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	<title>Julia DEIT-FERRAND - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 15 Sep 2025 12:53:17 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Julia DEIT-FERRAND - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BOESMANS, Julie &#8211; Lisbonne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boesmans-julie-lisbonne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sixième édition du festival Operafest à Lisbonne, créé et dirigé par Catarina Molder (pétulante soprano portugaise à l’énergie débordante et qui sera cet automne sur la scène de l’opéra de Lisbonne dans Vanessa de Barber). Ce festival, qui cherche à se démarquer d’autres institutions plus installées, se donne entre autre comme objectif d’aller vers tout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sixième édition du <a href="https://www.operafestlisboa.com/en/">festival Operafest</a> à Lisbonne, créé et dirigé par <strong>Catarina Molder</strong> (pétulante soprano portugaise à l’énergie débordante et qui sera cet automne sur la scène de l’opéra de Lisbonne dans <em>Vanessa</em> de Barber). Ce festival, qui cherche à se démarquer d’autres institutions plus installées, se donne entre autre comme objectif d’aller vers tout public, au moyen notamment de prix défiants toute concurrence. Il se veut ancré à la fois dans la tradition et le contemporain et affiche cette année quatre productions thématisées autour de l’amour, en particulier ces amours interdites et passionnelles (« Forbidden love ») : <em>La traviata</em>, <em>Dido and Aeneas</em> (premier ouvrage baroque du festival), <em>Die Zauberflöte</em>, et, donc, <em>Julie</em> de Philippe Boesmans, dont c’est l’entrée au répertoire au Portugal.<br /><em>Julie</em> est le quatrième opéra du compositeur belge, mort en 2022, et fait partie de ces opus contemporains que l’on retrouve aujourd’hui régulièrement à l’affiche. Créé en 2005 à Bruxelles, il a été repris entre autres à Vienne, Aix-en-Provence, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/julie-limoges-sur-le-fil-du-rasoir/">Limoges</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/je-taime-moi-non-plus-0/">Paris (Athénée)</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/julie-dijon-lemotion-en-noir-et-blanc/">Dijon</a>.<br />La base littéraire est le <em>Fröken Julie</em> (<em>Mademoiselle Julie</em>), pièce naturaliste du norvégien August Strindberg, créée à Copenhague en 1889 et à laquelle Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, les deux librettistes de Boesmans, sont restés très fidèles, dans la composition de la pièce et même dans les détails du texte (ici la version allemande). Les lecteurs intéressés par l’ouvrage de base pourront se référer à la dernière traduction de l’œuvre, signée Alain Gnaedig, parue en 2023 et qui amende singulièrement l’originale que l’on devait à Boris Vian.<br />Cette fidélité des librettistes concerne l’architecture d’ensemble de la pièce ; il n’y a pas d’entractes, Strindberg considérant qu’à cause de ceux-ci, « le spectateur aurait le temps de réfléchir, donc de se soustraire au pouvoir de suggestion de l’auteur-magnétiseur ».  Cette fidélité vaut aussi pour nombre de détails, comme la scène du serin en cage, que Julie veut absolument emporter avec elle en Suisse et que Jean égorgera. Il est toutefois intéressant de noter que le rôle de Kristin est musicalement réévalué. Dans sa célèbre préface à <em>Fröken Julie</em>, Strindberg écrit à son sujet : « Kristin (…) est une esclave féminine, pleine d’assujettissement et de paresse (…). C’est un personnage secondaire que je me suis volontairement contenté d’esquisser. » Or Boesmans a confié au rôle de Kristin une partie courte, de fait, mais d’une intensité notable. Ses apparitions sur scène sont systématiquement débutées ou achevées par de redoutables vocalises aiguës, voire suraiguës, prises la plupart du temps <em>ff</em> ou <em>fff</em>. De ce fait, l’économie vocale de la pièce s’en trouve très heureusement rééquilibrée.<br />Fidèle à son idée de porter l’art lyrique au plus près de la cité, Catarina Molder n’a jamais choisi le Teatro Nacional de São Carlos comme lieu de représentation ; elle a même souvent préféré le plein-air comme cette <em>Carmen</em> de 2023 donnée dans les jardins du Musée National des Arts Antiques. Cette fois-ci c’est le centre culturel Culturgest, en plein cœur de Lisbonne, qui abrite cette <em>Julie</em> qui n’aurait certainement pas supporté une représentation en plein-air, et encore moins avec amplification.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_1678-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-198934"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Irmin Kerck</sup></figcaption></figure>


<p>La mise en scène est confiée à <strong>Daniela Kerck</strong> qui, au printemps dernier, avait proposé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schumann-das-paradies-und-die-peri-boulogne-billancourt-la-seine-musicale/"><em>Das Paradies und die Peri</em></a> à la Scène Musicale. Elle dispose ici d’une scène aux dimensions réduites, qui conviennent parfaitement à ce huis-clos. Le jeu traditionnel entre le noir et le blanc (le fond de scène est noir, la grande table qui prend toute la largeur de la salle est nappée de blanc et les costumes guère plus colorés) n’était pas forcément l’option à retenir, tant l’ambiguïté des trois personnages, les nuances dans la peinture de leurs personnalités, est une part importante du mystère de la pièce. Rien, en effet, ne semble assuré dans la progression dramatique des trois protagonistes. Certes, Kristin est en