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	<title>Christian HELMER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Christian HELMER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>THOMAS, Psyché</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/thomas-psyche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Nov 2025 08:37:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’à une époque encore récente, Ambroise Thomas fut un compositeur particulièrement décrié. Mais, après celle de Meyerbeer qui a longtemps subi le même dédain, sa renaissance semble amorcée et, en particulier, son splendide Hamlet a retrouvé une juste faveur internationale. Mais Thomas est avant tout un compositeur d’opéra-comique, genre typiquement français qui eut son heure &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu’à une époque encore récente, Ambroise Thomas fut un compositeur particulièrement décrié. Mais, après celle de Meyerbeer qui a longtemps subi le même dédain, sa renaissance semble amorcée et, en particulier, son splendide <em>Hamlet</em> a retrouvé <a href="https://www.forumopera.com/spectacles/?_sft_oeuvre=hamlet&amp;oeuvre=Hamlet">une juste faveur internationale</a>. Mais Thomas est avant tout un compositeur d’opéra-comique, genre typiquement français qui eut son heure de gloire à son époque mais dont le public s’est peu à peu détaché : un principe universel veut que les émotions plus fortes chassent les plus douces. Ainsi, Donizetti et Bellini ont fait place à Verdi, lequel a été suivi par les véristes et ainsi de suite jusqu&rsquo;à <em>Die Soldaten</em> ! Il est particulièrement difficile de revenir sur ce processus de mithridatisation mais cet enregistrement de la rare <em>Psyché</em> nous en donne heureusement l’occasion. L’ouvrage obtint un grand succès à sa création en 1857. Thomas est alors un compositeur de 45 ans qui a obtenu précédemment au moins deux beaux triomphes publics avec <em>Le Caïd</em> (1849) et <em>Le Songe d’une nuit d’été</em> (1850). <em>Mignon</em> (1866) et <em>Hamlet</em> (1868) sont encore à venir. La partition fut révisée pour l’Opéra en 1878, mais le théâtre changea d’avis et la nouvelle version, avec récitatifs, fut en fait créée à l’Opéra-comique. L’enregistrement, réalisé à l’occasion d’un concert à Budapest, combine ces deux versions : dialogues parlés d’origine, quelques ajouts de la seconde version et transposition du rôle de Mercure pour baryton. Comme l&rsquo;écrit avec humour Alexandre Dratwicki en introduction au coffret : « Pourquoi choisir ? ». La partition est séduisante, à la fois pleine de malice et empreinte de poésie, sans airs immédiatement mémorisables toutefois (ce qui explique peut-être sa disparition de la mémoire lyrique collective). Il y règne une douce mélancolie, équilibrée par quelques passages plus enjoués (pour le résumé de l’intrigue, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-psyche-budapest/">on pourra se référer au passionnant compte rendu du concert de notre confrère Clément Mariage</a>). Thomas alterne des airs un brin nostalgiques, d’autres plus vocalisants, belcantistes, quelques chœurs, les inévitables chansons à boire, etc, et évite ainsi astucieusement le potentiel ennui que pourrait causer une musique trop uniforme alliée à un livret délicat. La musique de Thomas est bien reconnaissable, avec des formules bien personnelles. Les dialogues ne manquent pas d’humour.</p>
<p>Pour entrer dans cette musique, il faut toutefois des interprètes adéquats. On peut apprécier beaucoup d&rsquo;ouvrages en se contentant de savoir que le soprano veut épouser le ténor, que le baryton n’est pas d’accord et que la basse est bien triste : on comprend tout de suite quand l’héroïne est folle et quand son amoureux est jaloux. C’est même encore plus simple avec Haendel et ses semblables puisqu’ils composent des airs qui expriment un stéréotype et non une péripétie de l’action (1). Il en va tout autrement dans l’opéra-comique où le sous-texte est capital : il y a ce qui est déclamé, et il y a ce que le livret sous-tend. C’est la musique qui permet par exemple de mesurer l’ironie d’un propos que le texte littéral n’évoque pas nécessairement expressément : il faut donc que la texte soit parfaitement intelligible en parallèle de la mélodie. Or c’est malheureusement là où le bât blesse : à moins de connaitre par cœur l’ouvrage, il faut, pour l’apprécier, l’écouter cramponné au livret car on n’en saisit spontanément pas grand chose. La raison en est double : d’une part une articulation insuffisamment claire chez la plupart des interprètes ; d&rsquo;autre part, une réverbération un peu excessive de la prise de son, l’écho venant flouter la diction. Seules les scènes parlées sont ici pleinement satisfaisantes, en particulier entre Psyché et Éros où l’on ressent une réelle complicité artistique.</p>
<p>Au delà de cette réserve majeure, les voix sont plaisantes. <strong>Hélène Guilmette</strong> a bien intégré ce style particulier et campe une Psyché tout en nuances, incarnant avec subtilité et délicatesse les différents affects du personnage. <strong>Antoinette Dennefeld</strong> est un Éros au timbre chaleureux, très à l’aise dans les difficultés techniques vocalisantes, et avec un réel impact dramatique. Dans le rôle de Mercure, <strong>Tassis Christoyannis</strong> est plus à l’aise dans le chant que dans les dialogues, un peu emprunté et avec des erreurs d&rsquo;accent. Le timbre est plaisant. Vocalement, le baryton campe avec un certain humour son personnage de méchant malicieux. <strong>Mercedes Arcuri</strong> et <strong>Anna Dowsley</strong> incarnent avec un abattage idéal les méchantes sœurs de Psyché. <strong>Artavazd</strong> <strong>Sargsyan</strong> et <strong>Philippe Esthèphe</strong> complètent avec bonheur le quatuor bouffe, mais on aurait aimé du premier un français plus idiomatique. <strong>Christian Helmer </strong>est excellent dans un rôle hélas trop court. À la tête d’un Orchestre national philharmonique de Hongrie, <strong>György Vashegyi</strong> offre un tissu musical capiteux, mettant en valeur une orchestration recherchée. On pourrait toutefois apprécier une lecture plus vive et plus légère ayant tiré des leçons des interprétations sur instruments d’époque. Le Chœur national de Hongrie est excellent, mais parfois insuffisamment mis en valeur par la prise de son. On rappellera avec une pensée émue que Jodie Devos (en l&rsquo;hommage de qui le label Alpha Classics vient de sortir <a href="https://www.forumopera.com/dix-battements-de-coeur-pour-jodie-devos/">un magnifique coffret</a> au profit de l&rsquo;association fondée en son nom) était initialement prévue pour cette résurrection.</p>
<p>Avec ses nombreuses qualités et ses quelques défauts, cet enregistrement constitue une belle introduction à un ouvrage splendide que l’on rêverait d’entendre sur scène : hélas, les âges d&rsquo;or du Théâtre Impérial de Compiègne sous Pierre Jourdan ou de l’Opéra-comique sous Jérôme Deschamps semblent bien révolus.</p>
<ol>
<li>
<pre>1. Aria di furore, aria di tempesta, aria di caccia,  aria di speranza, aria di gelosia, aria de vendetta, aria di paragone, etc ... chacune de ces formes ayant ses canons propres.</pre>
</li>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que reste-t-il de Carmen si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Que reste-t-il de <em>Carmen</em> si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : une approche esthétisante, c’est-à-dire une mise en scène au premier degré qui, en réalité, ne traite rien du tout – ce que reste une mise en scène qui prétendrait s’approprier l’œuvre en la transposant ailleurs ou aujourd’hui – et une approche confrontante – c’est-à-dire l’appropriation du livret pour le mettre à l’épreuve des réels enjeux qu’il porte. Manière de tester la pertinence de l’opéra le plus joué du répertoire. Rien que ça.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Dmitri Tcherniakov</strong> est bien sûr intellectuellement trop ambitieux pour se contenter d’une simple esthétisation de l’intrigue : Don José a tué Carmen et il faut  comprendre pourquoi. Ou tenter, du moins. Et pour comprendre  et expliquer un objet, il faut s’en détacher et le regarder de l’extérieur ; il ne faut pas mettre en scène Carmen, mais proposer une mise en scène <em>sur </em>Carmen.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans un vaste hall art déco, un couple d’apparence bourgeoise, sans doute la petite cinquantaine, consulte. Monsieur n’a plus de désir, madame s’ennuie. Il faut réactiver tout cela (le parallèle avec la proposition du metteur en scène dans son <em>Così fan tutte</em> frappe évidemment) et c’est un jeu qui sauvera la mise : monsieur va jouer à Don José et tous joueront à <em>Carmen</em>. D’emblée la proposition est radicale : la survie du couple bourgeois hétérosexuel suppose de réactiver la part de violence – ce que d’aucuns appellent <em>passion</em> – de monsieur, quitte à mettre à mort madame (la fin de l’histoire qu’ils proposent de jouer est en effet déjà connue). Quand le jeu s’arrête et que le thérapeute constate « un net progrès », c’est toujours à la suite d’un excès de violence de Don José. Comme si celui-ci réintégrait peu-à-peu une norme – ce qui est attendu de lui –, norme qui passe par l’affirmation d’une puissance virile et nocive et qui, cette fois-ci mais cette fois-ci seulement, causera sa perte car le jeu tourne mal.</p>
