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	<title>Saioa HERNÁNDEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Saioa HERNÁNDEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PUCCINI, Tosca (distr. B) &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-paris-bastille-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Dec 2025 06:38:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra, théâtre en musique au confluent de toutes les expressions artistiques ; miroir de notre société – reflet de ses obsessions, de ses codes esthétiques, de ses urgences politiques ou sociales – ; laboratoire d’images, de lectures neuves, de tensions créatrices ; terrain d’expérimentation pour metteurs en scène disruptifs – et parfois, objet de déconstruction &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra, théâtre en musique au confluent de toutes les expressions artistiques ; miroir de notre société – reflet de ses obsessions, de ses codes esthétiques, de ses urgences politiques ou sociales – ; laboratoire d’images, de lectures neuves, de tensions créatrices ; terrain d’expérimentation pour metteurs en scène disruptifs – et parfois, objet de déconstruction – ; champ de bataille où se confrontent partisans d’une fidélité scrupuleuse à l’esprit d’origine et promoteurs d’une interprétation revisitée. Certes, mais que serait l’Opéra sans les chanteurs ?</p>
<p>L’intérêt de cette reprise de <em>Tosca</em> à la Bastille ne tient pas à la remarquable épure réalisée par <strong>Pierre Audi</strong>, en dépit d’un troisième acte en deçà des deux premiers – la terrasse du château Saint-Ange transformée en bivouac envahi d’herbes folles, bof ! Ni à la direction d’orchestre de <strong>Oksana Lyniv</strong>, admirable par son sens du détail, sans que ce travail sur le motif n’enraye la pulsation dramatique. Non, ce qui affole le palpitant, électrise les mains, et coupe le souffle, ce sont les voix.</p>
<p>Tout au long de cette saison, plusieurs distributions de <em>Tosca </em>déversent sur la scène de la Bastille leur pluie d’étoiles. Christian Peter nous relatait la première d’entre elles <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-paris-bastille/">il y a quelques jours</a>. La représentation du 2 décembre amorce une série de trois dates qui réunit <strong>Jonas Kaufmann</strong> et <strong>Ludovic Tézier</strong> autour de <strong>Saioa Hernández</strong>. Rien de nouveau sous le soleil de Rome – aucun des trois protagonistes n’effectue une prise de rôle – mais le retour du ténor bavarois sur notre première scène nationale après cinq ans d’absence, une des titulaires reconnues de Tosca aujourd’hui, et le roi des barytons : c’est assez pour remplir Bastille et affoler l’applaudimètre.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WEB_Tosca_ElisaHaberer_Tosca_ElisaHaberer_064-1294x600.jpg" />© Elisa Haberer</pre>
<p>Jonas Kaufmann ne se présente pourtant pas sous son meilleur jour. Souvent comparé à un chocolat chaud, le timbre, s’il a conservé son inimitable sapidité, apparaît moins onctueux. La conduite du chant semble fragile, la ligne hésitante, la zone de passage périlleuse, l’accident – léger – surviendra d’ailleurs au premier acte. Demeurent sinon les qualités chères aux admirateurs du ténor : l’ardeur romantique, le magma sombre, la modulation en quelques mesures du murmure à l’éclat – du « Tosca, sei tu » tenu longtemps sur le fil de la voix au « Vittoria » héroïque, asséné comme un coup de poing –, les notes exhalées, proches du détimbrage, qui semblent soupirs de l’âme. C’est dans cette étoffe soyeuse qu’est taillé « E lucevan le stelle », non exempt cependant du malaise que l’on ressent tout au long de la soirée.</p>
<p>Peut-être parce qu’à ses côtés, Saioa Hernández est une Tosca insolente de santé, de puissance, proche de la virago et à ce titre, inscrite dans une esthétique vériste <em>alla</em> Tebadi, efficace mais peu subtile. Plus que l’attention portée au texte, prévaut la violence des couleurs – les grenats, les indigos, les carmins jetés sur la toile sonore comme un tableau de Sam Francis.</p>
<p>Que serait cependant Tosca – non seulement le rôle mais l’opéra – sans l’art du mot, sans la précision qui donne à chaque réplique son juste poids, sans la science de la diction, seule apte à ciseler la menace, sculpter la passion et mettre les nerfs à vif ? Ludovic Tézier l’a compris, lui qui use d’une palette inépuisable d’intentions pour composer un Scarpia écrasant de perversité, dont on ne sait si la jouissance vient de la manipulation, de la torture psychologique ou de l’exercice d’un pouvoir absolu – les trois sans doute. Sur les sommets qui sont aujourd’hui les siens, la voix obéit sans faillir à l’injonction du théâtre, à même donc de puiser ses teintes dans un nuancier illimité, de couler la phrase dans un legato de bronze, de noircir le grave et de cingler l’aigu, de parler, d’écumer, de gronder, de tonner avec une liberté scénique totale. C’est pour cela d’abord que l’on aime l’Opéra.</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Nov 2025 05:46:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Salle comble à l’Opéra Bastille pour cette nouvelle reprise de La Tosca selon Pierre Audi, la sixième depuis sa création en 2014, qui comporte deux séries de représentations, la seconde étant prévue pour le mois de mars. A l’affiche, pas moins de quatre sopranos, cinq ténors et trois barytons se partagent les trois rôles principaux. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Salle comble à l’Opéra Bastille pour cette nouvelle reprise de <em>La Tosca</em> selon Pierre Audi, la sixième depuis <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-paris-bastille-croix-de-bois-croix-de-fer-si-on-ment/">sa création en 2014</a>, qui comporte deux séries de représentations, la seconde étant prévue pour le mois de mars. A l’affiche, pas moins de quatre sopranos, cinq ténors et trois barytons se partagent les trois rôles principaux. Si certains d’entre eux étaient déjà présents lors de précédentes reprises, Roberto Alagna incarne pour la première fois le rôle de Mario Cavaradossi à l’Opéra de Paris, un événement attendu de longue date par ses fans.<br />La production du metteur en scène, disparu en mai dernier, ayant été largement commentée dans nos colonnes, nous nous contenterons de mentionner ses aspects les plus notables. Tout le spectacle s’articule autour d’une croix en bois gigantesque suspendue horizontalement au-dessus du plateau aux actes deux et trois, qui évoque le poids de la religion sur les personnages, qu’elle soit glorifiée avec ferveur (Tosca) ou bafouée (Scarpia). Au premier acte, cette croix posée sur le sol divise l’intérieur de l’église en deux zones : côté jardin, une chapelle austère éclairée par des chandeliers, côté cour un espace dont le mur est tapissé par l’œuvre de Cavaradossi qui représente, non pas une Marie-Madeleine, mais un ensemble de corps féminins à-demi dénudés. Le deuxième acte est le plus réussi : le bureau de Scarpia imaginé par <strong>Christof Hetzer</strong> se présente comme un hémicycle sans fenêtre, tapissé de rouge, qui crée un climat étouffant. Enfin l’exécution du peintre à lieu dans un campement en rase campagne. Tout comme la croix de bois, la scène finale est une allégorie, Tosca ne saute pas dans le vide, elle se dirige lentement vers une lumière blanche aveuglante située au fond de la scène qui représente sans doute l’au-delà.