retrait, mais ses sentiments envers Jean (auquel elle est initialement « destinée ») semblent fluctuer au gré des contingences de son fiancé. Quant à Julie et Jean, leur instabilité est en réalité le fondement de la pièce de Strindberg. Au-delà des relations interpersonnelles, des intentions toujours tenues dans l’ombre ou des problématiques de classe, c’est leur incapacité à y voir clair dans leurs sentiments, à prendre une décision et à s’y tenir qui fait le vrai sujet de la pièce. Rien n’est ni tout blanc, ni tout noir et c’est ce qui tient le spectateur en haleine. Daniela Kerck rend une copie parfaitement fidèle au livret, si ce n’est que la mort de Julie est proposée comme ce que nous avons compris être une resucée de celle de Floria Tosca, l’héroïne choisissant de reposer la lame qui devait lui trancher la gorge, de tourner le dos à Jean et de monter sur un parapet. S’ensuivra un saut dans le vide ou la fuite vers l’inconnu, le mystère demeure, puisque le rideau tombe à cet instant. Orchestre miniature de grande qualité (ensemble Orquestral da Beira Interior) dirigé par <strong>Bruno Borralhinho</strong>) qui pèse chaque note au trébuchet d&rsquo;une partition où vents et percussions ont le beau rôle.<br />Julie est tenue par la française <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>, actrice hors-pair et mezzo sachant mettre en valeur des graves habités. Ses moyens vocaux conviennent bien à ce type de scène ; nous avons aimé le rendu des nuances du rôle-titre et l’application dans la prononciation de l’allemand. Jean, proposé par le baryton tchèque <strong>Michal Marhold</strong> (qui sera Donald dans <em>Billy Budd</em> à Lyon au printemps prochain) nous joue un Jean séducteur et entreprenant ; peut-être efface-t-il quelques nuances du personnage de Strindberg ; ici c’est le manipulateur qui prend le dessus. Le baryton est plutôt clair, bien projeté et, là aussi, la diction est quasi parfaite.<br />Bien que son rôle, nous l’avons dit, soit secondaire, la Kristin de la jeune portugaise de 28 ans <strong>Camilla Mandillo</strong> fait forte impression. Encore une fois, toute la difficulté de son rôle tient dans les coloratures et les vocalises où elle excelle, non seulement grâce à une technique déjà bien maîtrisée, mais surtout par un timbre à la chaleur envoûtante.<br />A suivre certainement.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/boesmans-julie-lisbonne/">BOESMANS, Julie &#8211; Lisbonne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DONIZETTI, Don Pasquale &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-don-pasquale-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un spectacle bon enfant. La reprise d’une production montée à Nancy pour les fêtes de fin d’année 2023 que Forum Opéra avait regardée avec des yeux éblouis par l’esprit de Noël. Don Pasquale est un homme de finances. La façade en aluminium de ses établissements, décorée de sa raison sociale PASQUALE en lettres énormes, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un spectacle bon enfant. La reprise d’une production montée à Nancy pour les fêtes de fin d’année 2023 que Forum Opéra <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-don-pasquale-nancy/">avait regardée avec des yeux éblouis par l’esprit de Noël</a>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-6-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-186998"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Dario Solari © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Don Pasquale est un homme de finances. La façade en aluminium de ses établissements, décorée de sa raison sociale PASQUALE en lettres énormes, abrite un bataillon de jeunes cadres clonés travaillant sur leurs ordinateurs (costumes gris, lunettes et cheveux bien peignés). Derrière cette façade se cache (la tournette le révèle) un intérieur coquet (parquet marqueté, lambris, girandoles à pampilles, vitrines exposant quelques objets de ses collections, mais aussi écran affichant les cours de Wall Street ou d’ailleurs).<br>Ce barbon fait du <em>body training</em>, sous la férule de son coach sportif-majordome peroxydé, dans le dessein d’épouser une jeune veuve, dont par ailleurs son neveu Ernesto est amoureux. Le roué docteur Malatesta va faire capoter ce projet de mariage.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-186993"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angelica Disanto, Dario Solari © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Le metteur en scène <strong>Tim Sheader</strong> joue la carte de la farce, ou de la comédie musicale pour enfants petits et grands, plutôt que celle de l’opéra <em>buffa</em>. C’est une option. Norina est une peste, Don Pasquale un ridicule et Malatesta un roué calamistré. Quant à Ernesto, c’est un ado de caricature (trottinette, guitare, bonnet, écouteurs). Quatre silhouettes, dessinées à gros traits. Le public, de bonne composition, s’amuse beaucoup des quiproquos, clins d’yeux, effets téléphonés, etc.</p>
<h4><strong>La vie en rose</strong></h4>
<p>La deuxième partie s’immerge dans le rose, pour ne pas dire le <em>pink</em>. Un immense sapin de Noël, des guirlandes, un petit train à la Willy Wonka, charriant des monceaux de cadeaux, une armada de Pierrots en rose et deux gigantesques bonhommes de neige (roses) gonflés à <strong>l’hélium</strong>… Vu par un beau dimanche de printemps, ce décorum pour un <em>Casse-Noisette</em> revu par Tim Burton ajoute un décalage saisonnier à l’anachronisme auquel on n’échappe pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-14-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-187005"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Ce parti pris de dessin à grands traits, laissant de côté toute recherche sur les caractères, réduit l’intrigue à une mécanique prévisible et les personnages à des fantoches. Surtout il a ceci de gênant qu’il coïncide plutôt mal que bien avec la finesse de la partition de Donizetti.</p>
