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	<title>Elodie KIMMEL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Elodie KIMMEL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Questionnaire de Proust : Elodie Kimmel et Loïc Felix, à la scène comme à la ville</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Oct 2024 16:27:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Après un joli succès à l&#8217;opéra de Rennes cet automne dans la Sérénade de Sophie Gail, la jeune femme &#8211; qui affectionne de sortir des sentiers battus &#8211; chante actuellement au Cadre Noir de Saumur avec l&#8217;Ensemble Amarillis qu&#8217;elle retrouvera notamment à la Folle journée de Nantes début 2025. Parallèlement à sa carrière lyrique, paraitra &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Après un joli succès à l&rsquo;opéra de Rennes cet automne dans la Sérénade de Sophie Gail, la jeune femme &#8211; qui affectionne de sortir des sentiers battus &#8211; chante actuellement au Cadre Noir de Saumur avec l&rsquo;Ensemble Amarillis qu&rsquo;elle retrouvera notamment à la Folle journée de Nantes début 2025. Parallèlement à sa carrière lyrique, paraitra le 15 novembre prochain son album de chansons originales en trio avec Jean-Michel Charbonnel et Cédric Affre.</strong></p>
<p><strong>Son compagnon, pour sa part, incarnera le Remendado dans<em> Carmen</em> à l&rsquo;opéra de Naples le mois prochain, puis le Père confesseur du couvent dans <em>Dialogues des Carmélites</em> au Théâtre des champs Elysées en décembre prochain. Lausanne et Munich seront ses prochaines destinations courant 2025.</strong></p>
<p><strong>Mon meilleur souvenir dans une salle d’opéra ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Lorsque j&rsquo;étais adolescente, <em>Orphée aux Enfers</em> par Laurent Pelly à l’Opéra de Lyon, avec Nathalie Dessay et Laurent Naouri. Cela a été un choc théâtral, dramaturgique et comique.<br />
LF&nbsp;: Un récital de Jessye Norman à la salle Pleyel en 1993 ou 1994. Décoiffant&nbsp;!</p>
<p><strong>Mon pire souvenir sur scène ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Un récital en plein hiver dans une salle pas assez chauffée.<br />
LF&nbsp;: Chanter masqué devant une salle quasiment vide pendant le Covid.</p>
<p><strong>Le livre qui a changé ma vie ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: <em>Les lettres à un jeune poète</em> de W.M. Rilke d&rsquo;abord, mais sincèrement&#8230; il y en a tant&nbsp;!<em> Bakita</em> de Véronique Olmi, <em>La rivière et son</em> <em>secret</em> de Zhu Xiao Mei, les nouvelles de S. Zweig&#8230;<br />
LF : Je ne dirais pas qu’un livre ait changé ma vie, mais<em> l’Alchimiste</em> de Paolo Coelho m’a fait repenser ma vision de la notion de Destin.</p>
<p><strong>Le chanteur du passé avec lequel j’aurais aimé me produire</strong>.<br />
EK&nbsp;: Il y en a beaucoup, mais je dirais Lisa della Casa ou Janet Baker même si elle est encore vivante.<br />
LF&nbsp;: Christiane Edda-Pierre et Alfredo Kraus.</p>
<p><strong>Mon plus grand moment de grâce face à une œuvre d’art.&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Je préfère parler de l’état de grâce qui m’a donné envie de chanter&nbsp;: enfant, découvrir pour la première fois la<em> Passion selon Saint-Jean</em> de Bach dirigée par Bertrand de Billy. Ce chef d’œuvre, interprété de la sorte, m’a transporté très loin.<br />
LF&nbsp;: Mon moment de grâce ce situe également hors de la sphère picturale. Il s’agit de la première fois que je suis entré à L’Opéra Garnier. Cet incroyable escalier, cette salle magnifique… C’est un sublime écrin d’or et de velours qui fait battre le cœur plus fort.</p>
<p><strong>La ville où je me sens chez moi ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Je me sens chez moi partout où les relations humaines sont harmonieuses.<br />
LF&nbsp;: Là où je suis né, à Cayenne. J’ai besoin d’y retourner très régulièrement.</p>
<p><strong>La ville qui m’angoisse ?&nbsp;</strong><br />
EK, LF, unanimes&nbsp;: Aucune&nbsp;!</p>
<p><strong>Le metteur en scène dont je me sens le plus proche ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Moche Leiser et Patrice Caurier ont transformé ma vie d’interprète.<br />
LF&nbsp;: Mariam Clément, Jean-François Sivadier ou Laurent Pelly qui ont pourtant des esthétiques très différentes.</p>
<p><strong>Mon pire souvenir avec un chef ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Un jour, un chef m’a fait appeler par le régisseur dans sa loge à l’entracte d&rsquo;un spectacle pour se livrer à des allusions déplacées, assez perturbantes. J&rsquo;ai mis plusieurs jours à me «&nbsp;rincer&nbsp;» de cela. Ce genre de comportement, souvent insidieux, reste fréquemment invisible pour les autres.</p>
<p>LF&nbsp;: Il y a longtemps que j’ai demandé à mon agent de refuser tout contrat pour moi si c’était pour un opéra sous la direction d’un certain chef qui, pour asseoir son autorité, choisi toujours un chanteur ou deux &#8211; cela n&rsquo;a jamais été moi, heureusement &#8211; et passe la production à leur hurler dessus et les reprendre sans raison. Ces scènes de despotisme, d’humiliation et de harcèlement je refuse de les vivre ou d’en voir des collègues victimes. J’ai, en général très peu de colère en moi, mais cette bêtise là me rend furieux. Je ne fais pas ce métier pour souffrir ou voir des collègues peiner à cause d’imbéciles. Bon… Il fallait que ça sorte, excusez-moi.</p>
<p><strong>Le chef ou la cheffe qui m’a le plus appris ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Michel Corboz. Il m’a enseigné ce que j’appellerais la voie de l’âme<br />
