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	<title>Elia FABBIAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Elia FABBIAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Caen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-caen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un coup de cafard ? Hop, un vieux vinyle du Falstaff de Toscanini sur la platine, et ça repart ! Il faut dire que les qualités musicales de l’œuvre, quand elle est bien dirigée, restent magiques. Grâce à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg et à son chef Antonello Allemandi, on se laisse emporter en confiance par l&#8217;irrésistible impétuosité &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un coup de cafard ? Hop, un vieux vinyle du <em>Falstaff</em> de Toscanini sur la platine, et ça repart ! Il faut dire que les qualités musicales de l’œuvre, quand elle est bien dirigée, restent magiques. Grâce à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg et à son chef <strong>Antonello Allemandi</strong>, on se laisse emporter en confiance par l&rsquo;irrésistible impétuosité du flot musical : tempi parfaitement en adéquation, lecture fine et bonne cohésion entre la fosse et le plateau, bref, une excellente exécution qui enchante les spectateurs des villes coproductrices du spectacle, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-lille/">Lille</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/">Luxembourg</a>, et donc ce soir Caen.</p>
<p>L’œuvre se prête facilement, contrairement à d’autres, à des transpositions qui – pourvu qu’elles soient drôles et bien en situation –, sont tout à fait admissibles. C’est ainsi que l’on a vu par le passé un Falstaff déguisé en coq <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-massy-chicken-run/">se pavaner parmi les poules de sa basse-cour</a>, un autre confronté aux <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-garsington-sister-suffragette/">suffragettes de l’époque victorienne</a>, un autre encore chez <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-chez-douglas-sirk/">Douglas Sirk</a>… Ce soir, <strong>Denis Podalydès</strong> a choisi le cadre d’un l’hôpital. Falstaff, en surpoids chronique, est contraint de se faire soigner et même opérer, mais ce lieu clos, quasi carcéral, ne l’empêche pas, bien au contraire, de tenter de nouvelles conquêtes dans la gent féminine hospitalière. Bien sûr, le décor est froid et impersonnel, comparé à l’auberge de la Jarretière, à l’hôtel particulier de Ford ou surtout à la forêt de Windsor, mais les choses fonctionnent plutôt bien, comme notamment la scène du dernier acte où Falstaff, sous l’emprise de l’anesthésie (et peut-être aussi d’une bonne dose de morphine ?) rêve à la concrétisation de sa conquête finale d’Alice, qui se matérialise sous nos yeux dans une étonnante danse onirique ; et à la fin quand Falstaff est enfin libéré de sa bedaine, devenue boule lumineuse qui va se perdre dans les cintres au milieu d’une joyeuse hilarité générale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1294" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FALSTAFF-6.jpg" alt="" class="wp-image-152821"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Grand Théâtre de Luxembourg / Alfonso_Salgueiro</sup></figcaption></figure>


<p>Vocalement parlant, l’ensemble est d’une grande unité, et globalement d’une grande égalité. Falstaff est interprété par <strong>Elia Fabbian</strong>, qui remplace Tassis Christoyannis accidenté. Son Falstaff roublard et bien en voix, même s’il manque parfois un peu de finesse, est bien dans la tradition, à laquelle s’ajoute sa position de malade hospitalisé : ainsi mis en état de faiblesse, il doit ruser sans cesse pour essayer d’arriver à ses fins, et puiser pour cela dans ses dernières forces. On retrouve bien le personnage créé par Orson Welles – lui-même malade – dans son film, qui a inspiré le metteur en scène. Sans que le point de vue humoristique soit gommé, le côté émouvant de ce personnage d’une immense naïveté reste donc sous-jacent. On n’en éprouve pas pour autant plus de sympathie pour le bonhomme, mais on compatit néanmoins à la grande cruauté de tout ce qui lui est infligé, ici d’une manière particulièrement appuyée.</p>
<p>Autour de lui gravite tout une pléiade d’excellents chanteurs. <strong>Gezim Myshketa</strong> a une voix idéale pour Falstaff, mais pour le moment chante Ford, dont contrairement à beaucoup d’autres, il n’accentue pas le côté désespéré de son air, le tirant plus vers un humour désabusé. <strong>Kevin Amiel</strong> chante d’une voix bien timbrée un Fenton ahuri dont Nanetta fera ce qu’elle voudra. <strong>Luca Lombardo</strong> en Dr. Cajus est rendu plus crédible par le cadre hospitalier où il trouve un véritable emploi. Quant à <strong>Loïc Félix</strong> et <strong>Damien Pass</strong> (Bardolfo et Pistola), ils complètent parfaitement le groupe masculin. À noter l’excellente prononciation de tous, qui rend audible tout le texte.</p>
