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	<title>David LEIGH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>David LEIGH - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Messa da Requiem &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-messa-da-requiem-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 06:55:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux ans après la création d’Aïda, Verdi eut la douleur de perdre son compatriote et ami, Alessandro Manzoni. Il proposa alors à la municipalité de Milan de composer un Requiem destiné à être exécuté pour le premier anniversaire de la mort de l’écrivain. L’ouvrage fut donc créé à l’église San Marco de Milan le 22 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux ans après la création d’Aïda, Verdi eut la douleur de perdre son compatriote et ami, Alessandro Manzoni. Il proposa alors à la municipalité de Milan de composer un Requiem destiné à être exécuté pour le premier anniversaire de la mort de l’écrivain. L’ouvrage fut donc créé à l’église San Marco de Milan le 22 mai 1874, avant d’être repris à la Scala puis donné huit jours plus tard à Paris, à l’Opéra-Comique, sous la direction du compositeur lui-même. Le succès fut considérable et gagna rapidement toute l&rsquo;Europe.</p>
<p>Ce dimanche 22 mars c’est devant une salle comble que <strong>Gianandrea Noseda</strong> dirige le Requiem de Verdi pour la seconde fois à la Philharmonie. Il l’avait déjà proposé voici dix ans, en février 2016, à la tête de l’Orchestre de Paris.  C’est une distribution globalement homogène qui a été réunie pour l’occasion. Lauréat de la Fondation des arts de New-York, <strong>David Leigh</strong> a fait ses débuts en France au Festival d’Aix dans le rôle du Commandeur qu’il repropose ensuite à Nancy, avant d’incarner Hagen dans <em>Le Crépuscule des Dieux</em> sous la direction de Noseda à Zurich. Dès les premiers mots du « Mors stupebit » on est frappé par la profondeur de cette voix sombre dont la projection lui permet de se faire entendre en dépit d’un volume relativement modéré. Son « Confutatis maledictis » témoigne d’une belle autorité et d’un superbe legato. <strong>Joseph Calleja</strong> aborde le Kyrie avec une voix puissante qui emplit toute la salle mais force est de reconnaître que le timbre a perdu son moelleux d’autrefois. On admire les délicates nuances dont il pare son « Ingemisco » poignant, mais le ténor compense un aigu défaillant par un passage inopiné en voix de tête qui dénature la ligne de chant. Dommage car sa prestation demeure tout de même d’un haut niveau dans l’ensemble. <strong>Agnieszka Rehlis </strong>offre une interprétation remarquable de bout en bout. Cette mezzo-soprano verdienne qui a Amneris, Ulrica et Azucena à son répertoire, possède un timbre cuivré et homogène jusque dans les notes les plus graves. Sa voix se marie idéalement à celle de sa partenaire, Ensemble, elles nous offrent des duos absolument magnifiques, notamment un « Recordare » qui touche au sublime. <strong>Marina Rebeka</strong> illumine la partition de sa voix pure et de son aigu radieux. Les infinies nuances dont elle pare sa ligne de chant, la splendeur de ses sons filés font merveille. Elle aborde le « Libera me » avec une voix implorante teintée de crainte et le conclut dans un murmure avec un timbre quasi fantomatique. Une interprétation majeure qui vaut à la soprano lettone un accueil triomphal au salut final.</p>
<p>Saluons également les remarquables interventions des chœurs préparés par <strong>Ernst Raffelsberger</strong>, aussi impressionnant dans les passages recueillis que dans le déferlement terrifiant du « Dies irae ».</p>
<p>A la tête de son Orchestre de l’Opéra de Zurich, <strong>Gianandrea Noseda</strong> propose une direction d’une intensité inouïe, à la fois précise et contrastée. Le chef italien adopte des tempos généralement rapides -le Santus est mené à un train d’enfer- tout en ménageant des passages « planants », propices au recueillement, tels le « Recordare » déjà cité. Un véritable travail d’orfèvre.</p>
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		<title>WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On avait beaucoup aimé ce Ring, découvert épisode après épisode. Le retrouver en vidéo, à travers le regard du réalisateur Michael Beyer, c’est une tout autre expérience, moins immersive bien sûr, plus analytique, mais passionnante à nouveau.L’Opernhaus Zürich s’était fixé un objectif démesuré : monter en moins de deux saisons le Ring des Nibelungen de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On avait beaucoup aimé ce <em>Ring</em>, découvert épisode après épisode. Le retrouver en vidéo, à travers le regard du réalisateur <strong>Michael Beyer</strong>, c’est une tout autre expérience, moins immersive bien sûr, plus analytique, mais passionnante à nouveau.<br />L’<strong>Opernhaus Zürich</strong> s’était fixé un objectif démesuré : monter en moins de deux saisons le <em>Ring des Nibelungen</em> de Wagner. Sous la direction musicale de <strong>Gianandrea Noseda</strong> et dans la mise en scène d’<strong>Andreas Homoki</strong>, cette <em>Tétralogie</em>, aujourd’hui réunie dans un coffret DVD, propose une lecture de l’œuvre moins monumentale que lucide, moins spectaculaire que lisible. </p>
