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	<title>José Antonio LÓPEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 27 May 2025 21:55:51 +0000</lastBuildDate>
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	<title>José Antonio LÓPEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto – Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-barcelone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cléopâtre VII Philopator, reine mythique que tous les siècles et les pays ont tenté de s’approprier, reste aujourd’hui encore une des personnalités les plus controversées – et les plus admirées – parmi les têtes couronnées du monde entier. Rien que dans le domaine lyrique, <a href="https://www.researchgate.net/publication/315719889_L%27Egypte_et_l%27art_lyrique_un_exotisme_antiquisant">ce ne sont pas moins d’une cinquantaine d’opéras qui lui ont été consacrés</a>. Et sans parler des œuvres d’art, notamment sculptures et peintures, qui sont innombrables. Parmi les tableaux la représentant, celui de Pierre de Cortone (vers 1637, musée des Beaux-Arts de Lyon) est particulièrement évocateur : un César attentif et amoureux offre avec délicatesse à une Cléopâtre conquise le trône d’Égypte, en l’occurrence un magnifique tabouret sculpté somptueusement doré, avec la couronne et le sceptre qui vont avec. En effet, la seule obsession de la jeune femme face à l’arrivée des Romains a été de récupérer pour elle seule le trône d’Égypte qu’elle occupait jusqu’alors avec son frère Ptolémée XIII.</p>
<p>Mais les langues parlées étant ainsi faites, le mot trône a rapidement désigné à la fois le siège royal, et celui des « petits coins » : de nombreuses publicités, et de non moins nombreuses marques utilisent le nom et même la personne de Cléopâtre pour vanter les mérites de leurs cuvettes, abattants voire même dessins indiquant la bonne porte. On peut voir des Cléopâtre sculpturales proclamer « Voici un trône digne de moi ! ». Le metteur en scène <strong>Calixto Bieito</strong> s’est engouffré avec délectation dans cette porte entrouverte, et la représentation se termine sur un même clin d’œil : au milieu des grandes réjouissances de l’accord entre César et Cléopâtre, chacun offre à l’autre un « trône », en l’occurrence une cuvette de WC en or massif, qui a un tel succès que toute la cour veut immédiatement le même. Et c’est ainsi que s’achève l’opéra avec un éclat de rire général du public barcelonais, plutôt bon enfant, sur une anecdote au demeurant plus scatologique qu’historique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/T25-GC-S2-100-rec-VIGN-corr6-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-191119" width="910" height="422"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup><strong>Julie Fuchs (Cléopâtre) et Xavier Sabata (César), </strong>Photos © Liceu / David Ruano</sup></figcaption></figure>


<p>Pardon pour ce long préambule, qui pourtant n’est pas aussi anecdotique qu’il peut paraître de prime abord. Car toute la mise en scène repose sur le même principe de transposition dans notre temps moderne, pour bien montrer que le monde était déjà à l’époque antique aux mains de quelques privilégiés, que leur emprise et leur violence, à tous points de vue, s’exerçaient en des luttes fratricides, aux dépens du petit peuple réduit à l’esclavage. Et pour ce faire, Bieito a retiré à Cléopâtre <a href="https://www.imarabe.org/fr/agenda/expositions-musee/mystere-cleopatre">tous ses prétendus mystères hérités des siècles passés</a>, pour en faire une jeune femme en vêtements résolument actuels, pratiquant tous les sports, qu’ils soient physiques, politiques, sexuels, voire même criminels. Seuls quelques hiéroglyphes décoratifs projetés incidemment sur le dispositif scénique rappellent une éventuelle filiation avec la grande Cléopâtre de l’Histoire. Et au total, on assiste donc à une œuvre essentiellement recentrée sur un drame émotionnel né des conflits entre personnes, notamment du fait de luttes entre sexe et pouvoir.</p>
<p>On est donc très loin des productions de cet opéra auxquelles il nous a été donné d’assister pendant ces quarante dernières années, où l’accent était plus mis sur l’aspect mythique de l’Égypte : à l’Opéra de Paris, entre 1987 et 2002, où Nicholas Hytner animait l’action autour d’un énorme sphinx égyptisant ; Paris toujours, entre 2011 et 2024, où Laurent Pelly a restreint l’action dans un musée, ses vitrines et ses réserves. Enfin Barcelone, où Herbert Wernicke met en scène au Liceu entre 2001 et 2004 des derricks et des crocodiles rigolards. Ici donc, ce soir, aucun artifice de ce genre ne vient rompre une action inexorable. Le dispositif scénique de <strong>Rebecca Ringst</strong>, inspiré du pavillon high tech de l’Arabie Saoudite à l’Exposition universelle de 2020 à Dubaï, consiste en un énorme bloc métallique tournant sur lui-même, le plus souvent relevé sur un côté par des vérins, qui évoque l’enfermement des grands de ce monde, et le danger d’écrasement qui pèse toujours sur eux et ceux qui ont pris le parti de leur être soumis. Le dispositif est plutôt efficace car il permet aussi des projections vidéo sur deux de ses faces où la vidéaste <strong>Sarah Derendinger</strong> s’en donne à cœur joie en termes de couleurs et d’inspirations variées, sans pour autant trop détourner l’attention de l’action et des chanteurs. Des costumes amusants et bien en situation d’<strong>Ingo Krügler</strong> complètent un ensemble habilement éclairé par <strong>Michael Bauer</strong>.</p>