<p>Du côté des joyeuses commères, on remarque particulièrement la Meg Page de <strong>Julie Robard-Gendre</strong>, dont la belle voix de mezzo redonne à ce personnage souvent un peu sacrifié toute son importance, ce qui rend les ensembles mieux équilibrés. <strong>Silvia Beltrami</strong> est une Mrs. Quickly dans la grande tradition des Fedora Barbieri et Jocelyne Taillon, et <strong>Clara Guillon</strong> une Nanetta décidée émettant des sons filés de toute beauté. Enfin Alice Ford est interprétée par <strong>Gabrielle Philiponet</strong>, qui mène fort bien, comme il est de règle, le jeu et toute la bande. La voix est belle, l’actrice très efficace, et le personnage tout à fait crédible. Pour revenir à l’ensemble féminin, il est dommage que celui-ci manque parfois un peu de précision et de cohésion, petit bémol qu’il serait facile de corriger.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-caen/">VERDI, Falstaff &#8211; Caen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque fois qu’il m’est donné d’assister à une représentation de Falstaff, je me fais la même réflexion : pourquoi Verdi, après avoir produit tant de chefs-d’œuvre, en particulier dans le registre dramatique (on pense en particulier à Don Carlo ou Othello) s’est-il commis à cette mascarade, cette comédie légère avec si peu de substance ? Et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chaque fois qu’il m’est donné d’assister à une représentation de Falstaff, je me fais la même réflexion : pourquoi Verdi, après avoir produit tant de chefs-d’œuvre, en particulier dans le registre dramatique (on pense en particulier à <em>Don Carlo</em> ou <em>Othello</em>) s’est-il commis à cette mascarade, cette comédie légère avec si peu de substance ? Et quelle mauvaise farce il a fait, tant vis à vis des chanteurs que vis-à-vis du public, en leur laissant pour testament une partition aussi difficile dans son exécution, pour de si pauvres enjeux émotionnels ?</p>
<p>Reprise d’une production présentée ce dernier printemps à l’opéra de Lille, le <em>Falstaff</em> mis en scène par Denis Podalydès fait étape cette semaine à Luxembourg pour trois représentations, dans la très belle grande salle des Théâtres de la Ville.</p>
<p>Passé maître dans l’art de ficeler des mises en scènes pleines de sens, bien huilées, où alternent les moments de virtuosité scénique et les moments d’émotion, le metteur en scène <strong>Denis Podalydès,</strong> en duo avec son complice scénographe <strong>Eric Ruf</strong> a visiblement pris beaucoup de plaisir en s’attaquant au <em>Falstaff</em> de Verdi (qui, sous le titre des <em>Joyeuses commères de Windsor</em> est aussi une comédie de Shakespeare, ne l’oublions pas), en donnant beaucoup de relief à sa dimension cocasse, démesurée, truculente, en respectant les épisodes surnaturels de la partition, tout en réservant de très beaux moments d’humanité, d’émotion sincère et une grande indulgence pour les faiblesses des hommes. Parallèlement, la mise en scène souligne fort à propos la force des femmes lorsqu’elles s’allient entre elles face à des hommes gonflés de suffisance, de nombrilisme et de bêtise.</p>
<p>C’est déjà en soi une performance, qui donne consistance à la pièce et produit un spectacle agréable, souvent drôle et plein d’humanité.</p>
<p>Toute l’action, ou presque, se passe à l’hôpital. Falstaff est alité pour cause d’obésité, entouré de ses deux comparses comme un Christ au Golgotha, et les quatre femmes de la distribution sont devenues quatre infirmières qui s’occupent de ces messieurs. Le Docteur Cajus est rendu à son rôle de médecin et tout cela fonctionne admirablement bien.</p>
<p>Les décors assez beaux malgré la dimension aseptisée des lieux, sont faits de grands voilages à l’italienne joliment éclairés et le mobilier se réduit aux nécessités du lieu : des lits, des tables de chevet et des chariots roulants. Une fois passée la surprise d’une telle transposition, l’action s’impose facilement et trouve sa justification tout au long de la pièce. Le rythme des déplacements des personnages est bien réglé, parfois chorégraphié avec la précision d’un ballet, l’humour un peu potache n’est jamais loin. La mise en scène réussit à caractériser chaque personnage, en partie grâce aux costumes de <strong>Christian Lacroix</strong>, tirant bien souvent sur la caricature. Le deuxième acte, divisé en plusieurs tableaux distincts nous transporte dans la buanderie de l’hôpital, lieu parfait pour l’épisode du panier à linge dans lequel se réfugie notre héros, qui finira dans les marais de la Tamise. Sauvé de la noyade par son obésité même, Falstaff aborde le troisième acte vêtu d’un vêtement simulant une maladive abondance de rondeurs ; le corps nu du héros déchu sur le billard des chirurgiens, à la fin de la pièce, est un véritable tour de force de costumier et de metteur en scène, qui exprime les immenses misères de l’obésité et provoque dans le même temps un effet burlesque du plus grand comique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Falstaff-General-rehearsal-58-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-151784"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Elia Fabbian, Falstaff © DR</sup></figcaption></figure>