<p>Une mise en scène somme toute assez classique, qui n’oublie jamais qu’il s’agit de raconter une histoire, et le fait fort bien. Dans un théâtre de dimensions modestes, où chaque détail devient audible et visible, c’est un <em>Ring</em> d’analyse et de clarté.<br />La scénographie unique – de hauts lambris blancs, se combinant de soirée en soirée, à la fois semblables et toujours différents, au gré des mouvements incessants (et spectaculaires) d’un plateau tournant – ajoute à la cohérence d’ensemble. Cet appartement bourgeois, tantôt salle de conseil, tantôt tanière ou rocher, se transforme peu à peu en espace mental, en métaphore d’un monde clos sur lui-même. Au fil des quatre opéras, la blancheur se ternit : du miroitement doré du <em>Rheingold</em> à l’anthracite de <em>Siegfried</em>, jusqu’à la pâleur cendrée et défraichie du <em>Crépuscule</em>. C’est la lente désagrégation d’un univers, observée avec méthode et sans pathos.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_135_c_monika_rittershaus.webp" alt="" class="wp-image-203107"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les Filles du Rhin © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Homoki s’inscrit dans la filiation de Patrice Chéreau, mais sans sa virulence politique : chez lui, la lecture reste distanciée, analytique, intimiste, décrivant la chute des dieux comme celle d’une famille de maîtres de forges. Wotan n’est plus le démiurge romantique, mais un capitaine d’industrie qui voit s’effondrer son système. Cette approche sobre, sans surcharge symbolique, privilégie les ressorts humains du drame. L’orchestre, sous la direction ferme et tendue de Noseda, souligne cette recherche de lisibilité : tempi clairs, plans sonores constamment lisibles, c’est un Wagner sans brouillard, où chaque motif retrouve sa fonction architecturale. où tous les détails de l’orchestration s’entendent à découvert.  La prise de son, le mixage rééquilibrent la balance des pupitres, tandis que les micros HF dont sont équipés les chanteurs modifient le rapport entre la scène et le plateau. La proximité des voix va de pair avec la proximité des visages. En d’autres termes, la réalisation de Michael Beyer souligne la précision, quasi cinématographique, de la direction d’acteurs, surenchérissant sur la rigueur analytique du duo Homoki-Noseda.</p>
<h4><strong>Un Or du Rhin ludique</strong></h4>
<p>Le prologue du cycle pose d’emblée la grammaire de ce Ring. La tournette s’anime dès les premières mesures : le monde tourne, littéralement. Dans cette esthétique mobile, presque cinétique, Homoki s’amuse d’abord à jouer le second degré, la comédie grinçante.  Les Filles du Rhin, blondes en pyjamas de soie, sont autant de Jean Harlow ; les Géants sont des maçons des Abruzzes, Donner et Froh ont l’air de joueurs de cricket qui s’ennuient ; Fricka (<strong>Claudia Mahnke</strong>) ressemble (bien sûr) à Cosima ; Alberich, en capitaliste malmené, auquel sa pelisse donne l’allure d’un ours mal léché, est à la fois effrayant, son fouet à la main, et pathétiquement libidineux. Dans le rôle, <strong>Christopher Purves</strong> allie diction exemplaire et violence contenue ; jouant d’une présence scénique imposante et de sa voix la plus noire, il dessine un Nibelung à la fois repoussant et douloureux, tyrannisant le Mime craintif et touchant de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong>, et ses Nibelungen terrifiés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="651" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_153b_c_monika_rittershaus.0x800-1024x651.jpg" alt="" class="wp-image-203108"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Face à lui, <strong>Tomasz Konieczny</strong> en soyeuse robe d’intérieur campe un Wotan roublard, satisfait de ses manigances : la voix d’acier, plus claire que profonde, sied bien à ce dieu aussi cynique que pragmatique. La caméra s’attarde sur son visage, et son œil de verre, un détail peu visible de la salle, mais qui prend ici toute sa force étrange. Mais elle capte aussi son trouble quand apparaît, élégante et insaisissablement séduisante dans sa robe blanche, l’Erda aux yeux bandés de <strong>Anna Danik</strong>. Le lent mouvement du décor blanc illustre alors le désarroi, le vertige de Wotan. <br />Un dieu manipulé par le drolatique Loge de <strong>Matthias Klink</strong>, qui tel un nouvel avatar de Jack Sparrow bondit d’un lieu à l’autre comme un démiurge en gants rouges, et tire tout<br />On perçoit jusque dans la gestion des transitions le soin porté au théâtre : la direction nerveuse de Noseda se veut narratrice, tout autant que la mise en scène d’Homoki : la théâtralité se fait joueuse, l’humour est constant. Au gré des mouvements de la tournette, apparaissent un tas d’or ou le Walhalla sous forme d’un vaste tableau dans un cadre doré (que l’on verra prendre feu à la fin du <em>Crépuscule</em>) sur lequel se juchent Fasolt et Fafner ; le ton reste celui d’une comédie grinçante, sardonique à l’image de Loge ; ces Dieux désœuvrés s’installent dans leur château, fatigués avant même d’avoir régné. Tout est déjà joué.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="672" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_035_c_monika_rittershaus.0x800-1-1024x672.jpg" alt="" class="wp-image-203105"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Loge (Matthias Klink) © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Die Walküre</em> : une tragédie intime</strong></h4>
