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	<title>Dirk KAFTAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<link>https://www.forumopera.com/artiste/kaftan-dirk/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 06 Apr 2026 11:25:06 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Dirk KAFTAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Jonas Kaufmann, « Magische Töne »</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-magische-tone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Apr 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jonas Kaufmann</strong> tenterait-il de tout enregistrer ? Au rythme de croisière d’un album par an depuis plus d’une décennie, le Bavarois le plus en vue des scènes lyriques a fait le tour de tout le répertoire opératique qu’un ténor puisse enregistrer, Verdi, Puccini, Wagner, le Grand opéra français, tout y est passé. Si ce n’est changer de voix, devenir ténor léger et graver un album de belcanto, Jonas Kaufmann a probablement fait tout ce qui était possible. Aussi, notre ténor allemand part-il régulièrement braconner sur les terres de l’opérette à la recherche de nouveau répertoire. Déjà, en 2014, il nous avait régalé d’opérettes berlinoises dans <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-du-bist-die-welt-fur-mich-donnons-lui-notre-coeur/"><em>Du bist die Welt für mich</em></a>, puis en 2019 s’était attaqué à <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-wien-une-pierre-de-plus-a-ledifice/">Vienne</a>. C’est désormais le tour des opérettes hongroises ou, plus précisément, écrites par des compositeurs hongrois pour la scène viennoise encore. Quelques grands tubes, de « Magische Töne » à « Tanzen möchte ich, jauchzen möchte ich », côtoient des airs plus rares, pour partie donnés en hongrois, langue à laquelle Jonas Kaufmann semble s’essayer avec plaisir. Désormais fort d’une fréquentation occasionnelle avec Eisenstein, le mari indigne de <em>Das Fledermaus</em> (<a href="https://www.youtube.com/shorts/u4dHfD5HbgM">encore ce Nouvel An à Vienne</a>), le ténor allemand affiche une certaine aisance dans un répertoire si dangereux, où l’on risque fort de glisser de la légèreté et du romantisme suranné vers la guimauve et le pompier.</p>
<p>Disons-le d’emblée, sans réelle surprise, c’est dans les pièces les plus introspectives de l’album que Jonas Kaufmann emporte l’adhésion la plus complète. Le déclarer maître du clair-obscur, de l’art de susurrer à l’oreille de son auditeur est, à ce stade, d’une banalité totale. Et pourtant, cela n’en reste pourtant pas moins vrai. « Magische Töne, berauschender Duft », tout en délicatesse, en <em>pianissimi</em> intimistes, compte ainsi parmi les plus belles réussites de l’album. Au même titre, « Grüß mir mein Wien », donné ici en hongrois plutôt qu’en allemand, version plus commune et déjà gravée par Kaufmann en 2014, est d’un legato suave assez irrésistible. L’introspection mélancolique de « Immer nur lächeln » extrait de <em>Das Land des Lächelns</em> sied également comme un gant au chanteur qui sait parfaitement y dessiner la tristesse derrière le sourire dans les reflets d’un timbre sombre toujours aussi fascinant. Le plus enjoué « O Mädchen, mein Mädchen… » voit Kaufmann séducteur, plus badin, tout dans l’art de distiller le texte avec une intelligence certaine. Mais le ténor charme également dans des plages plus enlevées, notamment le très dansant et <em>jazzy </em>« Sing sing » extrait de <em>Julia</em> de Pál Ábrahám.</p>
<p>Pour les plages les plus légères de l’album, Jonas Kaufmann trouve de plus une partenaire de choix en <strong>Nikola Hillebrand</strong>, jeune soprano encore récemment membre de la troupe du Semperoper de Dresde. Présence rafraîchissante et espiègle, au timbre fruité, au chant délié, elle est la complice tidéale pour le si vif « Tanzen möchte ich, jauchzen möchte ich » où le couple entraîne l’auditeur dans une valse brillante devant laquelle on ne peut bouder son plaisir. « Die Juliska, die Juliska aus Buda-, Budapest » est tout aussi irrésistible, avec son rythme de plus en plus effréné.</p>
<p>À la tête de l’<strong>Orchestre de l’Opéra d’État hongrois,</strong> <strong>Dirk Kaftan</strong> assure un accompagnement servant assurément les chanteurs, dressant rapidement l’atmosphère nécessaire à chaque numéro, sans toutefois toujours éviter l’écueil d’une certaine routine et d’un son parfois un peu trop sucré.</p>
<p>Séduisant, léger, équilibré, <em>Magische Töne</em>, sans être indispensable à la gloire déjà faite de Jonas Kaufmann, apporte une pierre supplémentaire à sa discographie pléthorique et nous offre, en ces temps peu réjouissants, une bouffée d’air frais bienvenue.</p>
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		<title>Réouverture prochaine de la Beethovenhalle à Bonn</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/reouverture-prochaine-de-la-beethovenhalle-a-bonn/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Oct 2025 17:26:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mardi 16 décembre 2025, jour anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven, la Beethovenhalle de Bonn entamera une seconde vie ; après neuf années de rénovation, cette salle de concert, marquée par l&#8217;histoire de l&#8217;Allemagne de l&#8217;après-guerre, rouvrira ses portes. Pour le concert d&#8217;ouverture, le Beethoven Orchester Bonn, placé sous la direction de Dirk Kaftan, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mardi 16 décembre 2025, jour anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven, la Beethovenhalle de Bonn entamera une seconde vie ; après neuf années de rénovation, cette salle de concert, marquée par l&rsquo;histoire de l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;après-guerre, rouvrira ses portes. Pour le concert d&rsquo;ouverture, le Beethoven Orchester Bonn, placé sous la direction de <strong>Dirk Kaftan</strong>, a choisi de manière symbolique la Symphonie Résurrection de Gustav Mahler (avec <strong>Katerina von Bennigsen</strong> soprano et <strong>Gerhild Romberger</strong>, alto) ; au programme également, l’ouverture du ballet <em>Les créatures de Prométhée</em> ainsi que le <em>Concerto pour piano n° 4</em> de Beethoven, avec le pianiste <strong>Fabian Müller</strong>, ainsi qu&rsquo;une création mondiale de Sara Glojnarić.<br />