LF&nbsp;: Alain Altinoglu. Il a été pendant des années mon pianiste accompagnateur au conservatoire de Paris. Il avait 20 ans et déjà cette facilité à permettre aux chanteurs de dépasser les obstacles vocaux sans jamais parler technique. Toujours simple, limpide et bienveillant.</p>
<p><strong>À part chanter, ce que j’ai dû faire de plus compliqué sur scène ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Trouver en moi l’endroit où nait la pulsion de violence physique, afin de la transposer envers quelqu’un d’autre de la manière la juste dans mon jeu d’actrice. Je me suis rendu compte que ce n’était vraiment pas dans ma nature et donc très difficile.<br />
LF&nbsp;: Un metteur en scène m’a demandé de commencer mon air les bras écartés et de le finir avec les mains jointes. Ce mouvement devait être quasi imperceptible. Je passais donc tout mon air à calculer si j’allais trop vite ou trop pas assez, et surtout à tétaniser&nbsp;!</p>
<p><strong>Si je pouvais apprendre un instrument du jour au lendemain, lequel serait-il ?</strong><br />
EK&nbsp;: Pourquoi pas apprendre la harpe afin de m’accompagner à l&rsquo;exemple de Sophye Soliveau, dont j&rsquo;adore le travail.<br />
LF&nbsp;:Cela fait deux ou trois ans que j’ai envie de m’inscrire dans un conservatoire pour m&rsquo;initier à la trompette, mais comme je ne trouve pas le temps…. Du jour au lendemain ce serait bien.</p>
<p><strong>Un opéra dont j’aurais voulu être le créateur du rôle-titre ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Blanche de la Force dans le <em>Dialogue des Carmélites</em>.<br />
LF&nbsp;: Ce n’est pas le rôle-titre, mais j’aurais bien aimé être le premier Pedrillo…. Pourquoi pas avec Christiane Edda-Pierre (en Constance) et Alfredo Kraus (en Belmonte).</p>
<p><strong>Le chanteur du passé dont l’écoute m’a le plus appris ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Christine Schäefer. Je l’ai énormément écoutée et j’ai beaucoup appris de son art pendant mes années étudiantes.<br />
LF&nbsp;: Alfredo Kraus…. Oui je sais, ça fait trois fois que je le cite.</p>
<p><strong>Le chanteur du présent que je trouve d’une générosité rare ?</strong><br />
EK&nbsp;: Nora Gubisch. Généreuse, tant sur scène que dans la vie &#8211; après Loïc Félix évidemment -.<br />
LF : &nbsp;Je pourrais en citer plusieurs, mais quelqu’un comme Brandon Jovanovich est assez étonnant de générosité et de disponibilité &#8211; après Elodie Kimmel naturellement -.</p>
<p><strong>Si j’étais un personnage de Disney ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: La princesse Mérida dans Rebelle.<br />
LF&nbsp;: Baloo… Parce qu’il en faut peu pour être heureux.</p>
<p><strong>Mon plus grand moment d’embarras ?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Il y en a eu beaucoup et en même temps aucun&nbsp;! La scène et la représentation de soi est vraiment le meilleur moyen pour apprendre que le ridicule ne tue pas.<br />
LF : Je sors de ma loge en courant, j’entre en scène vraiment de justesse et je me rends compte au bout de cinq secondes que je suis rentré… sans ma perruque. Heureusement, c’était celle de Basilio dans le finale du IV des<em> Noces de Figaro</em>, je n’étais donc pas au premier plan. J’ai essayé de sortir à reculons, plus ou moins discrètement, pour la chercher.<br />
J’ai aussi un autre problème; Cela m’arrive rarement mais cela m’arrive : je suis incapable de maîtriser un fou rire.</p>
<p><strong>Le compositeur auquel j’ai envie de dire «&nbsp;mon cher, ta musique n’est pas pour moi »&nbsp;?&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Wagner, taillé trop large pour mon instrument, je crois&nbsp;!<br />
LF&nbsp;: Lequel précisément, je ne sais pas, mais c’est forcément un compositeur de musique contemporaine.</p>
<p><strong>Ma personnalité historique préférée.&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Il y a beaucoup de personnalités qui m’inspirent. Vous me poseriez la question demain, je citerais peut-être d&rsquo;autres noms. Pour aujourd’hui, il y a par exemple &#8211; certaines sont encore de ce monde, hourrah! &#8211; Ghandi, Simone Weil, Maya Angelou, Roberta Flack, Margaret Atwood&#8230;<br />
LF&nbsp;: Victor Schoelcher.</p>
<p><strong>Si l’étais un Lied ou une Mélodie.</strong><br />
EK&nbsp;: «&nbsp;Du Bist die Ruh&nbsp;», un poème de F. Rückert mis en musique par F. Schubert.<br />
LF&nbsp;: Tout le cycle Songs of Travel de Vaughan Williams ainsi que la chanson de la mort de Don Quichotte de J. Ibert.</p>
<p><strong>Mon pire souvenir historique des 40 dernières années.&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Les attentats du 13 novembre 2015. J&rsquo;ajouterais que ces derniers temps beaucoup d’événements sont très alarmants.<br />
LF&nbsp;: Les attentats du 13 novembre 2015 et la période Covid.</p>
<p><strong>Le rôle que je ne chanterai plus jamais.&nbsp;</strong><br />
EK&nbsp;: Le rôle qui a marqué mes débuts à Glyndebourne&nbsp;: Emmie dans Albert Herring de Britten<br />
LF&nbsp;: Euuuuh… Non, je veux bien continuer à les chanter tous.</p>
<p><strong>Ma devise.</strong><br />
EK&nbsp;: «&nbsp;La vie ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie&nbsp;»<br />
LF&nbsp;: Le mieux est l’ennemi du bien… ou encore, ne rien souhaiter que l’on ait déjà.</p>
<p>Pour en savoir plus&nbsp;:<br />
<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.loicfelix.com">www.loicfelix.com</a> (également présent sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/channel/UCRoBTtdAl7b9q0dVCVD7uJg/videos">Youtube</a>)<br />