<p>Mais c’est la richesse, la qualité et la cohésion du plateau et de l’orchestre qui rend véritablement la représentation exceptionnelle. <a href="https://www.operaonvideo.com/giulio-cesare-amsterdam-2023-christophe-dumaux-teresa-iervolino-cecilia-molinari-julie-fuchs/">Cette coproduction avec le Dutch National Opera d’Amsterdam a déjà connu aux Pays-Bas en 2023 un très grand succès.</a> Elle arrive à Barcelone avec seulement trois titulaires de la distribution d’origine, la mezzo italienne Teresa Iervolino (Cornelia<strong>),</strong> le contreténor perso-canadien Cameron Shahbazi (Tolomeo) et bien sûr Julie Fuchs (Cleopatra). Il faut convenir que, même si leurs partenaires à Barcelone sont tous excellents, on voit que ces trois transfuges sont vraiment « chez eux » dans cette mise en scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/T25-GC-S2-194-rec-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-191090"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup><strong>Julie Fuchs (Cléopâtre) et Xavier Sabata (César), </strong>Photos © Liceu / David Ruano</sup></figcaption></figure>


<p>À commencer par<strong> Julie Fuchs</strong>, qui est tout à fait extraordinaire dans le rôle de Cléopâtre. D’abord parce qu’il s’agit d’un répertoire qui lui convient fort bien, et qu’elle connaît parfaitement. Ensuite par ce qu’elle a trouvé avec Bieito un metteur en scène avec qui elle paraît en symbiose. Et vocalement, sa voix dans la plénitude de ses moyens est parfaitement menée dès le premier air. À la scène du Parnasse, au deuxième acte, dans le<strong> « </strong>V&rsquo;adoro, pupille », elle déploie ses charmes et toute sa séduction. Mais c’est vraiment au troisième acte, avec « Piangerò la sorte mia », puis « Da tempeste il legno infranto », qu’elle montre vraiment la grande variété de son jeu, et toutes ses capacités à mêler le beau son à une véritable interprétation pleine de sensibilité. La puissance est idéale pour la grande salle du Liceu, et les vocalises parfaites s’y développent à merveille. Elle est accueillie aux saluts par une immense ovation.</p>
<p>Elle est entourée de trois contre-ténors de haut niveau, et tout d&rsquo;abord <strong>Cameron Shahbazi</strong> (Tolomeo), qui joue de son physique sexy, mais aussi d’une voix percutante et musicale particulièrement efficace. Cet acteur qui brûle les planches n’hésite pas, de plus, à utiliser quelquefois la voix de poitrine quand celle-ci se justifie par l’action, dans les moments de violence extrême. Le résultat est particulièrement convaincant. Nireno, le confident de Cléopâtre, est interprété avec beaucoup d’allant par <strong>Alberto Miguélez Rouco</strong>. Enfin, César est chanté par le Barcelonnais <strong>Xavier Sabata</strong>, qui possède la carrure pour en imposer et rendre plausible la violence physique qu’il déploie autour de lui. Il conserve une belle ligne de chant, mais manque un peu de projection, créant souvent un léger défaut de puissance par rapport à ses partenaires. Il faut dire que le faire chanter son premier air, où il doit s’imposer, tout au-dessus du dispositif scénique, quasiment dans le vide (avec quand même un filin de sécurité) n’est peut-être pas une très bonne idée. D’ailleurs il est nettement meilleur dans ses duos avec Cléopâtre, même si celle-ci a parfois tendance à prendre sur lui un allant démenti par le texte.</p>
<p>Enfin, la mezzo <strong>Teresa Iervolino </strong>(Cornelia) est le troisième point fort de la distribution, assurant d’une voix sombre et chaude et d’un jeu scénique abouti un personnage écartelé entre nombre de malheurs. Sans faire de Cornelia quelqu’un de vraiment sympathique, elle arrive à la rendre parfaitement plausible et touchante, et surtout lisible à tous moments. Dans le reste de la distribution, de même haut niveau, on note en particulier la mezzo <strong>Helen Charlston</strong> qui campe un Sesto magnifiquement chanté, entre abattement et excitation, le baryton <strong>José Antonio López</strong> (Achilla), <strong>Jan Antem</strong> (Curio), et <strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> (Nireno).</p>
<p>Inutile de préciser que la direction de <strong>William Christie</strong>, en très grande forme, a grandement contribué à survolter et entraîner le plateau, mais aussi les musiciens de l’orchestre du Liceu, peu habitués au répertoire baroque, surtout quand il est pratiqué sur instruments anciens. Pour sa première prestation au Liceu, il a reçu à la fin une ovation debout de toute la salle.</p>
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		<title>WAGNER, Die Meistersinger von Nürnberg &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 May 2024 05:37:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Retour en majesté des Maîtres chanteurs à Madrid, plus de vingt ans après les représentations dirigées par Daniel Barenboïm, qui sont restées dans les mémoires. Cette nouvelle production fait appel à Laurent Pelly, décidément à l’aise dans tous les genres, et qui offre une vision limpide, intelligente, dépoussiérée d&#8217;une œuvre dont il a tout compris, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Retour en majesté des <em>Maîtres chanteurs</em> à Madrid, plus de vingt ans après les représentations dirigées par Daniel Barenboïm, qui sont restées dans les mémoires. Cette nouvelle production fait appel à Laurent Pelly, décidément à l’aise dans tous les genres, et qui offre une vision limpide, intelligente, dépoussiérée d&rsquo;une œuvre dont il a tout compris, et dont l’humour n’est jamais absent.<br>
Pour universaliser son propos qui vise à condamner les règles obscures que les hommes s’imposent à eux-mêmes, Pelly décide de totalement décontextualiser l’action dans le temps et l’espace. Ni les décors, gigantesques pour couvrir l’immense scène du Teatro Real, ni les costumes, sobres et intemporels, ne figent le propos dans tel ou tel espace-temps, et c’est bien vu. Le plateau est encombré d’immenses plans inclinés (qui pourront tourner au fil des actes) qui figurent l’instabilité du monde. Tout autour, les murs de la ville sont eux aussi bancals, les maisons du village, au II, figurées en cartons pâtes, évoquent un monde en proie à tous les séismes (culturels&nbsp;?) possibles. Le tréteau est branlant sur lequel Beckmesser va lamentablement échouer dans sa tentative d’entonner le poème de Walther. Bref nous sommes en face d’un monde à bout de course, qui vacille à force de vouloir rester immobile et sourd aux appels au renouveau, à la grâce et à la poésie.<br>