La Beethovenhalle – avec son toit incurvé caractéristique, ses foyers baignés de lumière et ses boiseries historiques, a été construite d&rsquo;après les plans de Siegfried Wolske (1925-2005), et a été inaugurée le 8 septembre 1959 à l&rsquo;époque où Bonn était la capitale fédérale. Depuis, elle est considérée comme la salle de concert emblématique du modernisme de l&rsquo;après-guerre.<br />
«Cette salle peut devenir un lieu de rencontre pour tous, ce qu&rsquo;elle aurait dû être dès le départ. Une salle qui reflète la diversité de notre merveilleuse société », explique le directeur général de la musique Dirk Kaftan.<br />
Les institutions culturelles de la ville de Bonn célèbrent cette inauguration par une semaine entière de festivités.<br />
Tous les détails de cette manifestation <a href="https://www.beethoven-orchester.de/archiv/25-26/#/_m=/konzerte/eroeffnung/">sont à retrouver ici</a>.</p>
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		<title>MEYERBEER, Ein Feldlager in Schlesien — Bonn</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ein-feldlager-in-schlesien-bonn-dune-actualite-terrifiante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Apr 2022 04:00:30 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;année 1840 marque un tournant pour les Juifs de Prusse.&nbsp;Frédéric-Guillaume&nbsp;IV&nbsp;succède à son père et prend des mesures visant à l&rsquo;émancipation de ces derniers. Signal politique, en mai 1842, <em>Les Huguenots </em>sont enfin montés à Berlin : l&rsquo;ouvrage créé à l&rsquo;Opéra de Paris en 1836 avait été donné avec succès en traduction allemande à Leipzig (1837), Munich (1838) ou à Vienne (1838), mais pas encore dans la capitale de la Prusse. L&rsquo;accueil est triomphal et, en juin 1842, après le départ de Spontini, le roi nomme Meyerbeer&nbsp;<em>Generalmusikdirektor</em>&nbsp;de l’Opéra royal&nbsp;de Prusse et superviseur de la musique de la Cour royale. Meyerbeer est ainsi le premier Juif a occuper une fonction officielle au sein du royaume (Felix Mendelssohn, Juif converti au protestantisme,&nbsp;reste responsable de musique religieuse de la cour). A l’Opéra royal, Meyerbeer monte et dirige Gluck, Mozart, Beethoven, Weber, mais aussi Spohr (<em>Faust</em>), Bellini (<em>La</em> <em>Sonnambula</em>) et… Wagner (<em>Der Fliegende Holländer</em> et <em>Rienzi</em>). Il soutient également les nouveaux compositeurs allemands. Il doit lutter contre les intrigues de cours qui visent à le faire partir. Il s&rsquo;intéresse au sort des artistes et redistribue ses droits d’auteur au personnel quand ses ouvrages sont représentés.&nbsp;Il compose aussi des œuvres de commande.&nbsp;A la demande du roi, Meyerbeer réalise une musique de scène pour la pièce&nbsp;<em>Struensee</em> écrite par son frère Michael Beer. Celle-ci avait été interdite par le souverain précédent (personnage étonnamment romanesque, Johann Friedrich Struensee était un grand libéral qui commit l&rsquo;erreur de cocufier le roi qu’il soignait). Dans la nuit du 18 au 19 août 1843, l&rsquo;Opéra royal est détruit par un incendie. Sa reconstruction est immédiatement entreprise (ce sera le Staatsoper Unter den Linden que nous connaissons aujourd&rsquo;hui) et Meyerbeer se voit commander une œuvre de circonstance pour sa future inauguration, demande qu&rsquo;il ne peut écarter malgré son peu d&rsquo;entrain pour ce type d&rsquo;ouvrage : un refus aurait provoqué les critiques contre la communauté juive et aurait déstabilisé la politique d&rsquo;intégration du souverain.&nbsp;</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-2518.jpg?itok=Ck_1NFRE" style="font-size: 14.000000953674316px" width="468"><br />
©&nbsp;DR</p>
<p><em>Ein Feldlager in Schlesien </em>est ainsi censé célébrer indirectement le roi actuel en évoquant son illustre ancêtre Frederick II, dit Frederick le Grand.&nbsp;Considéré comme le modèle du despote éclairé, Frederick II n&rsquo;avait malheureusement pas la lumière à tous les étages : entre 1740 et 1763, il lance successivement trois guerres contre l&#8217;empire autrichien afin de mettre la main sur les richesses de la Silésie, sans véritable prétexte «&nbsp;honorable  ». Dans ses bons jours toutefois, le roi était un flutiste doué, pratiquant la musique comme Louis XIV excellait dans la danse. Défi de taille : il est interdit de mettre en scène la personne royale. Astucieusement, il sera évoqué par sa flûte entendue en coulisses, et le livret fera un élément déterminant de l’intrigue des talents musicaux du souverain.</p>
<p>Le choix du librettiste est donc important. Meyerbeer prétend qu&rsquo;aucun écrivain local n&rsquo;est à la hauteur (peut-être craint-il un ratage organisé par ses ennemis&nbsp;?)&nbsp;: il préférerait se reposer sur les talents sûrs de son vieux complice Eugène Scribe. Mais là encore la politique prime. Laisser un Français signer un hommage aux rois de Prusse ? C&rsquo;est inenvisageable ! Le nouveau roi impose Ludwig&nbsp;Rellstab, poète et journaliste, jusqu&rsquo;à présent critique particulièrement féroce à l&rsquo;égard de Meyerbeer. Frederik espère réconcilier ainsi les deux ennemis par l’entremise de Franz Lizst. Au final, Meyerbeer trouve une solution astucieuse : pour que les choses restent discrètes, il verse&nbsp;lui-même à Scribe les 5 000 francs (environ 20 000 euros) correspondant aux droits sur son livret d&rsquo;opéra-comique&nbsp;<em style="font-size: 14.000000953674316px">Le&nbsp;Premier flutiste du roi, épisode de la guerre de sept ans et destiné à l&rsquo;ouverture du nouveau théâtre de l&rsquo;opéra de Berlin&nbsp;</em>(ouf !).&nbsp;Scribe a accepté de ne jamais en réclamer la paternité (rétrospectivement, c&rsquo;était sans doute la meilleure chose à faire…). Rellstab en assurera l&rsquo;adaptation en allemand et le signera (un ennemi de moins dans les pattes !). &nbsp;Pour l&rsquo;anecdote, les droits ne concernent pas la France, Scribe et Meyerbeer ayant déjà en tête une refonte complète pour Paris : ce sera <em>L&rsquo;Etoile du Nord </em>(1854).</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-0309.jpg?itok=8lzHu35N" style="font-size: 14.000000953674316px" width="468"><br />