<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.elodiekimmel.fr">www.elodiekimmel.fr</a> (également présente sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/@elodiekimmel1739">Youtube</a> en solo et avec le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/@ormaieduo">duo Ormaie</a>)</p>
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		<title>GAIL, Sérénade &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gail-serenade-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Oct 2024 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Compositrice, chanteuse, femme affranchie – divorcée, mère de quatre enfants, nés de quatre pères différents – Sophie Gail est une figure remarquable de la Restauration. Célèbre en son temps, elle tomba injustement dans l&#8217;oubli jusqu&#8217;à ce que les têtes chercheuses du Palazzetto Bru Zane n&#8217;exhument le dernier ouvrage lyrique de l&#8217;artiste, emportée prématurément par la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Compositrice, chanteuse, femme affranchie – divorcée, mère de quatre enfants, nés de quatre pères différents – Sophie Gail est une figure remarquable de la Restauration. Célèbre en son temps, elle tomba injustement dans l&rsquo;oubli jusqu&rsquo;à ce que les têtes chercheuses du Palazzetto Bru Zane n&rsquo;exhument le dernier ouvrage lyrique de l&rsquo;artiste, emportée prématurément par la tuberculose à 43 ans.<br /><em>La Sérénade</em> est une œuvre d&rsquo;autant plus remarquable qu&rsquo;à une compositrice s&rsquo;associe une librettiste, Sophie Gay. S&rsquo;appuyant sur une pièce de la fin du XVIIe siècle due à Jean-François Regnard – en pleine nostalgie de l&rsquo;Ancien Régime – toutes deux reprennent ici une trame classique du registre de la comédie de mœurs qui n&rsquo;est pas sans évoquer Molière ou Beaumarchais et son<em> Barbier de Séville</em> : Scapin et Marine aident donc leurs maîtres à sortir la jeune Leonore des serres de Monsieur Grifon, barbon qui entend épouser la belle plutôt que de faire le bonheur de son fils, amoureux de celle-ci.</p>
<p>Jean Lacornerie enrichit habilement cette trame convenue d&rsquo;un théâtre dans le théâtre, qui permet d&rsquo;impliquer les spectateurs dans le spectacle en construction sous leurs yeux. Ils assistent à la première lecture de la pièce : distribution des rôles, improvisations sur le plateau avec quelques accessoires de fortune, questionnements des interprètes&#8230; Ce dispositif explicite le contexte de création de l’œuvre, son sous-texte, avec verve, sans lourdeur pédagogique.</p>
<p>L&rsquo;excellent <strong>Gilles Vajou</strong> incarne le metteur en scène qui précise les références musicales et littéraires, détaille les éléments censurés tout en précisant la biographie de la compositrice.<br />Or, cette musique qui relève souvent du pastiche, qui joue de ses héritages, exige la complicité du spectateur. Nous en redonner les codes permet d&rsquo;en goûter tout le sel. L&rsquo;intelligence de la proposition – déjà explorée avec talent dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-chauve-souris-rennes-sortir-du-cadre/"><em>la Chauve-Souris</em></a> – est d&rsquo;utiliser pour ce faire une adresse directe au public ainsi que des outils purement théâtraux qui irriguent toute la représentation.</p>
<p>Les lumières soignées de <strong>Kevin Briard</strong> soulignent la scénographie de<strong> Bruno de Lavenère</strong>, réduite mais très graphique avec ombres chinoises, cyclo&#8230; Un plateau tournant sert habilement le propos : d&rsquo;une part, le temps de la représentation est circulaire puisque nous multiplions les allers-retours entre passé et présent ; d&rsquo;autre part, de travestissements en quiproquos, tout ce petit monde se cherche, se poursuit, se cache ; enfin le mécanisme permet des effets assez rares – et séduisants pour l&rsquo;oreille – comme dans le sextuor, où la rotation met en valeur chaque voix alternativement.</p>
<p>L&rsquo;espace, qui joue des noirs mats et brillants, sublime les pimpants costumes de <strong>Marion Bénagès</strong> qui s&rsquo;amusent brillamment des différents temps de l&rsquo;action et des attaches psychologiques des personnages : éléments XVIIe pour les plus âgés, attachés à l&rsquo;ordre ancien et au temps de la pièce de Regnard ; XVIIIe et couleurs franches pour les figures de la commedia dell&rsquo;arte ; le tout, enfin, mâtiné d&rsquo;éléments contemporains pour habiller les comédiens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/6A7A8949-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-173372"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Laurent Guizard</sup></figcaption></figure>


<p>Crée à l&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-serenade-avignon-les-sophie-font-un-malheur/">opéra Grand Avignon en 2022</a>, le spectacle conserve presque tous ses interprètes, animés d&rsquo;un esprit de troupe tout de pirouettes et de joie, au rythme aussi impeccable que la diction. Comédien de haut vol à la prosodie impeccable, au beau timbre velouté projeté avec autorité, <strong>Thomas Dolié</strong> campe un Scapin vibrionnant qui affronte avec détermination une partition acrobatique. Ecrite pour le chanteur Jean-Blaise Martin, qui donna son nom à la tessiture éponyme (celle du baryton Martin) elle exige autant de graves que d&rsquo;aigus, jusqu&rsquo;à la voix de fausset – qui s&rsquo;avère ici un point faible, aisément pardonnable.</p>
