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	<title>Lukasz GOLINSKI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Lukasz GOLINSKI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Apr 2024 12:30:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lors de sa présentation l’an dernier à l’Opéra-comique, cette production avait laissé dubitatif notre distingué collègue Christian Peter, qui s’interrogeait sur le sens du changement d’époque d’un acte à l’autre, et sur son «&#160;minimalisme&#160;» (lançant l&#8217;hypothèse audacieuse, s’agissant d’une coproduction avec le très cossu Opéra de Zurich, d’un éventuel manque de moyens). Un Opéra de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lors de sa présentation l’an dernier à l’Opéra-comique, cette production avait laissé dubitatif notre distingué collègue <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-paris-opera-comique/">Christian Peter, qui s’interrogeait</a> sur le sens du changement d’époque d’un acte à l’autre, et sur son «&nbsp;minimalisme&nbsp;» (lançant l&rsquo;hypothèse audacieuse, s’agissant d’une coproduction avec le très cossu Opéra de Zurich, d’un éventuel manque de moyens). <br>Un Opéra de Zurich qui la propose à son tour ces jours-ci pour une série de douze représentations. Mise en scène identique mais plateau entièrement renouvelé. Avec notamment l’intérêt des débuts en Carmen de <strong>Marina Viotti</strong>, mais ce n&rsquo;est pas le seul.<br>On se permettra d&rsquo;être moins circonspect et de trouver la mise en scène d’<strong>Andreas Homoki</strong> des plus intéressantes, pour ne rien dire de la partie musicale sous la baguette de <strong>Gianandrea Noseda</strong> (mais la version de Paris dirigée par Louis Langrée était de ce point de vue déjà remarquable).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_003_c_monika_rittershaus-1024x681.jpeg" alt="" class="wp-image-159552"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Niveaux de lecture</strong></h4>
<p>Andreas Homoki part du constat que Bizet joue avec les codes de l&rsquo;opéra comique. Et que chaque numéro, puisque c&rsquo;est une œuvre « à numéros », joue sa propre partition dans un ensemble à plusieurs « niveaux de lecture ». Partant de là, les deux parties du spectacle, avant et après l&rsquo;entracte, seront très différentes d’esprit.<br />Au début, le plateau est nu, à l’exception d’une curieuse coquille dorée cachant le trou du souffleur. Au fond, un mur de briques noires, percé de six ouvertures verticales. <br />Pendant l’ouverture (très électrique sous la baguette de Gianandrea Noseda), descend alors des cintres un vaste rideau d’un beau rouge broché d’or, avec passementeries et franges dans le surabondant style tapissier qui faisait florès sous Napoléon III et perdurera sous la IIIe République. <br />Nous sommes le 3 mars 1875 (quatre ans après Sedan et la Commune de Paris) et entre en scène une cohorte de bourgeois très contents d’eux, en redingote pour les hommes et robes à poufs pour les dames (là encore folie tapissière). Cette foule enjouée commence à chanter le chœur : « Sur la place, chacun passe… » en fixant d’un regard moqueur l’orchestre et la salle à demi éclairée… « Drôles de gens que ces gens-là… ». L’un des aimables bourgeois sort du lot pour chanter qu’à la porte du corps de garde « on regarde passer les passants … » C’est Moralès, ou plutôt un pékin s’amusant à jouer Moralès, tandis que les autres jouent à être la foule des passants à Séville, comme dans l’opéra-comique dont ils ont envie de se divertir &#8211; et qui ne saurait être que dépaysant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_132_c_monika_rittershaus-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-160039"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Redingotes et robes à poufs</strong></h4>
<p>Apparaît aussi (« Regardez donc cette petite… ») une Micaëla qui, avec sa robe grisâtre et sa tresse, ressemble tellement à une caricature de Micaëla que ce ne peut être qu’un jeu. C’est <strong>Natalia Tanasii</strong>, qui sera un des grands bonheurs de la soirée, on y reviendra.<br>Tous disparaissent, le rideau aussi, et entre sur le plateau désert un homme en chemise et pantalon d’aujourd’hui. Un halo lui désigne sur le sol la partition de Carmen, il la feuillette, quand soudain surgit une cohorte de gavroches, qui piaillent «&nbsp;Avec la garde montante, nous arrivons, nous voilà…&nbsp;», se ruent sur l’homme, le jettent à terre et le déshabillent de sa chemise et de son pantalon, le laissant en teeshirt et caleçon. Retour des redingotes et du rideau, l’un des hommes apporte à Don José (on avait compris que c’est lui) un uniforme grisâtre, évoquant les douaniers suisses.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="625" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_007_c_monika_rittershaus-1024x625.jpeg" alt="" class="wp-image-159553"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Ces redingotes viennent voir les fameuses cigarières qui roulent les cigares sur leurs cuisses. Le rideau s’écarte et on distingue, dans un nuage de fumée à couper à la <em>navaja</em>, ces dames qui jouent à être des cigarières (elles ont retiré leurs corsages et leurs paletots, restant en chemise de jour pour le haut mais ayant gardé les jupes à frous-frous qui les font ressembler à des fauteuils «&nbsp;crapaud&nbsp;». Elles chantent : «&nbsp;Le doux parler des amants, leurs transports et leurs serments, c’est fumée…&nbsp;» Occasion de dire que le <strong>Chœur de l’opéra de Zurich</strong> est une fois de plus magnifique, de précision, de mise en place, d’ampleur, &#8211; et en l’occurrence de diction française. De surcroît, tous sont remarquablement individualisés, bougent bien et jouent juste. Olivier Py remarquait récemment qu’il n’y a plus qu’à l’opéra qu’on voit des foules sur un plateau, plus aucun théâtre ne peut l’offrir.</p>
<h4><strong>Faites sortir l’Espagne…</strong></h4>