©&nbsp;DR</p>
<p>L’action se déroule pendant la troisième guerre de Silésie (le dernier acte se tient en effet au château de Sanssouci construit en 1745). L&rsquo;acte I se situe en Silésie même, à proximité de la frontière hongroise. Saldorf (basse) est un ancien capitaine de l&rsquo;armée prussienne désormais à la&nbsp;retraite. Son fils adoptif Conrad (ténor), personnage semi-sérieux analogue au Raimbaut de <em>Robert le Diable</em>, est un musicien prêt à partir parcourir le monde armé de sa seule flûte. Recueillie par Saldorf, Vielka (soprano colorature) est une jeune bohémienne douée de talents divinatoires, et amoureuse de Conrad. Dans une vision, elle prévoit d&rsquo;ailleurs l&rsquo;apparition prochaine du souverain. Therese (soprano), nièce de Saldorf, est amoureuse du fils de celui-ci, Leopold (autre Arlésienne de cet ouvrage : on en parle mais on ne le voit jamais). A peine parti, Conrad revient déjà : il a ramené avec lui un officier inconnu qui était poursuivi par des cavaliers hongrois. Saldorf le cache dans sa chaumière. L&rsquo;homme lui révèle qu&rsquo;il est Frederick II. Les cavaliers hongrois débarquent dans la maison, prêts à tout piller. Vielka leur déclare que sa mère est morte dans ces lieux et les effraie avec une description des conséquences que leur comportement sacrilège ne manquerait pas de provoquer : ils seraient immédiatement maudits. Les soudards se calment. Saldorf propose un marché à Tronk (basse), le chef des cavaliers : il leur livrera le roi en échange d&rsquo;un sauf-conduit pour son fils adoptif Conrad. Tronk accepte. Bien sûr, c&rsquo;est Frederick qui s&rsquo;échappe sous les habits de Conrad. Ce dernier, qui n&rsquo;est pas au fait des événements, est tout surpris d&rsquo;être fait prisonnier, rhabillé en officier et qualifié de souverain par les cavaliers ennemis. Toutefois, malgré son sauf-conduit, le vrai roi déguisé est fait prisonnier par des hongrois plus méfiants qui montaient la garde plus loin. Il est amené devant Tronk : pour prouver qu&rsquo;il est bien Conrad, Frederik joue de la flûte en virtuose et est finalement libéré. Stupéfait, Conrad doit retenir ses contestations initiales sous les menaces de Vielka, sa fiancée. L&rsquo;ambiance musicale de l&rsquo;acte le rapprocherait un peu de <em>Dinorah</em>, voire du premier acte de <em>Fidelio</em>, ce qui est normal pour un <em>singspiel</em>. Le ton est souvent léger mais la partition est très complexe, tant pour les voix, avec de nombreux ensembles, que pour l&rsquo;orchestre, par exemple pour le traitement en contre-chant des différentes sections de violons et d&rsquo;altos.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-1419.jpg?itok=nzFW-i19" style="font-size: 14.000000953674316px" width="468"><br />
©&nbsp;DR</p>
<p>L&rsquo;acte II nous projette dans le camp de Silésie qui donne son titre à l&rsquo;ouvrage. Les soldats et la population célèbrent leur roi. Saldorf qui vient au camp pour s&rsquo;inquiéter du sort du souverain est pris pour un espion hongrois. Therese et Vielka croient lui venir en aide en annonçant qu&rsquo;il a contribué à la fuite du souverain. Malheureusement, les soldats n&rsquo;en croient rien car Frederick a été à nouveau fait prisonnier entre-temps. Saldorf est sur le point d&rsquo;être exécuté quand un coup de canon vient interrompre les réjouissances. Le roi s&rsquo;est échappé. Les mérites de Saldorf sont enfin reconnus. Il exhorte les soldats à combattre pour la patrie. L&rsquo;acte II est cette fois essentiellement composé autour d&rsquo;une série de chants guerriers avec accompagnement de fanfares auprès desquels la scène du couronnement du <em>Prophète</em> ferait figure d&rsquo;épure d&rsquo;une grande sobriété.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-2388.jpg?itok=ezEKPttl" style="font-size: 14.000000953674316px" width="468"><br />
©​ DR</p>
<p>Le dernier acte se passe à&nbsp;Sanssouci. Lors de la&nbsp;dernière&nbsp;bataille, Conrad a sauvé la vie du roi. Avec Vielka, il&nbsp;attend&nbsp;d&rsquo;être reçu par le souverain qu&rsquo;on entend jouer de la flûte en coulisses. Encouragé par sa fiancée, Conrad le rejoint en musique puis est autorisé à rencontrer le roi par Tronk, désormais au service de ce dernier. Après son départ, Saldorf et Therese&nbsp;font&nbsp;leur entrée et racontent à Vielka que Leopold, pour des raisons compliquées qu&rsquo;on ne trouve que dans les livrets de Scribe, a été pris pour un&nbsp;déserteur et&nbsp;condamné. Sur ce, Conrad sort de son audience royale : Frederick lui a promis de réaliser son vœu le plus cher mais le jeune homme, pris au dépourvu, n&rsquo;a su que répondre. Le roi lui a&nbsp;donné&nbsp;un quart d&rsquo;heure de réflexion et le jeune homme consulte Vielka : argent, honneur, biens, situation…&nbsp;? La Bohémienne l&rsquo;exhorte à demander la grâce de Leopold, ce qui ne fait pas trop les affaires du flûtiste.&nbsp;Il finit toutefois par s&rsquo;exécuter sous la menace de perdre sa fiancée. Entre-temps, Leopold a toutefois été&nbsp;gracié&nbsp;en raison de son courage sur le champ de bataille. Conrad obtient la place de premier&nbsp;flûtiste&nbsp;au sein de l&rsquo;orchestre royal. Therese épousera Leopold à la fin de son&nbsp;engagement militaire.&nbsp;De leur côté, Vielka et Conrad se&nbsp;marieront&nbsp;également. Un serviteur (dans la présente production, Tronk) leur demande de sortir pour ne pas troubler le repos du roi. Vielka a alors des visions des rêves de Frederick qui&nbsp;deviennent autant de tableaux-vivants : Frederik sur son cheval blanc lors d&rsquo;une bataille, un hymne à la&nbsp;paix (il était temps),&nbsp;le&nbsp;ténor&nbsp;et compositeur&nbsp;Carl Heinrich Graun, chantant l’air «&nbsp;Mi paventi&nbsp;» de son opéra&nbsp;<em>Britannico</em> (Berlin, 1751 : il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une version simplifiée pour soprano qui sera vite coupée),&nbsp;des volontaires recevant leurs armes à&nbsp;Breslau&nbsp;en 1813 (Napoléon ayant battu en retraite devant Moscou en 1812, le&nbsp;17 mars 1813, la Prusse déclare la guerre à la France et, à cette occasion, le roi lance un appel au peuple), l&rsquo;achèvement du&nbsp;monument de la Porte de Brandebourg&nbsp;couronné par son célèbre quadrige, l’ancien opéra royal incendié laissant place au nouveau bâtiment et un chœur d&rsquo;apothéose.</p>