<p style="font-weight: 400;">La proposition est stimulante, originale et jamais pathétique (on y décèle même une part d’humour). La modification des textes parlés fonctionne et, alors qu’on aurait pu craindre un essoufflement du rythme dû aux changements de situation (dans le jeu ou hors du jeu), l’aller-retour entre fiction et réalité confère une vraie unité dramatique à une œuvre qui, parfois, paraît ne plus être qu’une succession de tubes.</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête de l’orchestre symphonique et des chœurs de la Monnaie, <strong>Nathalie Stutzmann</strong> adopte une lecture dramatique de la partition et pose des choix que l’on n’avait encore jamais entendus : dans l’ouverture, tous les timbres sont mis sur le même plan d’intensité sonore, ce qui apporte une tension extrême – à l’instar du propos sur scène. Dans la suite, l’approche restera toujours tendue sans toutefois sacrifier le mouvement propre à la partition. Malgré quelques décalages qui doivent encore être réglés (première oblige), les chœurs offrent un son uniforme et une belle dynamique dont les ressorts manquent toutefois de subtilité (l’accentuation des consonnes apporte un réel rythme mais frôle la caricature, tandis que certains crescendos donnent un relief appréciable mais semblent franchement exagérés).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-A_007_BerndUhlig-1294x600.jpeg" alt="" />© Bernd Uhlig</pre>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Eve-Maud Hubeaux </strong>parvient à concilier les antagonismes que la mise en scène exige : elle est davantage une actrice jouant <em>Carmen </em>que, réellement, Carmen. Ce décalage dramaturgique ne sacrifie jamais la musicalité qui s’exprime notamment par un sens du phrasé et un <em>rubato</em> affirmé mais toujours maîtrisé dans la habanera, par exemple. Le timbre est rond et la voix puissante, ce qui passe par un placement de la voix très (et peut-être, d’ailleurs, trop) nasal. Malgré des changements de registre (poitrine, masque, tête) perceptibles, l’ensemble est cohérent et – c’est le principal – percutant.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le Don José de <strong>Michael Fabiano </strong>n’est pas loin de l’idéal. Le son est ample, les (rares) aigus de la partition contenus mais soignés. On est loin, et c’est heureux, du personnage passablement primaire et trop sûr de lui que l’on sert trop souvent. Ici, l’interprétation est ancrée dans la fragilité du personnage, ce qui n’empêche ni le plaisir vocal, ni la fougue – bien au contraire.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Anne-Catherine Gillet</strong> connaît le personnage de Micaëla par cœur et, pourtant, parvient à le réinventer. La « fausse » Micaëla est la « vraie » épouse, celle qui a poussé son mari à participer au jeu-thérapie. Le placement de la voix très en avant, couplé à une clarté naturelle du timbre, résulte en une grande pureté vocale – même si on a déjà entendu plus d’éclats dans ses aigus.</p>
<p style="font-weight: 400;">Escamillo est davantage un vieux beau qu’un fringuant toréador. Le timbre dense et très sombre – à certains égards même, guttural – d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> convient parfaitement à ce parti pris. L’air du toréador n’a pas l’éclat qu’une mise en scène ordinaire réclamerait. Il sonne ici comme un avertissement déjà funeste – n’est-ce, au fond, pas la meilleure lecture de cet air : « prend garde, un œil noir te regarde » ? D’une manière générale, les choix de mise en scène transparaissent d’ailleurs toujours dans l’interprétation musicale, ce qui en dit énormément sur le travail et l’intelligence de chacun dans cette production.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Christian Helmer</strong>, <strong>Pierre Doyen</strong>, <strong>Louise Foor</strong>, <strong>Claire Péron</strong>, <strong>Guillaume Andrieux</strong> et <strong>Enguerrand de Hys </strong>complètent une distribution musicalement et dramatiquement particulièrement intéressante, tandis que Pierre Gramont, en administrateur de la « clinique », assume un rôle clé dans la cohérence de l’intrigue.</p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lalo-le-roi-dys/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, Le Roi d’Ys, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, <em>Le Roi d’Ys</em>, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut fléchir » reste régulièrement donné, Jonas Kaufmann s’offrait encore en 2017 le luxe inattendu de le graver sur son album d’opéra français, et l’air de mezzo « De tous côtés j’aperçois dans la plaine » n’a également pas tout à fait sombré dans l’oubli. Partition inspirée, avec de belles pages chorales, tentative intéressante de synthèse d’opéra français et d’influences wagnériennes, <em>Le Roi d’Ys</em> méritait bien un enregistrement chez Palazzetto Bru Zane, label dont on ne saluera jamais assez les services rendus au répertoire français.</p>
<p>Plus que l’histoire du souverain de la cité bretonne, <em>Le Roi d’Ys</em> est celle de ses deux filles, Rozenn, soprano angélique, et Margared, mezzo rebelle. Cette dernière est fiancée au prince Karnac, guerrier redoutable dont le roi s’assure ainsi de l’amitié, mais toutes deux sont éprises du preux chevalier Mylio. Passons les détails, compliqués, de quelques batailles et fêtes traditionnelles. Margared va d’abord attirer les foudres de Karnac sur Ys, en refusant de l’épouser. Puis, comprenant que Mylio lui préfère sa sœur, elle s’allie à Karnac pour ouvrir les écluses de la cité, provoquant ainsi son inondation.  Karnac est tué par Mylio et Margared se jette à la mer, rachetant sa faute par son sacrifice et arrêtant in extremis la submersion complète d’Ys.</p>
<p>Pour un tel récit, il faut des forces orchestrales et chorales capables de planter le décor et d’animer le drame, ce dont <strong>le C</strong><strong>hœur et l’Orchestre national philarmonique de Hongrie</strong> s’acquittent merveilleusement. Si la direction de <strong>György Vashegyi</strong> nous a paru un peu placide à l’acte I, où il faut reconnaître qu’il ne se passe encore que peu de chose par comparaison avec les deux actes suivants, elle gagne en nervosité et en théâtre par la suite. Le troisième acte, en particulier, est saisissant, avec un très beau contraste entre la tendresse de l’air de Mylio puis du trio du roi et ses filles et le dramatisme emporté de l’inondation de la cité.</p>
<p>La distribution vocale est d’une grande homogénéité, sans aucun maillon faible. <strong>Christian Helmer</strong> met un beau baryton au service d’un Saint Corentin hiératique à souhait. Karnac trouve en <strong>Jérôme Boutillier</strong> un interprète à la voix saine et sûre, à la diction impeccable, capable de tempêter avec autant de menace que nécessaire dans ses deux scènes avec Margared. Dommage que le rôle soit en fait assez peu valorisant, sans aucun air ni moment un peu plus apaisé qui lui permettent de développer d’autres qualités que déclamation et volume. Dans le rôle du Roi d’Ys, <strong>Nicolas Courjal</strong>, basse dont on ne signale plus l’excellence, peut quant à lui, dans le trio avec ses filles, développer de belles nuances, une ligne de chant douce et touchante qui complètent de manière bienvenue des récitatifs plus marmoréens et impérieux. Pierre angulaire de ce beau quatuor masculin, <strong>Cyrille Dubois</strong> prête son ténor souple au timbre un peu pincé au chevalier Mylio. Sans aucune surprise, l’air « Puisqu’on ne peut fléchir » lui convient si bien qu’on le croirait écrit pour lui. Ces quelques pages élégantes, espiègles, tout en nuances de piano et pianissimo, couronnées par un contre-la en voix de tête sont parfaitement servies par la voix claire, la diction impeccable et le style légèrement précieux de Dubois. De manière un peu moins attendue, les passages plus guerriers du rôle lui vont tout aussi bien. Son sens du mot fait merveille, en particulier dans le final du premier tableau de l’acte III. Du côté féminin, <strong>Judith van Wanroij</strong> met un soprano un peu nasal mais élégant et gagnant en fruité vers le haut de la tessiture au service de Rozenn. Très à son avantage dans le duo d’amour avec Mylio au dernier acte, elle fait montre d’un joli legato et d’aigus lumineux. Le tempérament fougueux de <strong>Kate Aldrich</strong>, enfin, donne toute son aura tragique à Margared. Si l’on pourrait souhaiter davantage de dégradé de couleurs, notamment dans sa scène de l’acte II, son sens du théâtre balaie toute réserve. « L’enfer écoute » dit Maragred à un Karnac désespéré de ne trouver de soutien ni du ciel ni du diable. Et en effet, quand Kate Aldrich chante, avec une telle maîtrise sur toute la longueur de la tessiture, d’aigus plein d’aplomb jusqu’à des graves poitrinés d’un beau métal sombre, il y a bien quelque chose de terrifiant.</p>
