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	<title>Maria LADURNER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 22 Feb 2025 08:37:33 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Maria LADURNER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Georg Österreich’s resurrected treasures, North-Germany Cantatas around 1700</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/georg-osterreichs-resurrected-treasures-north-germany-cantatas-around-1700/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nele Vertommen, la hautboïste qui dirige l’ensemble Musica Gloria, à la recherche de répertoire de cantates du XVIIe siècle avec son instrument, a découvert la riche collection initiée par Georg Österreich (1664-1735), d’où toutes les pièces du programme sont extraites. Depuis des lustres, le personnage est tombé dans un profond oubli. De vingt ans l’aîné &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Nele Vertommen</strong>, la hautboïste qui dirige l’ensemble <em>Musica Gloria</em>, à la recherche de répertoire de cantates du XVIIe siècle avec son instrument, a découvert la riche collection initiée par Georg Österreich (1664-1735), d’où toutes les pièces du programme sont extraites. Depuis des lustres, le personnage est tombé dans un profond oubli. De vingt ans l’aîné de Bach, élève de la <em>Thomasschule</em> de Leipzig, bien avant que le premier en prenne la direction, puis à Hambourg, Georg Österreich, fut ténor, compositeur et collectionneur. Il possédait la plus grande collection vocale de son temps, riche en œuvres sacrées avant Bach et en musique italienne (1). Celle-ci fut connue sous le nom de son second propriétaire, Heinrich Bokemeyer, cantor de Wolfenbüttel. Chanteur à la cour de Brunswick-Wolfenbüttel, Georg Österreich y compléta sa formation auprès de Johann Theile, avant de devenir <em>Kapellmeister</em> du duc, en 1689. La musique connut alors son apogée au château de Gottorf (qu’il faut découvrir). La Grande guerre du Nord (1700-1721) le conduisit à Brunswick, puis à Wolfenbüttel, où il disparut en 1735.</p>
<p>A travers toutes les œuvres enregistrées ici, provenant de sa collection (<em>Sammlung Bokemeyer</em>), on rencontre ses deux prédécesseurs (Theile, dont il a été fait état, et Johann Philipp Förtsch), un de ses professeurs de chant (le castrat italien Giulio Giuliani), son élève (Bokemeyer, héritier de la collection), son frère (Michael Österreich) et un organiste de ses amis (Friedrich Meister). Le programme est varié : six cantates (dont une en latin), un <em>Vater unser</em>, des arias et récitatifs (en allemand, de Bokemeyer,en italien, de Giuliani). Les œuvres s’accordent fort bien entre elles, y compris celles en latin et en italien. La formation se renouvelle en fonction des numéros, comme dans ses styles et modes d’expression. Les pièces sont brèves et caractérisées, et fournissent ainsi une belle palette des pratiques luthériennes du temps.</p>
<p>Un soin tout particulier a présidé à la réalisation, dans le choix des instruments comme dans les prononciations, d’époque. L’orgue, de 1690, est au cœur du dispositif musical, comme il l’était alors. Pour autant, sa présence n’est pas dominatrice. Sa registration nous ravit. Les hautbois fruités, véloces, babillards et savoureux, sont un régal, comme le basson/dulciane. Les cordes ne sont pas en reste. La direction impose une dynamique constante, des contrastes, une énergie et une souplesse qui rendent justice à ces partitions.</p>
<p>La conduite de la ligne, l’articulation, le soutien des huit voix sont exemplaires. Tout juste observe-t-on l’émission fraîche, mais quelque peu pincée de <strong>Maria Ladurner</strong>, ce à quoi on s’accoutume. Une réalisation dont l’homogénéité, la précision et la vigueur, les couleurs aussi, nous réjouissent. La plénitude, la ferveur s’y conjuguent à la lumière et à l’animation. Le parfum d’authenticité est conforté par le lieu de l’enregistrement, au cœur de cette Allemagne du Nord, à la frontière du Schleswig-Holstein (2).</p>
<p>Un beau disque, utile, non seulement par la découverte de Georg Österreich, mais aussi par le regard enrichi qu’il offre sur la vie musicale de cette Allemagne du Nord, dont le tissu n’était pas moins généreux que celui de Saxe, de Thuringe ou du Brandebourg. Soyons gré aux interprètes de rendre vie à ce riche répertoire éclipsé par les chefs-d’œuvre des figures les plus connues, qui leur doivent tant : il nous permet de les éclairer sous un jour renouvelé.</p>
<p>Seul petit regret : alors que la notice est richement documentée (allemand, anglais, français), les textes chantés ne connaissent qu’une traduction anglaise.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Plus de 700 pièces, des œuvres luthériennes de la fin du XVIIe siècle (Buxtehude, Bruhns, Krieger etc.), des cantates de chambre italiennes (dont 5 cantates d’Alessandro Scarlatti), des arias, un opéra d’Albinoni (<em>Engelberta</em>), des traités théoriques (24 !). La collection est maintenant disséminée, principalement à Berlin. 