<p><strong>Elodie Kimmel</strong> lui donne la réplique en Marine avec un abattage accompli, mâtiné d&rsquo;espièglerie et d&rsquo;un joli jeu de couleurs.<br />Ce duo de valet en volerait presque la vedette au couple d&rsquo;amoureux, <strong>Pierre Derhet</strong> et <strong>Julie Mossay</strong>, pleins de peps et d&rsquo;humour, tandis que <strong>Vincent Billier</strong> et <strong>Carine Séchaye</strong> composent une délectable paire d&rsquo;odieux ancêtres avaricieux, empêcheurs d&rsquo;aimer en rond.<br /><strong>Jean François Baron</strong> complète avantageusement la distribution tandis que l&rsquo;<strong>Orchestre National de Bretagne</strong> – même s&rsquo;il joue sur instruments modernes et se révèle un peu « vert » sur la partition – contraste et colore chaque pupitre sous la houlette très attentive de <strong>Rémi Durupt</strong>.</p>
<p>Cette production, à applaudir jusqu&rsquo;au 5 octobre, s&rsquo;inscrit dans le temps fort <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.opera-rennes.fr/fr/programmation">« femmes compositrices »</a> de l&rsquo;opéra de Rennes avec une exposition et, le vendredi 4 octobre, un récital harpe/voix intitulé « Romances d&#8217;empire » qui donnera à entendre les airs qui ont notoirement participé à la notoriété de Sophie Gail. Un programme gravé au disque par les deux artistes, Maïlys de Villoutreys et Clara Izambert.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gail-serenade-rennes/">GAIL, Sérénade &#8211; Rennes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>GAIL, La Sérénade — Avignon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-serenade-avignon-les-sophie-font-un-malheur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Composé en 1818, tombé dans un profond oubli depuis 200 ans, La Sérénade est le cinquième ouvrage lyrique de Sophie Gail, sur un livret de Sophie Gay, qui arrangea la comédie de Regnard. Une conjonction singulière (de Debora Waldman à Frédéric Roels, sans oublier Alexandre Dratwicki et bien d’autres) nous vaut cette redécouverte (*). Femme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Composé en 1818, tombé dans un profond oubli depuis 200 ans, <em>La Sérénade</em> est le cinquième ouvrage lyrique de Sophie Gail, sur un livret de Sophie Gay, qui arrangea la comédie de Regnard. Une conjonction singulière (de <strong>Debora Waldman</strong> à Frédéric Roels, sans oublier Alexandre Dratwicki et bien d’autres) nous vaut cette redécouverte (*). Femme cultivée, ayant reçu une solide formation musicale, Sophie Gail connut la célébrité en son temps, particulièrement à travers ses nombreuses romances, qu’elle chanta en s’accompagnant dans toute l’Europe. Heureux hasard, un récent enregistrement permettait d’en apprécier l’originalité comme la qualité (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/cd/romances-dempire-sophie-gail-rendre-sa-chance-a-la-romance">Rendre sa chance à la romance</a>). Fétis, dont elle avait été l’élève, nous apprend (1837, IV p. 243) : « …Après un repos de plusieurs années, Mme Gail rentra dans la carrière dramatique par l’opéra de <em>La Sérénade</em> (…). Le succès de cet ouvrage fut complet (**) : la musique s’y faisait surtout remarquer par un bon sentiment de l’expression scénique. Ce fut la dernière production de l’auteur. » En effet, elle disparut, terrassée par la tuberculose à 43 ans, un an après la création.</p>
<p>Pour cette re-création courageuse, le parti a été pris de donner l’ouvrage dans toute sa richesse au travers d’une présentation – représentation, animée par notre Monsieur Loyal (que l&rsquo;on retrouvera sous le costume de Champagne), organisateur des festivités. Ainsi, le public est associé dès le début à la composition de l’ouvrage, à son élaboration dramatique et musicale : il est le témoin de la collaboration de la librettiste et de la compositrice, comme des acteurs-chanteurs qui lui prodigueront tant d’occasions de sourire, de rire, d’émotion aussi. L’incessante alternance entre la pièce et son élaboration dramatique et musicale est particulièrement réussie. Elle explicite en outre, avec esprit et intelligence, le contexte de l’écriture et de la réception de l’ouvrage. <strong>Jean Lacornerie</strong>, familier du procédé et du genre, y réussit l’exploit de tenir le public en haleine, avec sa complicité permanente. L’originalité du procédé, qui va bien au-delà de ce que Britten et Eric Crozier avaient pensé pour <em>Le petit ramoneur</em>, est bienvenue pour permettre au plus grand nombre de s’approprier l’ouvrage au moyen de sa participation. L’idéal aurait été de voir et réécouter ensuite <em>La Sérénade</em> dans sa version originale, sans ces ajouts bienvenus. La durée l’interdisait.</p>
<p>Décors (<strong>Bruno de Lavenère</strong>), costumes (<strong>Marion Bénagès</strong>) et lumières de <strong>Kevin Briard</strong> participent efficacement et  harmonieusement à cette volonté de renouer avec les traditions du XVIIIe – ainsi le recours aux ombres chinoises, les nuages etc. – tout en y associant les spectateurs.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="214" src="/sites/default/files/styles/large/public/serenade_ombres.jpg?itok=fZIlhnrv" title="théâtre d'ombres de La Sérénade © Mickaël &amp; Cédric - Studio Delestrade " width="468" /><br />
	théâtre d&rsquo;ombres de La Sérénade © Mickaël &amp; Cédric &#8211; Studio Delestrade </p>