Les douze maîtres chanteurs, apôtres pour la plupart d’un rigide quant-à-soi, sont remarquablement mis en scène. Tous vêtus et coiffés d’un noir assommant, interchangeables dans leur étroitesse d’esprit, ils apparaissent, lorsqu’ils siègent pour délibérer ou converser, au travers d’un immense cadre d’un tableau de maître monumental. Mais ce cadre est, à l’image du monde alentour, branlant et en passe de se désintégrer ; on aura compris qu’il représente les règles étroites dont ils se veulent les intraitables garants. Et lorsque, au III, alors qu’il a gagné haut la main son duel face à Beckmesser, Walther s’adresse aux maîtres chanteurs qui s’apprêtent à l’introniser comme l’un des leurs, il leur fait face sans jamais franchir ce cadre. Et malgré l’ultime plaidoyer de Sachs, censé convaincre Walther de rejoindre la confrérie, celui-ci choisit la fuite avec Eva et, chacun d’eux s’échappe sur cour et jardin pour aller tirer le rideau final, histoire de tourner définitivement le dos à ce monde du passé.<br>
Il n’y en a qu’un, parmi les maîtres chanteurs, qui comprend très vite l’excessive rigidité des règles imposées par la guilde&nbsp;: Hans Sachs vit dans une pièce où se côtoient les deux univers qui le nourrissent&nbsp;: son atelier de cordonnier et sa bibliothèque. Belle image, en ouverture du III, où Sachs apparaît plongé dans ses livres, comme à la recherche de son oxygène.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MaestrosCantores3127-1294x600.jpg" alt="" width="725" height="336">
© Javier del Real</pre>
<p>L’orchestre du Teatro Real est dirigé par <strong>Pablo Heras-Casado</strong>&nbsp;; c’est un très bel orchestre, rompu à ce répertoire. Le discours musical est clair mais les équilibres sont un peu instables. Aux débuts des I et III la balance penche un peu trop vers l’orchestre et, au sein de celui-ci, les cuivres prennent souvent le dessus sur les cordes. Quant à la mandoline désaccordée de Beckmesser, il fallait tendre l’oreille pour en percevoir les gémissements. Chœur et chœur d’enfants imposants. Tant la diction que la vigueur sont irréprochables.<br>
Le plateau vocal est de premier ordre et il faut d’emblée rendre hommage à la prestation de <strong>Gerald Finley</strong>, qui peint un Hans Sachs plein d’humanité et de chaleur. Cette humanité (avec ses faiblesses donc) et cette chaleur, nous les retrouvons dans le discours musical parcouru d’intelligence. Il lui manque aujourd’hui la puissance qui a pu être la sienne naguère et cela s’est ressenti surtout au I, mais son expressivité est intacte&nbsp;: «&nbsp;Was duftet doch der Flieder&nbsp;» au II et surtout son «&nbsp;Wahn, Wahn&nbsp;» du III, d’une sidérante intensité, forcent l’admiration. Walther est tenu par <strong>Tomislav Mužek</strong>, Prince (<em>Rusalka</em>) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-bordeaux/">convaincant à Bordeaux</a>, qui s’attaque ici à un rôle d’une toute autre dimension. Le charme opère toujours, la voix est claire, parfois éclatante et les innombrables répétitions de son « Morgenlicht leuchtend » ne viennent pas à bout de son endurance, même si les efforts, pour rendre justice à cette envoutante rengaine, sont perceptibles.<br>
L’américaine <strong>Nicole Chevalier</strong> est une Eva décidément bien docile. On aurait pensé qu’elle incarnerait avec plus de personnalité ce rôle qui méritait d’être dépoussiéré. Toutefois, la voix n’est pas en cause ; sûre, expressive et capable de faire face aux exigences de la partition. <strong><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-nancy-texte-de-commentaire-duree-5h/">Jongmin Park</a></strong>, plusieurs fois König Marke en France, tient le rôle de Pogner, le père d’Eva. La basse chante et montre toute son aisance dans les quelques tréfonds de sa partie. L’autre grand Maître chanteur est le Sixtus Beckmesser incarné par <strong>Leigh Melrose</strong>&nbsp;; à l’aise dans bien des répertoires, il livre une prestation hors norme, saluée à juste titre par le public. C’est autant l’acteur, figurant un Beckmesser tordu par la malice, que le chanteur au baryton efficace qui a été ovationné. <strong>Sebastien Kohlhepp</strong> est un David valeureux&nbsp;; il lui revient le rude privilège de concentrer l’essentiel de son rôle en début de pièce, dans son initiation aux règles du bien-chanté qu’il dispense à Walther. Son «&nbsp;Fanget an&nbsp;» est remarquablement porté d’un bout à l’autre. Sa promise Magdalena est tenue par <strong>Anna</strong> <strong>Lapkovskaja</strong> dont on apprécie plus le timbre dans le medium que dans les <em>forte</em> plus aigus.<br>
Et puis il y a aussi la belle cohésion des autres maitres chanteurs, dont les rôles sont moins exigeants mais qui forment une équipe fort homogène dans la volonté de ne surtout rien changer&nbsp;! <strong>Paul</strong> <strong>Schweinester</strong> (Vogelgesang), <strong>Barnaby</strong> <strong>Rea</strong> (Nachtigal), <strong>Jose</strong> <strong>Antonio</strong> <strong>López</strong> (Kothner), <strong>Albert</strong> <strong>Casals</strong> (Zorn), <strong>Kyle van Schoonhoven</strong> (Eisslinger), <strong>Jorge Rodriguez Norton</strong> (Moser), <strong>Bjorn</strong> <strong>Waag</strong> (Ortel), <strong>Valeriano</strong> <strong>Lanchas</strong> (Schwarz) et <strong>Frederic</strong> <strong>Jost</strong> (Foltz), brillent tant par le chant que par le jeu.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="DIE MEISTERSINGER VON NÜRNBERG Wagner – Teatro Real" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/AQ2VtHPbRd0?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div><figcaption class="wp-element-caption"><em>Diffusion live prévue le 18 mai à 18h CET et disponible jusqu&rsquo;au 18 novembre 2024</em></figcaption></figure>