<p>Hélas, tout le bien qu’on trouve à dire de cette mise en scène doit être relativisé à l’aune de la performance musicale, pas toujours satisfaisante. <em>Falstaff</em>, on le sait, est une partition périlleuse, qui contient de nombreux passages pour ensembles vocaux, très difficiles à mettre en place, au cours desquels les chanteurs ont mille occasions de se perdre, et qui ici sont abordés avec une grande confusion. On peut dire que dès qu’il y a plus de quatre voix simultanées, on perd le sens du discours musical tant la réalisation est approximative, tant les décalages sont grands avec l’orchestre, même si tout cela tend à être masqué par une bonne humeur générale et des effets de théâtre qui distraient l’oreille. Les performances individuelles des chanteurs, pourtant, sont de meilleure qualité, dans une distribution relativement homogène. Accidenté, Tassis Chriostoyannis, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-lille/">qui chantait le rôle-titre à Lille</a>&nbsp;a cédé sa place à <strong>Elia Fabbian</strong>, voix profonde mais sans grand caractère, ce qu’il compense par une excellente performance d’acteur et un bel engagement scénique. Le plus percutant, parmi les rôles masculins est le Ford de <strong>Gezim Myshketa</strong>, voix chaude et enveloppante qui constitue une sorte de contrepoids raisonnable aux excentricités de Falstaff. Bardolfo et Pistola (respectivement <strong>Loïc Félix</strong> et <strong>Damien Pass</strong>) tirent leur épingle du jeu honorablement. Globalement, la distribution féminine est de meilleure qualité&nbsp;: <strong>Silvia Beltrami</strong> est tout à fait convaincante dans le rôle de Mrs Quicky, excellente diction et grande précision vocale, et <strong>Gabrielle Philiponet </strong>s’impose facilement dans celui de Alice Ford, pleine de malice et d’intelligence. <strong>Julie Robard-Gendre</strong> campe Meg Page avec un peu de raideur, sans doute voulue par la mise en scène, mais une belle aisance vocale. Le couple Nanetta, <strong>Clara Guillon</strong> – Fenton <strong>Kevin Amiel</strong>, deux jeunes chanteurs pleins de talent qui accumulent les succès sur les scènes françaises, s’impose par la candeur des deux rôles et le charme de leurs voix qui s’accordent très heureusement. D’où vient, dès lors, que lorsqu’ils chantent tous ensemble, ces honnêtes musiciens ne donnent à entendre qu’un discours indistinct, incompréhensible et confus ? Manque de travail ou de temps de répétition avec l’orchestre de Luxembourg ? Accidents liés au stress de la première ? Ou est-ce que, définitivement, ces parties-là de la partition sont inchantables ? &nbsp;Le mystère reste entier.&nbsp;</p>
<p>Dans la fosse, le chef <strong>Antonello Allemandi</strong> tente de dominer tout ce beau monde et de suivre les inflexions d’une mise en scène qui bouge beaucoup tout en respectant la rigueur due à la partition. L’orchestre de Luxembourg se montre un peu sage et un peu prudent, peu enclin au lyrisme, mais le public semble néanmoins fort heureux de sa soirée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/">VERDI, Falstaff &#8211; Luxembourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Busseto (Festival Verdi)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-busseto-festival-verdi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 23:20:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut aller au Festival Verdi si l’on veut voir des opéras dans quelques-uns des plus petits théâtres au monde. Nabucco à Fidenza – 400 places – et, plus modeste encore, Falstaff à Busseto – 300 places. Au risque d’une inévitable frustration. L’exiguïté de la fosse a obligé la révision du dernier chef d’œuvre de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut aller au Festival Verdi si l’on veut voir des opéras dans quelques-uns des plus petits théâtres au monde. <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-fidenza-festival-verdi/">Nabucco</a></em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-fidenza-festival-verdi/"> à Fidenza</a> – 400 places – et, plus modeste encore, <em>Falstaff</em> à Busseto – 300 places. Au risque d’une inévitable frustration. L’exiguïté de la fosse a obligé la révision du dernier chef d’œuvre de Verdi pour une formation de chambre, une dizaine d’instrumentistes dirigés par <strong>Alessandro Palumbo</strong>, auxquels il incombe de restituer le miroitement orchestral de la partition. Mission impossible, si habile soit l’arrangement réalisé par le maestro. L’orchestre grince, gratte, coince en dépit d’une mécanique rythmique habilement huilée – ce qui représente en soi un exploit dans une œuvre réglée comme une horloge infernale, avec ses incessants changements de tempo et ses ensembles à large échelle.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Manuel Renga</strong> respecte la lettre du livret transposé dans des <em>fifties</em> mohair et tartan. Certaines situations sont mieux traduites que d’autres – le finale du 2<sup>e</sup> acte rate son effet – mais le travail de caractérisation des personnages aide la comédie à remplir son office. Cette recherche de vérité comique se traduit également dans l’expression des visages, que la proximité de la scène aide à mieux percevoir.</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/falstaff2-3-1294x600.jpg" /> © Roberto Ricci</pre>