<p>Les textes parlés de la comédie exigent des chanteurs qu’ils se doublent de parfaits acteurs, et le contrat est rempli. La qualité de diction est indéniable et l’engagement dramatique de chacun, constant. Au cœur de l’intrigue, Scapin est incarné par <strong>Thomas Dolié</strong>, magistral d’aisance et de plénitude vocale, d’une vérité dramatique éclatante. L’habile valet de comédie, coquin généreux et vénal, Leporello et Figaro, au chant ample et expressif, toujours intelligible, est le plus sollicité, et chacune de ses interventions est un bonheur, d’autant que son jeu est exemplaire. Marine, <strong>Elodie Kimmel</strong>, est son impertinente et délurée partenaire. Notre soprano, suivante de Madame Argante, se situe au même niveau d’excellence. Sa polonaise, les nombreux ensembles auxquels elle participe, en font le premier rôle féminin. Le jeune Valère, épris de celle que veut épouser son père, est confié à <strong>Enguerrand de Hys</strong>. Dès son duo avec Scapin « Que dis-tu ? Renoncer à l&rsquo;objet que j&rsquo;adore », au sextuor, comme au boléro « Amo te solo » , il donne vie à son personnage, servi par la voix et le jeu que l&rsquo;on apprécie toujours. <strong>Vincent Billier</strong>, solide baryton-basse, chante et joue fort bien Monsieur Grifon, le riche et naïf barbon. En Madame Argante, nous retrouvons avec plaisir <strong>Carine Séchaye</strong>. La mezzo suisse confirme la sûreté de ses moyens et son aisance dans le plus large registre, mais aussi ses talents de comédienne. Promise à Grifon, le père de Valère, Léonore est <strong>Julie</strong> <strong>Mossay</strong>. Le timbre manque de lumière et une certaine gaucherie en altère le jeu. Monsieur Mathieu (<strong>Jean François Baron</strong>) est bien ce filou complice du barbon. Remarquable comédien-chanteur,<strong> Gilles Vajou </strong>campe un truculent Champagne, valet de Mathieu. Il est servi par un jeu exemplaire et une voix sûre. « Boire et ne jamais se griser » mérite de figurer parmi les meilleures chansons bachiques.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/serende_nouvelle.jpg?itok=k2wbq5H1" title="le processus de création de La Sérénade © Mickaël &amp; Cédric - Studio Delestrade " width="468" /><br />
	le processus de création de La Sérénade © Mickaël &amp; Cédric &#8211; Studio Delestrade </p>
<p>Les ensembles, duos, trios (dont la barcarolle <em>O pescator dell&rsquo;onda</em>), le sextuor comme le finale, auquel, ce soir participe le public, sont autant de prouesses d’écriture, toujours séduisante, riche et subtile. Le chœur, masculin, n&rsquo;intervient qu&rsquo;au terme de l&rsquo;ouvrage et n&rsquo;appelle que des éloges. L’ Orchestre national Avignon-Provence donne le meilleur de lui-même, les bois et cors par deux tout particulièrement. Les cordes nous valent de beaux soli. Pleinement investie, Debora Waldman défend l’ouvrage comme si elle l’avait écrit, mimant le chant, précise dans sa gestique claire : un modèle de style pour une musique pétillante, riche à souhait. Encore un grand bravo à tous les artisans de cette extraordinaire redécouverte, que l&rsquo;on souhaite partagée par le plus large public, puisque la production sera reprise à Angers, Nantes, Rennes et Toulon, et sans doute ailleurs.</p>
<p>(*) Musique pétillante, où les citations abondent, subtilement dissimulées dans la trame vocale et instrumentale (Bach, Sacchini, Zingarelli, alors en vogue). Plus qu’à Boieldieu, on pense à Mozart et à Rossini. Ce dernier dès l’ouverture, puis l’air de Scapin, par exemple.<br />
(**) Publiée en 1881, la critique de Félix Clément, qui n’avait pu voir l’ouvrage, ne doit être prise que comme témoignage d’un maître de chapelle misogyne quelque peu tartuffe : « Il est singulier que les femmes qui écrivent pour le théâtre soient moins réservées dans le choix des situations et même dans celui des expressions que les hommes. La pièce de M<sup>me</sup> Sophie Gay, non-seulement offense ce qu&rsquo;on appelle les mœurs dramatiques, mais elle offre des images et des mots qui choquent la bienséance. Valère et Léonore sont épris l&rsquo;un de l&rsquo;autre ; malheureusement c&rsquo;est le père de Valère qui prétend épouser la jeune fille. Il est berné, dupé, trompé et même volé, avec le consentement de son fils, par Scapin et Marine, le valet et la suivante des amoureux. On lui fait payer les frais d&rsquo;une sérénade qu&rsquo;il avait préparée pour sa belle. Que Scapin soit fripon, cela est proverbial. Mais que des enfants désirent la mort de leurs parents pour en hériter, cela ne s&rsquo;est vu que chez les Romains, au temps de Plaute et de Térence. Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas même dans une pièce le contraste d&rsquo;un sentiment honnête et désintéressé, voilà qui dépasse les limites de la tolérance que comporte ce genre d&rsquo;ouvrages. »</p>
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		<title>MONTEVERDI, L&#039;Incoronazione di Poppea — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-couronnement-de-poppee-nantes-un-bon-bain-de-sang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2017 02:57:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la fin de la première partie de ce Couronnement de Poppée nantais, on se dit que le tandem Patrice Caurier-Moshe Leiser a une fois de plus trouvé un juste milieu. Transposition à notre époque, comme bien d’autres l’ont déjà, mais sans gadget inutile, sans téléphones portables ou caméra à l’épaule. On trouverait presque cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la fin de la première partie de ce <em>Couronnement de Poppée</em> nantais, on se dit que le tandem <strong>Patrice Caurier-Moshe Leiser</strong> a une fois de plus trouvé un juste milieu. Transposition à notre époque, comme bien d’autres l’ont déjà, mais sans gadget inutile, sans téléphones portables ou caméra à l’épaule. On trouverait presque cette production trop sage car, passé le choc initial d’un prologue qui démarre fort – sans la moindre note de musique préalable – avec Fortuna chassant brutalement Virtù (toutes deux en smoking) par la porte du rideau de fer, avant de se prosterner devant Amour, adolescent torse nu et tout doré. A