<p>On a compris l’idée, il s’agit d&rsquo;éviter l&rsquo;espagnolade et de se situer (pour la première partie du moins) à l&rsquo;époque et dans l&rsquo;esprit de la création (et on concède volontiers que depuis le <em>Faust</em> de Lavelli qui fit scandale en 1975 c&rsquo;est devenu une idée reçue). L’opéra de Rouen avait lui choisi <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-rouen/">une autre option, historiciste aussi mais différemment,</a> en reconstituant le plus fidèlement possible le spectacle du 3 mars 1875.</p>
<p>Mais… faites sortir l’Espagne par la porte, elle revient par la fenêtre… Homoki sait bien qu’on ne peut éviter totalement le pittoresque et Escamillo sera bien sûr en costume de toréador, tandis que Frasquita et Mercédès seront toutes deux exquises et bondissantes en divettes pour Favart et idéales de frivolité.</p>
<p>Le personnage de Carmen est dessiné de façon plus ambiguë. Le costume est plutôt espagnol (du moins au cours de la première partie), mais reste insituable dans le temps, comme pour lui prêter l’éternité des mythes de théâtre. <br>En tout cas, Marina Viotti fait une belle entrée de théâtre, distillant son «&nbsp;peut-être jamais, peut-être demain…&nbsp;». Sur un tempo très lent (d’ailleurs marqué par l’orchestre avec une certaine lourdeur), la Habanera, un peu raide dans son premier couplet, gagnera en souplesse insinuante dans le deuxième, beaucoup plus allégé, le timbre, très chaud, montrant alors tout son charme dans un <em>mezza voce</em> qui ira jusqu’au pianissimo. La voix a toutes les qualités qu’il faut, le velours, les couleurs, l’homogénéité, la diction, mais le trac empêche sans doute un «&nbsp;lâcher prise&nbsp;» qui viendra au fil de la soirée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="674" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_059_c_monika_rittershaus-1024x674.jpeg" alt="" class="wp-image-159556"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marina Viotti et Saimir Pirgu © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>D’abord avec les «&nbsp;tra-la-la&nbsp;» qu’elle détaille voluptueusement (un peu gênée par la position assise) mais surtout dans «&nbsp;Sur les remparts de Séville&nbsp;», immédiatement convaincant : maîtrise de la ligne, variation des tempis (et Noseda ici la suit), <em>rallentandos</em> pleins de sous-entendus, jeu subtil entre les <em>mezza voce</em> et les <em>forte</em>, notes piquées pointues sur les pizzicatis de l’orchestre à la reprise, finesse des « je pense à certain officier » avec le contrechant complice de la flûte, et culot d’une vocalise ardente ajoutée juste avant la fin, impertinente et bravache.</p>
<h4><strong>Une prise de rôle</strong></h4>
<p>Marina Viotti confiait récemment à Forum Opéra qu’elle avait refusé le rôle à six reprises : «&nbsp;Pour moi, on ne peut chanter le rôle que si on a vécu en tant que femme. On ne peut pas chanter Carmen à 25 ans, cela n’a aucun sens selon moi. C’est un rôle pour lequel il faut être prêt, vocalement mais également physiquement. Il y a une sensualité, il faut tenir la scène du début jusqu’à la fin : même si on ne chante pas tout le temps, on est quasiment tout le temps sur scène. Vocalement, il faut du souffle, et psychologiquement, il se passe tellement de choses. Jusqu’ici je n’étais pas prête, même si techniquement, j’aurais pu le faire, mais il me manquait certaines couleurs et une corporalité&nbsp;».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_125_c_monika_rittershaus-1024x684.jpeg" alt="" class="wp-image-159563"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marina Viotti © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Le hasard a voulu que la production de Zurich qui aurait dû être sa première fois a été précédée en somme d’une avant-première : une version de concert <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-paris-tce/">donnée au TCE en octobre 2023 pour remplacer Marianne Crebassa</a>.</p>
<p>On a le sentiment que le caractère du personnage n&rsquo;a pas encore vraiment trouvé sa forme accomplie, mais on aime cette impression de liberté conquise qui se laisse entendre (et voir) dans la chanson bohémienne (subtiles couleurs à l’orchestre, où Noseda s’applique à détailler la palette des vents, pianissimo et lentissimo, après un très chatoyant interlude au très beau basson) : Viotti s’exalte de plus en plus, Mercedes et Frasquita font leur entrée, et la danse générale assume son <em>espagnolité</em> de convention (une rampe lumineuse au fond et un rideau à l’envers suggèrent qu’on est au music-hall).</p>
<h4><strong>Clins d’œil et music-hall</strong></h4>
<p>Non moins cliché et clin d’œil, l’entrée d’Escamillo dans le halo d’une poursuite pour son grand air, envoyé comme tel, par <strong>Łukasz</strong> <strong>Goliński</strong>, voix très slave, de vaste volume, ne lésinant pas sur le panache et le brio.<br>On préfèrera (goût personnel) le raffinement et le piqué du quintette du deuxième acte. Dont Homoki fait un numéro de comédie musicale épatant (avec à nouveau un projecteur comme à Broadway). Si le trio des cartes sera tragique («&nbsp;La mort, toujours la mort…&nbsp;»), ce quintette est un numéro dont s’amuse Bizet, ici d’une mise en place impeccable, où le Dancaïre de <strong>Jean-Luc Ballestra</strong> et le Remendado de <strong>Spencer Lang</strong> papillonnent dans un second degré millimétré, musicalement impeccables comme le sont la Frasquita d’<strong>Ulina Alexyuk</strong> (timbre léger et aérien, aigus perlés) et la Mercédès de <strong>Niamh O’Sullivan</strong> au timbre plus chaud et sensuel. Les «&nbsp;amoureuse, à perdre l’esprit&nbsp;» de Viotti sont délicieux (violon très fin en contrepoint).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_180_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-160023"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le quintette © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Les contrebandiers entrent en résistance</strong></h4>