<h4><strong>Un orchestre à la fête</strong></h4>
<p>Par chance, il y a au pupitre un chef, <strong>Giuseppe Grazioli</strong>, qui, s’il a fait une bonne partie de sa carrière en France (et notamment à <strong>Saint-Étienne</strong>), respire naturellement l’esprit de la musique italienne, avec la précision incisive qu’il faut à Donizetti, mais aussi la souplesse dont ont besoin les chanteurs. <br>Une fois passées les quelques premières mesures de l’ouverture, l’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong>, aura la légèreté de coloris, le piqué, l’à-propos indispensables. Grazioli tient son monde avec fermeté, les <em>accelerandos</em> sont impeccablement en place. Avec une plénitude, une saveur de son réjouissantes, un dosage des pupitres, des phrasés élégants des cordes, un pittoresque des vents, sans parler de la verve et de l’enjouement. Et de la pertinence nerveuse de l’accompagnement des récitatifs. Bref, un bonheur constant de ce côté-là…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-11-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-187002"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joel Prieto, Dario Solari, Omar Montanari, Angelica Disanto et trois figurants © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>S’il est un très bon comédien, avec un sens très sûr du tempo comique, le baryton <strong>Dario Solari</strong> qui chante Malatesta n’a peut-être pas la ductilité vocale qu’il faudrait. En tout cas pas tout de suite : son premier air, «&nbsp;Bella siccome un angelo&nbsp;», sonne raide et engoncé. Assez vite, sa voix se chauffera et sa <em>vis comica</em> aidant, il trouvera sa verve de croisière dans un rôle qu’il connaît bien. Témoin, le duo avec Norina, « Pronta son –&nbsp;Voi sapete », où, emporté par la situation (et par les vocalises de sa partenaire), il montrera toute sa truculence et une souplesse nouvelle. La strette de ce duo, puis l’<em>accelerato</em> final en chant syllabique seront échevelés à souhait et Giuseppe Grazioli en conduira les changements de tempo avec maestria.</p>
<p>De même que le trio du «&nbsp;mariage&nbsp;», scène d’action, où les trois complices s’amuseront beaucoup et où tout repose sur la battue du chef.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-10-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-187001"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Omar Montanari, Dario Solari, Angelica Disanto, Joel Prieto© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une question de style</strong></h4>
<p>On ne qualifiera certes pas <strong>Omar Montanari</strong> de vétéran, mais il a l’expérience du rôle de Don Pasquale, et surtout cette chose assez mystérieuse à décrire, le <em>style</em>, c’est-à-dire la juste balance entre l’aisance vocale, la précision (rythmique notamment) et l’humour, la connivence respectueuse et décontractée avec cette musique issue bien sûr du bel canto bouffe rossinien (cf. ses truculents « Un foco insolito », puis « Io, Pasquale da Corneto » au premier acte). Mais on remarquera sa tendresse et sa fragilité dans le duo « de la gifle » au troisième acte<br>C’est une voix de baryton (rappelons que le rôle fut écrit pour Louis Lablache, qui était une basse aux graves insondables dit-on). D’où ici une proximité de timbre un peu dommageable entre Don Pasquale et Malatesta (le duo de l’acte III «&nbsp;Cheti, cheti immantinente&nbsp;» y perdra de ses couleurs).</p>
<p>On s&rsquo;étonnne du choix de <strong>Joel Prieto</strong> pour chanter Ernesto. Dès sa cavatina, «&nbsp;Sogno soave e casto&nbsp;», quelque peu erratique, il semble chercher où placer sa voix. Certes il n’est pas un <em>ténor di grazia.</em> la voix est peut-être trop lourde et il semble en tout cas ne pas parvenir à l’alléger. On se demandera tout au long de son aria, « Povero Ernesto! – Cercherò lontana terra » (avec une belle partie de trompette par Marc-Olivier Brouillet), pourquoi ce chant en force, et accessoirement cette voix toujours de poitrine ?</p>
<p>Au fil de la représentation, il ne trouvera guère ses marques. Sa sérénade «&nbsp;Com&rsquo;è gentil&nbsp;» (accompagnée à la guitare par Dario Solari !) sera disons assez maladroite, moins toutefois que le duo avec Norina «&nbsp;Tornami a dir che m&rsquo;ami&nbsp;», qui le verra en déficit d’intonation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-7-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-186999"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joel Prieto © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>En revanche la soprano <strong>Angelica Disanto</strong> est le lyrique léger qui convient à Norina. Elle fait entendre dès son air <em>de salita</em>, « Quel guardo il cavaliere », de beaux phrasés, des notes hautes aisées (jusqu’à un contre-<em>ré</em> bémol rutilant), des vocalises précises et de longs trilles impeccables. La voix a aussi un beau médium fruité. Dommage que la direction d’acteurs ne lui demande rien d’autre que d’être une peste et ne la mène que d’un costume à l’autre, d’abord soubrette à tablier blanc, puis vamp en trench et lunettes noires, puis poupée Barbie en fourreau lamé et étole de cygne (roses). <br />Mais vocalement, elle sera particulièrement brillante dans les grands ensembles concertants, le finale du premier acte notamment, grande architecture aussi complexe qu’irrésistible (où intervient un notaire qui naturellement semble un clin d’œil à Despina et à <em>Cosi</em> (<strong>Julia Deit-Ferrnand</strong> dans une brévissime intervention), impérieusement conduite par le Maestro Grazioli.