part la violence avec laquelle Néron balance son sac de sport dans une vitre qui éclate, le spectacle est sobre, les deux nourrices n’en font pas des tonnes, et Octavie conserve sa dignité. Non, il n’y a que cette dernière scène avant l’entracte qui surprend : après s’être couché dans un sac de couchage à même le sol, Sénèque accepte de se suicider et ses <em>famigliari</em> lui apportent obligeamment une baignoire vide où il s’assied tout habillé pour s’ouvrir les veines. Après l’entracte, on comprend mieux : la baignoire est encore là et Néron pourra aller y caresser son précepteur mort. Et après ce premier meurtre prévu par le livret, les metteurs en scène en ajoutent plusieurs que Busenello n’avait pas imaginés. L’empereur tranche la gorge de Lucain, qui vient de le sodomiser quelques secondes auparavant ; Octavie, qui boit maintenant la vodka au goulot, se jette dans le vide comme Tosca ; Drusilla s’en tire bien, car Néron n’a que commencé à lui faire subir un passage à tabac dans les règles. On le savait, <em>Le Couronnement de Poppée</em> est une œuvre immorale, où les méchants gagnent à la fin. Les heureux amants ont du sang sur les mains ? La métaphore est ici prise au pied de la lettre, et Cupidon, qui n’a cessé de voltiger fort joliment à travers la scène, vient enduire de sang le visage et les mains de Néron et Poppée qui s’embrassent durant un « Pur ti miro » invraisemblablement ralenti, cependant que le sang ruisselle par barils entiers sur le fond du décor. Le trait est un peu épais, mais on a compris.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="321" src="/sites/default/files/styles/large/public/poppee-photo_jef_rabillon_50625_preview.jpeg?itok=GMAGiZ_K" title="L. Lopez Gonzalez, C. Skearth, E. Gilbertsson © Jef Rabillon" width="468" /><br />
	L. Lopez Gonzalez, C. Skearth, E. Gilbertsson © Jef Rabillon</p>
<p>Peut-être faut-il qu’en mettant en scène, Caurier et Leiser mettent les points sur les i parce que vocalement, les choses ne vont pas tout à fait dans le même sens. Comment pourrait-on détester Poppée lorsqu’elle a pour interprète <strong>Chiara Skerath </strong>? Le timbre fruité de la soprano belgo-suisse est si porteur d’émotion que l’héroïne attire la sympathie ; loin d’être une séductrice calculatrice, sa Poppée paraît sincère et animée des meilleures intentions. Quant au Néron d’<strong>Elmar Gilbertsson</strong>, sa voix est loin d’être désagréable, mais elle semble finalement moins expressive que son jeu scénique. Pourquoi avoir choisi un Néron ténor, pour un rôle initialement destiné à un castrat ? Et le problème ne se pose pas que pour l’empereur. Sans remonter aux représentations données en 1978 à l’Opéra de Paris, ce n’est pas si souvent qu’Ottone et Valletto sont confiés à un baryton et à un ténor. Si c’est au nom d’un principe – contestable – de vérité dramatique, pourquoi alors respecter le travesti des nourrices ? Il ne s’agit nullement de reproches adressés à <strong>Renato Dolcini</strong> ou à <strong>Gwilym Bowen</strong>, qui tiennent fort bien leur rôle, mais d’une interrogation plus générale sur les choix musicologiques ici opérés. Pas d’ouverture, on l’a dit ; pas d’apparition de Mercure pour annoncer à Sénèque qu’il va mourir ; on s’étonne même que le chœur, habillé en courtisans de principauté d’opérette, ait été sollicité pour chanter quelques minutes avant la fin de l’œuvre. L’ensemble Il Canto di Orfeo ne compte qu’une dizaine d’instrumentistes, mais il sonne suffisamment en fosse, surtout quand retentissent les percussions, à chaque fois qu’il est question de guerre (tout comme on entend la même dissonance quand revient le mot « amer », par exemple). Puisque Moshe Leiser partage la direction avec <strong>Gianluca Capuano</strong>, il est vraisemblable qu’il ait sa part de responsabilité dans le choix des voix.</p>
<p><strong>Rinat Shaham</strong> impressionne d’emblée par sa Fortuna très en voix, ou du moins par des graves poitrinés, également très employés par son Octavie, et qui font leur effet même s’ils évoquent une certaine façon de chanter Carmen, rôle fétiche de la soprano israélienne. Superbe Figaro la saison dernière, <strong>Peter Kálmán</strong> est un Sénèque vocalement superbe, mais dont la personnalité est moins nettement dessinée par la production. <strong>Elodie Kimmel </strong>est une fraîche Drusilla, <strong>Logan Lopez Gonzalez</strong> un Amour espiègle à souhait, et <strong>Mark Van Arsdale </strong>un Lucain aussi lubrique que possible. Côté nourrices, <strong>Eric Vignau</strong> joue très habilement de la voix de tête pour négocier les passages un peu trop haut du rôle d’Arnalta, tandis que <strong>Dominique Visse</strong> livre un numéro assez exceptionnellement retenu en rombière adepte du tabac à priser. </p>
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		<title>HAENDEL, Acis and Galatea — Utrecht</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/acis-and-galatea-utrecht-les-teletubbies-chez-bob-wilson/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Feb 2017 06:44:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connaît un peu en France l’ensemble BarokOPera Amsterdam, qui est parfois passé par Paris au cours de ses tournées : on garde ainsi le souvenir d’un hilarant King Arthur donné à l’Athéne-Louis Jouvet. Directrice artistique de cet orchestre, notre compatriote Frédérique Chauvet, flûtiste et chef, confirme ses affinités avec la musique d’outre-Manche en abordant  Acis &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît un peu en France l’ensemble <strong>BarokOPera Amsterdam</strong>, qui est parfois passé par Paris au cours de ses tournées : on garde ainsi le souvenir d’un hilarant <em>King Arthur</em> donné à l’Athéne-Louis Jouvet. Directrice artistique de cet orchestre, notre compatriote <strong>Frédérique Chauvet</strong>, flûtiste et chef, confirme ses affinités avec la musique d’outre-Manche en abordant  <em>Acis and Galatea</em>, petit chef-d’œuvre de Haendel, où le compositeur déploie tout son art au service d’un format moins ambitieux que ces grands opéras, mais pour une réussite incontestable. La douzaine d’instrumentistes que compte l’orchestre suffit à rendre justice à cette partition plusieurs fois remaniée : on soulignera notamment la belle volubilité des deux hautbois qui contribuent ici à évoquer l’élément liquide si présent dans l’intrigue, puisque Galathée, nymphe des eaux, finira par transformer Acis en source limpide.</p>