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tosca.-Vincent-Pontet-©Opera-National-de-Paris.-5.jpg" alt="" class="wp-image-204109" style="width:910px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Tosca. Vincent Pontet ©Opéra National de Paris.</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Amin Ahangaran</strong> s’acquitte honorablement du rôle d’Angelotti, <strong>André Heyboer</strong> est un sacristain obséquieux à souhait et sonore, <strong>Carlo Bosi</strong> campe avec subtilité un Spoletta timoré et soumis, à la voix bien projetée. Le Scarpia d’<strong>Alexei Markov</strong> est d’une froideur inquiétante, si sa voix solide passe aisément la rampe, il lui manque un peu plus de noirceur dans le timbre et une caractérisation du personnage plus fouillée, notamment au deuxième acte, pour être pleinement convaincant. <strong>Saioa Hernández</strong> avait fait ses débuts à Paris  dans le rôle de Tosca en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-paris-bastille-ovation-debout-pour-gustavo-dudamel-et-son-equipe/">2022</a> et déjà l’ampleur de ses moyens et le volume sonore qu’elle déployait nous avaient impressionné. Force est de reconnaître cependant qu’au premier acte le timbre a paru métallique, notamment dans le haut de la tessiture, et l’implication dramatique inaboutie. En revanche, dès l’acte deux, la soprano prend pleinement possession de son personnage et livre une interprétation spectaculaire de son affrontement avec Scarpia. Son « Vissi d’arte » émouvant lui vaut une belle ovation. A l’acte trois, sa prestation est du même niveau. En grande forme, <strong>Roberto Alagna</strong> est un Cavaradossi proche de l’idéal. Dès son entrée en scène, on est frappé par sa silhouette juvénile et sa santé vocale. Qui pourrait croire que ce fringant ténor a déjà passé la soixantaine ? Le medium est solide, l’aigu rayonnant &#8211; splendides « Vittoria, vittoria » au deux &#8211; et le timbre homogène sur toute la tessiture ne trahit à aucun moment le passage des ans. Au dernier acte son « E luccevan le stelle » tout en sobriété et retenue n’en est que plus poignant. Il convient de mentionner également la prestation grandiose des Chœurs, préparés par <strong>Ching-Lien</strong> <strong>Wu</strong> lors du <em>Te Deum</em> qui conclut l’acte un.</p>
<p> <strong>Oksana Lyniv</strong> propose une direction nette et précise. En début de soirée la cheffe ukrainienne adopte des tempos particulièrement étirés qui ralentissent la progression de l’action. Mais dès le deuxième acte sa battue s’accélère graduellement à mesure que le drame s’amplifie, jusqu’à la conclusion d’une grande intensité théâtrale. Son troisième acte, subtilement dosé, souligne le contraste entre l’exaltation du duo et la catastrophe finale.         </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-paris-bastille/">PUCCINI, Tosca &#8211; Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Aida – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Aida de Lotte de Beer n’ayant pas survécu à son unique tour de scène en temps de Covid, l’Opéra de Paris accueille la production de la plasticienne Shirin Neshat, créée à Salzbourg en 2022, reprise en coproduction avec le Liceu de Barcelone. La mise en scène statique et bien peu expressive se cherche un propos &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’<em>Aida</em> de Lotte de Beer n’ayant pas survécu à son unique tour de scène en temps de Covid, l’Opéra de Paris accueille la production de la plasticienne <strong>Shirin Neshat</strong>, créée à Salzbourg en 2022, reprise en coproduction avec le Liceu de Barcelone. La mise en scène statique et bien peu expressive se cherche un propos et croit trouver dans le recours à la photographie et à la vidéo un palliatif qui dessert le drame, laissant un goût d&rsquo;inachevé à l&rsquo;issue de la première.</p>
<p>Dans un monde de béton austère et froid, où l’individu n’a physiquement pas sa place puisque tout y est à la mesure du groupe, règne un autoritarisme religieux avide de sang et de conquête qui écrase les liens familiaux et amoureux. Sur le papier, la lecture de Shirin Neshat n’est pas sans pertinence, ni sans (nombreux) précédents. Sa production a été plusieurs fois amendée : la première version de cette <em>Aida</em> remonte à 2017, dans un format sensiblement différent, largement remanié en 2022 pour Salzbourg. C’est peu ou prou cette version que l’on retrouve à Paris, avec quelques ajustements qui visent à atténuer les références à des régimes et religions précis pour proposer un vague Orient qui se réduit à des costumes et à des vidéos figurant un désert. La scénographie a peu de charme : un bloc de béton texturé et creux qui peut se scinder en deux, posé sur l’éternelle tournette. Les lumières accentuent la pâleur sépulcrale de la scénographie en plongeant l’essentiel de l’opéra dans un pénombre dont les chanteurs émergent par des jeux de poursuite lumineuse.</p>
<p>L’introduction d’œuvres de la photographe et cinéaste qu’est avant tout Shirin Neshat ne convainc guère. Certaines de ces œuvres sont antérieures et n’ont simplement rien à voir avec la production, d’autres sont très vaguement reliées à un univers oriental (sables, mer, canot) et tyrannique (lutte entre des hommes armés et de simples citoyens). Ces diversions n’ont qu’un temps et on voit mal l’intérêt, par exemple, de projet la vidéo d’un canot voguant sur la mer au moment de « O terra addio ». Plus gênant peut-être, pendant de longues minutes lors des changements de décor où le public, le chef et l’orchestre patientent, de grands portraits sont projetés sur fond sonore de chuchotements. L’attente est bien longue, et elle est même redoublée, à une occasion, par une procession au pas de figures encapuchonnées, toujours dans le silence. Le public reste perplexe.</p>
<p>Ce qui surtout fait défaut à cette <em>Aida</em>, c’est le théâtre et le sens du drame. La direction d’acteur est pour le moins discrète : les chanteurs sont livrés à des poncifs d’un autre âge, chantant face au public (et même fixant le chef pendant de longues minutes), main sur le cœur ou brandie en l’air, se regardant rarement. Aïda et Amneris n’ont de cesse de se plaquer plus ou moins violemment contre le mur, de dos ou de face, les bras en croix, pour signifier leur malheur et leur trouble. Peut-être parce qu’elle est le personnage le plus dramatiquement complexe de l’opéra, c’est l’Amneris d’Ève-Maud Hubeaux qui pâtit le plus de cette absence de théâtre, et la chanteuse s’agite d’un bord à l’autre de la scène en balançant son immense traîne de gaze tantôt fièrement, tantôt rageusement.</p>