<p>Changement d’époque au troisième acte. Le repaire des carabiniers apparaît dans une lumière verdâtre et sous la neige, après un interlude bucolique à souhait (flûte, clarinette et harpe), où à nouveau Noseda éclaire les raffinements de l’orchestration.  Au centre du plateau, un monceau de paquets, colis, fardeaux en tous genres. Les carabiniers sont devenus des partisans. Costumes années quarante, casquettes, vestes de velours, comme dans une dramatique sur la Résistance. Le chœur initial « Écoute, compagnon, écoute ! Notre métier est bon », sur son rythme lancinant de marche, aura quelque chose de soviétique (un soviétisme de théâtre, ça va de soi), Carmen en manteau de cuir le terminant le poing levé !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_071_c_monika_rittershaus-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-159559"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Saimir Pirgu et Marina Viotti © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est dans cette ambiance nocturne suggérant l’angoisse qu’interviendra, après une nouvelle anicroche Carmen-Don José, le trio des cartes, un groupe de femmes derrière Mercedes, un autre derrière Frasquita, avant que ne monte sur le tempo lentissime posé par Noseda la lente mélopée de Carmen, «&nbsp;En vain pour éviter des réponses amères…&nbsp;», où Viotti laisse serpenter le plus grave de sa voix, sur les ponctuations fauves des cors, jusqu’aux inexorables «&nbsp;La mort, toujours la mort !&nbsp;» Très beau.</p>
<p>Après ces couleurs blêmes, rupture de ton (Bizet l’a voulu ainsi et Homoki en fait son miel) avec le départ des résistants-contrebandiers, l’ensemble « Quant au douanier c’est notre affaire ! », c&rsquo;est le retour du <em>musical</em> dans la tragédie, assumé franco par la mise en scène, pimpante, jusqu’à l’appel de cor introduisant Micaëla. <br>L’air «&nbsp;Je dis que rien ne m’épouvante&nbsp;» sera mené magnifiquement par <strong>Natalia Tanasii</strong> : legato sans faille, beauté du timbre, homogénéité, projection souveraine, avec beaucoup de passion et des aigus impeccables dans le passage central précédant la reprise, le personnage souvent fade de Micaëla y acquiert une vérité humaine touchante et de la force. Applaudissements nourris.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_040_c_monika_rittershaus-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-159555"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Nouveau changement d’époque au quatrième acte. Il se déroule aujourd’hui. C’est l’acte le plus tragique et Bizet va y changer tout-à-fait de langage. On sait -et Carmen sait- qu’il n’y a pas pour elle d’autre issue que la mort.</p>
<h4><strong>Télévision et canettes de bière</strong></h4>
<p>Mais il faut d’abord se débrouiller avec les dernières touches d’espagnolité. Homoki le fait avec drôlerie : il transforme la foule des arènes en un groupe de supporters suivant la <em>feria</em> à la télévison (un de ces vieux téléviseurs qui marchent quand on tape dessus). Costumes d’aujourd’hui, confettis, serpentins, canettes de bière, le «&nbsp;A dos cuartos&nbsp;» pourrait se passer dans un bistrot du côté de la Maestranza. Le chœur exulte à chaque <em>faena</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_110_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-160022"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Notre sentiment par rapport à <strong>Samir Pirgu</strong> aura évolué constamment au fil de l’opéra. Si, au début («&nbsp;Ma mère, je la vois…&nbsp;»), la voix nous aura semblé «&nbsp;pas mal sans plus&nbsp;», les phrasés un peu hachés, l’émission manquant d’homogénéité, comme s’il essayait de rabouter plusieurs voix, certes puissant dans les <em>forte</em>, mais les aigus un peu métalliques et le français relativement chaotique, notre impression changera de plus en plus à partir de l’air de la fleur.</p>
<p>Qu’il aborde en voix mixte (sur le contrechant du cor anglais). Cette intimité inattendue fait grand effet et lui permet de conduire un crescendo plein d’émotion, tout en finesses, de monter jusqu’au si bémol de la fin dans une grande logique musicale, la maîtrise du chant soutenant la sincérité de l’expression. Bravos nourris.</p>
<p>Mais son grand moment ce sera le duo final. Il faut dire que Saimir Pirgu aura pu s’échauffer au cours de son altercation à coups de «&nbsp;navaja&nbsp;» avec un Escamillo revenu en costume de ville, un duo ténor-basse qui fait figure de passage obligé, ici dans un français un peu culbuté par l’un et par l’autre, mais viril à souhait. La voix de baryton-basse de Łukasz Goliński, un peu méphistophélique, âpre plus que veloutée, d’un volume monumental, fait merveille dans les insinuations du toréador, «…les amours de Carmen ne durent pas six mois…&nbsp;», qui amèneront leur duel au couteau, les deux timbres fusionnant leur métal dans un unisson, «&nbsp;Mettez-vous en garde et veillez sur vous&nbsp;», un peu hirsute mais ardent !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen_127_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-159564"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>La scène se sera vidée. Ne restent, devant un rideau bleu nuit, que Carmen et Don José, « C’est toi, c’est moi… » Il n’y a plus que la fière liberté de Carmen et le dénuement de Don José, « Je ne menace pas, j’implore, je soupire ! ». <br>À nouveau, comme dans « La fleur… », Saimir Pirgu choisit pour commencer les demi-teintes, le <em>mezza voce</em>, pour ne pas dire la fragilité, en contraste avec la flamboyance, la solidité de Viotti, ses implacables « Non, je ne céderai pas ! » De là, il pourra monter crescendo jusqu’aux « Tu ne m’aimes donc plus ! »</p>
<p>Contraste intéressant entre le chant de Viotti, très assuré, la voix solide et sûre, les aigus impavides (« Je répèterai que je l’aime ! ») et celui de Saimir Pirgu, très expressif, violent, dramatique, faisant fi de la beauté du son, pour monter jusqu’au cri (ce hurlement saisissant sur « démon » qui monte des tripes !) et pour aller jusqu’au bout de ses forces, avant le coup de poignard et l’éclat surpuissant du dernier&nbsp; « Carmen ». L’impression d’un chanteur qui se surpasse et va au-delà de lui-même. Ovation méritée.</p>