<p>L&rsquo;ouvrage est plus&nbsp;subtil qu&rsquo;il n&rsquo;y parait : &nbsp;le roi y est fait prisonnier à plusieurs reprises ; il s&rsquo;évade sous un&nbsp;déguisement (ce qui n&rsquo;est pas très glorieux pour un souverain)&nbsp;; il est sauvé par une Bohémienne (ce qui vaudra quelques critiques à Meyerbeer) ; les&nbsp;soldats, de&nbsp;quelque camp que&nbsp;l&rsquo;on parle, sont des&nbsp;masses&nbsp;brutales&nbsp;impulsives et&nbsp;dangereuses… Meyerbeer et&nbsp;Scribe&nbsp;ont rempli le contrat, mais sans jeter à bas leurs principes&nbsp;fondamentaux : l&rsquo;hymne nationaliste est ici bien contrebalancé.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-2339.jpg?itok=Uk-a9cOh" width="468"><br />
©​ DR</p>
<p>La partition n’ayant pas été publiée, l’édition critique en a été particulièrement ardue (le manuscrit a été détruit pendant la seconde guerre mondiale) s’appuyant sur les livrets imprimés (sans les dialogues), des brouillons annotés par Meyerbeer, des partitions de certains instruments d&rsquo;orchestre, la partition de <em>L’Etoile du Nord</em> dont un tiers de la musique provient d’<em>Ein Feldlager in Schlesien</em>, et une miraculeuse copie de copiste… Les tableaux-vivants seront de plus coupés au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, après la mort de Meyerbeer&nbsp;: la nouvelle édition propose un final avec ces tableaux et un autre sans ceux-ci, lequel se termine par un piano après les visions de Vielka, version plus compatible avec une exécution moderne (les tableaux-vivants devraient faire l’objet d’une exécution séparée ultérieure en concert à une date non précisée).</p>
<p>Même en coupant les&nbsp;tableaux-vivants, l&rsquo;ouvrage reste un défi pour un metteur en scène, et ce à&nbsp;plusieurs titres. L&rsquo;ouvrage&nbsp;est long (près de 3 heures de spectacle à Bonn dans cette version, hors entractes) et comporte de nombreux dialogues&#8230; qu’on ne connait pas précisément&nbsp;!&nbsp;Surtout, il est impossible dans l&rsquo;Allemagne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de laisser place au doute quant à la condamnation du nationalisme&nbsp;inévitablement inhérent à cet ouvrage de circonstance. De fait, à l&rsquo;issue de l&rsquo;acte II, on se sentirait&nbsp;presque prêt à signer pour aller combattre en Ukraine tant la musique en est&nbsp;exaltante. Livré au public sans appareil explicatif, les subtilités du livret de Scribe passeraient aujourd’hui totalement inaperçues. Pour cette difficile résurrection, le metteur en scène <strong>Jakob Peters-Messer</strong> a su trouver des solutions innovantes, intelligentes et respectueuses. La représentation commence par l’intervention d’un récitant qui, par le biais de la lecture de correspondances échangées, permet au spectateur <em>lambda</em> de comprendre qu’il va assister à un ouvrage apologétique où la figure du souverain-flûtiste ne peut être représentée sur scène. L’ouverture, plutôt guerrière est déplacée au début de l’acte II. Les dialogues sont partiellement remplacés par l’intervention du récitant qui résume certains échanges entre les protagonistes&nbsp;: ces interventions sont suffisamment rythmées pour ne pas couper l’élan global de l’ouvrage. Au milieu de l’acte II, le récitant lit une lettre authentique adressé par un soldat à son épouse après la bataille dont il sera question. Nous citons de mémoire&nbsp;: «&nbsp;La bataille commença à 6 heures du matin pour ne s’achever qu’à 16 heures (…) Au début de l’assaut, un boulet emporta la tête de l’officier qui était à mes côtés&nbsp;: je ne fus pas blessé mais des milliers de morceaux de cervelles maculaient mes vêtements (…) Le bruit des détonations étaient si puissant qu’il était impossible de parler ou d’entendre son voisin (…) La fumée était telle que nous n’y voyions rien. A la fin de la bataille, quand elle fut dissipée, il y avait autour de nous des monceaux de cadavres, ou plutôt des corps démembrés&nbsp;: têtes, jambes, bras, troncs&#8230;&nbsp;». Pour cet acte, la scénographie a été modifiée&nbsp;: une partie des rangs d’orchestre (entre les rangs 5 et 10 environ) est recouverte d’un platelage qui fait office d&rsquo;estrade, les spectateurs correspondant aux rangées supprimées sont déplacés en fond de scène (mais pas ceux de devant ni de derrière l&rsquo;estrade). La musique est partout&nbsp;: chœurs et solistes sur la scène, sur l&rsquo;estrade, dans les circulations du théâtre, dans les balcons supérieurs… Outre l’orchestre, une fanfare joue depuis le poulailler, une autre sur scène, une troisième depuis un balcon de côté, chacune avec ses harmonies. L’une interprète la <em>Dessauer Marsch</em>, marche lente en si bémol majeur, des fifres accompagnés par un tambour jouent en ré mineur, la musique de cavalerie (trompettes et cors) est en mi bémol majeur… Une caméra vidéo suit l’action, l’image étant projetée en fond de scène. L’effet est tout simplement hallucinant, d’autant que la synchronisation des différents ensembles est remarquable.&nbsp;Soudain, le silence se fait&nbsp;: le texte de la lettre lue précédement est projeté en fond de scène, puis la musique redémarre jusqu’au paroxysme de la fin de l’acte où les trois fanfares et l’orchestre jouent simultanément dans leurs tonalité respectives tandis que résonne le son du canon. Nous avouons n’avoir jamais assisté à une telle expérience musicale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/feldlager-schlesien-2376.jpg?itok=GjpRE2l-" style="font-size: 14.000000953674316px" width="468"><br />
©​ DR</p>
<p>Le dernier acte retrouve l’esprit du premier avec une succession de passages semi-sérieux (Conrad), virtuoses (les variations de Vielka accompagnant la flûte) ou quasi-mystiques (les visions de Vielka).</p>