<p>Commères et compères de Windsor s’ébrouent avec un bonheur variable qui ne tient pas à l’importance de leur rôle. Au contraire même si l’on en juge à l’efficacité des<em> comprimari</em> : Bardolfo (<strong>Roberto Covatta</strong>), Pistola (<strong>Andrea Pellegrini</strong>), Dr Cajus (<strong>Gregory Bonfatti</strong>), et même Meg (<strong>Shaked Bar</strong>) que l’on a rarement vue aussi présente, tous investis d’une parole verdienne qu’ils propagent joyeusement articulée, timbrée, projetée– même si la taille du théâtre rend secondaires les questions de puissance. Les protagonistes laissent une impression plus mitigée, à commencer par <strong>Elia Fabbian</strong>, Falstaff tonitruant frelaté par les problèmes de justesse et une tendance à la monochromie quand la fantaisie du <em>Pancione </em>aime au contraire s’épancher en une large variété de couleurs. <strong>Vassyli Solodkyyi </strong>ne parvient pas à adapter une émission trop franche à la grâce et la légèreté de Fenton. Le baryton d’<strong>Andrea Borghini </strong>flotte dans le costume de Ford. Les soupçons du mari trompé, ses angoisses, sa colère se dissolvent dans l’eau tiède d’un chant qui voudrait plus de charpente et d’ampleur ; et Alice selon <strong>Ilaria Alida Quilico</strong> pâtit de trop de duretés.</p>
<p>Restent les aigus filés, tenus, enflés, diminués de <strong>Veronica Marini </strong>en Nanneta et les « Reverenza » débarrassés de leur empois par <strong>Adriana Di Paola</strong>. Cette Quickly ne ferait sans doute pas le même effet dans un théâtre plus vaste mais telle que brossée dans le bon sens du poil par la mezzo-soprano italienne – malicieuse, intrigante, élégante presque –, elle rafle la mise.</p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, Tosca — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-liege-du-bon-du-vieux-du-solide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Nov 2018 06:09:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les spectateurs allergiques au Regietheater seraient bien inspirés de faire un petit crochet par Liège. L’Opéra royal de Wallonie propose en ce moment une Tosca qui s’en tient presque à la lettre du livret. La chose est devenue suffisamment rare sur les scènes lyriques pour être soulignée. Claire Servais ne cherche pas midi à 14h, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les spectateurs allergiques au Regietheater seraient bien inspirés de faire un petit crochet par Liège. L’Opéra royal de Wallonie propose en ce moment une<em> Tosca</em> qui s’en tient presque à la lettre du livret. La chose est devenue suffisamment rare sur les scènes lyriques pour être soulignée. <strong>Claire Servais </strong>ne cherche pas midi à 14h, et choisit de faire pleine confiance au texte de Giacosa et Illica : l’église San Andrea della Valle (encore qu’on lui ait adjoint le choeur de Saint-Pierre), le Palais Farnèse et le Château Saint-Ange sont bien les lieux de l’action, et les protagonistes sont en costumes d’époque, élégamment stylisés. Aucune relecture ne vient s’interposer entre le texte de l’opéra et l’auditeur. Mais on aurait tort d’assimiler une si étroite fidélité à une absence de vision ou a un manque de créativité. Elle témoigne d’abord d’une haute estime du texte poétique et musical, et elle utilise adroitement les ressources de la scénographie moderne pour construire un propos personnel. Les éclairages d’abord. Que la lumière vienne du fond de l’église, de derrière le gigantesque crucifix qui orne le bureau de Scarpia, de la chambre de torture dont on entrouvre la porte, ou encore qu’elle colore de mille façons les cieux de Rome, elle signifie toujours quelque chose. Idem avec certains choix de décors ou d’accessoires. L’idée de reproduire le choeur de Saint-Pierre au premier acte n’est pas qu’une prouesse esthétique. C’est souligner à bon escient l’implication de l’Église entière dans le système répressif de l’époque. Les gravures de Goya et Callot sur les malheurs de la guerre dans le bureau du Palais Farnèse, en plus d’être d’une beauté à couper le souffle, universalisent le propos sur la malignité de l’homme pour ses semblables, et complètent le portrait de Scarpia comme le type achevé du sadique. La sobriété du Château Saint-Ange, avec ses murs nus et sa sculpture du Bernin qui n’apparait qu’à la toute fin hisse Tosca du mélodrame (où beaucoup ont voulu la confiner) à la tragédie (ce qu’elle est sans doute). Bref, Claire Servais est parvenue à faire du traditionnel signifiant ce qui n’est pas un mince compliment à notre époque.</p>