<p>S’il est vrai que le statisme est un mal qui guette toute <em>Aida</em>, la stérilité théâtrale du plateau est particulièrement marquante dans cette production. La scène se résume pendant l’immense majorité de la soirée à un tableau figé, sans autre composition que l’alignement ou l’étagement soigneux des choristes. On excepte une unique scène qui nous a semblé assez bien fonctionner, celle du jugement de Radamès, où la projection inquiétante des immenses silhouettes de pseudo-mollahs vêtus de rouge écrasant Amnéris introduisait enfin une dynamique visuelle.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/28229-Bernd_Uhlig___Opera_national_de_Paris-Aida-25-26-Bernd-Uhlig-OnP-29--1294x600.jpg" alt="" />© Bernd Uhlig</pre>
<p>Côté musical, <strong>Michele Mariotti</strong> demeure une valeur sûre de l’opéra verdien, mais on l’a trouvé moins percutant que lors de l’<em>Aida</em> en streaming de 2021. Il est même possible de se demander à quel point la mise en scène n’anesthésie pas un peu le drame à l’orchestre. Le troisième acte a trouvé le chef plus engagé et plus nerveux, trop peut-être : le finale de l’opéra, un peu pressé et aux accents très marqués, n’avait pas les funestes teintes de crépuscule qu’on aime y trouver. <strong>L&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Paris</strong> semblait lui-même dans une relative méforme, affichant certaines latences de réaction aux mouvements du chef et quelques problèmes d&rsquo;intonation, notamment du côté des cordes. Ce n&rsquo;était pas le cas des chœurs, très sollicités, qui affichaient de belles dynamiques et quelques moments de grâce, avec des couleurs intérieures très bien trouvées dans les chœurs alternés de la deuxième scène du premier acte.</p>
<p>Le Ramfis d’<strong>Alexander Köpeczi</strong> et le Roi de <strong>Krzysztof Bączyk</strong> avaient des qualités semblables : les deux basses ont un timbre charnu, une belle projection jamais forcée, avec en outre pour Alexander Köpeczi un agréable legato et une intelligence scénique évidente qui lui permettait d’incarner avec brio ce rôle mineur. On aime beaucoup le timbre de <strong>Margarita Polonskaya</strong> en Sacerdotessa, profond et riche, agile dans les quelques ornements de la ligne qui lui est confiée. Le messager de <strong>Manase Latu</strong> est musicalement anecdotique et sa projection limitée ne permettait pas de se faire une idée des capacités de sa voix. En Amonasro, <strong>Roman Burdenko</strong> est un peu brusque mais comme cela n‘est pas sans coller au rôle, on retiendra surtout l’engagement scénique du baryton russe, tout à fait crédible en chef de guerre humilié et obsédé par la vengeance.</p>
<p>C’est dans la grande scène du jugement qu’on prend la mesure de l’Amneris d’<strong>Ève-Maud Hubeaux</strong>. On trouvait jusque-là que le rôle excédait un peu ses moyens, pourtant exceptionnels, notamment en raison d’un bas-medium étouffé et de graves forcés, ainsi que d’attaques imprécises et souvent tendues dans l’aigu. Mais il faut reconnaître qu’au quatrième acte la voix a chauffé, ne souffre plus d’engorgements dans certains registres et se déploie avec un héroïsme expressif qui emporte l’adhésion.</p>
<p><strong>Saioa Hernández</strong> possède toutes les notes du rôle d’Aida, ce qui n’est pas rien. On lui reconnaît une émission assurée, un timbre agréable plutôt métallique sans rien d’excessif et une belle homogénéité sur tous les registres. Mais cette voix puissante ne fait pas entendre d’inflexions et de nuances, et les sons se contentent d’exister pendant la durée prévue par la partition. Le souffle est un peu court, le legato fait défaut et finalement l’émotion nous manque, surtout dans des passages aussi chargés de drame que l’imprécation pitoyable « Numi, pietà » ou la prière nostalgique « O patria mia » (certes assumé jusqu’à son contre-ut redoutable).</p>
<p><strong>Piotr Beczała</strong> domine sans aucun doute le plateau vocal. Dès les premières notes, il impose la projection facile et le timbre solaire de son Radamès scéniquement engagé. Il triomphe en détente des difficultés de « Celeste Aida », offrant le luxe d’un très beau crescendo sur le si aigu. Il est martial sans être matador, tient tête dans les duos au soprano affirmé de Saioa Hernández, nous offre un « Sacerdote, io resto a te » crânement tenu, moire les dernières mesures de « O terra addio » de couleurs émouvantes et, de façon générale, insuffle au général égyptien une dose d’émotion et de crédibilité qui lui vaut une juste ovation au moment des saluts.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-barcelone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Dec 2024 06:22:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le fait est suffisamment rare pour être signalé ex abrupto : si le public barcelonais se lève comme un seul homme à l’issue de cette représentation de Madama Butterfly, ce n’est pas pour acclamer une production déjà vue à plusieurs reprises, ni la titulaire du rôle-titre, bien qu’applaudie sans réserve, mais le chef d’orchestre, Paolo &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le fait est suffisamment rare pour être signalé ex abrupto : si le public barcelonais se lève comme un seul homme à l’issue de cette représentation de <em>Madama Butterfly</em>, ce n’est pas pour acclamer une production déjà vue à plusieurs reprises, ni la titulaire du rôle-titre, bien qu’applaudie sans réserve, mais le chef d’orchestre, <strong>Paolo Bortolameolli</strong>.</p>
<p>Déjà <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/madama-butterfly-londres-roh-cio-cio-san-cest-zhang/">commentée dans nos colonnes</a>, la mise en scène de <strong>Moshe Leiser et Patrice Caurier</strong> ne s’écarte pas de la ligne tracée par le livret. Peut-il en être autrement ? <em>Madama Butterfly</em> se prête mal à la transposition, la déconstruction ou l’interprétation. Avec pour décor une cloison de paravents dévoilant ou occultant des éléments de paysage, l’approche assume une tradition qui révise l’abécédaire nippon, de kimono à taregami. Scène après scène, se tournent les pages d’un livre d’images dont la dernière émeut plus que les précédentes : la chute automnale des feuilles d’un cerisier qui autrefois fut en fleurs, symbole de désillusion, de tristesse et au-delà de mort.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Butterfly_liceu_3-1294x600.jpg">© David Ruano</pre>
<p>En alternance avec Sonya Yoncheva et Ailin Perez, <strong>Saioa Hern</strong><strong>ández</strong> ne s’affirme pas au prime abord comme la geisha de quinze ans voulue par le livret. Assise sur un médium cuivré, la voix d’une projection limitée dans le grave, possède trop de corps et insuffisamment de nuances pour donner à saisir l’innocence et la fragilité de la « bimba dagli occhi pieni di malia ». Il faut que Butterfly entame au deuxième et troisième actes son chemin de croix pour que le papillon déploie ses ailes, que les inflexions rejoignent les intentions et que les traits foudroyants de l’aigu hissent la geisha à la hauteur de sa tragédie.</p>