<p>Le rôle de Vielka avait été écrit pour Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em>, mais celle-ci ne sera pas disponible pour assurer les premières&nbsp;: elle chantera l&rsquo;ouvrage une demi-douzaine de fois, mais avec une certaine réticence, les visions de la Bohémienne étant incompatibles avec ses convictions religieuses. L’opéra fut intégralement remanié pour Vienne sous le titre de <em>Vielka</em>, avec une intrigue compliquée se substituant aux guerres silésiennes. Pour satisfaire sa créatrice, Jenny Lind, l’héroïne y meurt d’une balle et n’a plus de visions que de celles du Ciel qui va l’accueillir. <strong>Elena Gorshunova</strong> le chante ici de manière satisfaisante, avec une voix souple et bien projetée, encore un peu verte. Les autres rôles n’offrent pas de difficultés particulières. <strong>Tobias Schabel </strong>est un Saldorf bien chantant et plein d’autorité.<strong> Jussi Myllys</strong> est un ténor musical, un peu coincé toutefois par une technique mozartienne qui empêche la voix de se libérer pleinement dans l’aigu. La représentation inclut <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fHuyfet3YFY">un air retrouvé qui permet de corser le rôle de Therese</a>, personnage défendu avec élégance par <strong>Barbara Senator</strong>. L’ouvrage fourmille de petits rôles qu’on ne peut tous citer, parfaitement chanté et joué. Le chœur est remarquable d’homogénéité et d’engagement, chacun de ses membres interprétant un personnage à part entière. On ne peut que saluer la direction engagée et techniquement parfaite de <strong>Dirk Kaftan</strong>, à la tête d’une formation digne de tous les éloges, triomphant des multiples difficultés de cette partition complexe. La production de Jakob Peters-Messer est une réussite totale (rappelons que <a href="/spectacle/meyerbeer-ressuscite">ce n’est pas le premier travail du metteur en scène sur Meyerbeer</a>). La scénographie spectaculaire de <strong>Sebastian Hannak </strong>est remarquable, les costumes élaborés de<strong> </strong><strong>Sven Bindseil</strong>&nbsp;mixent les représentations historiques (pour les Prussiens) et modernes (pour les Hongrois), tandis que les éclairages de <strong>Max Karbe</strong>&nbsp;rendent justice aux diverses ambiances. La direction d’acteur est un sans faute et un véritable souffle s’exprime à de nombreux moments, intelligemment tempéré par une dramaturgie ayant recours à de multiples formes (textes projetés, vidéos, récitant…) qui contribuent également à recontextualiser l’œuvre. L’ouvrage devait initialement être donné à partir du 13 mars, mais la pandémie a amené à l’annulation des 4 premières représentations, celle du 22 avril devenant de fait la «&nbsp;première&nbsp;» et il ne reste que deux soirées pour apprécier cette remarquable réussite.&nbsp;Il s’en est fallu de peu que cette magnifique équipe ait travaillé pour le Roi de Prusse.</p>
<p>[EDIT] Volker Tosta, auteur de l&rsquo;édition critique de l&rsquo;ouvrage, nous a très aimablement apporté les précisions suivantes concernant la présente représentation. L&rsquo;ouverture déplacée entre les actes I et II est ici amputée d&rsquo;un tiers. La musique de ballet qui aurait dû introduire l&rsquo;acte II est peu ou prou celle qu&rsquo;on retrouve au même endroit dans <em>L‘Étoile du Nord </em>: elle est partiellement donnée entre deux choeurs de soldats.<i>&nbsp;</i>Un autre morceau pour ballet est également omis, musique qui a été réutilisée pour&nbsp;<em>Les Huguenots</em> à l&rsquo;occasion d&rsquo;une reprise à l&rsquo;Opéra de Paris en 1856 (N.D.A. : pratique courante à l&rsquo;époque à l&rsquo;Opéra de Paris,&nbsp;ainsi que l&rsquo;ajout d&rsquo;airs, et qui visait à relancer le succès d&rsquo;oeuvres depuis longtemps à l&rsquo;affiche : <a href="/actu/palazzetto-bru-zane-au-service-de-la-musique-romantique-francaise">on imagine le casse-tête pour les musicologues</a>). Il existe effectivement deux versions de la fin de l&rsquo;acte III. Celle d&rsquo;origine comprenait 9 tableaux-vivants (<em>Traumbilder</em>), mais c&rsquo;est une version plus tardive sans ceux-ci qui a été donnée à Bonn. Le trio Tronk, Vielka et Conrad a été coupé avant la première de 1844 : il s&rsquo;agit probablement de sa première exécution publique mondiale. Il existe deux versions de l&rsquo;air de Thérèse, l&rsquo;une brillante enregistrée par Diana Damrau (lien dans l&rsquo;article ci-dessus) et une autre plus lyrique (choisie pour Bonn) qui n&rsquo;a pas été retenue à l&rsquo;époque. Par ailleurs, les minutages de chacun des trois actes sont approximativement les suivants : 1h 12min, 49min et 53min, soit 2h 54min.</p>
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		<title>BOITO, Nerone — Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/nerone-bregenz-peplum-saint-sulpicien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jul 2021 03:30:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sur un livret beaucoup trop complexe et embrouillé qui mêle notamment la folie de Néron, le meurtre de sa mère Agrippine, l’incendie de Rome, la montée du christianisme et en prime des histoires d’amour entremêlées, Arrigo Boito a voulu tendre vers le chef-d’œuvre absolu. C’est séduisant en soi, mais trop c’est trop, et tout cela &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur un livret beaucoup trop complexe et embrouillé qui mêle notamment la folie de Néron, le meurtre de sa mère Agrippine, l’incendie de Rome, la montée du christianisme et en prime des histoires d’amour entremêlées, Arrigo Boito a voulu tendre vers le chef-d’œuvre absolu. C’est séduisant en soi, mais trop c’est trop, et tout cela constitue un minestrone plutôt indigeste. Car la personnalité de Néron est noyée dans les intrigues politiques et les conflits religieux, et aucun autre personnage n’émerge en suscitant la moindre once de sympathie.</p>
<p>	La mise en scène d’<strong>Olivier Tambosi </strong>(qui avait pourtant déjà signé à Bregenz le bel <a href="https://www.forumopera.com/amleto-bregenz-triomphe-pour-un-nouvel-hamlet-italien"><em>Amleto</em> de Franco Faccio dont le livret est justement d&rsquo;Arrigo Boito</a>) n’éclaircit rien. La transposition de l’action en 1924, date de la création à la Scala (styles Art déco et charleston peuplés de nonnes plus ou moins sanglantes) n’aide en rien à clarifier les situations, non plus qu’un billard remplaçant un autel, ou encore le cadavre d’Agrippine, encore agitée des soubresauts de l’accouchement, suivant partout son fils. On en arrive à se demander si un pastiche antique au second degré n’aurait pas été plus efficace. Restent quelques beaux moments, comme Néron engoncé dans un manteau d’épaisse fourrure blanche et calé dans un fauteuil club, qui assiste à l’incendie de Rome évoqué simplement par l’immense rideau rouge fermé. Mais malgré tout, force est de constater que Rome brûle dans l’indifférence générale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="304" src="/sites/default/files/styles/large/public/5_9342_145.jpg?itok=Vq9EmOND" title="© Bregenzer Festspiele/Karl Forster" width="468" /><br />