<p>Le spectacle présenté depuis début janvier et jusqu’à la mi-mars à travers différentes villes des Pays-Bas a été créé en Bretagne en juillet 2016, avant d’être proposé en Suisse en novembre. Pour la tournée néerlandaise, la distribution a été presque entièrement renouvelée depuis les représentations données à Dinard. On découvre ainsi en Galathée la jeune soprano française <strong>Elodie Kimmel</strong>, à qui Raphaël Pichon avait fait en 2013 un cadeau empoisonné : remplacer Gaëlle Arquez dans <em>Hippolyte et Aricie</em>, lourde responsabilité qui avait alors empêché de juger cette chanteuse à sa juste valeur. Quatre ans plus tard, l’artiste paraît infiniment plus convaincante et compose une attachante néréide, dont le timbre se pare de couleurs fort bienvenues. En Acis,<strong> Jan-Willem Schaafsma</strong> est exactement le type de ténor que l’on attend dans ce répertoire, mais il lui manque parfois un peu de puissance, qui lui permettrait d’émettre plus franchement des notes qu’il semble se contenter d’effleurer. <strong>Marc Pantus</strong> est un Polyphème plus baryton que basse : même s’il atteint sans difficulté le bas de la tessiture du rôle, on aimerait une voix plus sombre, qui rend le cyclope plus effrayant. On salue enfin la prestation des cinq chanteurs complétant la distribution : une soprano, trois ténors et un baryton, effectif réduit qui donne un caractère madrigalesque aux interventions du chœur. S’en détache pour quelques airs la piquante <strong>Salomé Zangerl</strong> et l’émouvant <strong>Falco van Loon</strong>, pour un étrange partage du personnage de Damon : si la plupart de ses premiers airs sont confiés à la soprano, le dernier, « Consider », revient au ténor (les enregistrements disponibles dans le commerce optent tantôt pour l’une – Patricia Petibon dans la version de William Christie 1999 – tantôt pour l’autre – Paul Agnew, Acis dans la susdite intégrale, devient Damon dans le DVD Opus Arte capté en 2009 à Covent Garden). Et l’on sursaute quand tout un rend de spectateurs se met à jouer les choristes pour un des numéros de la partition : qui sont-ils ? de talentueux amateurs venus en renfort ? Mystère.</p>
<p>Hélas, ce qui est proposé à l’œil est un peu moins enthousiasmant que ce qui est donné à entendre, et la mise en scène réglée par <strong>Julien Chavaz</strong> semble tiraillée entre différentes orientations possibles sans parvenir à choisir entre elles. L’action est située dans un décor d’un dépouillement extrême, comme il convient à un spectacle amené à beaucoup tourner, dépouillement très bobwilsonien, dont les éclairages rappellent étrangement certaine <em>Passion selon saint Jean </em>ou <em>Tétralogie</em> vue au Châtelet. Cette esthétique est tout à fait défendable, mais on est un peu surpris de voir les cinq membres du chœur, vêtus de layette beige qui les transforme en moutons, faire des galipettes à travers ce décor et se comporter comme les Teletubbies, héros de la télévision pour nourrissons. Les autres costumes ne manquent pas non plus de surprendre : que le berger Acis porte une cape laineuse, on peut le comprendre, mais il était moins importun de le coiffer d’une perruque évoquant Sylvie Vartan dans les années 1970. Monsieur Muscle habillé de cailloux, Polyphème devient ici un personnage exclusivement ridicule. Galathée est tout de bleu vêtue et maquillée, pour signifier son attachement à l’élément liquide, et sa perruque rappelle la photographie de Man Ray <em>Femme aux cheveux longs</em> : le personnage y perd une bonne partie de son humanité, et ses mouvements de danseuse se heurtent à la démarche à la Aldo Maccione qu’adopte le cyclope.</p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-nantes-sexe-drogue-et-serenade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Mar 2016 06:01:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les mythes sont une matière ductile qui se prête à bien des interprétations. Don Giovanni n&#8217;échappe pas à cette règle et si certains metteurs en scène tirent l&#8217;oeuvre vers la légèreté, comme le BarokOpera Amsterdam l&#8217;an dernier, Losey par exemple a marqué en donnant au personnage éponyme la stature d&#8217;un jouisseur triomphant. Patrice Caurier et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les mythes sont une matière ductile qui se prête à bien des interprétations. Don Giovanni n&rsquo;échappe pas à cette règle et si certains metteurs en scène tirent l&rsquo;oeuvre vers la légèreté, comme le BarokOpera Amsterdam l&rsquo;an dernier, Losey par exemple a marqué en donnant au personnage éponyme la stature d&rsquo;un jouisseur triomphant. <strong>Patrice Caurier et Moshe Leiser </strong>choisissent pour Angers Nantes Opéra de plonger dans la noirceur la plus radicale avec un héros torturé et autodestructeur. Sa vie n&rsquo;a pas de sens, seul le gouffre l&rsquo;attire&#8230; Voilà une problématique intemporelle mais qui parle fort lorsqu&rsquo;elle est transposée à notre époque.</p>