<p>Servi par une si belle distribution et des forces collectives si convaincantes, ce<em> Roi d’Ys</em> a tout pour séduire et captiver l’auditeur. À l’heure où l’Opéra national de Paris a dévoilé une saison 2025-26 si timide en ce qui concerne l’opéra français, cette intégrale nous rappelle tristement, mais magistralement, tout ce que nous manquons sur nos scènes !</p>
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		<item>
		<title>THOMAS, Psyché &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-psyche-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nom d’Ambroise Thomas est surtout rattaché à deux de ses œuvres de maturité : Mignon et Hamlet. Véritables tubes, repris à de multiples reprises au XIXe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le succès de ces œuvres s’est ensuite franchement émoussé et Thomas n’a plus été associé qu’à un académisme jugé pesant. Hamlet a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Le nom d’Ambroise Thomas est surtout rattaché à deux de ses œuvres de maturité : <em>Mignon</em> et <em>Hamlet</em>. Véritables tubes, repris à de multiples reprises au XIX<sup>e</sup> siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le succès de ces œuvres s’est ensuite franchement émoussé et Thomas n’a plus été associé qu’à un académisme jugé pesant. <em>Hamlet</em> a fait un retour notable sur les scènes lyriques ces dernières décennies et a presque fini par s’imposer comme un pilier du répertoire. Cependant, Thomas a composé beaucoup d’œuvres avant ce Grand Opéra, surtout des opéras-comiques, dont le plus connu, après <em>Mignon</em>, reste <em>Le Songe d’une nuit d’été</em>, délicieux petit bijou qui raconte une romance imaginaire entre Shakespeare et Élisabeth I<sup>re</sup>.</p>
<p style="font-weight: 400;"><em>Psyché</em>, créé le 1857 à l’Opéra-Comique, fut l’un des grands succès du compositeur dans ce genre typiquement français (même Berlioz en a vanté les mérites dans la presse !). En 1878, Thomas en proposa une nouvelle version en quatre actes, troquant les dialogues parlés pour des récitatifs et opérant plusieurs coupes et modifications significatives. Tout ce qui relevait de la veine comique, alors moins prisée, fut éliminé – alors même que ces scènes de demi-caractère constituaient tout le sel de la première version. Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, a donc choisi de présenter la version originale avec dialogues, mais avec quelques-uns des ajouts de la deuxième version, notamment deux airs supplémentaires pour Psyché et la transposition du rôle de Mercure pour baryton aigu et vocalisant.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à présent, on ne pouvait entendre des fragments de cette partition que via l&rsquo;enregistrement d&rsquo;une partie du deuxième acte sur <a href="http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2010/07/09/1556-ambroise-thomas-psyche-creation-premiere-mondiale-first-world-recording-jules-barbier-michel-carre">le précieux blog de David Le Marrec</a> ou via une plage de l&rsquo;album « Oh boy! » de Marianne Crebassa. Rappelons que cette résurrection de l&rsquo;œuvre aurait dû avoir lieu en 2020, avec dans le rôle-titre Jodie Devos, dont on pleure encore la disparition. On ne peut s&#8217;empêcher pendant la soirée de songer à celle qui fut une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/">Ophélie</a> et une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-mignon-liege-la-revanche-de-wilhelm-meister/">Philine</a> si idéales&#8230;</p>
<p>Disons-le sans détour : <em data-start="2179" data-end="2187">Psyché</em> est une véritable merveille. Comment expliquer que l’œuvre soit restée oubliée depuis le XIXe siècle ? L&rsquo;intrigue en est simple et reprend dans les grandes lignes le mythe antique, en ajoutant des éléments de comédie qui colorent l&rsquo;action d&rsquo;une mélancolie singulière. Éros s&rsquo;éprend de Psyché, seule mortelle qui puisse rivalité en beauté avec sa mère Vénus. Mercure est chargé par la déesse de rompre ce lien et de perdre Psyché, en imposant à Éros de ne pas se montrer à son amante. Mais Psyché, influencée par Mercure, transgresse l&rsquo;interdit en observant Éros dans son sommeil et meurt. Les sœurs de Psyché, lointaines cousines des belles-sœurs de Cendrillon, et deux prétendants grotesques, Antinoüs et Gorgias, complètent la nomenclature des personnages. Finalement, l&rsquo;action s&rsquo;achève sur un <em>lieto fine</em>, Jupiter accordant à Éros et Psyché de vivre leur amour au grand jour.</p>
<p>Sur ce livret de Jules Barbier et Michel Carré, qui relit le mythe antique avec beaucoup de malice, Ambroise Thomas compose une musique très hétéroclite, mais toujours pleine de charmes. L&rsquo;unité stylistique semble être le dernier des soucis du compositeur, qui ne se refuse rien et offre aux auditeurs des mélodies savoureuses et des morceaux qui relèvent de genres très différents, avec une inspiration toujours soutenue. On entend du Rossini dans des airs vocalisants, du Meyerbeer ou du Halévy dans des scènes d&rsquo;ensemble, du Auber ou du Offenbach dans des duos bouffes, du Gounod dans certains passages lyriques&#8230; <em>Psyché</em> apparaît comme un vaste catalogue de la production lyrique française et italienne de la première moitié du XIXe siècle (anticipant même des œuvres ultérieures !), où Ambroise Thomas montre tout son savoir-faire et son talent, sans jamais perdre de vue l&rsquo;adéquation entre le drame et la musique.</p>
<p>Après une ouverture contrastée et un hymne à Vénus plaintif, Psyché chante un air accompagné délicatement par des arpèges de pizzicatos de cordes et une flûte gracieuse. L&rsquo;entrée d&rsquo;Éros, avec chœur à bouche fermée, est particulièrement réussie, plongeant la scène dans une atmosphère onirique. Le premier acte s&rsquo;achève sur une tempête et un ensemble de stupeur qui rappellent l&rsquo;opéra italien ou les finales endiablés de <em>La Juive</em> d&rsquo;Halévy.</p>
<p>Après un solo de trompette mélancolique, Éros se voit attribué au deuxième acte une cavatine suivie d&rsquo;une cabalette avec chœur, dans la plus pure tradition belcantiste. Mercure évoque ensuite dans un air savoureux la colère de Vénus qui ne pensait pas « avoir un si grand garçon » et devenir si vite « grand-mère », avant que les amants se réunissent dans un des sommets de l&rsquo;œuvre, un duo d&rsquo;amour où le violon solo porte l&rsquo;élan amoureux des personnages. Le deuxième acte se poursuit avec un chœur sur tempo de valse et une chanson à boire de Mercure, dans la plus pure tradition du Grand Opéra ; il s&rsquo;achève avec une romance d&rsquo;Éros, qu&rsquo;il chante pour trouver le sommeil, et une scène où Psyché se retrouve seule, avec des éclats brefs de harpe dans les aigus, répondant à l&rsquo;angoisse du personnage.</p>
<p>Le dernier acte s&rsquo;ouvre sur un chœur qui semble réunir Verdi et Bach (!), avant le duo du philtre, durant lequel Antinoüs et Gorgias absorbent une potion d&rsquo;oubli : il vieillissent instantanément (le contrebasson souligne avec taquinerie leur démarche de vieillard) et oublient jusqu&rsquo;à leurs noms. Cette scène burlesque donnent par contraste une teinte encore plus tragique à la mort de Psyché, qui expire, comme Ruy Blas, sur un « merci » déchirant. Mais tout est bien qui finit bien : après avoir déchaîné sa colère dans des imprécations à la ligne escarpée, Éros obtient de Jupiter la résurrection de Psyché.</p>
<p>L&rsquo;ensemble de la distribution réunie pour cette version de concert porte avec bonheur cette merveilleuse partition. D&rsquo;abord, <strong>Hélène Guilmette</strong> est une Psyché frémissante et pénétrée. La voix a ce qu’il faut de fraîcheur et de densité pour permettre à la chanteuse de rendre toutes les facettes de ce personnage de jeune première accablée par un destin tragique. Quelques aigus sonnent un peu tirés, mais ces fragilités ne font que renforcer l’émotion puissante qui se dégage de son interprétation, poignante jusqu’aux larmes versées à la fin du deuxième acte et qui touchent en plein cœur.</p>
<p>Dans le rôle vertigineux d’Éros, qui demande à la fois une agilité ébouriffante et une puissance dramatique assurée dans les imprécations finales, <strong>Antoinette Dennefeld</strong> trouve un rôle à la mesure de ses moyens exceptionnels. La voix est d’une étoffe somptueuse et sa technique assurée permet à la chanteuse de ne jamais rater sa cible. L’air redoutable qui ouvre le deuxième acte, avec une cabalette accompagnée par le chœur, est particulièrement réussi, tout comme ses imprécations, qui foudroient par des graves profonds et des aigus dardés.<span class="Apple-converted-space"> Notons que les scènes parlées entre les deux chanteuses sont de véritables moments de théâtre. </span></p>