(2) Les curieux liront avec intérêt un article remarquablement documenté qui permet d’enrichir ce tableau : Delpech (Louis), <u>Les musiciens français en Allemagne du Nord</u> (1660-1730) : questions de méthode, Diasporas 26, 2015, pp. 57-73.</pre>
</li>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Acis and Galatea – Paris (Salle Cortot)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-acis-and-galatea-paris-salle-cortot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Feb 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1732, Haendel dévoilait sur la scène du King’s Theatre à Londres une nouvelle version d’Acis and Galatea, chantée à la fois en anglais et italien. Une part de l&#8217;œuvre était inédite, mais la majeure partie provenait de deux précédentes versions : la Serenata Aci, Galatea e Polifemo créée à Naples en 1708 et le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">En 1732, Haendel dévoilait sur la scène du King’s Theatre à Londres une nouvelle version d’</span><i><span style="font-weight: 400;">Acis and Galatea</span></i><span style="font-weight: 400;">, chantée à la fois en anglais et italien. Une part de l&rsquo;œuvre était inédite, mais la majeure partie provenait de deux précédentes versions : la <em>S</em><em>erenata</em> </span><i><span style="font-weight: 400;">Aci, Galatea e Polifemo</span></i><span style="font-weight: 400;"> créée à Naples en 1708 et le masque anglais écrit en 1718 pour le théâtre privé du duc de Chandos.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est encore une autre version de l&rsquo;œuvre – inédite depuis sa création – qui est donnée ce soir à la Salle Cortot. En 1736, Haendel repart de la version de 1732 en modifiant certains numéros et en transposant le rôle d’Acis pour ténor. Pour les besoins de la représentation de ce soir, les personnages secondaires ainsi que les chœurs ont été supprimés.&nbsp; </span><span style="font-weight: 400;">En l’absence de surtitres, l’équipe artistique a eu la riche idée de faire alterner les parties musicales avec des lectures de textes. Judicieusement choisis, dans un répertoire allant d’Ovide à Maupassant en passant par Victor Hugo, ces extraits sont élégamment déclamés par la comédienne </span><b>Jeanne Vitez</b><span style="font-weight: 400;">. Ce dispositif permet de clarifier la structure narrative de l&rsquo;œuvre et d’animer la représentation par de jolis clins d&rsquo;œil, dont un emprunté à François Truffaut : « Tu es beau Acis, si beau que te regarder est une souffrance. – Hier, tu disais que c&rsquo;était une joie ! – C&rsquo;est une joie et une souffrance. »</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le rôle de Galatea fut chanté en 1736 par la </span><i><span style="font-weight: 400;">prima donna</span></i><span style="font-weight: 400;"> Anna Maria Strada del Pò, qui venait de créer le rôle d’Alcina au cours de la saison précédente à Londres. En nymphe marine, </span><b>Maria Ladurner</b><span style="font-weight: 400;"> convainc dès son air d’entrée,&nbsp; « Hush, ye pretty, pretty warbling choir ! », tant par la délicatesse de la ligne vocale et des ornements que par la beauté du timbre. Dans l’étonnant « Come la rondinella » (avec l’excellent clavecin </span><i><span style="font-weight: 400;">obbligato</span></i><span style="font-weight: 400;"> de </span><b>Chloé de Guillebon</b><span style="font-weight: 400;">), la soprano se révèle très touchante.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Chanté par des castrats soprano (en 1708) et alto (en 1732, le fameux Senesino), le rôle d’Acis fut confié à un ténor dans sa version anglaise (en 1718). Il resta dans cette tessiture pour la reprise en 1736, chanté alors par rien moins que John Beard, qui, jusqu’à Jephta (1752), allait créer tant de rôles haendéliens. En berger sicilien, </span><b>Marco Angioloni</b><span style="font-weight: 400;"> fait montre d’agilité et d’investissement dramatique constants (très beaux récitatifs), avec un souffle qui lui permet d&rsquo;impressionnantes cadences en fin d’aria.