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="765" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale-@Op‚ra-de-Lausanne-Carole-Parodi-22-1024x765.jpeg" alt="" class="wp-image-187012"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On a assez dit l’incongruité du tableau de Noël de la deuxième partie. Non seulement hors-saison, mais hors-sujet. Il nous vaudra un chœur des domestiques de Don Pasquale chanté par vingt-quatre Pierrots en costumes et bonnets roses, impeccablement mis en place par le juvénile <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, avec une esquisse de chorégraphie très comédie musicale.</p>
<p>Un chœur à plusieurs voix particulièrement soigné par Donizetti, comme la mécanique de cet opéra-bouffe, cette horlogerie virtuose qui résiste à tout, et emporte finalement l’enthousiasme du public, pourvu qu’elle soit servie – c’est le cas ici –&nbsp;par une équipe soudée et jouant franc jeu.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-don-pasquale-lausanne/">DONIZETTI, Don Pasquale &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>STEEN-ANDERSEN, Don Giovanni aux enfers – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/steen-andersen-don-giovanni-aux-enfers-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Sep 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec Don Giovanni aux enfers, une création mondiale présentée dans le cadre du festival Musica dédié à la musique contemporaine. La salle est quasi comble pour la première de l’œuvre commandée il y a trois ans au Danois Simon Steen-Andersen. Il faut dire que le concept est aussi &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec <em>Don Giovanni aux enfers</em>, une création mondiale présentée dans le cadre du festival Musica dédié à la musique contemporaine. La salle est quasi comble pour la première de l’œuvre commandée il y a trois ans au Danois <strong>Simon Steen-Andersen</strong>. Il faut dire que le concept est aussi intriguant qu’alléchant : on va suivre Don Giovanni dans sa descente aux enfers.</p>
<p>L’opéra débute par la scène du dîner de Don Giovanni avec le commandeur. Le décor est immédiatement familier au public : il s’agit d’une reproduction de la salle Bastide, le foyer de l’opéra. On plonge avec délices dans l’univers de Mozart jusqu’au moment où le libertin est entraîné dans la fosse. Et là, on descend réellement avec lui pour vivre, durant deux heures sans interruption et sans temps morts, une sorte de cauchemar éveillé et un tourbillon qui nous tient en haleine, vaguement terrifiés mais surtout curieux et en alerte, souvent amusés, d’ailleurs. Une fois aux Enfers (ou, au choix, dans la nébuleuse du cerveau du chanteur qui s’est cogné la tête en tombant), c’est une folle expédition qui s’effectue, avec pour guide un certain Polystophélès, synthèse du diable, de Pluton ou d’autres figures infernales rencontrées dans le monde lyrique. Car le compositeur a fait une sorte de compendium des principales œuvres du répertoire et des héros dont on se dit bien qu’ils vont finir par griller dans le feu éternel, tels Don José ou Macbeth.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE2403HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141417" width="909" height="605"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>Dans son voyage vers un pandémonium où se déroulent des raves ou des concours de chants improbables, le héros et ses avatars vont subir divers châtiments d’ordre musical dont les spectateurs sont les témoins. Sons déformés, phrases recomposées, citations emboîtées, l’œuvre est un montage complexe. Une sorte de copier-coller où Simon Steen-Andersen a emprunté à une bonne vingtaine de compositeurs des extraits de leurs créations. Chaque mot est lié à sa phrase musicale et les nouvelles circonlocutions obtenues peuvent commencer en style romantique, continuer en style baroque ou vériste, tressant le français, l’allemand, l’italien ou le russe. L’auteur n’a pas écrit une seule note de ce que nous découvrons au cours de la première. Tout cela pourrait avoir été assemblé par une intelligence artificielle, frémit-on, mais il se trouve que le résultat, humain, voire trop humain, est passionnant, bluffant et fichtrement érudit. Proprement diabolique, car infiniment malin…</p>
<p>Mêlant toutes les cultures, bourré de citations d&rsquo;opéras, de films ou d’autres créations populaires ou savantes, <em>Don Giovanni aux enfers</em> s’adresse à tous les publics, car il mélange les tendances les plus contemporaines avec des références allant de Mozart à Monteverdi et son <em>Orphée</em>, offrant un résumé de quatre cents ans d’opéras, dont certains peu connus et magnifiques. De la <em>Damnation de Faust </em>de Berlioz à l’<em>Orphée aux enfers</em> d’Offenbach en passant par <em>Robert le diable </em>de Meyerbeer sans oublier les plus rares <em>Francesca da Rimini</em> de Rachmaninov ou le <em>Démon </em>de Rubinstein, les citations sont quelquefois difficiles à repérer, tant les triturations voire les tortures infligées aux sons sont raffinées. Le compositeur démiurgique affirme dans sa note d’intention qu’il s’agit d’une « quête de réponse à une question obsédante : comment cette musique sonnerait-elle dans les enfers ou dans le rêve infernal d’un humain d’aujourd’hui ? » Le paradoxe réside dans le fait que loin d’être un supplice, le fruit de ces expériences titille