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		<title>GAZZANIGA &#8211; L&#8217;isola d&#8217;Alcina</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/gazzaniga-lisola-dalcina/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ça commence comme une blague ringarde : un Français, un Italien, un Anglais et un Espagnol débarquent sur une île. Le livret, daté de 1771 s’amuse de sa propre inanité, quand on s’y étonne de trouver l’Alcina de l’Arioste en plein XVIIIe siècle. A l&#8217;orée d&#8217;une longue carrière, le poète Bertati privilégie la pure bouffonnerie &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ça commence comme une blague ringarde : un Français, un Italien, un Anglais et un Espagnol débarquent sur une île. Le livret, daté de 1771 s’amuse de sa propre inanité, quand on s’y étonne de trouver l’Alcina de l’Arioste en plein XVIII<sup>e </sup>siècle. A l&rsquo;orée d&rsquo;une longue carrière, le poète Bertati privilégie la pure bouffonnerie en jouant sur les stéréotypes nationaux – un Allemand s’ajoute à l’affaire – ainsi que sur la figure de la magicienne, ici plus coquette qu’autre chose. Manque ici le mélange des genres typique du <em>dramma giocoso</em> d&rsquo;alors, où le comique côtoie le demi-caractère sentimental et une touche de sérieux. Le jeune Mozart se montre fidèle à ces canons dans <em>La finta semplice</em> et <em>La finta giardiniera</em> (1769). Presque contemporaine, <em>L’isola d’Alcina</em> s’inscrit toutefois dans une veine plus uniformément légère, en dépit de quelques touches de style sérieux.</p>
<p>Quatre godelureaux arrivent sur une île où habite Alcina ; Clizia et Lesbia leur en vantent les charmes. Ils se promettent de ne point succomber mais, évidemment, tombent tous amoureux de la magicienne. Une fontaine ayant la faculté de faire oublier sert de prétexte à d’autres pitreries à la fin du premier acte : chacun·e y va de son petit air, entre parodie du <em>serio</em> métastasien et chansons nationales ; on songe au finale du <em>Viaggio a Reims</em>. Deuxième acte. Alcina martyrise successivement ses galants. L’Allemand Brikbrak débarque et s’allie à Clizia et Lesbia, désireuses de fuir avec les garçons. Finale dans la chambre de l’enchanteresse, chorégraphie bouffonne alors que Brikbrak essaie de lui régler son compte. Alcina s’éveille mécontente dans la confusion générale. L’acte III parodie l’abandon d’Armide par Renaud. Alcina implore, se chamaille et trépigne, mais échoue à retenir le bateau où ses suivantes et tous ces messieurs ont embarqué.</p>
<p>Si l’on accepte de s’en tenir à la blague, l’opéra assure une soirée des plus plaisantes, et l’œuvre connut une quarantaine de reprises pendant une dizaine d’années, de Dublin à Prague en passant par Mannheim et Corfou. Les compositeurs Giacomo Rust et Francesco Bianchi se saisirent du texte pour en donner leur propre version. Quant à Bertati, il laissa plus de 70 livrets, majoritairement comiques, parmi lesquels un <em>Don Giovanni Tenorio</em> qui put inspirer Da Ponte en 1787, et <em>Il matrimonio segreto</em> en 1792, qui témoigne de l’important évolution du genre comme de l’art du dramaturge.</p>
<p>Le Véronais Gazzaniga fut un de ses collaborateurs réguliers. Apprécié dans le <em>serio</em> comme le <em>buffo</em>, Gazzaniga signe une musique agréable de bout en bout. Bien qu’il s’agisse d’archétypes plus que de personnages complexes, les portraits sont brossés vivement dans un ton alliant parodie et cocasserie. Si l’on déplore l’absence de véritable évolution et l&rsquo;inconséquence de tous les événements, l’opéra progresse sans ennui, avec mille motifs accrocheurs. Les airs se suivent au détriment d’ensembles que certaines situations auraient pu appeler, mais les fins d’acte permettent à la troupe de s’amuser ensemble. Superficiel, l’opéra n’en est pas moins réjouissant.</p>
<p>Son succès repose avant tout sur le collectif. Bonne idée d’avoir distribué des artistes dont la nationalité correspond à celle de leur incarnation : ils n’ont aucun scrupule à y aller à fond. Loin des clés de <em>fa</em> bougonnantes qui peuvent empeser le genre, il règne une atmosphère de jeunesse avide de s’amuser. L’Espagnol est la seule véritable voix grave, même si James et le baron Brikbrak hésitent entre ténor et baryton. Cocorico, le premier amoureux est évidemment le Français La Rose, qui s’exprime dans un sabir franco-italien. <strong>Kaëlig Boché</strong> jongle avec virtuosité entre les deux idiomes avec une voix de ténor d’opéra-comique parfaitement adaptée à des airs qui exigent surtout un sens du récit et de la caractérisation. Moins haut en couleurs, le Brunoro confié au ténor <strong>Enrico Iviglia</strong> doit affronter deux airs difficiles imprégnés de vocalité… italienne, hérissés de coloratures. <em>British</em> soucieux de son image, James a pour lui un air « à catalogue » – style particulièrement prisé par Bertati – dont Roberto Scaltriti et Rousset avaient jadis laissé un bel enregistrement. <strong>William Wallace</strong> s’y montre un poil terne. L’Espagnol Don Lopez répond à un stéréotype plus enflammé, bien servi par le baryton <strong>José Antonio… </strong><strong>López</strong>. Baryton aussi, <strong>Florian Götz</strong> caractérise vivement un Brikbrak fruste et peu dégourdi, dont l’accent tudesque est retranscrit dans le texte. Le procédé renvoie notamment au Tagliaferro de la très fameuse <em>Buona figliuola</em> de Piccinni (1760), mais aussi à l’un des déguisements de Vespina dans L<em>’infedeltà delusa</em> (Haydn et Coltellini, 1773), ou encore à Orlando de <em>Giannina e Bernardone</em> de Cimarosa (1781). Évidemment, c’est de ce balourd indifférent qu’Alcina tombe amoureuse… En 1771, à Venise, Gazzaniga écrivit le rôle pour la sulfureuse <a href="http://www.quellusignolo.fr/sopranos/zamperini.html">Anna Zamperini</a>, peu de voix mais charme à revendre, pour laquelle le public se pâma de Londres à Lisbonne. Un rôle sur mesure qui joue sur la charge érotique de la chanteuse sans trop solliciter ni aigu, ni vocalises. Après maintes agaceries, dont un air vénitien, la femme fatale trouve brièvement des accents plus introspectifs ou parodie l’<em>opera seria </em>au II et au III. La soprano <strong>Francesca Lombardi Mazzulli</strong> s’y trouve très à son aise, avec de séduisantes couleurs dans le médium et le grave. La sœur d’Anna Zamperini était de la création en Lesbia, à laquelle <strong>Alice Madeddu</strong> prête un soprano pimpant. En Clizia, <strong>Margherita Maria Sala</strong> offre les belles couleurs sombres de son contralto en contrepoint.</p>