<p>Le timbre de <strong>Fabio Sartori</strong> n’explique pas la séduction exercée par Pinkerton sur sa jeune épouse mais le ténor a de la puissance, et dans la quinte aiguë, l’arrogance exigée par le rôle – héroïsme qu’il sait tempérer par quelques notes suaves bienvenues dans le duo d’amour.</p>
<p><strong>Teresa Iervolino</strong> est idéale de rondeur et de présence en Suzuki. Fatigué, <strong>Thomas Mayer </strong>effectue la démonstration apagogique que Sharpless, à rebours de certaines idées reçues, réclame largeur et ampleur si le consul veut exister dans les dialogues comme dans les ensembles. Sans démériter, les autres rôles ne possèdent pas l’envergure que l’on pourrait attendre d’une scène comme le Liceu.</p>
<p>La soirée pataugerait donc dans le marigot de la routine si la direction de <strong>Paolo Bortolameolli</strong> ne l’extirpait de l’ordinaire d’un geste tantôt nerveux, tantôt retenu sans que ces sautes d’humeur n’influe sur la tension dramatique. Le chœur possède une palette supérieure de couleurs et d’intensité qui lui permet sans bouger d’un iota de donner la sensation d’espace et de suggérer à bouche fermée toute la poésie de l’intermède entre le deuxième et le troisième acte. Comme transcendé, l’orchestre du Liceu devient mer scintillante sur laquelle voguent les voix, le pupitre des cordes stimulant le lyrisme éperdu de la partition, les cuivres son éclat et les percussions sa modernité, pour finalement mettre la salle debout.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Un ballo in maschera</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-un-ballo-in-maschera/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Jul 2023 14:45:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant d&#8217;aborder la dimension artistique de cet enregistrement, il convient de saluer sa simple existence. On sait que les intégrales d&#8217;opéras en studio se raréfient jusqu&#8217;à l&#8217;exceptionnel. Si on ajoute que les sessions de ce Ballo ont eu lieu en juin et juillet 2021, au paroxysme des divers confinements, on mesure les obstacles que les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div dir="auto">Avant d&rsquo;aborder la dimension artistique de cet enregistrement, il convient de saluer sa simple existence. On sait que les intégrales d&rsquo;opéras en studio se raréfient jusqu&rsquo;à l&rsquo;exceptionnel. Si on ajoute que les sessions de ce <em>Ballo</em> ont eu lieu en juin et juillet 2021, au paroxysme des divers confinements, on mesure les obstacles que les équipes de Pentatone ont du affronter avant de voir aboutir le projet. Preuve pour ceux qui auraient des doutes : les parties de chœur ont été captées intégralement à Cluj en novembre 2021, et synchronisées après coup. Les ingénieurs du son ont réussi le prodige que cela s&rsquo;entende à peine. Chapeau bas, pour cela et pour tout le reste. Ces conditions techniques relativisent, et c&rsquo;est normal, les considérations qui vont suivre.</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">Parce qu&rsquo;on regrette sincèrement de l&rsquo;écrire, mais ce coffret aura du mal à s&rsquo;imposer dans une discographie de très haut niveau, où Solti, Abbado, Karajan ou Leinsdorf ont posé des jalons qui restent indépassables. <strong>Marek Janowski</strong> semble, malgré des efforts visibles, ne jamais trouver la pulsation naturelle de cette musique. Tantôt pressée, tantôt languissante, sa battue manque cruellement de dramatisme. Les numéros s&rsquo;enchaînent dans une certaine monotonie,&nbsp; sans sentiment de nécessité dans le passage de l&rsquo;un vers l&rsquo;autre, et l&rsquo;on se surprend plus&nbsp; d&rsquo;une fois à être gagné par l&rsquo;ennui ; c&rsquo;est péché mortel dans le théâtre verdien. Marek Janowski déçoit, alors que <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/finis-coronat-opus/">sa récente tétralogie wagnérienne </a>a encore démontré quel chef de théâtre il peut être. Il a pourtant à sa disposition un <strong>Orchestre philharmonique de Monte-Carlo</strong> aux sonorités flatteuses, mais qui parait ne pas très bien que savoir faire de ses splendeurs, et semble tourner un peu en pilotage automatique.</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">De même, on attendait bien plus de <strong>Freddie de Tommaso</strong>, pour son premier grand rôle au disque, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/freddie-de-tommaso-il-tenore-aux-ames-bien-nees/">surtout après ses débuts fracassants</a>. Son Riccardo est à court de noblesse et de caractérisation. Très indifférent aux climats, le ténor britannique se contente de pousser le son et de tenir ses aigus le plus longtemps possible. Il souffre en outre d&rsquo;un timbre qui sonne ici plutôt plébéien. Cela conviendrait à la rigueur dans <em>La Bohême</em> ou <em>Cavalleria Rusticana</em>, mais beaucoup moins chez Verdi. Une même absence de distinction disqualifie le Renato de <strong>Lester Lynch</strong>. Du gros son, pas toujours très juste, un souffle court et une diction pâteuse : on est à des années-lumières de ce que devrait offrir un baryton verdi.</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">Le niveau s&rsquo;élève avec les protagonistes féminines. L&rsquo;Ulrica d&rsquo;<strong>Elisabeth Kulman</strong> force peut-être un peu le côté sorcière, mais elle a les graves telluriques qu&rsquo;on attend, et son « Re del abisso » donne la chair de poule. <strong>Annika Gerhards</strong> manque du côté piquant des grands Oscar du passé, et la dimension comique du rôle semble lui échapper, mais la façon dont elle place son aigu dans tous les ensembles retient l&rsquo;attention, tant elle semble planer, libérée des contraintes physiques du chant.</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">Encore plus haut, <strong>Saioa Hernandez</strong> justifie à elle seule l&rsquo;achat du coffret. C&rsquo;est que le rôle d&rsquo;Amelia est au carrefour des défis posés par le chant verdien, et que les titulaires valables ne sont pas légion ces dernières années. Plutôt que d&rsquo;aborder les choses avec prudence, la soprano espagnole décide de se jeter dans la fournaise, avec une confiance totale en ses moyens. Cette chair dans le timbre, ce volume torrentiel, cette scansion du texte au cordeau nous ramènent à l&rsquo;âge d&rsquo;or du chant verdien, comme si on avait mélangé le tempérament de Callas avec le moelleux de Tebaldi. Résultat : la température monte de 10 degrés à chacune de ses apparitions, ce qui ne manque pas de compliquer la tâche de ses partenaires.</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">Même si on n&rsquo;omettra pas de saluer le travail du&nbsp;<b>Chœur d&rsquo;Etat de Transylvanie,</b> parfaitement idiomatique, et des comprimari de qualité, avec en particulier le Silvano finement ciselé de <strong>Jean-Luc Ballestra</strong>, c&rsquo;est bien pour Hernandez que ce coffret méritera de trouver sa place sur vos étagères.