l’oreille et va jusqu’à franchement séduire l’auditeur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE2264HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141416"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>La descente dans l’abîme se fait en images, tournées par le compositeur lui-même. Ses neuf cercles de l’enfer sont les coins et les recoins de l’opéra de Strasbourg où l’on se faufile, parfois la tête en bas, dans ce qui est une expérience à rebours (ou en inversion, Don Giovanni chantant l’air de Zerlina, par exemple)… Certaines séquences pourraient être gore et l’on a des références plutôt précises à des films fantastiques ou d’horreur, mais l’humour n’est jamais loin et l’esthétisme des citations prévaut (de James Whale à Miyazaki en passant par Frank Miller, Joseph Losey, Milos Forman et bien d’autres). On comprend vite que cette traversée des Enfers, qui se fait un moment avec Dante et Virgile eux-mêmes, est un parcours initiatique dont on sortira indemne et repu, sans réels dommages. À titre d’exemple, un damné traverse la scène en se fouettant alternativement le dos de ses flagelles dans chaque main. Loin de souffrir avec lui par compassion, on sourit à la vue de son harnachement sado-maso et surtout, les fouets viennent frapper non pas la peau, mais un tambour, ce qui produit un son intéressant. On s’amuse beaucoup également d’une farce de Polystophélès qui utilise l’un des téléphones internes du théâtre. À l’autre bout du bâtiment, un agent d’entretien (interprété par le compositeur en personne) interrompt son travail pour décrocher et entend un son qui le fait détaler, comme s’il avait le diable à ses trousses. Les images filmées alternent avec la présence des acteurs, mais la voix est toujours réelle et en direct, sonorisée en permanence. C’est là que le bât pourrait blesser. Car enfin, nombreux sont les lyricomanes pour qui un opéra se caractérise précisément par une voix qui est projetée sans micro, sans quoi, on a affaire avec une comédie musicale. On pourra se dire, à la suite de Stephen Sondheim, qu’on aura une comédie musicale si l’œuvre est donnée à Broadway ou un opéra si l’on est dans un théâtre. En tout cas, le compositeur joue avec les frontières de l’opéra, volontairement poreuses, dans une démarche totalement interdisciplinaire. Et le public est complice d’autant que la performance technique est époustouflante. Certains spectacles évoluent sans qu’on s’aperçoive de quoi que ce soit. Ici, c’est comme si on était soi-même à la régie, surveillant chaque effet dans un enchaînement périlleux mais parfaitement maîtrisé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="423" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE-0551HDpresse-1024x423.jpg" alt="" class="wp-image-141409"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>On sent que personne n’a pu se tenir dans sa zone de confort. L’orchestre entame une phrase connue mais doit bifurquer encore et encore, dans des distorsions qui pourraient être non seulement un calvaire, mais une série de ratés apocalyptiques. Et pourtant l’<strong>Orchestre philharmonique de Strasbourg</strong> se tire merveilleusement de l’exercice, soutenu par l’<strong>Ensemble Ictus</strong>, sous la direction experte de&nbsp;<strong>Bassem Akiki</strong>, avec feu, mais également une riche palette chromatique, dans un exercice franchement acrobatique.</p>
<p>Les chanteurs sont eux aussi soumis à rude épreuve. Ils incarnent tous différents personnages et doivent se frotter à des univers musicaux très disparates. Si la sonorisation ne permet pas de juger de leur capacité de projection et distord certains accents, on ne peut que saluer leur prouesse. <strong>Christophe Gay</strong> navigue sans peine entre Don Giovanni (mis à mal et à nu par les Furies, dans un contexte très #metoo), le Hollandais volant et, plus hasardeux, Orphée&nbsp;! On retient avant tout ses remarquables capacités d’acteur, indéniables, qui lui permettent sans peine d’incarner divinement chaque rôle. <strong>Damien Pass</strong>, magnifique Commandeur et merveilleux Polystophélès, est omniprésent et excellent tant dans le jeu que l’expression : pernicieux, sarcastique, sulfureux mais aussi touchant, il suscite spontanément l’empathie. Dans ses rôles caméléons, le baryton <strong>Geoffrey Buffière</strong> montre qu’il sait à peu près tout faire et on peut tourner le même compliment au ténor <strong>François Rougier</strong>. Quant à la soprano <strong>Sandrine Buendia</strong> et à la mezzo <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>, leurs beaux timbres s’accordent fort joliment et elles tiennent la dragée haute à leurs partenaires masculins. Face à la complexité de leur travail et la flexibilité requise dans le spectacle, on ne peut que saluer bien bas leurs morceaux de bravoure. Le chœur de l’opéra donne, comme à son habitude, son meilleur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DGAE-GENERALE-1899HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-141415"/><figcaption class="wp-element-caption">© Klara Beck</figcaption></figure>