<p>Dans le rôle de Mercure, <strong>Tassis Christoyannis</strong> prend un malin plaisir à jouer toutes les facettes de ce dieu malicieux, voire démoniaque. Il plie son timbre charnu et sa diction incisive à des intentions très diverses avec une maestria caméléonesque, passant du bouffon à la vipère avec une délectation manifeste. Même lorsqu&rsquo;il ne chante pas, on voit combien il est habité par cette musique, qu&rsquo;il défend avec conviction, grâce et sensibilité.</p>
<p>Le quatuor de personnages bouffes est composé du côté féminin par <strong>Mercedes Arcuri</strong>, soprano au timbre plein de charme, et <strong>Anna Dowsley</strong>, mezzo au tempérament affirmée et à la voix capiteuse. Le duo masculin composé par <strong>Artavazd Sargsyan</strong> et <strong>Philippe Esthèphe</strong> est un plaisir de tous les instants : la voix moelleuse du ténor se marie avec bonheur avec la voix franche du baryton. Leur diction impeccable et leur engagement dramatique donnent au duo du philtre une saveur exquise.</p>
<p>On est presque désespéré de ne pas plus entendre <strong>Christian Helmer</strong>, qui ouvre l’œuvre par un récit plein de mordant et disparaît ensuite pour ne réapparaître que dans le final de l’opéra, délicieusement grandiose.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>À la tête d&rsquo;un <strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie</strong> enthousiaste et appliqué, <strong>György Vashegyi</strong> révèle toutes les facettes de la partition, avec beaucoup de probité. Sans geste pesant, sans pompe excessive, il expose la saveur particulière de cette partition, pleine de raffinement et d&rsquo;élégance. À peine pourrait-on regretter un manque de tuilage répété entre les dialogues et les numéros musicaux, mais ces silences sont peut-être ménagés pour les ingénieurs du son qui régleront la gravure de cette soirée sur CD.</p>
<p>Le <strong>Chœur national de Hongrie</strong> est souvent sollicité dans l&rsquo;œuvre et on reste admiratif devant une telle homogénéité de timbre et une diction si nette du français. Cela dénote l&rsquo;intérêt que portent ces musiciens hongrois – les choristes, les instrumentistes et leur chef – pour la musique française : la collaboration avec le Palazzeto Bru Zane devrait d&rsquo;ailleurs se poursuivre et conduire à la récréation d&rsquo;autres œuvres rares dans les années à venir. En attendant que <em>Psyché</em> retrouve le chemin de la scène – c&rsquo;est une œuvre qui offrirait de nombreuses possibilités scéniques – on se délectera de tous les bijoux offert par Thomas lors de la parution prochaine du CD dans la si précieuse collection « Opéras français »&#8230;</p>
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		<title>LALO, Le roi d&#8217;Ys &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jan 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des opéras que l’on connaît de loin, que l’on a vu, mais qui ne semblent refaire surface qu’à intervalles trop éloignés. Et, si l’on assume un très mauvais jeu de mot – ce qu’on s’autorise hélas trop peu –, le cas du Roi d’Ys semble paradigmatique. Refaire surface. Comment mieux aborder une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des opéras que l’on connaît de loin, que l’on a vu, mais qui ne semblent refaire surface qu’à intervalles trop éloignés. Et, si l’on assume un très mauvais jeu de mot – ce qu’on s’autorise hélas trop peu –, le cas du <em>Roi d’Ys</em> semble paradigmatique. Refaire surface. Comment mieux aborder une histoire de submersion&nbsp;? Dans la cité médiévale d’Ys, sur les côtes bretonnes, on s’apprête à célébrer les noces de Margared, fille du roi d’Ys, et du prince Karnac, scellant ainsi une paix longtemps désirée. Mariage politique, fille instrumentalisée&nbsp;: «&nbsp;Hélas&nbsp;! Je suis la rançon de la guerre&nbsp;». Car Margared en aime un autre, Mylio, que l’on croyait mort mais qui, lui aussi, refait surface. Problème&nbsp;: c’est Rozenn, la seconde fille du roi, qu’aime Mylio, et cet amour est réciproque. Tiraillée entre un devoir politique imposé (être une femme comme un objet d’échange) et un amour sincère mais voué au néant (Mylio ne l’aime pas), Margared n’avait d’autre issue qu’une voie sacrificielle. À défaut de se sacrifier elle-même, c’est la cité d’Ys, cause de ses malheurs, qui devra disparaître. Avec Karnac, dont les armées ont entre-temps été vaincues par celles de Mylio, elle projette d’ouvrir les écluses qui protègent la ville.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024.01.11_Mupa@MNF_foto_Csibi-Szilvia-55-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-154192"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Müpa © MNF foto Csibi Szilvia</sup></figcaption></figure>


<p>Femme nécessairement ambiguë, douce, amoureuse, tourmentée, furieuse, jalouse, Maragred trouve en <strong>Kate Aldrich</strong> une interprète idéale. Si ses premières interventions peuvent frustrer l’impatient qui veut tout et tout de suite, le personnage évolue avec une justesse absolue. La jeune fille mélancolique et un peu lisse gagne rapidement en épaisseur dramatique. La voix prend la noirceur que requiert l’intrigue. Le résultat est magistral. La justesse est toujours parfaite, malgré une partition difficile pour la mezzo. Elle parvient à appréhender les nombreux sauts d’intervalles – qui peuvent évoquer Wagner – sans à-coups ou glissandos intempestifs. Si, dans le premier duo avec Rozenn, l’équilibre entre les chanteuses et l’orchestre était parfois délicat – le second couvrant souvent les premières –, le duo Karnac – Margared de l’acte III est d’une puissance et d’une intensité sombres mais éblouissantes. Faut-il préciser que la prononciation française de la chanteuse américaine est parfaite (n’est-elle pas une Carmen de tout premier plan ?) et que, malgré un surtitrage en hongrois, on a tout compris ?</p>
<p><strong>Judith van Wanroij </strong>est une Rozenn innocente. Malgré un personnage moins complexe que celui de sa sœur, la chanteuse parvient à trouver une réelle place dramatique dans l’intrigue. À cet égard, malgré l’absence de mise en scène, lors de l’entrée des deux chanteuses pour le premier duo, il n’est pas nécessaire d’attendre qu’elles commencent à chanter pour savoir qui est quelle sœur. Elles incarnent déjà, au sens le plus complet du terme, un personnage. Les voyelles sont remarquablement placées, ce qui confère à la voix une lumière particulière, et permet aux harmoniques d’apporter brillance et ampleur. Son dernier duo avec Mylio est bouleversant.</p>
<p>Le roi de <strong>Nicolas Courjal </strong>est un roi, c’est certain. Scéniquement comme vocalement, il en a la puissance, la présence, l’autorité. Un vibrato marqué – qui donne à la voix sa largeur – rend parfois la compréhension du texte plus fastidieuse. <strong>Jérôme Boutillier</strong> est un prince Karnac à la projection incisive, puissante, précise. L’excellente acoustique du Müpa lui rend particulièrement justice. Musicalement, il est exemplaire et offre, dans le duo démoniaque de l’acte III déjà évoqué, les émotions les plus vives de l’œuvre.</p>
<p>On salue tout particulièrement la prestation de <strong>Cyrille Dubois</strong> qui, en plus de qualités musicales incontestées et certainement incontestables, offre ici une réelle démonstration de technique au service de la musique. Couleur naturelle du timbre et travail de la projection, incluant une attention remarquable au placement du texte, lui permettent de toujours passer l’orchestre, y compris dans des moments de douceur intense. Son «&nbsp;Vainement, ma bien aimée&nbsp;», à l’acte III, est un moment suspendu et l’aubade un peu (en fait, très) niaise nous touche au plus profond. Un moment de simplicité et d’amour après lequel on pense pouvoir mourir même si, bien sûr, on voudra vivre. C’est le drame même du <em>Roi d’Ys</em>.</p>
<p><strong>Christian Helmer </strong>est, enfin, un Jahël et un saint Corentin à la voix claire et bien timbrée. Il peine à occuper l’espace sonore quand il est Jahël, avant de s’affirmer davantage, dans une partition certes plus lyrique, quand il devient saint Corentin.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024.01.11_Mupa@MNF_foto_Csibi-Szilvia-59-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-154193" width="910" height="606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Müpa © MNF foto Csibi Szilvia</sup></figcaption></figure>


<p>Sous la baguette de <strong>György Vashegyi</strong>, l’<strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie </strong>sert la partition par une belle homogénéité et une précision à toute épreuve, particulièrement dans les pupitres de cuivres qui offrent, dans l’ouverture, des attaques mordantes suivies de courts crescendos parfaitement maîtrisés. L’effet est percutant. Dès les premières mesures, la submersion à venir est diffuse, l’effet de vagues que permet la partition est exploité mais pas caricaturé. Peut-être trop présent par moments (c’est un orchestre symphonique avant d’être un orchestre d’opéra), on retiendra néanmoins un art des contrastes singulièrement abouti. Le <strong>Chœur national de Hongrie</strong> – chœur qui occupe une place à part entière dans l’œuvre – éblouit par sa force d’émission et l’attention extrême à la qualité du texte français (poussant le souci du détail jusqu’à la prononciation «&nbsp;à la française&nbsp;» du latin dans les incantations mystiques du dernier acte). On regrette toutefois une homogénéité relative de nuances (<em>mf</em>), alors que la partition est faite d’aspérités.</p>