</div>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jun 2023 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vox populi vox dei ? A en juger ainsi, l’enthousiasme qui a salué samedi soir la mise en scène du Nabucco confié par le Grand Théâtre de Genève à Christiane Jatahy prouve que c’est une réussite indiscutable. Pourtant on peut s’interroger sur la proposition. Pour cette artiste brésilienne qui se définit comme auteure, metteuse en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Vox populi vox dei</em> ? A en juger ainsi, l’enthousiasme qui a salué samedi soir la mise en scène du <em>Nabucco </em>confié par le Grand Théâtre de Genève à <strong>Christiane Jatahy</strong> prouve que c’est une réussite indiscutable. Pourtant on peut s’interroger sur la proposition. Pour cette artiste brésilienne qui se définit comme auteure, metteuse en scène et cinéaste cet opéra –&nbsp;le deuxième qu’elle met en scène –&nbsp;est une occasion de plus d’interroger, comme elle le fait depuis près de vingt ans la notion de frontière entre les arts et de traiter un thème récurrent dans son œuvre, celui des populations déplacées. Quel lieu plus indiqué que la ville où siège le Haut-Commissariat pour les réfugiés ? Mais quel rapport précis avec le <em>Nabucco </em>de Verdi et Solera ?</p>
<p>Dans cette œuvre, conformément à l’essence du théâtre, le spectacle des vicissitudes vécues par les personnages sert à l’édification du spectateur, qui les voit affronter des épreuves dont il est bien aise d’être épargné mais dont il sait qu’elles existent, &nbsp;ce qui l’amène à réfléchir sur ces situations et sur lui-même. Mais il peut se sentir aussi concerné par les sentiments collectifs qu’expriment les chœurs –&nbsp;qui n’a pas envie de chanter, avec les Suisses de <em>Guillaume Tell, «&nbsp;</em>Liberté, redescends des cieux »&nbsp;?&nbsp; Jadis cantonnés au rôle de commentateurs des aventures des héros, ils s’affirment désormais en tant que groupe et c’est ce que font les Hébreux en particulier dans le célébrissime « Va pensiero ».</p>
<p>D’où l’idée de Christiane Jatahy de placer au sein du public des interprètes, peut-être dans l’espoir que les spectateurs seront transformés par ce voisinage. Elle appelle à une révolution intérieure, comme dans ces réunions évangéliques où les curieux, stimulés par la foi démonstrative des fidèles, sont appelés à se convertir. Et plus il y aura de conversions et plus la force collective grandira, et plus elle pourra influencer la société indépendamment des élites qui manipulent le peuple pour accaparer le pouvoir. Verra-t-on, à la fin du cycle –&nbsp;dernière le 29 juin – des Bastilles tomber à Genève ? Force nous est d’avouer que le vibrato prononcé de la choriste proche nous a surtout embarrassé, et peut-être en a-t-il été de même pour les spectateurs qui, ayant dû se lever pour permettre aux choristes disséminées de rejoindre leur groupe, se sont placidement rassis.</p>
<p>A deux reprises les chœurs s&rsquo;aligneront le long des murs du parterre, en particulier à la fin voulue par Christiane Jatahy, qui a imaginé de leur faire rechanter le « Va pensiero »&nbsp;après la mort de la repentie Abigaille. Pour faire la soudure entre le final et cette reprise, <strong>Antonino Fogliani,</strong> qui dirige les représentations, a accepté d’écrire un intermezzo, ce qui n’a pas dû tourmenter ce compositeur contrarié. En deux minutes il instille une palette sonore qui a éveillé en nous des échos de Hindemith et de Webern, quand l’auteur nous suggère Sciarrino. Quoi qu’il en soit ce déplacement vers un univers sonore différent est fait assez habilement pour ne pas traumatiser l’auditeur et il permet à la metteuse en scène de refaire entendre ce chœur dont les lecteurs savent qu’il est une plainte nostalgique. Si encore il s’agissait d’un manifeste incitant à l’action&#8230; Avouons-le, le pourquoi de cette reprise nous échappe.<img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22-23_GTG_Nabucco_GP_20230605%E2%94%AC%C2%AECaroleParodi_HD-coul-6517-1294x600.jpg" alt=""></p>
<pre style="text-align: center">© Carole Parodi</pre>
<p>Le spectacle lui-même ne laisse pas d’interroger. A scène ouverte, des miroirs qui reflètent la salle à la vaste traîne qui sera parure et entrave d’Abigaille, du plan d’eau où les solistes pataugent &nbsp;à la fonction dramatique mystérieuse d’une pluie diluvienne, <strong>Thomas Walgrave </strong>et <strong>Marcello Lipiani </strong>créent des images auxquelles vont s’ajouter les projections coordonnées par <strong>Batman Zavareze, </strong>et les prises de vue de <strong>Paolo Camacho</strong>. Les caméras, instruments « de surveillance »&nbsp;comme quand Zaccaria les utilise pour manipuler les Hébreux, peuvent être des instruments de lutte, selon la metteuse en scène. Et le spectateur est bombardé d’images, dont beaucoup de gros plans. Mais comme ces images ne sont pas celles fictivement reprises par les caméras visibles sur scène mais le montage d’images enregistrées auparavant, on peut constater des décalages entre l’image du chanteur et ce que l’on entend, et ainsi est créée l’impression fâcheuse d’un play-back. Et l’on en revient à se demander si ce mélange est productif : par essence, le théâtre met à distance, pour permettre d’y voir clair. Ces tourbillons d’images, y aident-ils ?</p>
<p>Pas d’exotisme orientalisant dans les costumes d’<strong>An d’Huys </strong>: des vêtements contemporains sans recherche particulière, complet bleu pour Nabucco et son armée, pantalon pour Abigaille dont la volonté de pouvoir est perçue par Christiane Jatahy comme « masculine ». Mais une trouvaille singulière : Zaccaria impose à Fenena une robe que nous avons d’abord associée à la tenue des prêtresses du candomblé avant de lire dans le programme qu’il s’agit d’une « robe de mariée façon burka de Balenciaga Haute Couture ». Par la suite un groupe de cinq – ou six ? –&nbsp;portant la même toilette qui dénie une identité à celles qu’elle recouvre passera en procession, probablement symbole de l’oppression féminine, et deux d’entre elles s’écrouleront.</p>
<p>Nous sera-t-il permis de regretter, devant l&rsquo;ampleur des moyens mis à disposition des réalisateurs, ne serait-ce qu’en choristes et figurants – pas loin de cent personnes sur scène, sans compter les solistes – le traitement des épisodes merveilleux ?&nbsp; L’intervention divine qui terrasse Nabucco impressionne peu, comme inachevée, et la destruction de l’idole de Baal est purement et simplement escamotée. Le spectacle semble s’adresser au public qui a déjà vu cinq ou six <em>Nabucco</em>. Rappelons une fois encore que la survie de l’opéra dépend de ceux qui y vont pour la première fois et auront envie d’y retourner !</p>