<p>Le reproche principal qu’on pourrait adresser à cette maison, dont on connaît à l’issue du spectacle tous les recoins, c’est l’absence d’enregistrement en vue de l’édition d’un DVD. Certes, il s’agit d’un spectacle vivant et rien ne vaut de le vivre directement, mais il n’y a que quatre représentations en tout, toutes bien pleines (ce qui est évidemment une excellente nouvelle). Mais la richesse du propos, l’intelligence et la pertinence de cette création en font un objet d’étude auquel on a envie de revenir pour mieux le disséquer, l’analyser et le déguster. Soit, nous disposons de l’excellent livret publié par l’Opéra national du Rhin, véritable mine de renseignements, émaillé d’analyses très fines et graphiquement très réussi (avec par exemple le très intéressant montage fait par Simon Steen-Andersen où le plan du théâtre est fusionné avec la <em>Carte de l’Enfer</em> de Botticelli), mais la création du compositeur vidéaste et metteur en scène méritait d’être immortalisée. Quand il voyagera, le spectacle sera peut-être très différent, avec de nouvelles prises de vues saisies dans le théâtre dans lequel il se déroulera, ou pas. En tout état de cause, il s’agit de se précipiter sur les dernières places disponibles, car ce spectacle est d’enfer.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | DON GIOVANNI AUX ENFERS | Bande-annonce" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/1K5Cvr2O3Mc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | DON GIOVANNI AUX ENFERS | Entretien Simon Steen-Andersen" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/WfYJjsji0B4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>AUBER, Le Domino noir &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/auber-le-domino-noir-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Mar 2023 05:33:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà un spectacle qui a de la grâce, de la légèreté, du panache, de l’élégance. Et du chien aussi. Et réussit la gageure d’être d’une drôlerie très d’aujourd’hui et de respecter l’esprit d’un opéra-comique quasi bicentenaire.Il est plus difficile, c’est bien connu, de faire rire (et, plus encore, sourire) que de faire pleurer. Il faut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un spectacle qui a de la grâce, de la légèreté, du panache, de l’élégance. Et du chien aussi. Et réussit la gageure d’être d’une drôlerie très d’aujourd’hui et de respecter l’esprit d’un opéra-comique quasi bicentenaire.<br>Il est plus difficile, c’est bien connu, de faire rire (et, plus encore, sourire) que de faire pleurer. Il faut marcher sur un fil, avec le risque constant de tomber dans la lourdeur. Rien de plus triste qu’un spectacle drôle qui ne ferait pas rire. Ici la flèche touche constamment la cible et on plonge avec bonheur dans un état de bienfaisante euphorie.</p>
<p>Cette réjouissante lecture du <em>Domino noir</em> a triomphé à Liège, où elle fut créée en 2018 puis dans la foulée à l’Opéra-Comique (avec Anne-Catherine Gillet et Cyrille Dubois). La voici reprise à Lausanne, par <strong>Valérie Lesort, </strong>co-mettrice en scène avec <strong>Christian Hecq</strong>), avec dans le rôle principal, et omniprésent, une <strong>Marie-Eve Munger</strong>, irrésistible vocalement et théâtralement, et un excellent <strong>Philippe Talbot</strong>, en tête d’une troupe délurée.</p>
<p>Ici une question sans doute naïve : est-ce que ce n’est pas un paradoxe en ces temps de remise en question de l’économie du genre opéra que de remettre en chantier avec tant de soin un tel spectacle pour quatre représentations et qu’il ne soit pas aussitôt repris dans un théâtre de même gabarit ?</p>
<p style="text-align: center"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-2-2-1024x686.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-%E2%80%A6-lOp%E2%80%9Ara-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-2-2-1024x686.jpg.">© Jean-Guy Python</p>
<p>Cet opéra-comique on ne peut plus français fut créé à l’Opéra-Comique en 1837, et connut entre sa création et 1909 pas moins de 1200 représentations. Il avait été écrit par Scribe et Auber sur mesure pour Mme Cinti-Damoreau, qui avait été la créatrice de la Comtesse Adèle du <em>Comte Ory</em>. Elle y fut magnifique, dit-on, et il est de fait que le sourire de Rossini (avec quelques souvenirs de Mozart, en forme d’hommages ou de citations) flotte au-dessus de cette partition légère.</p>
<h3 style="text-align: left">Second degré</h3>
<p>Qui a vu Christian Heck sur scène, son Bouzin, génialement clownesque, du <em>Fil à la patte</em> de Feydeau, son M. Jourdain du <em>Bourgeois gentilhomme</em>, retrouvera sa pétaradante nature et son goût des coq-à-l’âne dans cette mise en scène aux changements de tempo incessants, truffée de gags, et constamment au second degré.</p>
<p>Le second degré, d’ailleurs, semble tout aussi présent dans le livret de Scribe et dans la musique d’Auber. Un esprit de pastiche ou d’ironie, de prise de distance avec les poncifs, qui semble préfigurer avec un quart de siècle d’avance celui d’Offenbach.</p>
<p>Ajoutons que c’est un spectacle visuellement des plus jolis, et qu’après un <em>Candide</em> pirouettant et un <em>My Fair Lady</em> exquis, l’Opéra de Lausanne d’Eric Vigié (qui signe ici son avant-dernière saison) continue à travailler une veine séductrice, euphorisante, voire badine, dont le contraste avec celle de son grand voisin et concurrent le Grand Théâtre de Genève, qui cultive lui une veine angoissée, douloureuse, très noire, et tout à fait contemporaine, est assez amusant à observer.</p>
<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-126690" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-3-1-1024x683.jpg" alt="" width="901" height="600"></figure>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p>L’intrigue du D<em>omino noir,</em> vaudevillesque, gentiment absurde, est habilement tricotée pour séduire le public de l’Opéra-Comique d’alors, théâtre familial où l’on emmenait les jeunes filles à marier pour des rencontres de bon ton avec des prétendants convenables.<br>Un jeune religieuse, Angèle de Olivarès, s’enfuit chaque année de son couvent pour se rendre à un bal masqué, mais comme elle sera bientôt nommée abbesse, c’en sera fini de ses escapades. Or un jeune godelureau, Horace de Massarèna, s’est épris d’elle, mais, n’en pouvant plus de la voir disparaître chaque année au douzième coup de minuit telle Cendrillon, il se résout à la suivre, pour lui déclarer enfin sa flamme. Le tout dans une Espagne d’opérette, prétexte à boléros, fandangos et castagnettes. Et à motifs.</p>