<p>Programmé par le Palazzetto Bru Zane (Centre de musique romantique française) dans le cadre du bicentenaire de la naissance d’Édouard Lalo (1823-1892), le concert a fait l’objet d’une captation pour la collection «&nbsp;Opéra français&nbsp;» &#8211; Bru Zane Label. L’œuvre sera à nouveau proposée au Concertgebouw d’Amsterdam le 3 février prochain, avec une distribution légèrement modifiée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-budapest/">LALO, Le roi d&rsquo;Ys &#8211; Budapest</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>FRANCK, Hulda — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hulda-paris-tce-dor-et-de-sang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Jun 2022 21:47:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’année 2022 est certes l’année Molière, mais elle est également celle de César Franck qui a vécu, hier soir, un temps fort en la représentation d’un chef-d’œuvre méconnu, Hulda, véritable bijou égaré dans les coffres scellés de l’Histoire et ouverts, une fois de plus, par le Palazzetto Bru Zane. Son directeur artistique, Alexandre Dratwicki, explorateur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’année 2022 est certes l’année Molière, mais elle est également celle de <strong>César Franck</strong> qui a vécu, hier soir, un temps fort en la représentation d’un chef-d’œuvre méconnu, <em>Hulda</em>, véritable bijou égaré dans les coffres scellés de l’Histoire et ouverts, une fois de plus, par le <strong>Palazzetto Bru Zane</strong>. Son directeur artistique, <strong>Alexandre Dratwicki</strong>, explorateur des mondes oubliés, découvreur des arches romantiques perdues, a, dans son incessante prospection musicale, mis à jour le plus scandinave des joyaux de César Franck, un drame à la fois étincelant et sanglant. Ce troisième opéra du compositeur réussit l’éloquente synthèse entre l’univers wagnérien et l’opéra verdien, fait d’émotions et de turbulence, dans une orchestration raffinée, combinant beauté des voix, énergie des <em>tempi</em> et dimension chorale. L’intérêt de cette œuvre est aussi de nous emmener sur des rives géographiques non explorées par l&rsquo;opéra hexagonal. Rares sont en effet les drames lyriques français trouvant leur origine dans les légendes de l’Europe Centrale et de Scandinavie.</p>
<p>Alors pourquoi malgré ses évidentes qualités, cette pièce n’est-elle pas entrée au Panthéon des chefs-d’œuvre musicaux ?  Créée à titre posthume à l’Opéra de Monte-Carlo en mars 1894 après la mort du compositeur, elle fut présentée dans une mouture abrégée en trois actes comportant de nombreuses coupures qui ne rendirent ni justice à la grandeur de l’œuvre, ni à la pensée musicale de César Franck. Et le caractère sanglant du drame, où les morts s’enchainent dans la spirale de la vengeance de la très convoitée Hulda qui cherche à venger la mort de sa famille en trucidant les hommes du clan adverse, n’a certes pas plaidé en la faveur de l’œuvre pour qu’elle puisse se maintenir au cœur des programmations des théâtres. L’opéra a donc disparu dans les couloirs du temps. Mais cette carence de l&rsquo;Histoire, est à ce jour réparée. Trois ans de travail ont été nécessaires pour reconstituer la partition dans sa plénitude première à savoir quatre actes et leur chapelet de trépassés, quatorze solistes, une écriture vocale exigeante, une combattante hors norme, et une partition sublime de la première à la dernière note. <em>Hulda</em> est une vaste fresque dramatique à la fois lyrique et sombre, riche, parfois même trop riche, tant les influences se côtoient dans une même œuvre et peuvent parfois dérouter. Dotée d’une rare puissance émotionnelle, l’opéra de César Franck renferme toutefois de belles pépites tels que le troublant chœur féminin « Chanson de l’Hermine »  ainsi que l’émouvant chœur de déploration funèbre du deuxième acte. Le troisième acte est, quant à lui, magnifié par un duo d’amour « Divine Extase » entre Hulda et Eiolf, qui fait écho au duo de <em>Tristan et Isolde</em> de Richard Wagner.</p>
<p>Cette résurrection inattendue bénéficie de toute la fine expertise musicale du Palazzetto Bru Zane, et cela s’illustre d’abord dans le choix de la distribution en adéquation parfaite avec les rôles. Dans cette version de concert, la qualité des voix, associée à une belle présence de chacun sur scène, suffit à donner aux personnages toute leur dimension. <strong>Jennifer Holloway</strong> est un idéal de puissance et de clair-obscur pour incarner Hulda, vierge combattante d’une frémissante sensualité (même si elle use un peu trop des r roulés). La voix au timbre aux reflets moirés, dominée par un beau registre aigu,  trouve un équilibre parfait entre lyrisme et drame, sans tomber dans les excès d’accents vindicatifs trop appuyés<strong>.  Judith van Wanroij</strong> incarne avec finesse et sensibilité le rôle de la douce Swanhilde, d’une voix claire et légère. <strong>Véronique Gens</strong> se glisse avec facilité dans le rôle de Gudrun et lui confère une autorité naturelle qui sied  à merveille à l’âge et à l’expérience de son personnage. Son époux Aslak est incarné avec conviction par le baryton <strong>Christian Helmer</strong> à la belle puissance. <strong>Matthieu Lécroart</strong>, comme toujours irrésistible d’autorité, rend compte à merveille de l’assurance de Gudleik. Le ténor <strong>Edgaras Montvidas</strong>  aborde le rôle d’Eiolf avec tout l’éclat indispensable au personnage dont la vaillance est mise en valeur par de beaux aigus La voix se déploie avec facilité dans une variété de couleurs qui confère une certaine noblesse à ce personnage malgré sa trahison. Les seconds rôles sont tous également à la hauteur de la tâche. La soprano <strong>Ludivine Gombert</strong> en Thordis sait allier douceur et brillant, <strong>Marie Gautrot</strong>, moins convaincante en mère de Hulda qu&rsquo;en Halgerde, met en lumière un timbre soyeux de mezzo-soprano. Quant aux trois ténors, l&rsquo;intense ainsi que la lumineuse et très belle présence scénique de <strong>Artavazd Sargsyan</strong> confèrent une belle dimension à Eyrick. <strong>François Rougier</strong> en Gunnard, et <strong>Sébastien Droy</strong> en Eynar sont généreux et percutants dans le registre aigu. Les deux barytons-basses ne sont pas en reste, le Thrond de <strong>Guilhem Worms</strong>  se distingue par la puissance et l’autorité, et <strong>Matthieu Toulouse</strong> en Arne et un Héraut séduit par un beau timbre et une projection idéale.</p>
<p>S’ajoute à ce florilège vocal la superbe prestation du Chœur de chambre de Namur qui met en lumière toute la subtilité de l’écriture chorale de Franck. La direction de <strong>Gergely Madaras</strong>, à la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, est en tous points admirable. Véritable révélation de la soirée, le jeune chef hongrois s’empare de la partition de César Franck avec un savant dosage entre les nuances les plus fines et une urgence, une énergie toujours à propos rendant pleinement hommage au compositeur.</p>
<p>Cette œuvre faite d&rsquo;or et de sang de César Franck  est tellement dense et l&rsquo;interprétation à ce point intense que les 3h 30 de spectacle se sont égrenées rapidement sur la grande horloge du temps, ce qui est en soi suffisamment rare pour être souligné pour une version concert. <em>Hulda</em> aura attendu un siècle pour connaître une parenthèse de gloire avec  l’ovation du public présent au TCE hier soir. Mais cette chronique de morts annoncées trouverait davantage sa pleine expression dans une mise en scène qu&rsquo;en version concertante où l&rsquo;on se perd un peu dans la pluralité des personnages et les nombreux ressorts de ce roman noir lyrique. Dans l&rsquo;attente, on s&rsquo;immergera avec intérêt dans l&rsquo;enregistrement discographique à venir dans <em>la collection </em>Opéra Français du Palazzetto Bru Zane qui a pour principale vertu de faire de rives oubliées de nouveaux horizons à explorer.</p>