	© Bregenzer Festspiele/Karl Forster</p>
<p>Les costumes trash de <strong>Gesine Völlm</strong>, tout en blanc et le plus souvent sanguinolents, n’aident pas à individualiser de loin tel ou tel personnage, surtout quand de plus ils sont dédoublés en deux Néron ou deux martyrs couronnés d’épines ! Et les rares touches de couleurs (dont le noir de la philosophie gnostique pour les ailes, ou le vert de l’espérance pour les costumes des chœurs), n’apportent pas à l’action d’autre signification particulière. Les hideuses barres lumineuses verticales des décors de <strong>Frank Philipp Schlössmann</strong>, aux couleurs changeantes, et leurs tournettes incessantes, ne gagnent en efficacité que lorsqu’elles virent au rouge pour évoquer l’incendie. Tout cela reste au demeurant assez obscur et peu lisible. Bref, on essaie de comprendre, d’y voir quelque chose, et l’ennui n’est pas loin.</p>
<p>	La curiosité l’emporte quand même, car l’œuvre est peu connue et très rarement jouée. Boito, surtout célèbre comme librettiste de la fin de la vie de Verdi et comme auteur d’un beau <em>Mefistofele</em> toujours joué aujourd’hui, a passé 56 ans (de 1862 à 1918) sur ce <em>Nerone</em> sans parvenir à l’achever de son vivant. Toscanini, voulant sauver l’œuvre, a fait appel à deux obscurs tâcherons pour en achever l’orchestration. Tout se termine en queue de poisson sur un 4<sup>e</sup> acte annonçant un 5<sup>e</sup> acte qui n’arrivera jamais. Bref, œuvre trop ambitieuse, où le compositeur s’usa sans réussir à sortir de l’imbroglio qu’il avait lui-même savamment échafaudé. En tous cas, l’œuvre paraît laborieuse, avec des éclats orchestraux mais sans la construction dramatique qui fait les chefs-d’œuvre.</p>
<p>	Musicalement, c’est également une sorte d’auberge espagnole composée comme un patchwork entre romantisme et approches plus modernes. On peut souvent évoquer <em>Mefistofele</em>, bien sûr présent dans les fulgurances orchestrales et quelques interventions de Néron, de Simon Mago ou de Fanuèl. Quelques lignes de chant évoquent Verdi, notamment dans certains duos, et même <em>Tannhäuser</em> n’est pas vraiment loin, surtout dans son approche d’un conflit entre paganisme et christianisme, non plus que <em>Parsifal</em>. Mais au total il manque les grands airs « à la Verdi » ou une véritable continuité à la Puccini.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2_9342_66.jpg?itok=u7ZBVsxF" title="© Bregenzer Festspiele/Karl Forster" width="468" /><br />
	© Bregenzer Festspiele/Karl Forster<br />
	 </p>
<p>L’ensemble est très bien défendu par le Wiener Symphoniker et le Prague Philharmonic Choir, tous impeccables musicalement, dont le chef <strong>Dirk Kaftan </strong>sait tirer d’impressionnantes sonorités. Les solistes, particulièrement sollicités par une partition exigeante, se donnent à fond. Le ténor mexicain <strong>Rafael Rojas</strong>, qui a déjà chanté plusieurs rôles à Bregenz, prend à bras le corps ce rôle énorme qu’il maîtrise parfaitement. La puissance de sa voix n’empêche pas une grande variété d’inflexions, qui participent de la construction du personnage. Le baryton <strong>Lucio Gallo</strong>, également vedette internationale, met sa voix sonore et pleine d’émotion au service du rôle de l’inquiétant mage conspirateur Simon, aux grandes ailes noires impressionnantes, et <strong>Brett Polegato</strong> (Fanuèl) campe un prédicateur chrétien, évoquant le Christ couronné d’épines. <strong>Svetlana Aksenova</strong> (Asteria) convainc plutôt bien malgré quelques aigus attrapés à l’arraché, tandis que le beau mezzo d’<strong>Alessandra Volpe</strong> (Rubria) fait vivre à la fois la nonne chrétienne et la vestale païenne, avant de trouver la mort en voulant réconcilier les deux religions.</p>
<p>	On ne peut que saluer cette très courageuse production, remarquablement défendue du point de vue musical. Mais celle-ci ne suffira certainement pas à remettre ce <em>Nerone</em> indigeste au goût du public d’aujourd’hui. Si une part de responsabilités revient à la production mollement applaudie à la fin, n’est-ce pas l’œuvre elle-même qui est en cause, et qui peinera certainement dans le futur à trouver son public, si tant est qu’elle ait un avenir ?</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=-x-QV8cVm-A">L&rsquo;enregistrement de cette production est disponible sur Youtube pour un temps indéterminé.</a></p>
<p> </p>
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		<title>Luigi Dallapiccola &#8211; Il Prigioniero</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/luigi-dallapiccola-il-prigioniero-liberta/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jan 2018 06:08:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Libertà ? », telle est la question provocatrice, sarcastique du Grand Inquisiteur qui ferme l’opéra en un acte Il Prigioniero, de Luigi Dallapiccola. Vision très sombre, pessimiste, de l’homme aspirant vainement à la liberté, cet ouvrage concis, dense, est en effet un hymne à celle-ci.  Le prologue et les six scènes transposent l’action de la nouvelle de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Libertà ? », telle est la question provocatrice, sarcastique du Grand Inquisiteur qui ferme l’opéra en un acte <em>Il Prigioniero</em>, de Luigi Dallapiccola. Vision très sombre, pessimiste, de l’homme aspirant vainement à la liberté, cet ouvrage concis, dense, est en effet un hymne à celle-ci.  Le prologue et les six scènes transposent l’action de la nouvelle de Villers de l’Isle-Adam à Saragosse, sous Philippe II. L’œuvre s’ouvre sur la révolte de la mère du prisonnier,  qui voit en rêve Philippe II assimilé à la mort. Entretenu par le Geôlier,  l’espoir de libération de son fils croît de scène en scène , jusqu’à ce qu’il trouve sa cellule ouverte sur le jardin. Mais cette ouverture est celle sur le bûcher, réalisée par son faux « frère » de gardien, qui avait laissé entendre sa sympathie pour le soulèvement des Flandres. La torture a été l’espérance, et le supplice sera l’aboutissement, le salut dont le grand inquisiteur-geôlier aura été l’agent.</p>