<p>Au salut, étreinte touchante entre Viotti et Pirgu, comme un couple de lutteurs, qui se sont soutenus l’un l’autre pour triompher d’une épreuve.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-zurich/">BIZET, Carmen &#8211; Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Richard STRAUSS &#8211; Elektra, Londres (ROH)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/richard-strauss-elektra-londres-roh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jan 2024 08:52:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il reste encore quelques remous du sillage laissé par le Covid dans les programmations des maisons d’opéra. La nouvelle production d’Elektra, signée Christrof Loy pour le Royal Opera House de Londres, en fait partie. Prévue initialement il y a trois ans et demi, elle ne voit le jour qu’en ce début 2024 et réunit aussi &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il reste encore quelques remous du sillage laissé par le Covid dans les programmations des maisons d’opéra. La nouvelle production d’<em>Elektra</em>, signée <strong>Christrof Loy</strong> pour le Royal Opera House de Londres, en fait partie. Prévue initialement il y a trois ans et demi, elle ne voit le jour qu’en ce début 2024 et réunit aussi <strong>Antonio Pappano</strong> et <strong>Nina Stemme</strong>.</p>
<p>La première du vendredi 12 janvier laisse une sensation mitigée. Le travail de Christof Loy, rigoureux et soigné ne semble pas vouloir dépasser les quelques belles images qu’il propose. La faute à un décor sous-éclairé de grande bâtisse bourgeoise usé jusqu’aux fondations, où la domesticité et ses éternels costumes noirs (de soubrette ou non) s’affaire en permanence, délayant la tragédie dans des fenêtres qu’on ouvre sans raison. Les embrassades entre la mère et la fille sont devenues un lieu commun depuis la relecture de Patrice Chéreau. Loy les reprend, ne cherche pas les monstres, mais au lieu de faire de Klytemnestra une femme blessée, en quête d’absolution, il affuble Karita Mattila – qui n’attend que ça il faut bien le dire – des troubles obsessionnels de la meurtrière ravagée. On n’y comprend plus rien. Le pot-pourri global d’idées de scénographie et d’axes de lectures vus ailleurs, sans angle personnel au final, n’aide personne sur le plateau, la direction d’acteur ne venant jamais éclairer ni une situation, ni un trait de caractère.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Charles-Workman-Agisth-Lukasz-Golinski-Orest-Michael-Mofidian-Orests-Companion-in-Elektra-%C2%A9-ROH-2024.-Photo-by-Tristram-Kenton7620-1294x600.jpg" />© ROH</pre>
<p>En fosse, Antonio Pappano conduit un orchestre sans faille, très coloré. Las, le geste s&rsquo;avère bien plus symphonique que lyrique. Les ravissements restent purement décoratifs et ne viennent jamais innerver un drame qui manque d’urgence et d’épaisseur. A tout le moins le plateau se trouve protégé par le chef dont c’est la dernière nouvelle production en tant que directeur musical.</p>
<p>Nina Stemme aura donc maintenu sa participation malgré l’important report et endosse une dernière fois les haillons de l’Atride. Elle ne semble pas tout à faite remise d’une fluxion hivernale (elle a depuis du renoncer à la représentation du 15 janvier) – même si aucune annonce n’est faite. Son portrait reste toujours aussi juste, celui d’une Elektra à la fois violente et fragile, aussi prompte à cajoler qu’à menacer, mais force est de constater que ce soir la voix ne la suit plus partout où elle voudrait. Elle nous confessait qu’à son âge,<a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true"> il y a des soirs sans</a>. Les notes les plus extrêmes du rôle, celles qui viennent couronner le premier monologue et la confrontation avec Klytemnestra, sont à présent hors de portée, virus hivernal ou non. La fatigue qui émaille la ligne et le timbre au fil de la représentation lui sont certainement plus imputables. Après la série londonienne, Nina Stemme défendra une dernière fois le rôle en version concert, avec Kirill Petrenko à la baguette. A ses côtés, <strong>Sara Jakubiak</strong> effectue ses débuts londoniens avec les qualités qu’on lui connaît : un engagement brûlant et une probité irréprochable. <strong>Karita Mattila</strong> ne possède pas l’ambitus nécessaire pour rendre justice à Klytemnestra. Dès lors son portrait perd en impact vocal ce qu’il regagne dans une moindre mesure grâce à l’abattage de l’ancien soprano. <strong>Charles Workman</strong> ne fait qu’une bouchée des quelques chausses-trappe d’Ägith. Enfin, <strong>Lukasz Golinski</strong> s’avère un Orest prometteur : tout le matériau – un timbre sombre et mat, un volume confortable – est là. Il demande encore à être poli et approfondi pour compléter un portrait encore trop monolithique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&#160; Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’Une Passion grecque fait figure d’audace qu’on se doit de souligner. En cherchant un peu, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&nbsp;</p>
<p>Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’<em>Une Passion grecque</em> fait figure d’audace qu’on se doit de souligner.</p>
<p>En cherchant un peu, on trouve tout de même sur la toile plusieurs enregistrements de l’œuvre et des productions pas trop anciennes, qui montrent l’estime dans laquelle les programmateurs tiennent le corpus de Martinů. Ceux qui veulent en savoir plus sur l’œuvre et sa genèse reliront avec fruit le très bel article qu’y a consacré par notre collègue Nicolas Derny lorsqu’il <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/plaidoyer-pour-une-passion/">critiquait dans ces colonnes mêmes</a> l’enregistrement paru en 2010 chez Supraphon, dirigé par Libor Pešek. On trouve aussi sur YouTube, accessible à tous, une retransmission de la production de Bregenz en 1999, dans une mise en scène ambitieuse et non dénuée de moyens, avec le Wiener Symphoniker sous la direction de Ulf Shirmer, et une autre dirigée par Sir Charles Mackerras, avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque, plus ancienne (1990). Il existe aussi un enregistrement de l’orchestre Philharmonique de Graz, dirigé par Dirk Kaftan paru chez Oehms.</p>
<p>Dans le monde francophone, néanmoins, l’œuvre est rare à la scène, très rare.</p>