<p><strong>Werner Ehrhardt</strong> et l’ensemble <strong>L’Arte del mondo</strong> ont choisi le manuscrit des représentations viennoises de 1774, ainsi que l’air « Sono Alcina » inséré par Haydn pour des représentations à <em>Esterháza en 1779</em>. S’il ne faut pas attendre la sophistication instrumentale qui fait le charme du <em>dramma giocoso</em> viennois dès les années 1760, dont Gassmann puis Salieri furent les champions avant l’apogée des années 1780, la partition est donnée avec toute l’alacrité voulue. Tout juste regrette-t-on parfois un peu plus de rondeur et d’abandon. Bavard et spirituel, le pianoforte tenu par <strong>Massimiliano Toni</strong> assure la liaison efficacement, et les récitatifs ont toute la vie nécessaire. Le public de Leverkusen a visiblement apprécié les représentations dont ce coffret est le reflet, avec l’énergie perceptible du théâtre en direct. Après <em>La finta giardiniera</em> d’Anfossi, <em>La scuola de’ gelosi</em> de Salieri puis <em>La fiera di Venezia</em> du même, ces artistes viennent encore enrichir notre connaissance de l’<em>opera buffa</em> des années 1770.</p>
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		<title>DE FALLA, Les Tréteaux de Maître Pierre &#8211; Grenade</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/de-falla-les-treteaux-de-maitre-pierre-grenade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jun 2023 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Tréteaux de Maître Pierre, opéra pour marionnettes en un acte de Manuel de Falla, évoque de multiples références, à mi-chemin entre la France et l’Espagne. Le Festival International de Musique et Danse de Grenade inaugure sa 72e édition avec une production ambitieuse de l’œuvre. Si Falla est habituellement vu comme un Maurice Ravel espagnol, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Les Tréteaux de Maître Pierre</i>, opéra pour marionnettes en un acte de Manuel de Falla, évoque de multiples références, à mi-chemin entre la France et l’Espagne. Le Festival International de Musique et Danse de Grenade inaugure sa 72<sup>e</sup> édition avec une production ambitieuse de l’œuvre.</p>
<p>Si Falla est habituellement vu comme un Maurice Ravel espagnol, la partition de <i>Tréteaux</i> donne lieu à une autre forme de néo-classicisme, rappelant l’écriture qui sera développée par le groupe des Six et surtout celle d’Igor Stravinsky. Entre 1907 et 1914, Falla vit à Paris où il fait la connaissance de son collègue russe dont la période néo-classique coïncide avec son séjour en France et qui voyagera également en Espagne. À ce moment-là, Falla découvre <i>Renard </i>&#8211; conçu comme une œuvre pour marionnettes &#8211; ainsi que <i>Petrouchka</i>, et consacre un important article à Stravinsky. Il entre également en contact avec Claude Debussy et Paul Dukas. Un an plus tard, il signe le manifeste d’adhésion aux Nations unies et se prononce en faveur de la tradition, du «&nbsp;bon goût français&nbsp;» et d’une identité musicale latine représentée par la France, l’Espagne, l’Italie et la Russie – opposée à la suprématie de l’Allemagne depuis la guerre de 1870 – comme le souligne le romaniste Andrés Soria Olmedo. En 1918, Falla reçoit une commande de Winnaretta Singer, princesse de Polignac, importante mécène française et héritière de l’entreprise de machines à coudre fondée par son père. Mais c’est seulement quatre ans plus tard que Falla achève la composition de <i>Tréteaux</i>. Entre-temps, sa relation avec Stravinsky s’est poursuivie. À partir du ballet <i>Pulcinella</i>, composé en 1919, les œuvres de ce dernier prennent une tournure néo-classique qui ne laisse pas indifférent Falla. En témoigne la partition de <i>Tréteaux </i>qui comporte des danses et autres formes classiques, des sonorités baroques (notamment un clavecin et un trio de hautbois), ainsi qu’un mélange de musique espagnole folklorique et savante, suscitant toutes sortes d’interpénétrations. Ces éléments existent certes dans d’autres œuvres de Falla mais sont particulièrement prononcés dans <i>Tréteaux</i>.</p>
<p>Cette œuvre fait dialoguer des influences françaises avec un sujet viscéralement espagnol. C’est pendant la période de gestation de l’opéra que Falla, désormais installé à Grenade, rencontre le poète Federico García Lorca, de qui il restera proche jusqu’à la mort de celui-ci en 1936. Parmi leurs passions communes figurent le théâtre de marionnettes et un intérêt accru pour l’identité culturelle de l’Espagne rurale, en l’occurrence celle de l’Andalousie. Le premier de leurs projets fut l’organisation d’un concours de <i>Cante jondo</i>, chant traditionnel andalou de type flamenco. Stravinsky et Ravel y auraient assisté si le conseil municipal de Grenade n’avait pas refusé de les inviter pour des raisons budgétaires. Lorsque le critique Adolfo Salazar, ami de Lorca et Falla, reprocha au compositeur une sorte de « nationalisme musical », ce dernier répondit : « Toute musique vivante européenne procède d’un nationalisme musical bien appréhendé », défendant évidemment un art universel.</p>