<p>Il est temps d’en venir à ce qui, pour nous, constitue le véritable évènement et justifie amplement qu’on courre à ce spectacle. L’orchestre de la Suisse Romande brille de tous ses feux et délivre une exécution pleine de raffinements, tous pupitres réunis. Les musiciens épousent la conception d’Antonino Fogliani pour qui cet opéra est le coup de dé qui décidera du destin de Verdi musicien. Avec ferveur il modèle les phrases, soutient l’énergie, colore les contrastes, révèle le lyrisme séducteur ou péremptoire d’une écriture où circulent déjà les prémices d’idées musicales qui nourriront &nbsp;<em>Macbeth </em>et <em>Rigoletto. </em>Purgé de tout accent vériste, ce <em>Nabucco </em>qui tient encore au bel canto redevient le maillon entre le passé proche et l’avenir qu’il annonce. C’est délectable en soi et cela l’est d’autant plus dans cette interprétation amoureuse.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22-23_GTG_Nabucco_G_20230609_CaroleParodi_HD-1700.jpg" alt=""></p>
<pre style="text-align: center">© Carole Parodi</pre>
<p>Ce bonheur monté de la fosse, le plateau ne l’altère pas. Dans les courts rôles de Fenena, d’Abdallo et du Gran Sacerdote de Baal, trois membres du Jeune Ensemble du Grand Théâtre, cette mini-troupe constituée de jeunes chanteurs à l’orée de leur carrière. Pour chacun d’eux il s’agit d’une prise de rôle, et c’est une joie de constater leurs qualités et leur engagement. Les notes aigües de la &nbsp;mezzosoprano <strong>Ena Pongrac</strong> semblent encore un peu vertes, mais elle phrase bien le cantabile de son adieu à la vie. Le ténor <strong>Omar Mancini</strong> campe le fidèle de Nabucco d’une voix bien sonore et celle de <strong>William Meinert</strong> a la profondeur requise pour l’homologue assyrien de Zaccaria. <strong>Giulia Bolcato</strong>, membre elle aussi du Jeune ensemble, s’efforce de combler par sa présence scénique le rôle encore plus effacé d’Anna, la sœur de Zaccaria.</p>
<p><strong>Davide Giusti,</strong> d’une voix vigoureuse, donne un relief notable à Ismaele, le neveu du roi d’Israël qui par amour protège la fille du souverain ennemi, et il restitue la complexité d’un personnage parfois dédaigné. De Zaccaria,&nbsp;<strong>Riccardo Zanellato</strong> a la noblesse&nbsp;; mais dans cette production, le personnage est un manipulateur et sa noblesse n’est qu’une affectation destinée à tromper la crédulité du peuple qui se détournera de lui. L’acteur parvient avec finesse à rendre sensible cette duplicité. Le chant est policé, racé, mais on ne peut se défendre de souhaiter un peu plus de volume à son entrée, alors que rien dans le décor ne vient renvoyer la voix.</p>
<p>Il faut dire qu’entre sa pseudo-fille et Nabucco il affaire à de fortes pointures. <strong>Saioa Hernandez</strong> obtiendra un triomphe mérité par la bravoure avec laquelle elle affronte et domine le rôle d’Abigaille. Il y a bien quelques aigus métalliques, mais cela s’oublie vite quand les suivants ne le sont pas et que la voix cavalcade des cimes aux tréfonds, incisive, percutante, voire brutale, avant de s’alanguir dans l’évocation de l&rsquo;amour qui aurait pu, qui pourrait être, brossant ainsi un portrait tout en nuances de la mal-aimée. Dans le rôle-titre <strong>Nicola Alaimo</strong> semble tout à son aise alors qu’il essuie lui aussi son baptême du feu. C’est une jouissance d’être gratifiés de la maîtrise d’une voix qui semble avoir retrouvé toute sa plénitude et d’une interprétation qui ne laisse rien à désirer sur le plan vocal ou scénique. On s’abandonne au plaisir et à la joie de penser que la lumière vocale est le reflet d’une paix reconquise. Triomphe pour lui aussi, évidemment, pour Antonino Fogliani, et, nous l’avons dit, aucune dissension perceptible pour la proposition scénique. On aura compris qu’elle ne nous a pas convaincu de sa pertinence, mais les bonheurs musicaux et vocaux sont tels qu’elle ne peut les amoindrir&nbsp;!</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-paris-bastille-ovation-debout-pour-gustavo-dudamel-et-son-equipe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Sep 2022 06:20:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est avec la Tosca imaginée en 2014 par Pierre Audi que s’est ouverte la nouvelle saison de l’Opéra national de Paris devant une salle en délire qui a réservé au salut final une ovation debout à l’ensemble de la distribution, superlative jusque dans les plus petits rôles, avec à sa tête un trio de chanteurs &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est avec la <em>Tosca</em> <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/tosca-paris-bastille-croix-de-bois-croix-de-fer-si-on-ment">imaginée en 2014</a> par <strong>Pierre Audi</strong> que s’est ouverte la nouvelle saison de l’Opéra national de Paris devant une salle en délire qui a réservé au salut final une ovation debout à l’ensemble de la distribution, superlative jusque dans les plus petits rôles, avec à sa tête un trio de chanteurs exceptionnels, sous la baguette d’un chef particulièrement inspiré. Sans cette disribution, qui aurait imaginé que cette production, reprise ce soir pour la quatrième fois, était capable à elle seule de susciter un tel enthousiasme ? Le spectacle de <strong>Pierre Audi </strong>s’articule autour d’une gigantesque croix de bois suspendue au-dessus du plateau au cours des actes deux et trois qui symbolise le poids du pouvoir religieux sur le destin des personnages. Posée sur le sol à l’acte un, elle délimite les deux parties d’une église bizarrement agencée. Côté cour, une grande fresque sur l’une des parois représente un entrelacs de corps féminins largement dénudés, parmi lesquels l&rsquo;on peine à identifier « la Maddalena ». Côté jardin, quelques cierges allumés sont censés créer une atmosphère de recueillement. Le décor du deuxième acte qui est constitué d’un salon de style empire dans un hémicycle rouge vif, est sans doute le plus réussi. L&rsquo;absence de fenêtre crée un huis-clos étouffant tout à fait adéquat, l&rsquo;on se demande cependant d&rsquo;où proviennent les échos quelque peu envahissants de la cantate qui se joue à l&rsquo;étage inférieur. Le troisième acte se déroule dans un campement militaire en rase campagne, le dernier tableau, pour poétique qu’il soit, laisse le spectateur dubitatif : après la mort de Cavaradossi, Tosca se dirige lentement vers une lumière blanche et aveuglante située au fond de la scène, qui évoque sans doute l’au-delà, tandis que la musique suggère un dénouement plus brutal. La direction d’acteurs, minimaliste semble le plus souvent laisser les personnages livrés à eux-mêmes.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="289" src="/sites/default/files/styles/large/public/63120f5d0000000000000007_big.jpg?itok=LlcWy8M_" title="Tosca © Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	Tosca © Opéra national de Paris</p>
<p>Sur le plan musical en revanche on est à la fête. <strong>Gustavo Dudamel</strong> s’empare de cet ouvrage avec ferveur et un sens aigu du théâtre. Il parvient à souligner les nombreux détails que comporte cette partition luxuriante, sait doser les effets au cours du premier acte et mène le deuxième tambour battant jusqu’au meurtre de Scarpia. Seule la prière de Tosca constitue une pause élégiaque au milieu de cette course effrénée à l’abîme. Au début du III, « E lucevan le stelle » subira le même traitement, un air en suspens avant l’arrivée du drame avec l’irruption de Tosca et ses faux espoirs d&rsquo;évasion puis celle du peloton d’exécution. A la fin de chaque entracte, c&rsquo;est sous les accamations chaleureuses du public que le chef vénézuélien regagne son pupitre.</p>