<p>Qui n’a jamais assisté à une soirée de première à Salzbourg, le jour où les places sont (encore plus) chères, sera sans doute étonné du public qu’on y trouve, de la mondanité des échanges ou de l’âge des participants. On y vient en limousine de fabrication allemande, déposé par une noria de grosses cylindrées à moteurs thermiques circulant sur la Herbert von Karajan Platz, on y vient embijoutée, liftée, botoxée, siliconée ou perchée sur des escarpins à semelle rouge, on y vient pétri de certitudes, satisfait d’être qui on est, et on explique bien haut à son voisin, dans toutes les langues, ce qu’on sait qu’il faut penser et qu’on a lu dans la presse avant de venir. Pris au second degré c’est assez divertissant, le spectacle est aussi dans la salle, mais considérablement décalé par rapport au drame qui va suivre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-008-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-139353"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lukasz Golinski,Fotis et Charles Workman,Yannakos © SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>L’intrigue est simple à résumer : alors que le patriarche d’un village distribue les rôles que ses paroissiens incarneront dans la représentation de la Passion lors de la prochaine fête de Pâques, arrive un groupe de réfugiés grecs en détresse qui demande asile. On leur accorde une terre sur la montagne. Transcendés par les rôles qu’on leur a attribués, certains paroissiens se sentent investis d’une mission envers ces réfugiés, alors que les autres tentent de les spolier ou les rejettent. La tension monte au sein du village et le patriarche en vient à excommunier Manolios qui devait jouer Jésus et quelques apôtres avec lui. L’affaire se termine dans le sang, Manolios assassiné par Panaïs qui avait été pressenti pour le rôle de Judas. Parallèlement, une intrigue de nature sentimentale avait désuni le couple formé par Manolios et Lenio, qui choisit de s’unir finalement à Nikolio, tandis que la jeune veuve Katarina s’investit avec une passion très physique dans le rôle de Marie-Madeleine.</p>
<p>La mise en scène signée <strong>Simon Stone</strong> utilise avec profit l’énorme masse des chœurs (celui des paroissiens, celui des migrants plus un chœur d’enfants, soit largement plus d’une centaine d’intervenants) dont il fera l’essentiel du décor de la pièce. Un fatras d’accessoires emmenés par les réfugiés, quelques spectaculaires dispositifs surgis du sol ou des cintres (cette salle n’offre quasi pas de coulisses) suffiront à situer l’espace, accentuant par là le caractère universel du drame qui se joue. Bien sûr, on songe à l’actualité des masses de migrants qui embarrassent toute l’Europe, même si à mon sens le thème central de la pièce tourne plutôt autour du poids de l’assignation des rôles, de l’incarnation quasi involontaire, par les villageois, des emplois qui leur ont été attribués et qu’ils vont endosser malgré eux comme un destin inéluctable. Cette emprise du religieux sur la vie quotidienne des villageois, symbolisée par une énorme croix lumineuse, et le drame auquel elle va conduire toute la communauté, si elle forme un sujet certes moins dans l’air du temps, est au moins autant au cœur de l’œuvre, qui peut aussi être vue comme une sorte d’oratorio porté à la scène, finissant par un Kyrie et un Amen.</p>
<p>Fidèle au texte, explicative – ce qui est plutôt une qualité lorsque la pièce est peu familière du public – cette mise en scène comporte aussi son lot de moments spectaculaires, parfois inattendus : l’apparition d’un Christ gonflable dégingandé surgi du sol, une douche tombant des cintres, l’utilisation de la galerie supérieure du manège salzbourgeois pour figurer le territoire accordé aux réfugiés, le recours aux animaux vivants (un petit âne adorable, un mouton et une chèvre) tout cela fait sens ; c’est un travail de mise en scène très honnête et inspiré, en adéquation avec la musique de Martinů.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-010-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139354"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Sara Jakubiak, Katerina et Sebastian Kohlhepp, Manolios© SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>La qualité du plateau est excellente et très homogène, dominée par les performances de <strong>Sebastien Kohlepp</strong> en Manolios et <strong>Sara Jakubiak</strong> en Kateřina. L’un et l’autre semblent transcendés par leur rôle et livrent des performances d’une qualité exceptionnelle&nbsp;: lui, magnifique voix de ténor héroïque, en imposant par l’intensité dramatique, et elle par l’engagement scénique et la beauté vocale. On notera aussi la très grande qualité de l’autre soprano de la distribution, <strong>Christina Gansch</strong> en Lenio, voix tout aussi agréable, révélant de vrais moments d’émotion. Autour d’eux, chacun trouve aisément sa place, l’étagement et la caractérisation des voix est parfaitement établi. Janakos le marchand repenti (<strong>Charles Workman, </strong>belle voix claire et puissante) vous arracherait des larmes, tant <strong>Julian Hubbard</strong> en Panaïs, le Judas révolté, que Nikolio, le ténor <strong>Aljoscha Lennert</strong>, jeune berger un peu niais, ou <strong>Matthäus Schmidlechner </strong>(Michelis), <strong>Matteo Ivan Rašic</strong> (Andonis) et <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> (Kostandis) – les autres apôtres – sont parfaitement distribués.</p>
<p>Petite déception du coté de <strong>Gabor Betz</strong> en prêtre Grigoris, un rien moins impressionnant qu’il eut fallu, alors que son rival Fotis, le prêtre des migrants, chanté par <strong>Ł</strong><strong>uckasz Goli</strong><strong>ń</strong><strong>ski</strong> met énormément de conviction dans la défense de son rôle.</p>
<p>Très émouvante également, mais dans un rôle secondaire, la vieille femme chantée par la néerlandaise <strong>Helena Rasker</strong> fait forte impression, tant par son timbre magnifique de contralto au vibrato parfaitement mesuré que par la justesse de son intervention. A <strong>Scott Wilde</strong> est dévolu un rôle symboliquement important et qu’il porte avec beaucoup de dignité : celui d’un vieillard issu de la communauté des migrants qui s’en va mourir volontairement dans les fondations du village nouveau que les siens tentent de construire. Enfin, au pire larron de la bande, Ladas, interprété par <strong>Robert Dölle</strong>, le metteur en scène prête un accent américain à couper au couteau et des airs de Donald Trump du plus grand effet comique.</p>