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans la version de 1736, le rôle de Polifemo a été profondément remanié, dans une tessiture plus centrale et avec un étonnant ajout extrait de la Cantate « Mi palpito il cor » pour son entrée. Dans </span><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/caldara-arias-pour-basse-alexandre-baldo/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">notre chronique</span></a><span style="font-weight: 400;"> de son récent album consacré à Caldara, nous écrivions à quel point la voix d’</span><b>Alexandre Baldo</b><span style="font-weight: 400;"> semblait adaptée aux grands rôles de basse de Haendel. Le jeune baryton-basse, à la projection spectaculaire, amplifiée par l’excellente acoustique de la Salle Cortot, y brille en effet par sa virtuosité et par une belle homogénéité sur toute la tessiture. Dans « Ferito son d’amore » (version italienne du plus connu « O ruddier than the cherry » de 1718), Alexandre Baldo séduit par un dialogue amusé avec la flûte à bec.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le dynamisme du jeune </span><b>Ensemble Mozaïque</b><span style="font-weight: 400;">, jouant à un par partie, fait plaisir à voir. Très investis, jouant de façon précise et alerte, chacun y brille, des violons de </span><b>Gabriele Toscani</b><span style="font-weight: 400;"> et </span><b>Simone Pirri</b><span style="font-weight: 400;"> au toujours inventif théorbe d’</span><b>Elias Conrad</b><span style="font-weight: 400;">. Au clavecin, Chloé de Guillebon anime l’ensemble avec rigueur et imagination. Précisons enfin que cette belle représentation a pu voir le jour grâce au soutien de </span><a href="https://www.philbarokproduction.com/blank" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">Philbarock</span></a><span style="font-weight: 400;">, structure dont la mission est de produire et promouvoir de jeunes artistes professionnels en début de carrière, principalement dans les domaines de la musique baroque. </span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>BONONCINI, Polifemo — Potsdam</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/polifemo-potsdam-decouverte-dune-nouvelle-etoile-bruno-de-sa/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Jun 2019 22:12:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nommée directrice artistique du Festival de Potsdam Sanssouci en 2018, Dorothee Oberlinger n’a sans doute pas conçu la présente édition, mais elle entend s’inscrire dans la continuité d’une programmation éclectique, qui s’étend du Moyen Age au jazz et jette des passerelles entre les arts comme avec l’histoire de la ville de Potsdam et de l’Etat &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nommée directrice artistique du Festival de Potsdam Sanssouci en 2018, Dorothee Oberlinger n’a sans doute pas conçu la présente édition, mais elle entend s’inscrire dans la continuité d’une programmation éclectique, qui s’étend du Moyen Age au jazz et jette des passerelles entre les arts comme avec l’histoire de la ville de Potsdam et de l’Etat de Brandebourg. Créé à Berlin en 1702 et repris cette année au Château de l’Orangerie de Sanssouci du 16 au 20 juin, le <em>Polifemo </em>de Giovanni Bononcini illustre cette volonté d’explorer le répertoire qui a vu le jour dans la région. Une aile de ce magnifique édifice, érigé entre 1851 et 1864 sur le modèle des villas de la Renaissance et notamment de la Villa Médicis, accueillait pour l’occasion une scène provisoire où costumes et décors peints (<strong>Johannes Ritter</strong>) tentaient de renouer avec l’univers théâtral du début du XVIIIe siècle. Cette courte pastorale en un acte était précédée, en guise de prologue, d’une <em>seranata a tre con stromenti </em>d’Alessandro Scarlatti (1706) et de la <em>sonata a 5 voci </em>en si bémol majeur (1707) que Haendel aurait écrite à l’intention de Corelli lors de son séjour romain. </p>