<p>Aujourd’hui, la marque de fabrique du Festival de Grenade est la combinaison d’une distribution internationale – allant de Bob Dylan à Riccardo Chailly – avec une grande sensibilité pour l’histoire locale. L’édition 2022, marquée par le centenaire du fameux concours de <i>Cante jondo</i>, a vu plusieurs manifestations de flamenco ainsi que la création de <i>Cantes antiguos del flamenco</i> pour alto et orchestre du compositeur Mauricio Sotelo. Cette année, les chefs d’orchestre Ton Koopman et Giovanni Antonini ainsi que le compositeur Tomás Marco sont artistes en résidence. Le Conseil du tourisme, de la culture et du sport d&rsquo;Andalousie (Consejería de Turismo, Cultura y Deporte) apporte son soutien au festival, qui collabore également avec d&rsquo;autres institutions grenadines. Cette année, le Centro Federico García Lorca consacre une belle exposition aux <i>Marionnettes de Lorca, Lanz et Falla</i>. L’artiste et décorateur de théâtre Hermenegildo Lanz signa les décors et les marionnettes de la création de <i>Tréteaux </i>qui eut lieu le 25 juin 1923 au palais de la princesse de Polignac, précédée d’une version concert créée quelques mois plus tôt au Teatro San Fernando de Séville.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>S’appuyant sur deux chapitres de <i>Don Quichotte </i>de Cervantes, le livret de Falla représente une longue mise en abyme. Le chevalier errant assiste à un spectacle du marionnettiste Maître Pierre : un garçon, le Trujamán, raconte l’histoire de Don Gayferos qui vient en aide à son épouse Melisendra, fille de Charlemagne tenue prisonnière depuis de nombreuses années par le roi Marsilio. Les deux amants s’enfuient, persécutés par les soldats du roi. À ce moment-là, Don Quichotte, confondant une fois de plus réalité et fiction, fait irruption sur la scène et détruit les décors dans l’effort de combattre les assaillants, au grand dam du Maître et du public.</p>
<p>Il n’y a pas que le nom de l’épouse qui fait penser à <i>Pelléas et Mélisande</i> de Debussy, l’intrigue étant une variation espagnole du mythe de Tristan. Falla y joint un épilogue déclamé par Don Quichotte qui évoque sa propre histoire.</p>
<p>Étant donné la courte durée de l’opéra, l’équipe autour du réalisateur Enrique Lanz le fait précéder d’une première partie instrumentale alternant entre deux œuvres baroques, l’une française, l’autre allemande, ce qui ajoute une dimension politique. Il s’agit de <i>Don Quichotte chez la Duchesse</i> de Joseph Bodin Boismortier ainsi que <i>Burlesque de Quichotte</i> de Georg Philipp Telemann. Les danses baroques et une importante partie de percussions (tambours de basque et provençal), improvisée selon la tradition, annoncent certaines couleurs de <i>Tréteaux</i>. L’œuvre commence d’ailleurs par quelques mesures de tambour et timbales seuls. L’effectif prévu par Falla, après consultation de Winnaretta Singer, est un orchestre de chambre de 21 musiciens, qui incorpore aussi les instruments des œuvres baroques. Le passage à la deuxième partie de la soirée se fait presque imperceptiblement.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Si Falla souhaite que tous les personnages, et non seulement les poupées du Maître, soient représentés par des marionnettes, cela remet en question le lien entre public et scène. L’écart entre les deux, creusé par la présence d’interprètes stylisés – les marionnettes – est aggravé par une réalité dramatique à laquelle le public n’a pas accès. Car le quatrième mur que Don Quichotte brise en intervenant dans le spectacle du Maître ne sépare pas les spectateurs de la scène, mais bien deux niveaux scéniques distincts. Cette aliénation du public est également importante pour les pièces de théâtre de Lorca.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/230621-Retablo-de-Maese-Pedro-Palacio-Carlos-V-Fermin-Rodriguez093-1294x600.jpg">© Festival de Granada | Fermín Rodríguez</pre>
<p>Quel est l’espace scénique qu’<strong>Enrique Lanz</strong> crée afin de répondre à cette particularité de l’œuvre ? Pendant l’introduction, une vidéo est projetée sur le rideau : d’ombres diffuses sortent graduellement des formes et silhouettes découpées, constituant une scène en noir et blanc sur laquelle défilent des images préfigurant l’intrigue de la pièce. La différence entre Don Quichotte et Don Gayferos n’est pas encore nette. Ce processus d’émergence continue au lever du rideau. Sept marionnettes géantes, mesurant jusqu’à quatre fois la taille d’un homme, se tiennent sur le devant de la scène, majoritairement dos au public. Deux d’entres elles s’avéreront être Trujamán et Don Quichotte. Cet agrandissement passe au crible la nature même des marionnettes. Une deuxième scène, plus petite, peuplée de poupées plus stylisées et abstraites, se dessine en arrière-plan. Elle accueille le spectacle du Maître. Celui-ci ainsi que d’autres figures surdimensionnées apparaissent de temps à autre, contribuant à l’impression d’un tableau vivant en constante ébullition. Le clair-obscur des lumières d’Alberto Rodríguez va dans le même sens. Les chanteurs sont placés à l’extérieur, en évidence à gauche de l’orchestre. À la fin, un rideau transparent tombe, sur lequel sont projetées les images d’un autodafé. L’on peut y voir une allusion à la biographie de Falla qui finit ses jours à l’exil en Argentine, fuyant la guerre d’Espagne. Lanz crée donc une hiérarchie de corps plus ou moins grands et dessinés, ainsi qu’un dégradé d’abstraction, qui reflètent la position ambiguë du spectateur. La cour du palais de Charles Quint dans l’Alhambra, où la représentation a lieu, semble prolonger l’espace théâtral. Malgré sa cohérence, ce dispositif impressionnant court le risque de masquer la musique. L’effectif réduit et les structures délicates de la partition de Falla ne sont pas toujours à la hauteur de la pléthore d’éléments visuels. Lanz, petit-fils d’Hermenegildo Lanz, reprend sa mise en scène de l’œuvre datant de 2009. Son propre fils Leo fait partie de l’équipe de marionnettistes.