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		<title>Don César de Bazan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/don-cesar-de-bazan-drame-frivole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Aug 2020 08:42:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé à l&#8217;Opéra-comique en 1872, Don César de Bazan est le premier grand ouvrage de Massenet à être représenté. Cinq ans plus tôt, La Grand&#8217;Tante n&#8217;avait été qu&#8217;un lever de rideau pour Le Voyage en Chine de François Bazin. Les deux partitions (et de nombreuses autres, dont celle de la création des Contes d&#8217;Hoffmann) brûlèrent lors &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé à l&rsquo;Opéra-comique en 1872, <em>Don César de Bazan </em>est le premier grand ouvrage de Massenet à être représenté. Cinq ans plus tôt, <em>La Grand&rsquo;Tante</em> n&rsquo;avait été qu&rsquo;un lever de rideau pour<em> Le Voyage en Chine </em>de François Bazin. Les deux partitions (et de nombreuses autres, <a href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">dont celle de la création des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em></a>) brûlèrent lors du deuxième incendie de la Salle Favart en 1887. Malgré le peu de succès de cette première version (donnée 13 fois seulement à l&rsquo;Opéra-comique), Massenet reprit l&rsquo;ouvrage à partir de la partition vocale, qui avait été heureusement gravée, et le réorchestra : cette nouvelle version fut créée à Genève en 1888. Entretemps le compositeur stéphanois avait aligné les succès, du <em style="font-size: 14.000000953674316px">Roi de Lahore </em>au <em style="font-size: 14.000000953674316px">Cid</em> en passant par <em style="font-size: 14.000000953674316px">Hérodiade</em> et <em style="font-size: 14.000000953674316px">Manon. </em>Le livret ne s&rsquo;inspire pas directement de Victor Hugo, mais d&rsquo;un drame homonyme d’Adolphe d’Ennery et Philippe Dumanoir, créé au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1844, et librement inspiré des personnages de <em>Ruy Blas. </em>La pièce avait été écrite à la demande du célèbre acteur Frédérick Lemaître, créateur du rôle de Ruy Blas en 1838 –Victor Hugo le nommait « le comédien suprême » – et qui interpréta cette fois le personnage de Don César. L&rsquo;intrigue en est largement décalquée de l&rsquo;original hugolien, mais d&rsquo;un style plus léger, voire frivole : le Roi d’Espagne est tombé amoureux d’une belle et jeune gitane, la Maritana, qu’il vient entendre chanter et voir danser tous les jours. Son ministre Don José a fini par s’en apercevoir et promet au Roi d’introduire la jeune fille à la cour. Mais pour cela, il faudrait lui donner une sorte de respectabilité. C’est à cet instant qu’il tombe sur Don César, une connaissance de jeunesse. Celui-ci lui confie qu’il est perclus de dettes et qu’il est revenu à Madrid espérant bien en faire de nouvelles ! Don José lui apprend que le Roi a interdit les duels, sous peine de mort, en particulier pendant la Semaine Sainte qui commence. Le jeune Lazarille (rôle travesti), apprenti armurier, fuit les coups du Capitaine des Gardes. Don César intervient et les deux têtes chaudes ne tardent pas à se provoquer… en duel. Pendant ce temps, Don José, qui a déjà un plan, aborde Maritana. Elle lui expose sa misère actuelle et lui confie qu’elle espère, sans trop y croire, que la Reine lui viendra en aide, elle qui l’a entendue chanter et qui en a pleuré. Don José lui promet la richesse. Quant à Don César, revenu vainqueur de son duel, la foule s’exclame qu’il sera bientôt pendu. Acte II. Lazarille a rejoint Don César dans sa prison. Si le premier pleure beaucoup, le second prend la chose avec beaucoup de philosophie et sans remords. « <em>Un homme, un vieillard&#8230; s&rsquo;est allé porter sur le passage du roi&#8230; s&rsquo;est jeté sous les roues du carrosse&#8230; a tendu ses mains tremblantes, et tandis que des larmes éloquentes sillonnaient son visage, a crié à travers ses sanglots :</em> « Grâce pour Don César ! ». <em>C&rsquo;était mon plus gros créancier. Quant à mes autres fidèles amis, cela leur eût fait tant de peine de me voir ici, que pas un n&rsquo;est venu </em>». Voilà qui donne une idée du ton de l&rsquo;ouvrage. Don José fait son entrée et se propose d’aider Don César fâché d’être pendu comme un vulgaire manant. Don José lui promet le peloton d’exécution, conforme à sa dignité de comte, à condition qu’il accepte au préalable de se marier. Don César accepte, imaginant déjà sa promise comme une duègne peu avenante, mais il s’agit bien entendu de Maritana. Les vœux sont à peine prononcés que l’on entend les coups de feu d’un peloton d’exécution. La nouvelle comtesse s’en va, au bras du ministre, qui se croit débarrassé de Don César. Mais Lazarille a sauvé son sauveur en remplaçant les vraies balles par des balles à blanc. Acte III. Dans le palais de Don César, le Roi se présente comme ce dernier, c’est-à-dire comme l’époux légitime de Maritana. Mais la tentative de séduction est interrompue par l’arrivée du vrai Don César. Le roi ne connait pas le comte, mais celui-ci a été informé par Lazarille que le Roi avait pris sa place. Puisque le Roi prétend être Don César, celui-ci n’hésite pas à se prétendre le Roi ! Le faux roi fait mine de s’étonner de voir Don César vivant, alors qu’il a condamné à mort. Le faux Don César est un peu pris de court : sans doute le Roi a-t-il oublié, mais il a signé la grâce de Don César à 8h (soit une heure après l’exécution, songe Don César). Les deux adversaires se séparent, le Roi étant convaincu d’avoir eu affaire à un fou. Don César demande des explications à Maritana qui se révèle avoir elle aussi été abusée par Don José. Un authentique amour commence est né entre les deux époux de circonstance. Acte IV. Le Roi est revenu aux côtés de Maritana qui sait désormais qu’il n’est pas Don César. Il lui avoue sa passion amoureuse mais est interrompu par Don César. Celui-ci s’est introduit au palais pour demander l’intercession de la Reine, et il a pu entendre Don José dévoiler à celle-ci l’infidélité du Roi. Don César lui a percé le cœur de son épée. Quand la foule entre dans le palais, le Roi ne se démonte pas, et annonce qu’il était venu lui-même annoncer à Don César qu’il l’avait nommé gouverneur de Valence. Don César en profite pour demander le gouvernement de Grenade, encore plus éloignée de Madrid, et l’obtient sans peine. C&rsquo;est un peu faible pour tenir quatre actes et l&rsquo;action manque de rebondissements, de situations évolutives, et de cette diversité de sentiments propre à soutenir l&rsquo;intérêt et à inspirer un compositeur. Certaines pages, musicalement intéressantes, n&rsquo;ont d&rsquo;autres fonctions que de remplir l&rsquo;ouvrage, comme la <em>Ballade aragonnaise</em> qui ouvre l&rsquo;acte I (et ses paroles immortelles : «<em> </em><em>La ! la ! la ! la ! la ! la ! la ! Veux-tu ? Le veux-tu ? La ! la !</em> »), « <em>Dors, ami</em> » (la berceuse de Lazarille au début de l&rsquo;acte II) où le mot « dors » est répété 18 fois, ou encore la <em>Chanson de Matalobos</em> de Don César qui n&rsquo;a aucune fonction dramatique. La page la plus inspirée est d&rsquo;ailleurs le surprenant duo entre Don César et Maritana à la fin de l&rsquo;acte III où les reproches respectifs laissent progressivement place à un amour réciproque. Dans cette scène, on retrouve alors le génie subtil et sensuel de Massenet. Ailleurs, on appréciera son talent pour les espagnolades, certains morceaux nous rappelant les ballets du <em>Cid</em>, mais en moins inspirés. La partition nous est donnée sans coupure, mais aussi sans aucun des dialogues parlés, au détriment de la compréhension de l&rsquo;intrigue qu&rsquo;il est difficile de suivre dans ces conditions (notons que c&rsquo;était déjà le cas à <a href="/cd/la-sirene-fretillante-sirene">l&rsquo;occasion du précédent enregistrement Naxos des Frivolités Parisiennes</a>). L&rsquo;humour du livret étant essentiellement dans ces dialogues (on en a eu un extrait plus haut), la seule écoute des pages musicales nous laisse initialement perplexe sur le style (comique ou dramatique ?) de l&rsquo;ouvrage. A défaut de livret, le CD propose en français un résumé, plage par plage, et une introduction à l&rsquo;opéra, dus à la plume érudite et captivante de Robert Ignatius Letellier.</p>
<p><strong>Laurent Naouri </strong>est un Don César idéalement tout en rondeur et en finesse. Le texte est parfaitement articulé et on n&rsquo;en perd pas un mot. La voix du baryton français est un peu tendue dans certaines pages plus exposées dans l&rsquo;aigu, plus à l&rsquo;aise dans les parties centrales et graves. Le chant est parfaitement coloré et le personnage hautement sympathique. La Maritana d&rsquo;<strong>Elsa Dreisig</strong> offre pour elle un timbre personnel, une bonne technique et une capacité à varier l&rsquo;émission (couleur, projection, allègement&#8230;) qui témoigne d&rsquo;une remarquable compréhension du texte et d&rsquo;une capacité à en illustrer toutes les nuances. Il est dommage que cette compréhension ne puisse être pleinement partagée par l&rsquo;auditeur : sauf à suivre mot à mot le livret (d&rsquo;ailleurs non fourni mais disponible en ligne), il est en général impossible de saisir une phrase complète dans ce qui est chanté. <strong>Marion Lebègue </strong>est un Lazarille d&rsquo;une grande musicalité, à la bonne diction, au timbre capiteux mais peut-être un peu mature pour le rôle. Dans le rôle du Roi d&rsquo;Espagne, le chant de <strong>Thomas Bettinger </strong>s&rsquo;épanouit dans l&rsquo;aigu, mais le médium est plutôt instable, ce qui donne un peu l&rsquo;impression d&rsquo;entendre deux voix. La diction est tout à fait correcte et le personnage interprété avec sensibilité. <strong>Christian Helmer </strong>est un Don José de Santarém bien chantant : il est dommage que Massenet n&rsquo;ait pas jugé bon de lui dédier un air. A la tête de l&rsquo;excellent Orchestre des<strong> Frivolités Parisiennes</strong> et des non moins remarquables chœurs de l&rsquo;Ensemble Aedes, <strong>Mathieu Romano</strong> offre une direction alerte et vive qui, par sa légèreté et sa précision, donne du relief aux morceaux les moins passionnants (mais toujours plaisants), et rend justice aux pages les plus inspirées. Voilà des <em>Frivolités</em> à prendre au sérieux et dont attendra avec impatience les prochaines productions !</p>