<p>Il me semblait, pendant les trois quarts du spectacle, que les Wiener Philharmoniker, dirigé avec rigueur et précision par le jeune chef français <strong>Maxime Pascal</strong> – valeur montante de la scène internationale – jouait trop fort et sans trop de couleurs une partition instrumentale assez chargée. Mais c’était sans doute pour ménager un effet de contraste et de recueillement lors de la scène finale, sorte de vaste prière incantatoire qu’il réussit de façon très spectaculaire.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/">MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Ruggero Leoncavallo &#8211; Zingari</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ruggero-leoncavallo-zingari-une-fille-de-carmen-fleana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cinq enregistrements intégraux depuis 1963, y compris ce dernier, de 2021, quelques productions, pourquoi ce dramma lirico est-il si rare, tant sur nos scènes qu’au disque ? Les moqueries de Puccini et d’Annuzzio ? La réputation de facilité, d’esprit bravache et de vulgarité parfois associée aux ouvrages véristes ? En 2014, Michele Mariotti nous avait révélé Zingari au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cinq enregistrements intégraux depuis 1963, y compris ce dernier, de 2021, quelques productions, pourquoi ce <em>dramma lirico</em> est-il si rare, tant sur nos scènes qu’au disque ? Les moqueries de Puccini et d’Annuzzio ? La réputation de facilité, d’esprit bravache et de vulgarité parfois associée aux ouvrages véristes ? En 2014, Michele Mariotti nous avait révélé <em>Zingari </em>au Festival Radio-France Montpellier (<a href="/zingari-montpellier-festival-mefiez-vous-des-tenors-jaloux">Méfiez-vous des ténors jaloux</a>), en version de concert.</p>
<p>La genèse du <em>dramma lirico</em> est singulière. Vingt ans après <em>Paillasse</em>, Leoncavallo est sollicité par l’Hippodrome de Londres (cirque devenu salle de spectacle) pour y diriger une version condensée du drame vériste, réduite à une demi-heure. Le succès est tel qu’il se voit commander un nouvel ouvrage. Bien que pas moins de quatorze opéras aient été écrits sur des livrets puisant à la même source, il va user de son incontestable expérience lyrique et orchestrale pour métisser ce qui reste d’expression forte, et italienne, du vérisme à l’inspiration tzigane. Véritable synthèse des situations et des passions du monde bohémien, on y trouvera bien des thèmes familiers (bivouac, chaudronniers battant le métal, le feu, l’amour plus fort que la mort etc.). Le livret s’inspire d’un des « poèmes byroniens » de Pouchkine, écrit avant <em>Boris Godounov</em>. Rachmaninov s’en était déjà emparé (<em>Aleko</em>) dès 1893. Aleko, romanisé en Radu, jeune noble de Saint-Pétersbourg est un révolté, transfuge de la société policée, admis à partager la vie libre, simple et naturelle des tziganes. Il y épouse Fleana (Zemphyra chez Rachmaninov). Dans un accès de jalousie, il la tue avec son amant, le poète Tamar, en incendiant la cabane où ils ont rendez-vous. Son beau-père, chef de la communauté, sauve Radu en le bannissant (« il est fou »). Concis, resserré à l’extrême, le livret ménage de beaux moments, airs, duos et chœurs, sans oublier le splendide nocturne orchestral. A signaler la reconstruction de la partition originale de 1912, qui se traduit notamment par un final du premier épisode où le duo d’amour paraît amplifié, sans jamais accuser quelque longueur, tant l’expression en est juste.</p>
<p>Malgré cette brièveté, l’ouvrage est d’une rare exigence à l’endroit de ses interprètes, des solistes tout particulièrement. <strong>Krassimira Stoyanova</strong> n’a plus rien à prouver. Elle nous vaut une Fleana, sincère, naturelle, fière, énergique, volontaire. Tour à tour juvénile, passionnée, moqueuse, voluptueuse et cruelle, c’est bien une fille de Carmen. A moins qu&rsquo;Azucena soit sa tante. Dès son « addormentarmi, accarezzarmi », elle déploie une voix somptueuse, large et longue, au service d’une diablesse. Son « La, la, la… amor, amor » mériterait de figurer dans toutes les anthologies. Radu, attachant, sensible et digne, est confié au ténor <strong>Arsen Soghomonyan</strong>. Les moyens sont là, comme l’intelligence du rôle. La voix est ample et son timbre barytonnant convient au personnage. Pour autant, ses aigus clairs et bien projetés permettent un « Dammi un amore salvaggio e ribello » rayonnant, avec, pour contraire, son « M’attendevi », accablé, désespéré. Ses deux duos avec Fleana sont un régal. Les voix sont souples, longues et les timbres s’accordent remarquablement. Tamar, <strong>Stephen Gaertner</strong> est un beau baryton, L’émission est sonore, au timbre séduisant, les aigus sont mordants. Sa souffrance du début (« ah, taci… ») se mue en un chant rayonnant dans le « Canto notturno » du second épisode. Quant au Vieux, figure slave et sage, père aimant et blessé, noble et généreux, <strong>Lukasz Golinski, </strong>baryton-basse, lui donne l’autorité comme la tendresse, d’une voix solide, homogène dont la conduite traduit une profonde intelligence du personnage. Tout juste regrette-t-on que son timbre ne le distingue pas suffisamment de celui de Tamar.</p>
<p>Enfin personnage à part entière, le chœur intervient sous toutes ses formes pour exprimer l’unité du clan – encore qu’hommes et femmes s’en distinguent – avec les pulsions propres aux foules. La précision des attaques, les modelés, l’articulation n’appellent que des éloges. Jamais l’orchestre ni les choeurs ne sont banals ou ternes, Leoncavallo use avec un rare raffinement de toute la palette expressive, des dynamiques comme des couleurs. La séduction première ne doit pas masquer la richesse, la subtilité et l’élégance. L’orchestre, très extériorisé dans la polonaise d’ouverture, trouve les nuances et les fondus pour l’intermezzo, page admirable où la flûte, lascive, déroule ses arabesques sur un continuum pianissimo des cordes. L’atmosphère nocturne y est traduite merveilleusement.</p>