<p>Basée sur un livret anonyme, <em>Le Muse Urania e Clio lodano le bellezze di Filli </em>rend sans doute hommage à l’épouse du marquis Ruspoli (futur patron de Haendel), Isabella Cesi, dont les « beautés » ont à l’époque suscité d’autres cantates. Sous la plume inspirée et pour une fois constante de Scarlatti, les échanges des Muses et du Soleil rivalisent d’élégance et se révèlent étonnamment variés. Il faut dire que <strong>l’Ensemble 1700 </strong>sait mettre en valeur la carrure rythmique des airs et restituer la diversité des microclimats de cette mise en bouche diablement apéritive. Dans cette musique, comme du reste dans celle de Bononcini, faute d’un chef digne de ce nom, les interprètes manquent souvent de panache, sinon simplement de vigueur et s’enlisent dans la préciosité quand ils devraient, au contraire, insuffler au discours sa juste énergie et assumer ses contrastes, même s&rsquo;ils sont moins spectaculaires que dans un opéra. En l’occurrence, l’homme de la situation est une femme : <strong>Dorothee Oberlinger</strong>, à la tête de son propre ensemble, d’une cohésion et d’une précision remarquables. Notons que l’acoustique du lieu assure une balance idéale entre les solistes et l’orchestre, l’image sonore est détaillée et nous ne perdons rien des interventions du luth (<strong>Axel Wolf</strong>) pas plus que des paroles des protagonistes. Si <strong>Helena Rasker </strong>(Clio), alto ferme et homogène, tire son épingle du jeu dans ce qui est l’un des plus séduisants joyaux de cette partition, un air avec violoncelle obligé particulièrement entêtant, le Soleil vraiment radieux de <strong>Roberta Mameli </strong>possède une plus forte présence et surtout une tout autre éloquence. Elle tend également à éclipser l’Urania de <strong>Roberta Invernizzi</strong>, desservie par un rôle plus central et moins gâté par Scarlatti – Bononcini lui offrira une belle revanche. Le trio conclusif, par contre, a l’envoûtant pouvoir d’une berceuse. </p>
<p>Avant la pause, <strong>Evgeny Sviridov </strong>tient la vedette dans ce que certains considèrent comme le premier concerto de Händel, sa <em>sonata a 5 voci </em>en si Bémol majeur HWV 288. Sa sonorité paraît d’abord un peu sèche, tandis que l’Ensemble 1700 nous offre une lecture très chantante du premier mouvement, puis l’archet caresse davantage les cordes avant que l’étourdissante virtuosité du violoniste galvanise l’orchestre puis lui attire de chaleureuses ovations aux saluts. Présent à Rome à l’époque de la création de la <em>seranata </em>de Scarlatti, Haendel aurait pu l’entendre comme il aurait d’ailleurs pu aussi assister, quelques années plus tôt, à une représentation de <em>Polifemo </em>à Berlin. Toujours est-il que lorsque le Saxon remaniera <em>Radamisto</em>, il se souviendra d’un air que Bononcini avait lui-même repris dans son opéra <em>Etearco</em>. C’est peut-être la raison pour laquelle le Festival a choisi de refermer le prologue sur une page de Haendel plutôt que, par exemple, sur une sonate pour violoncelle de Bononcini, instrument dont il était un interprète de premier plan. Leurs destinées seront à nouveau étroitement liées puisque les deux hommes se retrouveront en 1720 à la Royal Academy of Music (Londres) où ils auront pour associé un certain Ariosti, qui n’est autre que le librettiste de <em>Polifemo </em>mais également un<a href="https://www.forumopera.com/cd/attilio-ariosti-london-arias-for-alto-aimez-vous-ariosti"> compositeur lyrique de renom</a>. Refermons la parenthèse pour revenir à la genèse de cet ouvrage rarement donné de nos jours, malgré l’intérêt qu’un chef de l’envergure de