<p><img decoding="async" alt="" src="/sites/default/files/styles/large/public/maitrise_-_l._kubla_c_opera_royal_de_wallonie-liege.jpg?itok=-46vhNKw" title="Opéra royal de Wallonie" /><br />
	© Opéra royal de Wallonie</p>
<p>Elle doit hélas compter avec des chanteurs qui ne privilégient pas vraiment l&rsquo;art de la scène. Mis à part un Scarpia qui joue le jeu à fond et révèle un instinct scénique exceptionnel, les artistes se laissent peu diriger, portent la main sur leur coeur mettent le genou en terre ou lèvent les yeux vers le ciel à la moindre occasion. Du coup, le théâtre de grand-père menace plus d’une fois de revenir, et de mettre à néant les efforts de la régisseuse, à l’exception notable de l’acte II, où Scarpia occupe une place centrale, et semble communiquer son sens de la gestique à ses partenaires.</p>
<p>Scarpia, qui en plus d’être le meilleur acteur de la distribution, se paye le luxe d’être le grand triomphateur vocal de la soirée. <strong>Elia Fabbian</strong> surprend d’abord. Son « Un tal bachano in chiesa » est jeté comme un coup de fouet, sans moelleux, sans aucun des « trucs » qu’y mettent ses collègues pour déjà révéler les possibilités de leurs voix. Il continue sur sa lancée avec une deuxième moitié du premier acte donnée avec une extrême sécheresse, sans jamais allonger la note, avec un refus obstiné du bel canto. On a connu des titulaires du rôle plus enjôleurs, on en a rarement vu de plus féroces. La voix, d’une noirceur extrême, se veut l’exact reflet de l’âme. Puisque le personnage est maléfique, son timbre sera effrayant. Une impression qui se confirme ensuite : le baryton prend possession de la scène avec une gourmandise perverse, et le plaisir qu’il prend à torturer Cavaradossi et à pousser Tosca dans ses derniers retranchements est audible. Certes, les décalages avec la fosse sont nombreux, le chef <strong>Gianluigi Gelmetti</strong> ayant tendance à allonger la ligne quand il peut faire plus « lyrique ». Mais Fabbian reste fidèle à sa conception et ne verse jamais dans le joli ou l’anecdotique.</p>
<p>Aussi satisfaisante sur le plan vocal mais plus placide scéniquement, <strong>Tiziana Caruso</strong> pourrait bien devenir une des grandes titulaires du rôle. Elle en a l’étoffe. La voix est belle et charnue, et elle affronte avec la même vaillance les effusions lyriques de son duo avec Mario que les cris d’horreur face au supplice de son amant. Elle ne détimbre jamais, gère l’effort sur le long terme, et offre un « Vissi d’arte » parfait de justesse et d’émotion, avant d’enchainer sur un acte III où elle ne montre aucun signe de fatigue. Chapeau !</p>
<p>Le cas de <strong>Marcello Giordani</strong> est plus problématique. Son « Recondita armonia » fait craindre le pire : la justesse est aléatoire, le vibrato affreux et les aigus passés en force. Certes, le charisme d’un artiste qui fit les beaux soirs du Met et de la Scala est intact, et il remplit sans peine tout le volume de l’opéra de Liège, jusqu’aux derniers rangs du troisième balcon. Mais à quel prix, en termes de ligne, d’enlaidissement dans l’effort, voire de fausseté. Le deuxième acte le montre plus assuré, encore que ses « Vittoria ! » déçoivent. Le troisième nous fait d’abord croire à une totale déconfiture, avec un « E lucevan le stelle » chanté en falsetto (!) et pris par en-dessous, avant que le ténor ne se ressaisisse par miracle et nous offre un dernier duo avec Tosca digne des riches heures de son passé. Etrange animal en vérité, bien difficile à évaluer sur le long terme, et auquel on accordera le bénéfice du doute d’un soir « sans ».</p>
<p>Tous les petits rôles sont bien tenus, avec une mention particulière pour le Sacristain finement dessiné de <strong>Laurent Kubla </strong>et le Geôlier incroyablement charbonneux de<strong> Pierre Gathier</strong>. Les choeurs et la maitrise de l’opéra royal de Wallonie sont heureux de briller de tous leurs feux, et l’orchestre maison, sous la baguette attentive de Gianluigi Gelmetti, se tire plutôt bien des pièges d’une écriture torrentielle. Certes, on n’aura pas ici tous les arrière-fonds qu’y mettaient un Sinopoli, un Karajan ou un Colin Davis, mais la qualité des textures et la vigueur des rythmes sont bien là.</p>
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		<title>Cavalleria rusticana&#124;I pagliacci — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-pagliacci-strasbourg-strasbourg-cinecitta-a-lopera/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jun 2017 03:32:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant que le rideau se lève, les noms des œuvres barrent toute la scène, sur fond noir. Après qu’il se soit baissé, un générique de fin apparaît, remerciant Patrice Chéreau et listant tous les protagonistes de la production. A force de jouer partout et tout le temps (en France, pas si souvent que cela) Cavalleria &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Avant que le rideau se lève, les noms des œuvres barrent toute la scène, sur fond noir. Après qu’il se soit baissé, un générique de fin apparaît, remerciant Patrice Chéreau et listant tous les protagonistes