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Sous la baguette d’<strong>Aarón Zapico</strong>, expert de l’interprétation historiquement informée, le jeu de l’orchestre est d’une grande vélocité. Que ce soit Falla, Boismortier ou Telemann, la musique parfois très concentrée, comme à découvert, ne perd jamais d’intensité ni de direction. Zapico maintient ce caractère limpide lorsque Falla mélange des sonorités divers et variées.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Les trois chanteurs se montrent tout aussi précis. La soprano <strong>Alicia Amo</strong> campe un Trujamán à la voix effervescente, en donnant un aspect burlesque à son timbre sans tomber dans la caricature. Sa partie – un rôle travesti – consiste essentiellement en notes répétées d’une grande virtuosité rythmique, Trujamán signifiant «&nbsp;interprète de négociation&nbsp;» en espagnol. Le public français a pu découvrir cette chanteuse à mille facettes entre autres dans <i>Salomé</i> d’Alessandro Stradella, en 2019 à l’opéra de Rennes. Le Maître Pierre de <strong>David Alegret</strong> prend très à cœur son spectacle. Par moments, le ténor confère un timbre texturé à sa voix, avant qu’elle ne reprenne son ampleur sensuelle. Alegret maîtrise toutes les nuances dramatiques de son personnage. La voix chaude et suave du baryton <strong>José Antonio López</strong> va comme un gant à Don Quichotte. Impliqué et franc, il ne fléchit pas lorsqu’il se méprend visiblement sur l’importance des événements. En 2015, López interpréta le rôle d’Enrique dans l’opéra <i>Le Public</i> de Mauricio Sotelo, d’après la pièce de théâtre de Lorca.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Rarement joué, <i>Les Tréteaux de maître Pierre</i> met en exergue certains enjeux musicaux et culturels de l’époque, et la production du festival de Grenade a tout le mérite d’en proposer une<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>interprétation contemporaine, sans perdre de vue la substance de l’œuvre.</p>
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		<title>Goyescas</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/goyescas-la-maja-pas-tres-bien-vestida/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 May 2019 05:09:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2016, pour commémorer le centenaire de la mort de son compositeur, on a joué Goyescas aux quatre coins de la planète, avec les difficultés toujours prévisibles dès que l’on programme une œuvre lyrique d’une durée d’une heure à peine. Pour un CD, cette brièveté ne devrait pas être un souci, or les versions discographiques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2016, pour commémorer le centenaire de la mort de son compositeur, on a joué <em>Goyescas </em>aux quatre coins de la planète, avec les difficultés toujours prévisibles dès que l’on programme une œuvre lyrique d’une durée d’une heure à peine. Pour un CD, cette brièveté ne devrait pas être un souci, or les versions discographiques de l’unique opéra de Granados se comptent sur les doigts d’une main. Dans ces conditions, il est encore plus dommage que le nouvel enregistrement, publié par Harmonia Mundi, pâtisse de ce qui ressemble fort à une terrible erreur de distribution.</p>
<p>La belle <strong>Nancy Fabiola Herrera</strong> chante Maddalena de <em>Rigoletto</em> à Paris ou à New York, Fenena dans <em>Nabucco</em>, Eboli ou Herodias : comment a-t-on pu croire un instant qu’elle pourrait revêtir la basquine et la mantille de Rosario ? Cette mezzo à la diction totalement floue – Joan Sutherland elle-même aurait pu lui donne des leçons en matière d’articulation des consonnes – compromet malheureusement ce nouvel enregistrement des <em>Goyescas</em>. Avec ce timbre sombre et ces aigus glapis, la belle Rosario n’est plus l’amante mais la mère de Fernando ; à en juger par l’oreille seule – et au disque, le moyen de faire autrement ? – si l’on n’est pas encore dans <em>Les Vieilles </em>de Goya, on s’éloigne déjà de ses <em>Jeunes</em>, pour reprendre le titre apocryphe des deux célèbres toiles conservées au Musée des beaux-arts de Lille. On peut comprendre que cette nouvelle version ait choisi de se distinguer de la dernière en date (qui remonte quand même à 1996), en prenant le contrepied de ses choix : là où Maria Bayo était une Rosario séduisante mais très légère, on fait ici retour à une certaine tradition qui confiait le personnage à une voix opulente, comme dans la version historique <a href="https://www.forumopera.com/cd/enrique-granados-the-collection-la-colleccion-de-collecciones">dirigée par Ataulfo Argenta</a>. Hélas, n’est pas Consuelo Rubio qui veut, et le dernier tableau n’est guère agréable à écouter.</p>
<p>C’est d’autant plus dommage que pour le reste, tous les ingrédients, ou presque, étaient réunis pour une vraie réussite. Amoureusement dirigée par <strong>Josep Pons</strong>, qui a déjà gravé pour le même label plusieurs enregistrements mémorables à la tête d’orchestres espagnols, l’œuvre est défendue avec une élégance assez irrésistible et un solide sens du théâtre, comme on en jugera à l’audition des interludes séparant les trois tableaux. Dans cette partition élaborée à partir de compositions préexistantes, l’intrigue entre les personnages principaux peut sembler parfois bien mince, mais le chœur est extrêmement présent : absent seulement au dernier tableau, il incarne ces majos et majas que Goya a si souvent représentés. Le BBC Symphony Orchestra est une belle phalange, mais l’on pourrait reprocher aux BBC Singers une familiarité moindre avec le castillan, par rapport aux chœurs présents dans les intégrales concurrentes, et surtout une relative réserve qui rend leur présence moins affirmée : le son est beau, mais un peu moins vivant que ce n’est parfois le cas, fait d’autant plus regrettable qu’il s’agit d’un <em>live</em>.</p>