<p>Animée, contrastée, avec des équilibres subtils appelés par l’orchestration, c’est un plaisir constant que d’apprécier la direction de<strong> Carlo Rizzi</strong>. Sa longue expérience lyrique &#8211; il dirige depuis quarante ans presqu’uniquement le répertoire italien allant de Bellini et Donizetti à Puccini – nous vaut une écoute équilibrée au service du chant, qu’il soit confié aux solistes ou aux instruments.  Il est ici dans son élément, sachant éviter les pièges d’une lecture triviale, et conduit remarquablement les tensions dramatiques comme les pages poétiques ou tendres. Les cuivres, très sollicités, ne sont jamais criards et prennent des tons chambristes.</p>
<p>Opera Rara, label auquel les amateurs d’art lyrique doivent tant de découvertes, signe là une nouvelle réussite : La démonstration semble maintenant confirmée qu’en confiant la réalisation à des interprètes pleinement engagés, dotés de moyens indéniables, l’ouvrage mérite d’être défendu. Accessible au plus grand nombre par sa force dramatique comme par sa réalisation musicale, il faut de nouveau souhaiter qu’il retrouve la scène.</p>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, La Dame de pique — Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-dame-de-pique-barcelone-yusif-eyvazov-dans-son-grand-role/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Jan 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Yusif Eyvazov a fait couler beaucoup d’encre : « monsieur Netrebko », « pas au niveau », « nasillard » … Depuis sa rencontre avec le soprano russe et son irruption sur les plus grandes scènes internationales, force est de constater l’évolution qualitative du ténor azerbaidjanais. La technique est aujourd’hui solide, la musicalité intacte et l’engagement total. Reste un souci que nous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Yusif Eyvazov</strong> a fait couler beaucoup d’encre : « monsieur Netrebko », « pas au niveau », « nasillard » … Depuis sa rencontre avec le soprano russe et son irruption sur les plus grandes scènes internationales, force est de constater l’évolution qualitative du ténor azerbaidjanais. La technique est aujourd’hui solide, la musicalité intacte et l’engagement total. Reste un souci que nous <a href="https://www.forumopera.com/turandot-verone-ca-nous-change-de-wagner">évoquions cet été</a>. Le couple se plait à se produire ensemble et comme c’est souvent Anna qu’on veut, Yusif Eyvazov se retrouve parfois dans des emplois dont il n’a pas tout à fait encore le format vocal, Calaf au premier chef (un « Vincero » ne fait pas tout). Entendu en retransmission depuis le Metropolitan Opera, Hermann dans <em>La Dame de pique </em>en revanche lui tombe avec évidence dans le gosier.</p>
<p>Confirmation sur la scène catalane où le ténor brûle les planches autant qu’il brûle de passion pour Lisa ou sombre dans l’obsession et la folie. Le timbre s’adoucit dans la prosodie russe et Yusif Eyvazov est aussi crédible en amoureux transi qu’en fou furieux. Son volume et sa projection vainquent sans mal l’orchestre de Tchaïkovski : le serment face à l’orage cloue le public sur son fauteuil dès la fin du premier tableau. Nuances et demi-teintes quand il faut parachèvent cette excellente incarnation. Face à lui, S<a href="https://www.forumopera.com/breve/sondra-radvanovsky-annule-la-dame-de-pique-au-liceu">ondra Radvanovsky a été remplacée</a> par <strong>Lianna Haroutounian</strong> prévue initialement en deuxième distribution. Elle répond avec une même ferveur, assise sur un timbre opulent et rond sur toute la tessiture, qui sied à merveille à la jeune femme perdue dans sa passion. Son aisance vocale lui autorise les plus beaux éclats en même temps que de belles nuances dans les passages plus tendres. Elle conclut la grande scène et le duo du dernier acte d’une note longuement tenue où elle donne à entendre tout le désespoir agonisant de son personnage. La comtesse d’<strong>Elena Zaremba</strong> rejoint ce duo de choc : port de voix aussi altier que l’est la présence scénique ; fraîcheur du timbre aussi pour cette mezzo en fin de carrière mais au métier sûr. <strong>Rodion Pogossov</strong> propose un Prince Yeletski classieux, au timbre moins profond peut-être que d’autres basses. Le Tomski de <strong>Lukasz Golinski </strong>fait carton plein avec ses deux airs rondement menés, servis par le volume et l’humour nécessaires. Tous les autres rôles se révèlent très bien distribués – notamment la Polina mélancolique de <strong>Lena Belkina</strong> ou le Tchekalinski falot de <strong>David Alegret</strong> – et participent de l’excellence du plateau vocal réunis.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/220118-0111ca_bofill.jpg?itok=IwfVECmT" title="© A. Bofill" width="468" /><br />
	© A. Bofill</p>
<p>En fosse, <strong>Dmitri Jurowski</strong> peint chaque tableau de forts contrastes : rubati appuyés dans les grandes pages romantiques ou à l’inverse orchestre tendu comme un arc dans les moments dramatiques (ostinato des cordes, rythmique des timbales ou des cuivres). Il en ressort une direction éminemment théâtrale qui pour autant n’oublie pas son plateau et notamment les chœurs, excellents, homogènes mais masqués et dont l’impact n’est pas celui escompté.</p>
<p>A Paris on a oublié que <strong>Gilbert Deflo</strong> était l’autre côté de la pièce du mandat de Gerard Mortier. Peut-être à cause de son <a href="https://www.forumopera.com/un-ballo-in-maschera-paris-bastille-quand-sondra-est-la-tout-va"><em>Bal masqué</em></a> raté ou parce qu’on ne programme pas assez son délicieux <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/juteuses-mais-sans-tache"><em>Amour des trois oranges</em></a>. Cette <em>Dame de pique</em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/un-patrimoine-revisite"> figure au répertoire du Liceu depuis 30 ans</a>. Placido Domingo devait y chanter Hermann ; Kirill Petrenko l’aura dirigé lors de la dernière reprise en 2010. Fidèle à lui-même, le metteur en scène procède à une reconstitution historique somptueuse (ah, le lit de la comtesse ou son apparition dans une épaisse brume de scène !) à l’aide de décors horizontaux de fond de scène. Des costumes et lumières au cordeau complètent ces grandes fresques, auxquelles on ne peut guère que reprocher l’horizontalité permanente donnant l’impression que tous ces personnages avancent dans un long corridor sans autre issue que celle fatale qui les emportera tous. Surtout, cette fresque s’anime d’une direction d’acteur, qui, si elle reste conventionnelle, accentue la lisibilité des scènes et des rapports entre les personnages : un chausson et un écrin pour les solistes !</p>