<p>Le décor de Christian Fenouillat campe une terne façade de HLM, nous plongeant dans un univers si ce n&rsquo;est franchement laid, du moins éminemment trivial et quotidien. Il décline avec ses costumes contemporains le même camaïeu de gris, comme autant de nuances visibles menant à l&rsquo;obscur.</p>
<p>« <em>Don Giovanni n&rsquo;est pas une histoire séduisante, c&rsquo;est une histoire terrible, une expérience forte, violente </em>», résumait Patrice Caurier lors de la conférence de presse. La mise en scène refuse donc de céder à l&rsquo;esthétisme ou au charme du costume d&rsquo;époque qui pourraient détourner les spectateurs du sujet central de l&rsquo;oeuvre. Effectivement toute distanciation historique – et partant, émotionnelle – est ici impossible, et le propos, totalement contemporain, devient singulièrement oppressant.</p>
<p>Dés le lever du rideau, Don Giovanni, violeur et assassin, se révèle également toxicomane, alternant crises de manque et extases cocaïnées. Voilà qui n&rsquo;est pas mozartien, certes, mais rend très lisible pour le spectateur la dimension destructrice de l&rsquo;addiction de Don Giovanni aux femmes en la doublant de cette dépendance beaucoup moins acceptable socialement. L&rsquo;aristocrate n&rsquo;est pas un être de plaisir, de désir, mais un malade lancé dans une inéluctable course vers l&rsquo;abîme. <strong>John Chest </strong>incarne le personnage avec un brio exceptionnel de fragilité et de puissance combinées. Les aigus sont aussi délicats que l&rsquo;assise vocale est pleine, sereine. Son Don Giovanni est tour à tour repoussant, perdu ou même attendrissant, comme dans la sérénade, moment de profonde solitude où, il s&rsquo;effondre, aucune femme ne répondant à son appel. Refusant les facilités que son physique pourrait pourtant lui permettre, le baryton joue peu du registre de la séduction et c&rsquo;est tellement plus fort ainsi ! Pour lui, la seule grandeur possible consiste à affronter la mort avec panache même si le festin qu&rsquo;il offre au commandeur n&rsquo;est qu&rsquo;un vulgaire sandwich sous cellophane.</p>
<p>Face à lui, le Leporello de <strong>Ruben Drole</strong> est également exceptionnel. Le baryton nous avait ravi en Papageno et donne ici la pleine mesure de son talent. Diction impeccable, timbre profond servent de très beaux jeux de couleurs vocales et une palette émotionnelle magnifique qui va de l&rsquo;humour potache aux accents les plus déchirants. La relation sado-masochiste qui l&rsquo;unit à son maitre prend des accents clairement amoureux et homosexuels&#8230; choix discutable certes par rapport à la « lettre » de l&rsquo;opéra mais cohérent avec la perpétuelle quête de transgression de Don Giovanni.</p>
<p>Si le binôme maître/serviteur est si convaincant en dépit des libertés prises avec les didascalies du livret, c&rsquo;est que la direction d&rsquo;acteurs est précise, nuancée, car tous les chanteurs sont pareillement habités et crédibles. De ce fait, la soirée se déroule dans une tension émotionnelle extrêmement bien maitrisée qui ne se relâche à aucun moment, chose finalement plutôt rare à l&rsquo;opéra. D&rsquo;ailleurs en dépit de la qualité des interprétations – et d&rsquo;applaudissements très enthousiastes à la fin de la représentation – la salle reste généralement silencieuse entre les airs, comme trop absorbée par le déroulement de l&rsquo;action et les douleurs de chaque personnage pour applaudir :</p>
<p>On compatit aux déchirements d&rsquo;Elvira interprétée par la mezzo-soprano israélienne <strong>Rinat Shaham</strong> dont le timbre capiteux fait merveille tout comme les graves très projetés ; on adhère à la vindicte douloureuse de <strong>Gabrielle Philiponet</strong> qui dote son Anna de l&rsquo;élégance de sa ligne vocale et d&rsquo;une très belle diction. Quel dommage que, pour elle, comme pour la Zerlina d&rsquo;<strong>Élodie Kimmel</strong>, la justesse laisse parfois à désirer.</p>
<p>Les deux femmes trouvent dans leurs conjoints de plateau, un précieux soutien. <strong>Ross Ramgobin </strong>est un Masetto d&rsquo;excellente tenue, à la projection puissante mais aisée. <strong>Philippe Talbot </strong>propose un Ottavio riche d&rsquo;une émission franche et d&rsquo;un grand sens des nuances. Il émeut, lui aussi, ce qui n&rsquo;est pas si facile lorsque l&rsquo;on incarne une figure sympathique, certes, mais dépourvue de toute évolution psychologique, mal commun à de nombreux ténors mozartiens.</p>
<p>L&rsquo;Orchestre National des Pays de la Loire, sous la direction de <strong>Mark Shanahan</strong> se met au service du plateau avec précision mais plusieurs airs s&rsquo;achèvent de manière franchement brutale. Pendant les récitatifs, le clavecin,lui, reste en retrait de manière frappante ; ainsi les voix s&rsquo;épanouissent au dessus du silence, comme les personnages jouent les funambules au dessus du précipice.</p>
<p>Il y a de l&rsquo;âpreté dans le traitement de ce<em> Don Giovanni</em> et peu de complaisance en dépit de l&rsquo;exposition assez frontale des transgressions les plus abjectes. La modernisation de l&rsquo;oeuvre pourrait rebuter mais elle est cohérente du début à la fin de l&rsquo;oeuvre et sert donc le propos. Les deux metteurs en scène s&rsquo;attaquaient ici pour la première fois à la trilogie Da Ponte et doubleront la mise l&rsquo;an prochain avec <em>Le Nozze di Figaro</em> au sein de la maison nantaise&#8230; On y sera !</p>
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