de la production. A force de jouer partout et tout le temps (en France, pas si souvent que cela) <em>Cavalleria Rusticana </em>et <em>Pagliacci</em> ensemble, la tentation était grande d’en vouloir faire un seul opéra. <strong>Kristian Frédric</strong>, lui, veut en faire un seul film. Sa volonté d’unifier les deux pièces n’ignore certes par totalement la salle, notamment quand vient l’entracte, pendant lequel des bruits de travaux sont diffusés et les ouvreuses revêtent des casques de chantier matérialisant la transformation du bidonville de la première partie en HLM. Mais son inspiration puise, pour l’essentiel, dans des références cinématographiques. Si Godard a pu dire que « le cinéma est l’enfance de l’art », Kristian Frédric nous montre des enfants qui deviennent adultes, ou des adultes qui deviennent vieux, puisqu’avec lui, <em>Cavalleria Rusticana </em>et <em>Pagliacci</em> prennent place au même endroit, mais pas au même moment. « Les labours de la douleur », comme l’écrit le programme, nous emmène donc dans le sud de l’Italie, au début des années 1950 avec l’opéra de Mascagni : les baraques sont en tôle, la mafia rôde toujours, la force des traditions résiste encore face à une jeunesse sans dessein qui ne peut que se jeter dans l’alcool et le sexe. <em>Rebels without a cause</em>, ces jeunes ont cédé la place, 28 ans plus tard, au peuple de Leoncavallo, qui a donné à la sourde révolte de leurs aînés une matérialité plus substantielle : les immeubles sont en béton armé, les références aux brigades rouges et à l’assassinat d’Aldo Moro recouvrent les murs, les amours se lient et se délient de façon ostentatoire – et Silvio est le fruit de celles, tragiquement conclues, de Santuzza et Turiddu. Si, résumé ainsi en gros traits, tout cela peut sembler caricatural, la direction d’acteur tourne le dos à la facilité : de ce foisonnement de détails, de zooms et de contre-champs rappelant encore et toujours l’acuité d’une caméra, les personnages ne sortent jamais écrasés, mais révélés, ou à tout le moins dessinés avec une précision que ne renieraient pas quelques grands réalisateurs. C’est un Turiddu falot, qui ne sait que dire à Santuzza, qui tremble comme une feuille face à Alfio ; c’est Alfio, justement, puissant, entouré, mafieux, imbattable, que ce soit dans la lutte pour une femme ou dans la lutte pour sa vie ; c’est leur duel qui se termine dans une mare d’hémoglobine ; c’est Nedda, puits de sensualité inassouvie qui croit enfin trouver en Silvio l’amant qui pourra comprendre sa soif de liberté. Les protagonistes de ce cinéma réaliste n’ont, en définitive, rien de révolutionnaire ; c’est de nous les avoir rendu si familiers qui doit au contraire être porté au crédit de ce spectacle.</p>
<p class="rtejustify">Quand les acteurs deviennent chanteurs, cela devient parfois plus problématique. <em>Pagliacci </em>en sort gagnant, parce que Canio va mieux que Turiddu à <strong>Stefano La Colla</strong>, qui réalise tout de même ce soir un tour de force sans que jamais sa voix claire et puissamment projetée ne faiblisse, parce que <strong>Brigitta Kele </strong>est la plus sensuelle des Nedda, parce que <strong>Vito Priante</strong> lui apporte en Silvio une réplique idéale. Un peu fruste dans son fameux prologue, <strong>Elia Fabbian</strong> a été, dans <em>Cavalleria Rusticana</em>, un Alfio plus convaincant que la Santuzza de <strong>Géraldine Chauvet</strong>, émouvante dans sa passion éperdue, mais trop gênée par les aigus de sa partition. Et c’est surtout la très solide <strong>Stefania Toczyska</strong>, dans un rôle qu’elle a chanté à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cavalleria-rusticana-pagliacci-salzbourg-un-diptyque-bancal">Salzbourg auprès de Jonas Kaufmann</a>, à l’issue d’une immense carrière, qui ressort d’une distribution sans grand relief.</p>
<p class="rtejustify">Beaucoup de bonheurs musicaux ce soir seront à adresser du côté de la fosse, où officie<strong> Daniele Callegari.</strong> A la tête d’un Orchestre Philharmonique de Strasbourg absolument irréprochable, le chef italien explore les moindres recoins du drame sans s’autoriser trop d’affects. La substance des pièces, sous sa direction rigoureuse, ne se fait jamais lourde et ne perd à aucun moment sa tenue et sa consistance. Il fallait bien cela pour mettre en valeur des choristes totalement sollicités, et particulièrement brillants : on sait d’autant plus ce soir qu’un bon film n’existe pas sans une bande-son d’excellence !</p>