<p>La distribution, on l’a dit, ne comporte aucune faille. Les seconds rôles sont impeccables et méritent d’être tous cités jusqu’au geôlier bien chantant de <strong>Christian Rodrigue Moungoungou</strong>. <strong>Renato Girolami</strong> est un sacristain pleutre qui prête à rire sans être caricatural, <strong>Michael</strong> <strong>Colvin</strong> campe avec justesse un Spoletta couard et obséquieux tandis que <strong>Philippe Rouillon</strong> reprend avec conviction le rôle de Sciarrone. Mentionnons enfin l’impeccable Angelotti de <strong>Sava Vemić</strong> dont la voix sombre et sonore ne passe pas inaperçue.</p>
<p>Le baron Scarpia compte parmi les rôles qui ont marqué la carrière de <strong>Bryn Terfel</strong>. Dès son apparition, tout vêtu de noir, il en impose par sa présence qui inspire la crainte. Il fait de son personnage un être froid, calculateur et sournois, à l’occasion colérique lorsque la situation lui échappe, qui jouit avec une cruauté non dissimulée de la détresse dans laquelle s’enfonce Tosca à chacune de ses menaces. Vocalement le baryton gallois s’est montré en pleine forme tout au long de la représentation. Le temps ne semble pas avoir de prise sur son organe, certes moins glorieux qu&rsquo;en 2016 dans cette même production, mais qui répond sans faille à ses moindres intentions, une incarnation somme toute magistrale.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/63120f5d0000000000000004_big.jpg?itok=ONBwmajH" title="Tosca © Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	Tosca © Opéra national de Paris</p>
<p><strong>Joseph Calleja</strong> en revanche a commencé la soirée avec prudence. On oubliera bien vite cependant les quelques graillons qui ont affecté son  registrte aigu au début du premier acte pour vanter l’ampleur de cette voix généreuse au timbre solaire et l’intelligence de sa composition. Il affronte crânement les aigus de « Vittoria ! Vittoria! » au deuxième acte qu’il émet sans difficulté mais sans trop s’y attarder et propose un magnifique « E lucevan le stelle », tout en nuances et gorgé d’émotion qui montre que le ténor maltais est toujours l’un des meilleurs titulaires actuels du rôle de Cavaradossi. Il est heureux que l’Opéra de Paris s’intéresse enfin à ce grand artiste qui a fait ses débuts sur notre première scène il y a moins d’un an alors qu’il avait déjà derrière lui deux décennies d’une carrière glorieuse.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/63120f5d0000000000000017_big.jpg?itok=VrLia6FP" title="Tosca © Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	Tosca © Opéra national de Paris</p>
<p>Ce soir, c&rsquo;était au tour de<strong> Saioa Hernández </strong>de faire ses débuts <em>in loco</em> à l’occasion de cette série de <em>Tosca</em>. Précédée d’une réputation flatteuse, la soprano espagnole, qui a étudié entre autres avec Renata Scotto et Montserrat Caballé, compte déjà à son actif un vaste répertoire de rôles réputés « lourds » tels Lady Macbeth, Abigaïlle ou la Léonore de <em>La Force du destin</em>. Le 7 décembre 2018, elle a ouvert la saison de la Scala en incarnant Odabella aux côtés de l’Attila d’Ildar Abradzakov. Le rôle de Tosca ne lui pose aucun problème : elle y déploie une voix ample et bien projetée, riche en harmoniques et homogène, couronnée par un aigu solide et tranchant, justement dans la phrase « io quella lama gli piantai nel cor » au troisième acte. Elle n’hésite pas à « poitriner » sans excès ses graves afin de produire un effet dramatique percutant notamment lors de son affrontement avec Scarpia au deux. Enfin elle conduit sa prière qu’elle charge d’émotion avec une ligne de chant élégante et nuancée. Théâtralement, elle se montre aussi convaincante face au Scarpia machiavélique de Terfel que dans son désespoir lorsqu’elle découvre la mort de son amant à la fin de l’ouvrage.</p>
<p>N’oublions pas pour finir les chœurs, bien préparés par <strong>Alessandro Di Stefano,</strong> qui livrent un Te deum grandiose à la fin du premier acte.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Verdi, La Forza del Destino &#8211; Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-la-forza-del-destino-florence-objectif-lune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-la-forza-del-destino-florence-objectif-lune/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le livret de La Force du Destin est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&#8217;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&#8217;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-la-forza-del-destino-florence-objectif-lune/"> <span class="screen-reader-text">Verdi, La Forza del Destino &#8211; Florence</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le livret de <em>La Force du Destin</em> est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&rsquo;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&rsquo;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le dispute à la vacuité (« La vie est un enfer pour le malheureux », « Mourir, terrible chose »), si elles n&rsquo;ont pas tari la plume de Verdi, ont découragé plus d&rsquo;un metteur en scène. Personne ne savait jusqu&rsquo;à présent sur quel pied danser avec cette œuvre tour à tour géniale et triviale, et les transpositions type « Regietheater » ont échoué aussi platement que les lectures littéralistes. <strong>Carlus Padrissa</strong> et la <strong>Fura del Baus </strong>ont eu la bonne idée de chercher ce qui, dans la culture contemporaine, correspond le mieux au style déjanté de l&rsquo;opéra, quelque chose qui entre en résonnance avec sa matière chaotique, sa dispersion spatiale et ses sauts temporels. Assez logiquement, ils ont opté pour la science-fiction. Voilà donc Leonora et Alvaro transformés en guerriers inter-galactiques, Don Carlo optant quant à lui pour une tenue de cosmonaute au repos, tandis que le Padre Guardiano et Fra Melitone oscillent entre Obi Wan et des ensembles qui évoquent Karl Lagerfeld. Des inscriptions projetées expliquent les trous de l&rsquo;intrigue avec des textes qui semblent tout droit sortis de <em>Star Wars.</em> Mais tout cela est réalisé avec talent et conviction, et la richesse visuelle qui caractérise toutes les productions de la Fura del Baus : acrobates, luminaires, vidéos, &#8230; L&rsquo;œil est constamment à la fête, et la profusion de détails convient idéalement à l&rsquo;oeuvre la plus « espagnole » de Verdi. On n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;a prétendre que ce traitement transforme <em>La Force du destin </em>en chef-d&rsquo;œuvre de la dramaturgie, mais les 3h et quelques se regardent avec plaisir et même impatience, ce qui n&rsquo;est pas courant.</p>