René Jacobs lui a porté (1987). En 1702, la Guerre de Succession d’Espagne réduit considérablement les activités musicales à la cour de Léopold Ier, où Bononcini était en poste depuis 1697. Il quitte Vienne pour entrer au service de Sophie-Charlotte à Berlin et compose la même année <em>Gli amori di Cefalo e Procri </em>puis, toujours pour le théâtre de Lietzenburg (aujourd’hui Charlottenburg), ce <em>Polifemo </em>qu’il qualifiera de « petite bagatelle ». Nous aurions tort d’y voir un excès de modestie chez un musicien fier de son talent comme de son parcours ; il souhaite vraisemblablement limiter la portée de cet ouvrage léger et le dissocier de sa production dramatique. </p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/aci_bruno_de_sa_c_stefan_gloede_musikfestspiele_potsdam_sanssouci.jpg?itok=OZcmVK9I" title="Aci (Bruno de Sá) © Stefan Gloede/ Musikfestspiele Potsdam Sanssouci" width="468" /><br />
	Aci (Bruno de Sá) © Stefan Gloede/ Musikfestspiele Potsdam Sanssouci</p>
<p>Ariosti mêle deux épisodes des <em>Métamorphoses </em>: l’amour du cyclope Polifemo pour la nymphe Galatea, éprise du berger Aci et la violente passion de Circe pour le dieu marin Glauco, lequel n’a d’yeux que pour la nymphe Silla, offrant à Bononcini de multiples opportunités d’exceller dans ce style tendre et pathétique où il n’a guère de rival. Concis et réduit à un acte, <em>Polifemo </em>ne comporte que dix-sept airs, de forme <em>Da Capo </em>à l’exception d’un seul, tantôt accompagnés par les cordes tantôt par le continuo, deux <em>duetti </em>et un chœur. Sans parler de chef-d’œuvre, certains numéros n’échappant guère à la convention, il en recèle de mémorables, de splendide facture et l’auditeur comprend aisément pourquoi Burney affirme que le récitatif de Bononcini était universellement reconnu comme le meilleur de son temps. Selon le témoignage de Telemann, la reine Sophie-Charlotte tenait elle-même la partie de clavecin, Antonio avait rejoint son frère Giovanni dans l’orchestre, où s’illustrait également Ariosti. Véritable tour de force, la scénographie de Sanssouci réussit, malgré l’exiguïté du plateau, à inclure quelques vagues aux ondulations langoureuses, aussi réjouissantes que les roches factices ou le grimage de <strong>João Fernandez</strong>, cyclope moins effrayant que grotesque. A des années lumières du monstre inventé par Händel (1708), Polifemo, qui n’a que deux airs, est une figure certes monolithique mais essentiellement bouffe et le baryton basse portugais joue à fond cette carte de la truculence. </p>
<p><strong>Margit Legler </strong>a parfaitement intégré les recherches sur la gestuelle « baroque », qui jamais n’entrave le jeu des acteurs mais, au contraire, le nourrit. Même dans une œuvre de cette dimension, distribuer cinq rôles de soprano n’est pas une mince affaire. Or, cette production non seulement réunit des artistes aux vocalités nettement différenciées, mais aussi en adéquation avec les personnages qu’ils doivent incarner. Avec Galatea, Roberta Invernizzi hérite d’une tessiture nettement plus confortable et qui flatte son velours si personnel. Son ravissant <em>duetto </em>avec Aci lui confère quelque chose de maternel tant son instrument enveloppant se distingue du soprano plus svelte, délicat et si juvénile de <strong>Bruno De Sá. </strong>D’un naturel inouï, il ne présente aucune tension, pas la moindre acidité contrairement à la plupart des « sopranistes ». Ce terme nous paraît d’ailleurs impropre, car il désigne le plus souvent des falsettistes (contre-ténors) au registre très étendu, mais contraints à décrocher dans leur voix de ténor ou de baryton sur les notes les plus graves qui chez Bruno De Sá sont toujours celles d’un soprano, comme s’il n’avait jamais mué. Après tout, le mot « soprano » n’est-il pas masculin ? Mais voilà qu’il aborde la reprise de son premier numéro, un air