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		<title>VERDI, La traviata — Venise</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-traviata-venise-un-petit-bijou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 May 2016 05:46:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme La Bohème du Metropolitan Opera signée Franco Zeffirelli, La Traviata réalisée par Robert Carsen est devenue la production emblématique du Teatro La Fenice. Créée en novembre 2004, cette mise en scène atteignait ce soir sa 111e représentation, et 12 sont encore à venir avant la fin de la saison ! Nous avions déjà décrit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme<em> La Bohème</em> du Metropolitan Opera signée Franco Zeffirelli, <em>La Traviata</em> réalisée par<strong> Robert Carsen</strong> est devenue la production emblématique du Teatro La Fenice. Créée en novembre 2004, cette mise en scène atteignait ce soir sa 111e représentation, et 12 sont encore à venir avant la fin de la saison ! <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/spectacle/les-malheurs-de-ciofi">Nous avions déjà décrit en détail cette production lors d’une reprise précédente</a>. En résumé, l’œuvre est transposée dans le monde de la jet set branchée où Alfredo est un <em>paparazzo </em>et Violetta une prostituée de luxe. Visuellement superbe, soignée dans ses moindres détails théâtraux, la production de Carsen est tout de même extrêmement noire. A part Alfredo et Violetta, aucun des protagonistes ne semble intéressé par autre chose que l’argent et le pouvoir qu’il permet. Au risque d’être parfois en contradiction avec la musique quand il s’agit du Docteur Grenvil qui compte ses billets ou d’Annina qui part avec la fourrure de madame dès le décès de Violetta. Il reste néanmoins une mise en scène forte et homogène qu’on revoit avec plaisir.</p>
<p>Le rôle de Violetta Valéry est ici interprété par <strong>Jessica Nuccio</strong>, jeune chanteuse de 31 ans, et c’est une belle surprise : une voix ronde, riche en harmoniques, et une véritable personnalité artistique. Au premier acte, le soprano palermitain triomphe sans problème de la partie rapide de son grand air, avec une vocalisation parfaite, des aigus piqués sûrs, et un splendide contre mi bémol qu’on n’attendait pas d’une voix au timbre un peu sombre. Mais c’est surtout dans la partie lente que cette artiste montre l’intelligence de son interprétation, colorant les mots, offrant des <em>piani </em>superbes mais surtout « en situation ». C’est un chant où la technique est au service de l’interprétation. La suite nous confirmera la sensibilité de cette artiste, jusqu’à une scène de la lettre pleine d’émotion retenue, et une mort tout en finesse. Il lui manque seulement encore un peu de largeur et d’assise dans le grave pour donner toute sa force à des phrases comme « Amami Alfredo ». L’Alfredo d’<strong>Ismael Jordi </strong>commence à être bien connu. La technique est sure, le timbre ensoleillé et, si le suraigu est un peu serré, le ténor a quand même le mérite d’offrir la cabalette de son air et de la couronner d’un long contre-ut.  Jeune et mince, il est également un interprète crédible et séduisant, ce qui ne gâte rien. La voix d’<strong>Elia Fabbian</strong> montre des signes d’usure palpables en Germont (sa cabalette est d’ailleurs coupée pour cette nouvelle édition). Toutefois, ces défauts sont intelligemment utilisés pour humaniser son personnage, qu’il rend presque émouvant par sa maladresse plutôt que par une réelle méchanceté (ce qui diffère quelque peu du parti-pris matérialiste de la production). On ne citera pas l’ensemble des <em>comprimari </em>: ils sont tout simplement tous excellents. Les Chœurs du Teatro La Fenice<strong> </strong>font plaisir à entendre : une belle masse sonore homogène qui a d’autant plus de mérite à chanter avec un ensemble parfait que la mise en scène impose à chacun de ses membres un jeu spécifique (à titre d’exemple, quand les invités quittent la soirée de Violetta, l’une d’entre eux lui fait un signe de la main du type « On s’appelle ? »). Ainsi, les artistes du chœur ne constituent pas une foule anonyme, mais tout une série de personnalités différentes, ce qui contribue à rendre encore plus vivant ce spectacle.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="332" src="/sites/default/files/styles/large/public/traviata_fenice_3.jpg?itok=vp7Wtq6H" title="© Michele Crosera" width="468" /><br />
	© Michele Crosera</p>
<p>L’Orchestre du Teatro La Fenice connait sa partition sur le bout des doigts : l’exécution est parfaite, d’un niveau dépassant celui de bon nombre de salles internationales. Le jeune <strong>Francesco Ivan Ciampia</strong> aborde ce difficile chef d’œuvre avec une grande maturité. Les chanteurs ne sont jamais en danger, sans que la qualité de l’exécution orchestrale ne leur soit sacrifié. Ciampa maîtrise parfaitement l’arc dramatique de l’ouvrage et en maintient tout du long la tension, avec un respect du style verdien qui prend en compte sa composante belcantiste. </p>
<p>Pour l&rsquo;anecdote, signalons que La Fenice proposait la veille un <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/il-barbiere-di-siviglia-venise-un-peu-trop-sage">Barbiere du Siviglia</a>, </em>et l&rsquo;avant veille <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/la-favorite-venise-une-occasion-manquee"><em>La Favorite</em> </a>: 3 opéras différents en 3 jours, c&rsquo;est un sacré exploit !</p>