<h3 style="text-align: left">Le père Auber</h3>
<p>Pour ses contemporains, Auber représente la quintessence de l’esprit français. Il traduit musicalement l’art de la conversation, issu des ruelles des Précieuses et des salons du siècle de Louis XV. La voix d’Auber, dit un critique du temps, est une « voix aimable, rieuse, discrète, causeuse, accoutumée à briller dans les salons du monde élégant ». Son « style, écrit Berlioz, dans son compte-rendu du Domino noir, est léger, brillant, gai, souvent plein de saillies piquantes et de coquettes intentions ». Un autre critique (Gustave Bertrand) écrit : « Sur toute chose, Auber est homme d’esprit. Sa mélodie sourit, cause et fredonne. Comme il faisait des <em>mots</em> ravissants en conversation, il fait des <em>motifs</em> en musique. Le motif !… Chose plus française encore qu’italienne, mélodie ingénieuse et précise, qui se fait petite pour être plus accomplie ». Et Bizet, écrivant son <em>Don Procopio</em>, écrira : « J’ai dans mon opéra une douzaine de motifs, mais des vrais, rythmés et faciles à retenir, […] j’ai suivi le conseil du père Auber : j’ai un calepin, et j’ai déjà pris beaucoup de notes musicales. Cela pourra servir. »</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" class="wp-image-126682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-Presse-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-4-1024x683.jpg" alt="François Rougier et Laurent Montel © Lorraine Wauters"></figure>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p style="text-align: left">L’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> est ici dans son époque de prédilection et la direction de <strong>Laurent Campellone</strong>, précise et piquante, traduit tout le charme d’une orchestration légère, une fois franchi le passage obligé d’une ouverture aux espagnolades flonflonesques de kiosque à musique qui laissent mal augurer de la finesse de la suite, volubilité des violons, acidité des flûtes et fruité des bois. Reconnaissons honnêtement qu’il y aura tant de choses à regarder que parfois on oubliera d’écouter…</p>
<p>Le décor du premier acte se résume à un énorme cadran d’horloge inspiré de celle de la gare d’Orsay. Derrière lui, se déroule comme dans un aquarium le fameux bal masqué. Une porte s’ouvre à intervalles réguliers, gag récurrent, pour laisser s’échapper le tintamarre de la fête.</p>
<p>L&rsquo;inspiration animalière des costumes est assez réjouissante. Lord Elfort (<strong>Laurent Montel</strong> qui fut de la création retrouve ce rôle parlé avec accent anglais parodique) porte une redingote de porc-épic, qui se hérisse dès qu’il est contrarié ; son complice le Comte Juliano (<strong>François Rougier</strong>, lui aussi de la distribution originale), porte une traine de plumes de paon et fait la roue quand il veut plaire, Brigitte de San Lucar (autre nonne en goguette, joliment chantée par <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>) virevolte dans un mixte entre la crinoline et le bouquet de mimosas. <br>Quant au Domino noir soi-même, <strong>Marie-Eve Munger</strong>, plutôt qu’un demi-masque, elle arbore sur la tête un cygne, noir évidemment, et porte une robe à velléités espagnoles, inspirée de Manet, nous semble-t-il, de même que sa robe de cousine aragonaise au deuxième acte.</p>
<h3 style="text-align: left">Dynamitage des conventions</h3>
<p>Les invités du réveillon de Noël du deuxième acte (salon style anglais, avec immense sapin et flocons tombant doucement derrière la fenêtre bleutée) seront en costumes de fêtards 1900 d’opérette et le portier bossu du couvent sera un mélange de Quasimodo et d’homme des bois (rien à voir donc avec le portier des chartreux), dont <strong>Raphaël Hardmeyer</strong> fera une incarnation mugissante et grandiose.<br>On l’a compris, la mise en scène joue avec les conventions pour les dynamiter et les tirer du côté de la démesure et du déjanté.<br>Ainsi Jacinthe, la gouvernante du Comte Juliano devient-elle une énorme (vraiment énorme) créature, moitié Betty Boop moitié poupée de Nuremberg<strong> ; Marie Lenormand</strong> reprend sa création extravagante et distille avec humour ses couplets «&nbsp;S’il est sur terre un emploi&nbsp;» (d’où il ressort qu’il est plus paisible – et rentable –&nbsp;d’être au service d’un vieillard caduc que d’un jeune homme à bonnes fortunes).</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-L.-Montel-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-L.-Montel-c-Lorraine-Wauters-Opera-Royal-de-Wallonie-1024x683.jpg."></p>
<pre style="text-align: center">© Jean-Guy Python</pre>
<h3 style="text-align: left">Usine à gags</h3>
