interprétation empreinte d’une grande dignité conduite avec beaucoup de classe.</p>
<p>Un peu en retrait sur ses camarades, la soprano ukrainienne <strong>Iryna Kyshliaruk</strong>, formée quant à elle au CNSM de Paris, déploie une fort jolie voix et une technique maîtrisée, mais manque un peu de force dramatique face à la partition.</p>
<p>A la tête de son orchestre Opera Fuoco et du remarquable Chœur de chambre de Namur qui chante ici chez lui, <strong>David Stern</strong> se montre attentif à tous les détails sans jamais perdre le fil conducteur de la partition ni le sens dramatique du livret&nbsp;; tout cela est certainement le fruit d’un long travail de préparation qui conduit à une très intime connaissance de l’œuvre et de la musique de Haendel en général, pour le plus grand plaisir du public namurois, qui ne mesure peut-être pas la chance qu’il a de recevoir chez lui des productions d’un tel niveau&nbsp;!</p>
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		<title>PUCCINI, La Bohème &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La peur de l&#8217;hiver, de la maladie et de la misère n&#8217;a peut-être pas trouvé d&#8217;expression plus émouvante que dans le destin de Mimi, cette grisette de l&#8217;opéra puccinien, qu&#8217;un Baudelaire aurait pu aimer, lui qui redoutait tant d&#8217;entendre « tomber avec des chocs funèbres / Le bois retentissant sur le pavé des cours.» juste &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La peur de l&rsquo;hiver, de la maladie et de la misère n&rsquo;a peut-être pas trouvé d&rsquo;expression plus émouvante que dans le destin de Mimi, cette grisette de l&rsquo;opéra puccinien, qu&rsquo;un Baudelaire aurait pu aimer, lui qui redoutait tant d&rsquo;entendre « tomber avec des chocs funèbres / Le bois retentissant sur le pavé des cours.» juste avant la froide saison (dans « Chant d&rsquo;automne &#8211; I »). Et justement dans l&rsquo;atelier où le poète Rodolfo et le peintre Marcello grelottent, il n&rsquo;y a pas de bûches dans le poêle à bois, tel qu&rsquo;ont pu peut-être le vivre les artistes de la <em>Scapigliatura</em>, cette version italienne de la bohème parisienne. Succès jamais démenti donc d&rsquo;une œuvre lyrique qui met en scène les tourments et bonheurs de la bohème artistique de 1830, justement choisie par le directeur musical de l&rsquo;<strong>Orchestre national de Lille</strong> pour ses adieux aux musiciens et au public (enthousiaste) lors des traditionnelles <strong>Nuits d&rsquo;été</strong> de juillet. Dans la salle du Nouveau Siècle construite il y a une quarantaine d&rsquo;années pour l&rsquo;ONL, le public (par sa composition sociale large et sa venue en nombre) montre bien que depuis 2016, <strong>Alexandre Bloch</strong> a su faire prospérer et évoluer le legs du chef fondateur <strong>Jean-Claude Casadesus</strong>.&nbsp;</p>
<p>Pour cette dernière soirée lilloise et puccinienne, <strong>Alexandre Bloch</strong> a encore fait le choix cette année d&rsquo;une production aussi luxueuse en ce qui concerne sa distribution qu&rsquo;elle est modeste en termes de coût pour la réalisation scénique, traçant une des voies possibles de l&rsquo;opéra de demain, pour un résultat clairement satisfaisant. Grâce à la création visuelle de <strong>Grégoire Pont</strong> associant vidéo, lumières, effets numériques, au prêt d&rsquo;éléments de décors et de costumes de l&rsquo;Opéra de Lille, et à une mise en espace associant le public et les artistes (chœurs et figurants se déplaçant dans toute la salle), l&rsquo;atelier, le Café Momus, la Barrière d&rsquo;Enfer se matérialisent en une proposition facilement lisible, colorée et poétique, laissant toute la place à la musique et aux chanteurs. Des chanteurs qui, par leur jeunesse et leur complicité souriante, semblent incarner un quatuor idéal. Première déception,<strong> Pene Pati</strong> n&rsquo;est pas en forme, et son premier air (« Che gelida manina ») manifeste rapidement des faiblesses dans la conduite de la ligne et dans l&rsquo;émission des aigus, à la limite du chevrotant (à l&rsquo;acte I). De loin en loin, la beauté du timbre rayonnant et la vaillance évoquent irrésistiblement Pavarotti, et le chanteur que le ténor samoan peut être. Mais pour cause de fatigue (et de bravoure mal maîtrisée ?), la projection est médiocre, les passages de registres aléatoirement négociés –&nbsp;au contraire du Marcello de <strong>Thomas Doliè</strong>, magnifique de bout en bout. Le baryton offre un chant plein à la sonorité brillante, une diction de grande classe et le couple qu&rsquo;il forme avec la Musetta de <strong>Magali Simard-Galdès</strong>, rossignol piquant et sensuel à souhait (« Quando m&rsquo;en va soletta per la via ») aux interventions parfaites entre légèreté et émotion (à l&rsquo;acte IV), est galvanisant au possible dans son contraste attendu avec celui de Rodolfo et Mimi.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/53837955328_e204c46128_w-2.jpeg" alt="" class="wp-image-168061" width="621" height="413"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p>La Mimi de <strong>Nicole Car</strong> hausse le niveau général dès son entrée, et particulièrement celui de <strong>Pene Patti, </strong>en duo ou en quatuor (« Addio, dolce svegliare »). Elle connaît les tours et détours de ce rôle et son chant en magnifie le lyrisme humble (« Mi chiamano Mimi »). La beauté grave de son timbre, ses inflexions subtiles impeccablement réglées par une émission large passant un orchestre parfois envahissant et son charisme scénique en font une interprète de choix. Le Schaunard de <strong>Francesco Salvadori</strong> ne se démarque guère (mais il a peu à chanter). A contrario le Colline d&rsquo;<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> est généreux, d&rsquo;une égale efficacité durant la soirée. Il obtient fort légitimement les acclamations du public avec sa « Chanson du manteau » (acte IV). <strong>Marc Labonnette</strong> est un formidable Benoît, tout comme un Alcindoro burlesque, et <strong>Abel Zamora</strong> un Parpignol ne contribuant pas peu à la réussite de ce deuxième acte entraînant et gai. Enfin, la direction très particulière d&rsquo;<strong>Alexandre Bloch</strong> a pu parfois surprendre par une agogique du discours peut-être peu entendue jusqu&rsquo;ici. Selon les climats à faire naître, très (trop ?) énergique, puis lent jusqu&rsquo;à sembler énoncer (trop ?) analytiquement les notes des motifs colorant les personnages et les formules des passages purement orchestraux dans une esthétique résolument impressionniste, il conduit un orchestre très vivant et expressif, jusqu&rsquo;à la conclusion <em>tutta forza</em> d&rsquo;une œuvre qui arracherait des larmes à un roc avec son irrésistible finale.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-lille/">PUCCINI, La Bohème &#8211; Lille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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