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		<title>MASCAGNI, L&#039;amico Fritz — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lamico-fritz-strasbourg-pour-bien-reussir-un-clafoutis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Oct 2014 04:43:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un clafoutis, ça n’a l’air de rien, mais il faut pour le réussir savoir choisir ses ingrédients. Les cerises sont essentielles, mais ce n’est pas tout. De L’amico Fritz, on connaît le fameux duo des cerises, à la rigueur « Son pochi fiori », mais qu’y a-t-il d’autre dans le deuxième opéra de Mascagni ? Il y a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un clafoutis, ça n’a l’air de rien, mais il faut pour le réussir savoir choisir ses ingrédients. Les cerises sont essentielles, mais ce n’est pas tout. De <em>L’amico Fritz</em>, on connaît le fameux duo des cerises, à la rigueur « Son pochi fiori », mais qu’y a-t-il d’autre dans le deuxième opéra de Mascagni ? Il y a d’abord une excellente pâte orchestrale, confectionnée avec une certaine dose d’invention : loin de répéter la recette qui lui avait valu un succès planétaire avec <em>Cavalleria rusticana</em>, le compositeur se risque à de tout autres saveurs. L’orchestre est ici léger, fruité, guilleret, avec un goût de vents très prononcé : il n’a à peu près rien d’alsacien, mais il inclut une forte touche tziganes, grâce au personnage de Beppe, le violoniste qui inspire à Mascagni de soudaines envolées instrumentales. Et il y a aussi l’intermezzo qui se prend très au sérieux, presque au tragique, alors qu’il n’y a justement ici rien de ce qui semble d’habitude nécessaire à la concoction d’un opéra digne ce nom : pas un seul mort quand le dernier acte se termine, pas une seule menace terrible suspendue au-dessus des têtes, rien qu’une toute petite intrigue légère comme un soufflé. <strong>Paolo Carignani</strong> prend bien soin de ne jamais s’appesantir, sa direction fait avancer l’œuvre à vive allure, et l’on en regretterait presque qu’elle ne s’alanguisse même pas un peu pour laisser aux protagonistes le temps de déguster ces cerises qu’ils grignotent ensemble.</p>
<p>A cette pâte il faut amalgamer les meilleurs fruits, car même si l’intrigue ne pèse rien, il faut quand même réunir un solide trio ou quatuor dans les rôles principaux. <strong>Brigitta Kele</strong> est une délicieuse Suzel, absolument dénuée de fadeur, comme pouvaient le laisser présager sa Musetta et surtout sa Nedda à Bastille, qualifiée de révélation par notre collègue Christian Peter : campée par la soprano hongroise, la toute jeune héroïne du roman d’Erckmann-Chatrian ne s’en laisse pas conter, car la voix possède de belles couleurs sombres et s’envole avec grâce dans l’aigu. <strong>Teodor Ilincai</strong>, en revanche, risque constamment de compromettre le délicat équilibre des saveurs car ce ténor, spécialiste des rôles pucciniens, a hélas tendance à pousser le son et à émettre tout en force ; le timbre est beau, mais bien trop appuyé. Heureusement, le baryton <strong>Elia Fabbian</strong> se montre bien plus délicat dans ses interventions, sonore juste comme il faut, avec le piquant nécessaire. De son côté, <strong>Anna Radziejewska </strong>est d’une aisance insolente dans son rôle travesti, auquel elle prête une voix solidement charpentée. Les trois autres personnages n’ont guère le temps de s’imposer car Mascagni les emploie surtout comme ingrédients complémentaires dans les ensembles : <strong>Mark Van Arsdale</strong> n’est pas très audible et son italien sonne très anglo-saxon, <strong>Sévag Tachdjian </strong>possède une voix plus savoureuse, et <strong>Tatiana Anlauf </strong>marque surtout par sa présence scénique.</p>
<p>Car il y a enfin, et peut-être surtout, l’artisan auquel on doit en grande partie ce succulent clafoutis : <strong>Vincent Boussard</strong>, qui sait à merveille éviter tous les écueils du trop cuit, du trop sec ou du trop sucré ; pas un instant il ne laisse retomber la pâte qui lève d’un bout à l’autre de la soirée. Dans un décor très sobre, avec un changement à vue qui surprend d’abord, les personnages évoluent avec une liberté comparable à celle des poules du deuxième acte. Rien de naturaliste cependant, malgré la présence de ces authentiques gallinacés, et le dernier tableau bascule dans l’onirisme ; après tout, Fritz extravague, dit le livret, ce qui justifie l’apparition spectaculaire de Beppe tombé des cintres, la métamorphose de David en diable tentateur et les projections qui dédoublent les personnages sur le mur du fond. Situés à l’époque de la création, les costumes de <strong>Christian Lacroix</strong> donnent des couleurs de pâte d’amande à Hanezò et Federico, placent clairement Caterina en Alsace et Beppe hors de tout conformisme bourgeois, et parent presque trop somptueusement Suzel lorsqu’elle vient à la ville. Mais l’on ne se plaindra pas que la mariée soit trop belle, ni le gâteau trop succulent. Tout cela est vivant, bouge constamment, et le plat est souvent relevé d&rsquo;une pointe d&rsquo;humour (ah, le retour des poules à la fin !). Encore une fois, merci Strasbourg !</p>
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