<p style="font-size: 14.000000953674316px"> </p>
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		<title>OFFENBACH, Madame Favart — Limoges</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madame-favart-limoges-voila-comment-ca-sfit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Nov 2019 17:27:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A lire les louanges adressées à Madame Favart lors de son exhumation la saison dernière à l’Opéra-Comique, on peut se demander pourquoi le prétendu chef d’œuvre d’Offenbach est resté si longtemps absent de l’affiche. La reprise de cette production à Limoges, avec les mêmes interprètes, aide à comprendre « comment ça s’fit » – en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A lire les louanges adressées à <i>Madame Favart</i> lors de <a href="/madame-favart-paris-favart-retour-au-bercail-reussi">son exhumation la saison dernière à l’Opéra-Comique</a>, on peut se demander pourquoi le prétendu chef d’œuvre d’Offenbach est resté si longtemps absent de l’affiche. La reprise de cette production à Limoges, avec les mêmes interprètes, aide à comprendre « comment ça s’fit » – en référence au refrain de l’air « Ma mère aux vignes m’envoyit ». Une fois l’intérêt de la découverte éventé, l’échaudé mitonné par Offenbach apparaît « léger, léger, léger » – autre clin d&rsquo;œil à un des numéros les plus réussis de la partition : la chanson de Favart au 2e acte. En prétextant la véritable histoire de Justine Duronceray, danseuse, actrice et chanteuse passée à la postérité sous le nom de Madame Favart, le livret se dilue dans une série de quiproquos qu’une intrigue chétive échoue à unifier. En 1878, année de la création de l’ouvrage aux Folies Dramatiques, la roue du succès avait tourné. Le savoir-faire demeure, les ingrédients aussi mais la mayonnaise ne prend plus. Privé de la dimension parodique qui faisait le génie des bouffonneries d’avant Sedan, la machine offenbachienne tourne à vide. La volonté évidente de séduire, motivée par le besoin d’argent et la soif de reconnaissance, entrave la créativité. Puis la composition des <i>Contes d’Hoffmann</i>, amorcée deux ans auparavant, accaparait trop le musicien pour que son inspiration se laisse distraire par un sujet aux enjeux moindres.</p>
<p>Pour ajouter encore à la difficulté, <b>Anne Kessler</b> a pris le parti d’une mise en scène métaphorique. Justine Favart fut à l’origine, dit-on, du costume de théâtre. Était-ce une raison suffisante pour transposer l’action dans un atelier de couture ? L’histoire, déjà alambiquée, perd en lisibilité ce qu’elle gagne en séduction visuelle.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/fav3.jpeg?itok=kYkGmmpS" title="© Steve Barek" width="468" /><br />
	©<font size="3"> </font>Steve Barek</p>
<p>A la tête des forces limougeaudes, <b>Laurent Campellone</b> utilise sa connaissance intime de la musique française pour défendre au mieux la partition. Ses propos dans le programme sur l’orchestration – mozartienne – empreinte de nostalgie dix-huitièmiste, et sur le traitement frénétique des chœurs, impliquant un travail permanent sur la variété des intentions, relèvent d’une théorie que s’emploie à illustrer la pratique.</p>
<p>Comme à Paris, <b>Éric Huchet</b> (Pontsablé) offre une démonstration éblouissante de ce que chanter Offenbach signifie en termes de style et de diction. <b>Anne-Catherine Gillet</b> ( Suzanne) est admirable de fraîcheur vocale et de musicalité, avec ce soprano serré à la saveur délicieusement parfumée des bonbons à la violette chers à nos grands-mères. <b>Franck Leguerinel</b> (Cotignac) et <b>Lionel Peintre </b>(Biscotin) transforment en or le peu de plomb que leur réserve la partition. Il faut attendre la deuxième partie pour que <b>Marion Lebègue</b> (Justine Favart) prenne la mesure d’un rôle aux multiples travestissements. Si la voix peine à se projeter, le menuet du 2e acte « je passe sur mon enfance » est nimbé de <a href="/actu/offenbach-et-la-melancolie-ou-la-joie-detre-triste">cette mélancolie qui fait Offenbach grand</a>. Plus embarrassés nous ont semblé <b>François Rougier</b> (Boispréau) et <b>Christian Helmer</b> (Favart) dont l’émission, raide, peine à épouser les pleins et les déliés d’une écriture moins légère qu’il n’y paraît.</p>
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		<title>OFFENBACH, Madame Favart — Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madame-favart-paris-opera-comique-retour-au-bercail-reussi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jun 2019 22:52:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il était temps que Madame Favart rentre à la maison ! Et il s’agit d’une première, l’œuvre ayant été créée non pas à l’Opéra Comique mais aux Folies Dramatiques. Dans cet hommage au genre de l’opéra comique, Offenbach et ses librettistes se sont inspirés, librement, de faits et de personnages réels. Charles-Simon Favart et son épouse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était temps que <em>Madame Favart</em> rentre à la maison ! Et il s’agit d’une première, l’œuvre ayant été créée non pas à l’Opéra Comique mais aux Folies Dramatiques.</p>
<p>Dans cet hommage au genre de l’opéra comique, Offenbach et ses librettistes se sont inspirés, librement, de faits et de personnages réels. Charles-Simon Favart et son épouse Justine, forment un couple épanoui : il écrit des pièces, elle les interprète avec succès. C’était sans compter sur le Maréchal de Saxe qui s’amourache de Madame Favart ; pour préserver la vertu de Justine, les époux doivent fuir et c’est là que commence l’opéra. Dans une auberge d’Arras dont le tenancier cache le Sieur Favart, arrivent le Major Cotignac – qui est là pour quémander auprès du gouverneur Pontsablé un poste de lieutenant de police – et sa fille, la charmante Suzanne, suivis de près par le prétendant de cette dernière, Hector de Boispréau. Justine Favart arrive sur ces entre-faits pour retrouver son mari. Elle se fait ensuite passer pour l’épouse d’Hector auprès du libidineux gouverneur Pontsablé, afin d’obtenir pour Hector le poste de lieutenant de police et la main de Suzanne. Vous suivez ? Et nous n’en sommes qu’au premier acte, l’acte 2 voyant les deux couples intervertir leurs identités et adopter des déguisements divers pour échapper au maréchal de Saxe et fuir les assiduités de son émissaire, le gouverneur Pontsablé. Tout finira pour le mieux : La Favart obtient un triomphe devant le roi et ainsi le châtiment du gouverneur, le bonheur d’Hector et Suzanne et surtout la nomination de son époux à la tête de l’Opéra Comique.</p>
<p>Ce livret quelque peu décousu est surtout prétexte à d’incessants (et réjouissants) quiproquos et travestissements, Justine passant tour à tour de jeune servante, à fausse épouse, de vielle rombière à vendeuse ambulante tyrolienne.</p>
<p>La partition recèle bien des pépites qui nous trottent longtemps dans l’oreille après avoir quitté la salle. Après une ouverture qui alterne joyeux galop, passage plus dramatique et une flûte particulièrement rêveuse, nous sommes entrainé sans temps mort dans un tourbillon mêlant airs et ensembles, comiques ou sentimentaux. Surtout, avec une chanson campagnarde égrillarde, un duo tyrolien, des airs à base d’onomatopées, l’œuvre semble un condensé des composantes du <a href="https://www.forumopera.com/actu/le-rire-chez-offenbach-ou-letrange-entreprise-qui-consiste-a-faire-rire-les-honnetes-gens"><u>rire chez Offenbach</u></a> qu’identifiait notre collègue Jean-Marcel Humbert, ce qui explique sûrement en partie l’énorme succès (l&rsquo;un des derniers pour Offenbach) que connut l’ouvrage lors de sa création.</p>
<p><strong>Laurent Campellone</strong> empoigne avec visible gourmandise la partition, cravache les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris qui le suivent dans une belle griserie : cela vit, emporte, sans temps mort, au prix de menus décalages qui se règleront au fil des représentations.</p>