<p>Pour les trois autres rôles solistes, le rôle de Pepa, en principe destiné à une mezzo, est ici assez logiquement attribué à une voix bien moins épaisse que celle de Rosario, ce qui aboutit à renverser à peu près complètement l’équilibre des voix : comparé à celui de Nancy Fabiola Herrera, le timbre <strong>Lidia Vinyes Curtis</strong> paraît presque acidulé, comme cela se produit lorsque l’on fait chanter Adalgisa à une soprano poids-plume à côté d’une Norma de format wagnérien.</p>
<p>Le baryton <strong>José Antonio López</strong> fait preuve d’une certaine truculence, mais le personnage de Paquiro a somme toute assez peu à chanter. A peu près inconnu au bataillon, le ténor <strong>Gustavo Peña </strong>tire fort bien son épingle du jeu, notamment dans le grand duo qui l’oppose à Rosario : malgré l’étrange partenaire qu’on lui associe, son Fernando reste dans le camp de la délicatesse et de la poésie.</p>
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		<title>El Público</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/el-publico-la-derniere-tentation-de-gerard-mortier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 08:49:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’au bout, Gérard Mortier sera resté le grand directeur qu’il avait toujours été, depuis ses premiers pas au Théâtre royal de La Monnaie au début des années 1980. A l’époque où il aurait dû prendre la direction du New York City Opera, il avait lancé une politique ambitieuse de commandes, dont bénéficia finalement le Teatro &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu’au bout, Gérard Mortier sera resté le grand directeur qu’il avait toujours été, depuis ses premiers pas au Théâtre royal de La Monnaie au début des années 1980. A l’époque où il aurait dû prendre la direction du New York City Opera, il avait lancé une politique ambitieuse de commandes, dont bénéficia finalement le Teatro Real de Madrid, avec <em>The Perfect American</em> de Philip Glass ou <em>Brokeback Mountain</em> de Charles Wuorinen. Non content d’inviter en Espagne les metteurs en scène auxquels il était fidèle depuis plusieurs années (Sellars, Marthaler…), il avait aussi sollicité le compositeur Mauricio Sotelo (né en 1961), influencé par Luigi Nono, cofondateur du Klangforum Wien, déjà auteur d’un opéra de chambre et d’un opéra pour enfants. Le choix se porta sur la pièce la plus ésotérique de Federico García Lorca, <em>Le Public</em>, réputée injouable mais qu’avait notamment osé monter Jorge Lavelli à Paris en 1988. Le poète assassiné y aborde ouvertement la question de l’homosexualité, absente du reste de son théâtre, mais en y associant une réflexion pirandellienne sur l’illusion théâtrale et en l’enveloppant de plusieurs épaisseurs d’extravagances surréalistes : dans la liste des personnages figurent entre autres quatre chevaux blancs et un cheval noir, un « costume aux pavots », un nu rouge, un empereur et un berger idiot…</p>
<p>Le livret d’Andrès Ibáñez suit le déroulement de la pièce et, assez naturellement pour un amateur de flamenco comme Lorca, la musique de Sotelo inclut un hommage au <em>cante jondo</em> à travers la présence des <em>cantaores</em> <strong>Arcángel et Jesús Méndez </strong>ou celle de guitaristes. Pour le reste, qu’on ne s’attende surtout pas à une composition néo-folklorique : il s’agit bien d’un opéra de notre temps, à la musique tantôt âpre, tantôt sereine, mais qui n’entrave jamais le chant et autorise même de beaux morceaux de lyrisme. Chef invité principal du Teatro Real, <strong>Pablo Heras-Casado </strong>prouve qu’il est décidément à l’aise dans les répertoires les plus variés, du baroque au contemporain en passant par Mozart.</p>
<p>Le spectacle monté par <strong>Robert Castro</strong> ne cherche pas à aplanir la difficulté que présente la pièce de Lorca, mais opte résolument pour une approche scénique tout aussi surréaliste que le texte : ces deux heures quinze se déroulent comme une suite de tableaux somptueux, hermétiques parfois mais suggestifs toujours, d’une étrange poésie qui rappelle aussi bien les premiers spectacles de Bob Wilson que les œuvres nées de la rencontre de Claudel, de Darius Milhaud et des Ballets suédois, comme <em>L’Homme et son désir</em> dans les années 1920 (Lorca écrivit son texte vers 1929). Dans la quatrième scène, Gonzalo, l’acteur amant du directeur du théâtre, devient le Christ en croix, démultiplié par des miroirs et « supplicié » par deux enfants qui le maculent de peinture rouge : cette crucifixion représente la fureur du public face à la version avant-gardiste de Roméo et Juliette dont l’acteur est l’inspirateur.</p>
<p>La distribution ne se compose pas que de spécialistes de la musique contemporaine, ce qui montre que la partition n’exige pas des compétences hors du commun. Certains des chanteurs  pourtant sonorisés, sont pour certains des habitués des partitions complexes et lourdes : <strong>Gun-Brit Barkmin</strong> est ainsi régulièrement Chrysothémis ou Marie de <em>Wozzeck </em>(rôle qu’elle interprètera à Paris au printemps prochain). La soprano colorature <strong>Isabella Gaudí </strong>se produit depuis quelques années à Pesaro : elle hérite ici d’une des parties les plus difficiles, avec le long monologue de Juliette.  Le jeune baryton autrichien <strong>Thomas Tatzl </strong>et le baryton espagnol<strong> José Antonio López</strong> assurent, eux, les deux rôles centraux, plus lourds par leur durée que par leurs exigences vocales. Autour d’eux s’affairent plusieurs personnages secondaires, des danseurs et des figurants, qui participent tous à l’étrange réussite de ce spectacle audacieux, hommage suprême à Gérard Mortier.</p>
<p class="rtecenter">
<iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/v_ODNR2Tquw" width="560"></iframe></p>
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