<p>Il faut dire que la fête est aussi musicale. La direction somptueuse de <strong>Zubin Mehta </strong>est comme en symbiose avec l&rsquo;imagination du metteur en scène. Ce qu&rsquo;on entend sortir de la fosse d&rsquo;orchestre est d&rsquo;une étoffe aussi riche que les décors et les costumes. A près de 85 ans, le maestro indien renoue avec ses plus beaux enregistrements lyriques des années 60 (<em>Il Trovatore, Turandot, Aida</em>, pour ne citer que les plus connus), avec une alliance parfaite entre la richesse de la matière sonore et l&rsquo;élan dramatique, et une facon de faire « sonner » un orchestre qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;à lui, naturelle et fluide. Il faudra bien un jour réévaluer l&rsquo;apport du chef en matière lyrique, alors que la critique francaise l&rsquo;a éreinté d&rsquo;une manière parfois proprement scandaleuse. Les musiciens de <strong>l&rsquo;Orchestre du Mai musical florentin </strong>ne s&rsquo;y trompent pas. Loin des ukases d&rsquo;un certain milieu culturel, ils savent à qui ils ont affaire, et se donnent avec ardeur. Le plaisir est palpable, dans les grandes houles comme dans les moments de méditation, et la seule bande-son du spectacle mériterait déjà une publication.  Les chanteurs s&rsquo;inscrivent dans la même optique de générosité, jusqu&rsquo;à l&rsquo;excès. On tremble plus d&rsquo;une fois pour <strong>Roberto Aronica,</strong> tant on se dit qu&rsquo;il va se faire exploser les vaisseaux sanguins en prenant tant de risques, mais le résultat fait se dresser les cheveux sur la tête. Certes, on n&rsquo;ira pas prétendre que c&rsquo;est comme ca qu&rsquo;il faut chanter le rôle à chaque fois, mais que de sincérité, que d&rsquo;éclat et quelle facon d&rsquo;habiter son personnage, malgré quelques notes tapées à côté. Du son, <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong> en a aussi à revendre, mais il en fait un usage très différent. Dans une veine ultra-classique, son chant est un modèle de phrasé verdien, et la réussite du spectacle doit beaucoup à la noblesse qu&rsquo;il confère a chacune de ses apparitions. <strong>Saioa Hernández</strong> combine les qualités de ses deux comparses, avec une défonce vocale ahurissante (dès la premiere scène, que tant de sopranos sacrifient pour se réserver aux scènes finales) jusqu&rsquo;a un « Pace, Pace » d&rsquo;anthologie, et une scène du Monastère qui est à verser parmi les meilleures ; mais tout cet ouragan vocal cache un contrôle du son jamais pris en défaut et un sens du phrasé qui rappelle sans cesse le bel canto que Verdi n&rsquo;avait pas quitté depuis si longtemps en 1862.</p>
<p><strong>Ferrucio Furlanetto</strong> ne fait pas ses 72 ans. Même si la voix bouge un peu dans les aigus, l&rsquo;assise reste impeccable, et la bête de scène n&rsquo;a rien perdu de son art, qu&rsquo;on perçoit déjà à sa façon d&rsquo;arpenter le plateau. Le Fra Melitone de <strong>Simone Alaimo</strong> apporte une belle fraicheur à son personnage. Quant à la Preziosilla de <strong>Annalisa Stroppa</strong>, sa prestation est à l&rsquo;image de sa premiere apparition : ses seins sont enflammés tout autant que son chant, et les pages franchement triviales que Verdi lui a réservées sont tout bonnement irrésistibles. Avec des rôles secondaires tous excellents (même l&rsquo;Alcade de <strong>Francesco Samuele Venuti </strong>retient l&rsquo;attention), des chœurs qui ne semblent pas du tout gênés par leur masque et une réalisation vidéo qui fait vivre constamment les péripéties du récit, ce DVD devient la nouvelle référence filmée pour <em>La Force du Destin</em>, surclassant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/la-forza-del-destino-ostentation-vocale">la production de Munich qui appariait Jonas Kaufmann et Anja Harteros,</a> très riche vocalement mais bien moins convaincante au niveau du propos.</p>
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		<title>Orange : Csilla Boross remplace Saioa Hernandez dans Gioconda</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Jul 2022 14:48:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Contrainte d&#8217;annuler pour raisons personnelles sa participation à la production de La Gioconda de Ponchielli le 6 août prochain aux Chorégies d’Orange, Saioa Hernandez sera remplacée par la soprano hongroise Csilla Boross, connue pour son interprétation du rôle d&#8217;Abigaille, « voix pleine, charnue, bien projetée, puissante dans les aigus » – écrivait notre confrère Fabrice Malkani à propos de sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Contrainte d&rsquo;annuler pour raisons personnelles sa participation à la production de <em>La Gioconda</em> de Ponchielli le 6 août prochain aux Chorégies d’Orange,<strong> Saioa Hernandez </strong>sera remplacée par la soprano hongroise <strong>Csilla Boross</strong>, connue pour son interprétation du rôle d&rsquo;Abigaille, « voix pleine, charnue, bien projetée, puissante dans les aigus » – écrivait notre confrère Fabrice Malkani à propos de sa Leonora dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/la-forza-del-destino-geneve-du-grand-verdi"><em>La forza del destino</em> à Genève en 2016</a>. </p>
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		<title>Plácido Domingo fête la musique à Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/placido-domingo-fete-la-musique-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 May 2021 05:02:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Existe-t-il un placidovirus ? », s’interrogeait l’an passé notre confrère Jean Michel Pennetier en découvrant dans le programme en ligne de la Philharmonie de Paris l’annulation inexpliquée d’une version de concert d’I due Foscari où Plácido Domingo devait interpréter le rôle de Francesco. Pris dans les mailles du filet #metoo, le chanteur espagnol était alors contraint &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Existe-t-il un placidovirus ? », s’interrogeait <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/existe-t-il-un-placidovirus">l’an passé</a> notre confrère Jean Michel Pennetier en découvrant dans le programme en ligne de la Philharmonie de Paris l’annulation inexpliquée d’une version de concert d’<em>I due Foscari </em>où <strong>Plácido Domingo</strong> devait interpréter le rôle de Francesco. Pris dans les mailles du filet #metoo, le chanteur espagnol était alors contraint de renoncer à la plupart de ses engagements. La page serait-elle désormais tournée ? C’est à Paris, Salle Gaveau, le 21 juin à 20h 30, que Plácido Domingo a choisi de fêter la musique. Il sera accompagné par la soprano <strong>Saoia Hernández</strong> et l’Orchestre Appassionato sous la direction de <strong>Mathieu Herzog</strong>. Au programme des airs d’<em>Andrea Chenier</em>, <em>le Trouvère</em>, l<em>a Traviata</em> (voir détail ci-dessous) et des tarifs à la mesure de l&rsquo;événement : de 50 à 300 euros !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="224" src="/sites/default/files/styles/large/public/prog_placido.jpg?itok=3PFYFaVq" width="468" /></p>
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