<p>Dès la campagne d’Abyssinie, jusqu’à son dernier souffle, Dallapiccola n’aura eu de cesse de s’engager auprès des humbles, des persécutés. A côté de <em>Vol de nuit</em> puis <em>Ulysse</em>, faisant suite aux <em>Canti di Prigionia</em>, le plus connu de ses opéras  sera suivi de l’oratorio <em>Job</em> (1950), toujours animé des mêmes préoccupations. Une sorte de <em>Fidelio</em>, pour la portée du message et la similitude des situations, et de <em>Wozzeck</em>, pour ce qui relève du pessimisme, du langage et de la force dramatique, l’ouvrage apparaît à la fois moderne et traditionnel. « <em>Au lieu de s’exprimer par petits dessins grimaçants brutalement sectionnés, il use de degrés conjoints, il rend aux notes leur sociabilité (…) il fait de l’humain avec de l’inhumain</em> »  écrivait Emile Vuillermoz, peu suspect de sympathies pour l’écriture dodécaphonique. Celle-ci, amendée de références tonales, et surtout mâtinée de bel canto, autorise un raffinement qui suscita l’admiration de Charles Koechlin : « <em>lui parle, les autres bafouillent</em> ». Le succès ne s’est jamais démenti et plus de soixante ans après, le public l’a assimilé, découvrant combien le lyrisme pouvait se nourrir de toutes les écritures. Du début à la fin, l’émotion nous étreint, la force, la violence se conjuguent à un extrême raffinement.</p>
<p>La France s’est montrée avare en productions, depuis sa création à Paris, il y a cinquante ans avant que<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/figures-de-lemprisonnement"> le Châtelet, Garnier, Lyon</a> puis <a href="https://www.forumopera.com/il-prigioniero-a-kekszakallu-herceg-vara-le-chateau-de-barbe-bleue-toulouse-debuts-aleatoires">Toulouse</a> reprennent le flambeau</p>
<p>Sans star internationale, l’Opéra de Graz s’affirme au fil des ans comme une scène avec laquelle il faut compter. <strong>Dirk Kaftan</strong>, son chef principal, dirige avec un engagement sans faille et obtient de son orchestre et des chœurs une puissance énorme comme une transparence arachnéenne. La force de l’expression est proprement gigantesque, magnifiée par les deux intermèdes choraux somptueux,  par l’évocation de la grande cloche de Gand que le prisonnier croit entendre au troisième tableau, la prenant pour un signe du salut. On en sort bouleversé. La figure christique du Prisonnier est l’intense <strong>Markus Butter</strong>, splendide baryton autrichien, dont la réputation a conquis les grandes maisons européennes.  Sa prière du Prisonnier (1er tableau et 3ème) «Signore, aiutami» [Seigneur, aide-moi], est un moment particulièrement poignant. Sa mère, <strong>Aile Asszonyi</strong>, jeune soprano lyrique estonienne, en début de carrière, fait très forte impression. La voix est lumineuse, chaude, d’une rare intensité et chargée d’une émotion toujours juste. Familière du rôle, elle a inscrit les oeuvres de Zemlinsky, Hindemith, Schoeck, Goubaïdoulina à côté de celles de leurs illustres prédécesseurs. Gageons qu’elle nous réserve encore de belles surprises. Le Geôlier et l’Inquisiteur sont chantés par un même interprète, deux faces d’un même Janus, qui se révèle à la fin comme seul et même personnage : c’est <strong>Manuel von Senden</strong>, ténor attaché à l’Opéra de Graz. Ce double rôle, exigeant et conséquent, lui convient fort bien. Il en trouve les couleurs comme les intonations les plus crédibles pour donner vie à cette personnalité complexe. Ses nombreuses et longues interventions de la deuxième scène ( ainsi « Sull’Oceano, sulla Schelda ») sont d’une vérité émouvante. Les deux prêtres, le ténor Roman Pichler et le baryton <strong>David McShane</strong>, complètent une distribution très homogène, soudée, qui se signale par ses qualités exceptionnelles.</p>
<p>« Puisse-t-on reconnaître mon dessein de plaider auprès des hommes la cause de l’Amour et de la Paix, la Paix non pas dans le sens galvaudé des politiciens, mais celle conforme à la définition qu’en a donnée Saint Bernard « pureté de l’esprit, simplicité de l’âme, douceur du cœur, lieu de l’amour » écrivait Dallapiccola à propos de ses <em>Tre canti di prigionia</em> (1938-1941), qui devançaient de peu cet opéra. C’est maintenant chose faite.</p>
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		<title>Jenůfa</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jenufa-si-vous-traitez-ainsi-belle-iris-qui-vous-aime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Aug 2015 07:39:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tandis que l’industrie du DVD multiplie les parutions pour rien, combien de spectacles dont on regrette qu’aucune trace n’ait été préservée ! Les photographies incluses dans le livret d’accompagnement, les 2 minutes 30 de teaser visibles sur YouTube et la réputation sulfureuse de Peter Konwitschny suffisent à donner envie de voir et pas seulement d’entendre cette &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Tandis que l’industrie du DVD multiplie les parutions pour rien, combien de spectacles dont on regrette qu’aucune trace n’ait été préservée ! Les photographies incluses dans le livret d’accompagnement, les 2 minutes 30 de teaser visibles sur YouTube et la réputation sulfureuse de Peter Konwitschny suffisent à donner envie de voir et pas seulement d’entendre cette <em>Jenůfa</em>. Inutiles regrets, et l’on s’estimera déjà heureux de pouvoir écouter un témoignage sonore des représentations données à l’Opéra de Graz au printemps 2014. Sans star de réputation internationale, cette maison d’opéra n’en a pas moins pu présenter un spectacle de très haute tenue, auquel participaient d’excellents artistes.</p>