plaintif, et qu’il s’envole, toujours plus haut, jusqu’à des cimes où jamais aucun homme n’est arrivé en conservant une émission d’une telle pureté et d’une telle douceur. Ces <em>piani </em>ne constitueraient qu’un phénomène, exceptionnel, s’ils n’exprimaient pas le désarroi d’Aci, éperdu, en trahissant la sensibilité de l’artiste. Entre sidération et incrédulité, nous voudrions appuyer sur la touche « repeat », mais la réalité se rappelle à nous et le concert se poursuit alors que nous voudrions remonter le temps. Pour être franc, nous avions découvert ce jeune artiste brésilien sur <a href="https://youtu.be/jMaNFanLA1s">la Toile</a>, mais nous voulions l’entendre en direct sans oser croire au miracle.  « Alors c’est sublime pour de vrai ! » s&rsquo;exclamait un connaisseur au jugement sévère sur les réseaux sociaux en découvrant notre commentaire exalté. Oui, la lumière et la grâce de Bruno De Sá sont réelles, réelles et en même temps d’une absolue singularité.  </p>
<p>A dire vrai, le soprano fruité et brillant de Roberta Mameli nous aide à revenir sur Terre, car il appartient à ce monde, au monde connu et il nous rassurerait presque. Poppée lui collait à la peau, la saison dernière au <a href="https://www.forumopera.com/lincoronazione-di-poppea-berlin-staatsoper-quand-neron-prefere-lucain-et-pleure-seneque">Deutsch Oper Berlin</a>, Silla, pleine d’assurance et même arrogante lui va comme un gant. Et nous apprécions le privilège qu’il nous est donné d’entendre mûrir cette nouvelle Roberta, elle aussi probablement la plus douée de sa génération. Son dernier air nous suspend à ses lèvres, magistrale et fascinante leçon de nuances et de phrasés. Quelques minutes plus tôt, les inflexions et soupirs de son aînée – qui a immortalisé une magnifique version de l’air « <a href="https://www.forumopera.com/breve/embarquement-pour-naples-avec-glossa">Lasciami un sol momento</a> »  –  modelaient la plainte de Galatea avec un art consommé. Alors oui, Bononcini est le champion de la déploration amoureuse, mais il se renouvelle et l’interprète doit aussi s’approprier sa musique.  Il n’y a pas de secret pour que le <em>bel canto </em>libère son potentiel : la connaissance du style, le vocabulaire, l’imagination et la sensibilité du chanteur doivent lui permettre de prendre le relais du compositeur et prolonger, sinon parachever sa création. L’<em>aria di furore </em>de Circe, celui-là même que Haendel reprendra, rompt avec cette image d’Epinal du Bononcini trop uniment suave et exclusivement pré galant, comme hier les morceaux de bravoure et les coloratures dont s’emparait <a href="https://www.forumopera.com/cd/a-royal-trio-les-heros-sont-fatigues-mais-veulent-toujours-en-decoudre">Lawrence Zazzo</a>. Ici encore, le casting s’avère impeccable :  la rage de la magicienne réclame le métal éclatant et les aigus puissamment dardés de <strong>Liliya Gaysina</strong>, une Armida, peut-être même une Medea en puissance. Après nous avoir cloué sur notre siège, elle sait dompter le fauve qui jaillit de son gosier et adopter le chant insinuant des manipulatrices pour faire plier Glauco. Chauffé chez Scarlatti, l’organe d’Helena Rasker s’épanouit et, sans rien perdre de sa noblesse, son lyrisme se pare d’accents plus pénétrants. <em>Dea ex machina </em>qui va briser le sortilège de Circé, Venere apparaît sur les flots comme celle de Botticelli, dont la conque a quitté ses pieds pour se dresser dans son dos. Cette position en fond de scène le désavantage, mais le soprano argentin, au grain lui aussi immédiatement reconnaissable, de <strong>Maria Ladurner </strong>parvient à surmonter cet obstacle et contribue à la réussite de ce spectacle couronné par une robuste chaconne (le choeur final). Non, décidément, qu&rsquo;on se le dise, Bononcini n&rsquo;est pas un petit maître rose bonbon. </p>
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