<p> </p>
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		<title>PROKOFIEV, L&#039;Ange de feu — Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lange-de-feu-aix-en-provence-ca-sent-vraiment-le-soufre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Jul 2018 07:41:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jadis audacieusement présenté par un alors tout jeune Opéra Bastille, L’Ange de feu est un opéra qui suscite depuis quelques années d’un certain engouement : à Munich  en décembre 2015, à Lyon à l’automne 2016, ou à Rome la saison prochaine.  Le cocktail de mysticisme et d’érotisme du livret n’y est sans doute pas pour rien &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jadis audacieusement présenté par un alors tout jeune Opéra Bastille, <em>L’Ange de feu </em>est un opéra qui suscite depuis quelques années d’un certain engouement : à Munich  en décembre 2015, à Lyon à l’automne 2016, ou à Rome la saison prochaine.  Le cocktail de mysticisme et d’érotisme du livret n’y est sans doute pas pour rien et, grâce à <em>Pierre et le loup</em>, le nom de Prokofiev est suffisamment familier du public pour rendre la proposition alléchante. Il n’est donc pas étonnant que le festival d’Aix-en-Provence accueille pour la première fois de son histoire un titre aujourd’hui en vogue, en coproduction avec l’Opéra national de Norvège et surtout avec le Teatr Wielki de Varsovie, où le spectacle a été créé en mai dernier. La production arrive tout droit de Pologne avec son chef, l’intégralité de sa distribution vocale, et même tous ses danseurs et figurants, seul l’orchestre ayant changé.</p>
<p>Le travail de <strong>Mariusz Treli</strong><strong>ński</strong>, directeur du susdit Opéra de Varsovie, s’est déjà exporté un peu partout dans le monde mais, sauf erreur, la France n’avait encore accueilli aucune de ses mises en scène. Cet oubli est maintenant réparé, avec un titre propre à aiguiser l’imagination des hommes (et des femmes) de théâtre. De fait, le Polonais s’empare de l’œuvre pour la mettre à sa sauce : sans le préciser, le programme de salle propose le résumé non pas de l’intrigue telle que conçue par le compositeur d’après le roman de Valéri Brioussov, mais de ce qu’en fait monsieur Treliński, qui a décidé que Renata devait se suicider au quatrième acte, et que sa réapparition au cinquième relevait de la « rétrospection ». La sorcellerie et la religion sont ici évacuées, au profit de références censément plus parlantes pour notre époque : Jakob Glock devient un dealer qui procure à Ruprecht des expériences plus psychédéliques qu’alchimiques, et l’Inquisiteur devient un énigmatique aveugle tout de blanc vêtu, professeur dans un pensionnat de jeunes filles. Transposer l’univers symboliste de Brioussov dans le monde glauque et inquiétant des films de David Lynch, pourquoi pas ; le décor est spectaculaire, les éclairages évocateurs, mais on peut s’interroger sur la « normalisation » que subissent tous les moments surnaturels, et trouver bien innocente la révolte finale des pensionnaires : loin des nonnes possédées par le démon, on nous montre des adolescentes qui jettent leurs matelas et leurs oreillers en l’air, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="320" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2018-07-05_18.27.49.png?itok=TDBc7NXo" title=" © Teatr Wielki" width="468" /><br />
	 © Teatr Wielki</p>
<p>Retrouvant cette œuvre après <a href="https://www.forumopera.com/lange-de-feu-lyon-sous-lemprise-de-lange">les représentations lyonnaises d’il y a deux ans</a>, <strong>Kazushi Ono</strong> exalte toutes les beautés de cette partition où Prokofiev déploie un lyrisme bien plus présent que dans <em>Le Joueur</em> ou <em>L’Amour des trois oranges</em>, tout en s’autorisant bien des audaces musicales en écho à la folie du livret. Sans jamais en rajouter dans le côté grinçant des pages modernistes, l’Orchestre de Paris se montre à la hauteur de la tâche, porté par l’acoustique du Grand Théâtre de Provence. Curieusement, les voix ont parfois plus de peine à s’y faire entendre dans la nuance piano, les chanteurs ayant peut-être pris à Varsovie des habitudes qui passent moins bien dans la vaste salle aixoise.</p>
<p>Comme à Lyon, pour elle aussi, <strong>Au</strong><strong>šrin</strong><strong>ė Stundyt</strong><strong>ė</strong> prête à Renata son immense talent d’actrice, indispensable pour ce rôle écrasant d’illuminée au discours incohérent, dont l’obsession fait même rire le public quand, après l’entracte, on la retrouve à nouveau réclamant son Heinrich, au grand dam de son nouveau compagnon. La voix répond à toutes les sollicitations de Prokofiev, qui ne les a pas ménagées, mais la diction n’est peut-être pas toujours aussi nette qu’on pourrait le souhaiter. De son côté, <strong>Scott Hendricks</strong> est condamné à un personnage de représentant de commerce saisi par la débauche dans un motel borgne : son chevalier Ruprecht dépassé par les événements n’est pas là pour rouler des mécaniques.  Est-ce une conception similaire qui empêche <strong>Krzysztof B</strong><strong>ączyk</strong> d’être aussi menaçant que prévu en Inquisiteur ? Paradoxalement, son Masetto l’an dernier semblait bien plus impressionnant. <strong>Andreï Popov</strong> est un Agrippa von Nettesheim percutant et un Méphistophélès  vitaminé. La Voyante (<strong>Agnieszka Rehlis</strong>) et l’Aubergiste (<strong>Bernadetta Grabias</strong>) font entendre de belles voix de mezzo comme en est riche l’est de l’Europe.</p>
<p>Le spectacle pourra être écouté sur France Musique le 13 juillet, et vu sur Culturebox le 15.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lange-de-feu-aix-en-provence-ca-sent-vraiment-le-soufre/">PROKOFIEV, L&#039;Ange de feu — Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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