<p>Après sa prestation remarquée dans le <em>Chant plaintif</em> de Mahler <a href="http://www.forumopera.com/breve/iris-vermillion-reine-du-chant-plaintif-a-la-philharmonie">à la Philharmonie de Paris</a>, on était surtout curieux de découvrir la mezzo <strong>Iris Vermillion </strong>en Kostelnička. Dans un rôle trop souvent abordé par des chanteuses en bout de course, et où l’on a pris l’habitude d’excuser la pire usure vocale au nom de l’efficacité dramatique, il est réjouissant d’entendre une artiste en pleine possession de ses moyens ; le rôle étant peut-être plutôt destiné à un soprano dramatique, la mezzo allemande ne trouve que partiellement ici l’occasion de mettre en valeur ses graves abyssaux, mais sa composition n’en est pas moins impressionnante. On pouvait aussi se demander à quoi ressemblerait <strong>Dunja Vejzović</strong> en Grand-mère Burya : la Kundry de Karajan en 1980, pour qui elle fut aussi Senta et Ortrud, enseigne à Stuttgart depuis 1999 mais reprenait ici du service, fidèle à la tradition qui veut que le personnage soit confié à des artistes ayant quasiment l’âge du rôle. Comme prévisible, la voix n’est plus ce qu’elle était, mais la présence d’une ex-grande wagnérienne est infiniment plus acceptable dans cet emploi que pour la Sacristine.</p>
<p>Vue tout récemment dans <em>La Juive</em> à Gand et Anvers (où elle alternait avec Asmik Grigorian, et où elle retrouvait Peter Konwitschny à la mise en scène), <strong>Gal James</strong> est une Jenůfa capable de distiller une grande émotion, grâce à la pureté de ses aigus piano. On imagine que son grand monologue du deuxième acte (où le violon solo était présent en scène à ses côtés) dut être un grand moment du spectacle. Si <strong>Taylan Reinhard </strong>propose un Števa nasillard et pleutre, <strong>Aleš Briscein</strong>, qu’on a beaucoup entendu à l’Opéra de Paris, notamment dans les œuvres de Janáček, est au contraire un Laca sensible, à la voix légère mais fort agréable. Il est aussi le seul chanteur originaire de République Tchèque dans cette production qui prouve, si besoin était, que la version originale de l’œuvre a su supplanter en terre germanique la traduction de Max Brod. Même s’il paraît peu probable que le premier opéra de Janáček soit un jour donné dans le monde entier sous son véritable titre, <em>Její pastorkyňa</em>, les travaux de Charles Mackerras ont permis d’imposer la partition authentique telle que l’avait voulue le compositeur et non dans la réorchestration arbitraire pratiquée par le directeur de l’Opéra de Prague en 1916. Malgré les aléas de la prise de son en direct, <strong>Dirk Kaftan</strong>, à la tête de l’<strong>Orchestre philharmonique de Graz</strong>, nous fait partager toute la saveur et toute la finesse de l’écriture de Janáček, qu’on aimerait toujours aussi bien défendue.</p>
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		<title>Sophia Brommer, Promessa</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/sophia-brommer-promessa-des-promesses-encore-des-promesses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2015 06:21:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Je sais que je dois parfois faire attention à ne pas trop en faire » confesse Sophia Brommer. Agée de 33 ans, cette soprano allemande, née à Leonberg, a étudié le chant à Munich avant d’étrenner, de 2007 à 2013, au sein de la troupe de l’Opéra d’Augsburg, quelques grands rôles du répertoire : Gilda, Mimi, Donna &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>Je sais que je dois parfois faire attention à ne pas trop en faire</em> » confesse <strong>Sophia Brommer</strong>. Agée de 33 ans, cette soprano allemande, née à Leonberg, a étudié le chant à Munich avant d’étrenner, de 2007 à 2013, au sein de la troupe de l’Opéra d’Augsburg, quelques grands rôles du répertoire : Gilda, Mimi, Donna Anna, Violetta, Susanna, Micaëla, Lulu… Et c’est vrai qu’elle a parfois tendance à en faire trop, Sophia Brommer. En témoigne à la fin de ce récital discographique – le deuxième chez Oehms Classics –, un « Glitter and be gay » outrancier. <em>Candide </em>est une œuvre hybride entre opéra et music-hall, Cunégonde une trainée. Soit. Faut-il pour autant traiter son air, pastiche belcantiste à l’écriture ô combien brillante, comme on boit au goulot une bouteille de brandy : gouailler les fins de phrase, écraser les sons, miauler des suraigus pas toujours très justes ? Puis, si l’on veut pinailler, que vient faire Bernstein dans un prétendu programme d’airs d’opéras italiens et français ? Si Sophia Brommer veut tenir la promesse affichée par le titre de son nouvel album, il lui faudra observer dans le registre comique la même sobriété que celle dont elle fait preuve pour interpréter des pages plus tragiques.</p>
<p>Il lui faudra aussi apprendre à prononcer correctement le français. Juliette, Manon et Micaëla seraient davantage recommandables si elles étaient intelligibles. Dommage car la dernière, surtout, possède un aplomb qui donne à la fiancée, souvent falote, de Don José son juste poids dramatique.</p>
<p>Sophia Brommer devra surtout adapter son répertoire à la nature d’une voix qui ne la prédispose pas forcément aux héroïnes italiennes. Portraiturées d’un chant acéré, avare de couleurs, pauvre en harmoniques, Gilda, Lucia, Elvira et même Violetta sont ici vierges frigides plus que jeunes filles en fleur – Nedda dépourvue de sensualité étant par définition un contresens. Des cérébrales et non des instinctives, ce qui n’enlève rien aux mérites de la soprano. La longueur de la voix lui permet d&rsquo;envisager sans fléchir un large éventail de rôles, tant lyriques que coloratures. La technique lui vaut d’oser trilles, variations et extrapolations parfois audacieuses dans l’aigu. L&rsquo;instinct théâtral est sûr si l&rsquo;on juge à la lecture décidée de la lettre d’Alfredo avant « Addio, del passato ».</p>
<p>L&rsquo;accompagnement de <strong>Dirk Kaftan</strong> n’est pas étranger à l’impression finalement bienveillante que l’on ressent à l’écoute de cet album, malgré les réserves émises précédemment. Tout au long de ces neuf plages, la complicité entre le chef d’orchestre et son interprète est évidente. Quoi de plus naturel quand on sait que Dirk Kaftan fut le directeur musical d’Augsburg avant d’être nommé en 2014 chef principal de l’Opéra de Graz. D&rsquo;ailleurs, la promesse de l‘une est celle de l’autre. Dirk Kaftan, distingué plusieurs fois par le magazine <em>Opernwelt</em>, n&rsquo;est guère plus connu que Sophia Brommer en dehors de l&rsquo;Allemagne. Cet enregistrement a pour le moins le mérite de nous les présenter.</p>
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