<p>On l’a dit, c’est Valérie Lesort elle-même qui a remonté ce spectacle, de là provient que cette reprise a la fraîcheur d’une nouveauté. Quelques gags délectables :<br>&#8211; la chorégraphie style macarena sur la cabalette du duo du premier acte (avec ondulations latérales de Miss Munger assorties à ses coloratures…),<br>&#8211; la pendule qu’Horace retarde de minuit à onze heures (et la danse ralentie qui s’ensuit derrière la pendule), et, symétriquement, le mouvement accéléré quand on l’a remet sur minuit,<br>&#8211; le passage d’un scaphandrier (ne me demandez pas pourquoi) sur fond de célesta,<br>&#8211; un ballet des autruches fait avec trois fois rien (des becs et de grands pans d’étoffe bleue),<br>&#8211; le passage d’un cheval à la Cocteau et d’une mâchoire de cheval cubiste venue de Picasso (je crois),<br>&#8211; le cochon sur un plat, cousin de la Miss Piggie des Muppets… qu’apporte le portier-cuisinier-Quasimodo, béat de volupté (le cochon) quand ledit cuisinier chante son <em>Deo Gratias</em>,<br>&#8211; les cornettes voletant gracieusement des jeunes nonnes,<br>&#8211; les religieuses-cloches suspendues à leurs cordes et flottant dans les airs comme les créatures de Folon,<br>&#8211; les démons-gargouilles de la façade du couvent qui tout à coup se tordent d’indignation en lâchant de la fumée et reprennent leur forme comme des jouets de caoutchouc,<br>&#8211; les statues-colonnes (un saint et une sainte) qui descendent de leur piédestal pour fricoter ensemble,<br>&#8211; la danse des tables rondes autour d’Inésille au deuxième acte (et Miss Munger, devenue ici servante venue d’Aragon (trop long d’expliquer pourquoi) reprend son accent le plus québécois pour évoquer l&rsquo;accent campagnard de cette aimable contrée… <br>&#8230;et ainsi de suite.</p>
<p>A l’évidence, Christian Hecq et Valérie Lesort ont rafraîchi le texte, pour lui donner un rythme actuel. Un époussetage analogue à celui des <em>Brigands</em> d’Offenbach relus dans l’esprit Deschiens par les Deschamp-Makeïeff en 1992, ou aux Offenbach de Laurent Pelly (<em>La Vie Parisienne</em>, <em>Le Roi Carotte</em>). Référence plus lointaine, on pourrait évoquer aussi les Branquignols de Robert Dhéry, qui faisaient largement usage de poétiques cornettes.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-5-1024x685.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-domino-noir-%E2%80%A6-lOp%E2%80%9Ara-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-5-1024x685.jpg."></p>
<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
<p>Spectacle de troupe, une grande partie du plaisir qu’il donne naît de l’enjouement général. C’est un bonheur de voir bouffonner une Marie Lenormand capitonnée de partout, ou tonitruer Raphaël Hardmeyer, de voir les six danseurs apparaître pour un ballet de dominos ou d’autruches ou en valseurs derrière l’horloge (dans de très beaux éclairages de <strong>Christian Pinaud</strong>), mais à cela s’ajoutent de réels bonheurs musicaux, ainsi le chœur à mi-voix des religieuses au troisième acte. <br>Il y a ainsi dans le <em>Domino noir</em> ce qu’un critique appelait une religiosité d’opéra-comique, c’est-à-dire touchante et un peu sentimentale, comme une anticipation de Gounod, mais il y a surtout une inspiration mélodique constante.<br>L’innovation n’est pas ici le propos et beaucoup des formules sembleront convenues à certains. Mais de même qu’il n’est pas facile d’être léger ou drôle, il n’est pas si facile d’être simple et sincère. C’est sans doute la sincérité de ces musiques et leur fraîcheur qui leur méritèrent tant de succès. <br>Certes Auber pensa surtout à Mme Cinti-Damoreau et beaucoup des rôles sont réduits à une portion très congrue, notamment l’amoureux transi. Il faudra attendre le troisième acte pour que <strong>Philippe Talbot</strong>, dont la voix ensoleillée, pleine et rayonnante convient si bien au répertoire français, ait droit à un seul en scène, d’ailleurs bref.</p>
<h3 style="text-align: left">Une Marie-Eve Murger rayonnante</h3>
<p>Mais bien sûr la grande triomphatrice, c’est <strong>Marie-Eve Murger</strong>. Si, dès son entrée au premier acte, c’est d’abord la chaleur de son registre grave qui étonne, il ne faudra pas longtemps pour que ce soit la longueur de sa voix qu’on admire, avec un registre aigu d’une facilité déconcertante (et des notes hautes filées délectables). <br>Tout au long de la partition, c’est par la variété de sa palette qu’elle charmera, désinvolte parfois à la manière d’une divette d’opéra comique et parfois se lançant dans des démonstrations de grand style, ligne musicale impeccable, legato, art des demi-teintes, à quoi s’ajouteront trilles, vocalises et coloratures jubilatoires. Sans parler d’un plaisir visible à jouer la comédie, avec de la justesse, de l’humour et du pep !</p>
<h3 style="text-align: left">La sincérité sans doute</h3>
<p>Vocalement, le sommet sera atteint dans son air du troisième acte «&nbsp;Ah ! quelle nuit&nbsp;» suivi de la cabalette «&nbsp;Flamme vengeresse&nbsp;», sur un rythme de valse, où elle se jouera de notes piquées aériennes avant de culminer sur une note haute triomphante.<br>La fin de l’opéra (c’est la religiosité dont on parlait plus haut) sera d’un grande qualité d’écriture : se succéderont un chœur syllabique des nonnes chantant dans une lumière de vitrail «&nbsp;Les cloches argentines pour nous sonnent matines&nbsp;» (toujours sur un tempo de valse !) où on admirera la précision et la suavité du chœur préparé par <strong>Patrick Marie Aubert</strong>. Puis ce seront les quelques phrases à découvert d’Horace en <em>mi</em> bémol, accompagnées à l’orgue, enfin l’entrée de la voix d’Angèle en coulisses chantant avec une ferveur touchante « Mes chères sœurs », ses longues lignes aériennes venant se poser sur l’arrière-plan du chœur. <br>Démonstration de savoir-faire par Auber ? On dira plutôt sincérité. Et sans doute les 1200 représentations trouvent-elles là leur explication.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="685" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-domino-noir-…-lOp‚ra-de-Lausanne-c-Jean-Guy-Python-6-1024x685.jpg" alt="" class="wp-image-126680" /></figure>


<p style="text-align: center">© Jean-Guy Python</p>
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