<p>Des longueurs, on pourrait en revanche en trouver quelques-unes dans les (longs) dialogues, parfois inutilement explicatifs. On comprend qu’<strong>Anne Kessler</strong>, en tant que sociétaire de la Comédie Française, n’ait pas voulu couper dans le texte. On devine également le travail approfondi de la metteuse en scène avec les chanteurs sur ces dialogues, dans la diction, le rythme, le ton. Quelques petits accrocs nous rappellent que nous sommes à la première, mais le jeu, l’intelligibilité, la précision scénique sont remarquables, au bénéfice de l’effet comique.</p>
<p>On sera moins sensible à quelques pas de danse redondants et surtout à un décor passe-partout. Non qu’il soit vilain, au contraire : ces galeries de part et d’autre de la scène sont élégantes mais ne sont guère utilisées et pourraient sans aucun problème être recyclés pour un tout autre spectacle. De même, pourquoi avoir situé l’acte 1 dans l’atelier de couture de l’Opéra Comique en lieu et place de l’auberge du livret ? On comprend bien ici l’évocation du thème du travestissement qui irrigue toute l’œuvre, mais cette transposition n’est au final que peu exploitée et ne sert qu’à rendre certaines répliques incongrues.</p>
<p>Le chant nous aura, lui, globalement comblé, surtout chez les femmes.</p>
<p>A tout seigneur tout honneur, <strong>Marion Lebègue</strong> embrasse le rôle-titre avec fougue. Au-delà des qualités vocales requises qui sont réelles, Madame Favart exige une présence scénique : c’est sur son abattage que repose l’essentiel de la réussite de l’œuvre. Or la jeune mezzo est la femme de la situation : accents contrefaits, chanson leste de la fille de taverne… rien ne lui fait peur ! Le léger défaut de projection au premier acte est vite oublié, et l’opulence du timbre conjugué à la gouaille de l’interprète font ici merveille. <strong>Anne-Catherine Gillet</strong> est une parfaite Suzanne. Qui mieux que la soprane belge parvient à retranscrire simultanément une certaine candeur, de l’élégance et de la juvénilité ? La voix a gardé toute sa ductilité et sa fraicheur avec une légère acidité un peu surannée qui fait mouche.</p>
<p>Chez les ténors, <strong>François Rougier</strong> campe un Hector un peu lourdaud. Si la voix est claire et bien projetée, on aurait aimé davantage de demi teintes ; cependant le chanteur utilise efficacement ses aigus émis en force à des fins comiques dans une tyrolienne bien acrobatique. <strong>Eric Huchet</strong> lui ne fait qu’une bouchée de Pontsablé : le personnage est fat à souhait sans que cela ait une influence sur le style chatié et la belle souplesse de l’émission.</p>
<p>Le Charles-Simon Favart de <strong>Christian Helmer</strong> laisse plus perplexe. La voix séduit par sa rondeur et ses teintes sombres, mais le baryton semble gêné par la tessiture tendue et les quelques allègements dans sa belle romance du troisième acte frôlent le détimbrage. En Cotignac et Biscotin, <strong>Franck Leguérinel</strong> et <strong>Lionel Peintre</strong> ont, eux, peu à chanter : par leur présence scénique ils n’en campent pas moins des personnages savoureux.</p>
<p>Nous n’oublierons pas le Chœur de l’Opéra de Limoges, fort sollicité tout au long de l’œuvre et qui brille par son équilibre et son intelligibilité.</p>
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		<title>MASSENET, Hérodiade — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/herodiade-saint-etienne-a-quand-les-cinq-etoiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Nov 2018 08:42:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Astres étincelants que l’infini promène… ». S’il faut, dit-on, sept étoiles pour réussir Les Huguenots, Hérodiade n’en exige que cinq. Pour ce grand opéra conçu un demi-siècle après les chefs-d’œuvre du genre, où alternent scènes de foule dans le plus pur style péplum et moments intimes, où l’orientalisme à la mode vient s’entrelacer à la tradition &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>Astres étincelants que l’infini promène</em>… ». S’il faut, dit-on, sept étoiles pour réussir <em>Les Huguenots</em>, <em>Hérodiade</em> n’en exige que cinq. Pour ce grand opéra conçu un demi-siècle après les chefs-d’œuvre du genre, où alternent scènes de foule dans le plus pur style péplum et moments intimes, où l’orientalisme à la mode vient s’entrelacer à la tradition française, il faut cinq grands chanteurs, et peut-être est-ce la raison pour laquelle ce titre s’est fait si rare depuis quelque temps : en dehors de Saint-Etienne, tenu d’honorer Massenet, où en France a-t-on pu voir ou même entendre récemment <em>Hérodiade</em> ? L’idée était donc ô combien judicieuse, pour cette coproduction entre Marseille et la ville natale du compositeur, et l’on se réjouissait de voir revenir une œuvre vraisemblablement disparue des affiches hexagonales depuis les dernières représentations stéphanoises en 2001.</p>
<p>Hélas, il avait déjà fallu déchanter dans la cité phocéenne, au printemps, car la production signée <strong>Jean-Louis Pichon</strong> n’avait guère emballé <a href="https://www.forumopera.com/herodiade-marseille-honneur-au-choeur-et-a-lorchestre">notre collègue Maurice Salles</a>. Difficile de s’enthousiasmer, en effet, pour un spectacle certes élégant, mais dont le beige imposé à tous les costumes produit une uniformité assez fâcheuse, même si les Romains bénéficient de charmants casques à pointes (ou plutôt à obélisques, vu la taille et la forme desdites pointes). Le chœur forme une masse indifférenciée, dans sa tenue vestimentaire comme dans son attitude, et rien ne distingue Juifs, Romains, courtisans, marchands ou esclaves. C’est d’autant plus dommage que le Chœur lyrique Saint-Etienne Loire brille par sa musicalité et par sa diction exemplaires. Surtout, la mise en scène semble surtout consister à régler les déplacements de tout ce beau monde : entrées symétriques et simultanées du chœur par la gauche et par la droite, tandis que les solistes décrivent un arc de cercle pour venir se placer tantôt à gauche, tantôt au centre, tantôt à droite de l’avant-scène, se croisant parfois en un mouvement aussi gracieux que vide de sens. Du théâtre ? Pas vraiment, plutôt un défilé pompeux où chacun se débrouille tant bien que mal pour faire vivre son personnage. Les chorégraphies sont bien plus animées : même si le ballet du dernier acte a été coupé, les autres danses voulues par le livret sont respectées, notamment la « danse sacrée » dans le temple, qui évoque un peu les hystériques de Charcot.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hero2.jpg?itok=xVdBRLFE" title="E. Pascu, C. Helmer, E. Hache, F. Laconi © Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne" width="468" /><br />
	E. Pascu, C. Helmer, E. Hache, F. Laconi © Cyrille Cauvet &#8211; Opéra de Saint-Etienne</p>
<p>Et le secours ne vient pas non plus de la fosse, où la direction de <strong>Jean-Yves Ossonce</strong> paraît bien souvent par trop analytique, trop raisonnée alors que l’on voudrait plus de fougue, plus de passion. Les tempos paraissent trop étirés, et les plus beaux airs de la partition en font les frais : quand les points d’orgue semblent se multiplier, la ligne mélodique devient comme hachée, et les chanteurs peinent à tenir un discours qui parlent au public. Il n’en va heureusement pas toujours ainsi, d’autant que sur les cinq grands rôles évoqués plus haut, Saint-Etienne a réussi à réunir quelques étoiles.</p>
<p>Seul rescapé de la distribution marseillaise (avec un <strong>Jean-Marie Delpas </strong>qui hésite curieusement entre parlé et chanté pour le bref rôle de Vitellius), retrouvant Jean six mois après, <strong>Florian Laconi</strong> confirme qu’il a désormais les moyens de ce rôle où l’on voit mal quel autre ténor français pourrait lui disputer la place. Couronnant son dernier air d’un aigu éclatant, il impose dans son incarnation cette sérénité que tous, dans le livret, reconnaissent au prophète. A ses côtés, <strong>Elodie Hache</strong> s’impose sans difficulté en Salomé, avec des réserves de souffle apparemment inépuisables et une puissance impressionnante ; on espère que ces moyens généreux seront bien canalisés pour la Fiordiligi qu’elle sera, toujours à Saint-Etienne, en février prochain, mais le souvenir de son Elvire à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris ne suscite pas trop d’inquiétude. De la voix, <strong>Emanuela Pascu </strong>‘en manque pas non plus, mais on aimerait un grave plus sonore pour ce rôle où s’illustrèrent une Denise Scharley ou une Rita Gorr, et le français, sans être mauvais, pourrait être plus net. <strong>Christian Helmer</strong> a-t-il raison d’aborder Hérode ? Le rôle semble pousser le baryton jusque dans ses derniers retranchements, surtout dans l’aigu, et le personnage aux gestes hésitants, sur la pointe des pieds, est ici plus velléitaire que jamais. <strong>Nicolas Cavallier</strong>, enfin, est un Phanuel crédible malgré son costume de Dumbledore et quelques intonations nasales de méchant dont il pourrait se dispenser. Preuve est faite malgré tout que, quand on veut donner <em>Hérodiade</em>, on peut.</p>
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