<p>Changement de climat. Les lambris immaculés de <em>Rheingold</em> virent au blanc mat, presque administratif. La grande table dorée trône toujours au centre, vestige d’un conseil d’administration déchu. Homoki déplace le regard vers le drame des sentiments : <em>Die Walküre</em> devient tragédie domestique, oscillant entre mélodrame et confession.<br />L’ouverture du premier acte, dans sa montée progressive des cordes, trouve sous la baguette de Noseda une intensité contrôlée : on sent la tension, sans débordement. <br />Mais d’abord, tel un démiurge, Wotan déjà dans son costume de Wanderer, assiste en témoin muet à la rencontre de Siegmund et Sieglinde (tendresse du violoncelle) et c’est lui qui tend à sa fille le philtre d’amour…<br /><strong>Eric Cutler</strong> est un superbe Siegmund lyrique et lumineux, un personnage tendre derrière sa solidité très terrienne un peu hirsute ; le récit de son parcours, ponctué par un orchestre attentif, est particulièrement beau. Sa voix longue, charnue, se marie bien à celle d’abord moins séduisante de la Sieglinde de <strong>Daniela Köhler</strong> qui construira intelligemment le progression dramatique du rôle – timbre d’abord grisé, puis irradié d’émotion à mesure que la femme s’affranchira.<br />Un immense tronc (le frêne) envahit la scène. L’impressionnant Hunding de <strong>Christof Fischesser</strong>, belle basse au grain profond, installe une violence sourde, entouré de son effrayante tribu. Magnifique progression de ce premier acte, portée par un orchestre tour à tour chambriste et ardent, et un Siegmund magnifique (les « Wälse » de Cutler !), jusqu’à un chant du printemps exaltant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="764" height="430" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_walkuere_251_c_monika_rittershaus.1024x0-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Dans le second acte, la confrontation Fricka/Wotan prend la forme d’un règlement de comptes conjugal ; Claudia Mahnke, assez discrète dans <em>L’Or du Rhin</em>, y acquiert une tout autre stature. En grande comédienne, tour à tour amère, véhémente, éloquente, usant de moyens vocaux puissants, elle parvient à dominer et retourner un Wotan qui se décompose à bout d’arguments, et Konieczny exprime physiquement l’effondrement du dieu abasourdi sous l’assaut. Sa longue narration à Brünnhilde – presque un monologue intérieur – devient un moment de théâtre dépouillé : grand comédien, allant jusqu’au <em>sprechgesang</em> (il semble se souvenir là de Thomas Stewart), il dessine un Wotan désemparé, dont les gros plans scrutent la désagrégation. Le dieu se sait vaincu, Alberich rumine sa vengeance, seule sa fille préférée peut le comprendre. Qu’il menace pourtant dès qu’elle fait mine de résister.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="563" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/xxl_die_walkuere_290_c_monika_rittershaus.1024x0-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203336"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tomasz Konieczny et Claudia Mahnke © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Les rotations de la tournette révèlent une sinistre forêt sous la neige aux troncs noircis, le lieu d’un duo très passionné entre Brünnhilde et Siegmund sur le leitmotiv obsédant de la mort en arrière-plan. <strong>Camilla Nylund</strong>, dans sa première Brünnhilde, montre toutes ses qualités : si la véhémence initiale des « Hojotoho ! » l’a mise à l’épreuve, elle va gagner en couleur au fil du drame, et surtout en humanité. Sur le leitmotiv obsédant de la mort, on la voit déchirée entre la compassion pour les fuyards et la trahison de son père. Si elle semble parfois toucher aux limites de sa voix, peu importe, tant son engagement convainc.</p>
<p>La fin de l’acte sera saisissante, comme Wagner les aime ! C’est Wotan (et non pas Hunding !) qui transpercera de sa lance son propre fils, avant d’anéantir Hunding d’un seul geste de sa min.<br />Le troisième acte, centré sur l’affrontement entre Wotan et sa fille, est un autre sommet de cette première journée. D’abord avec la révolte des Walkyries (très bel ensemble) prenant le parti de Sieglinde (Daniela Köhler à son sommet) puis la fureur de Wotan (Tomasz Konieczny d’une noirceur grandiose) et sa douleur (fascinants gros plans durant cette paradoxale scène d’amour père-fille).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der-speer-ist-bereit-denn-der-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-203113"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Les adieux, « Leb&rsquo; wohl, du kühnes, herrliches Kind », atteignent une émotion rare, et encore davantage pour leur deuxième partie sur le rocher, « Der Augen leuchtendes Paar ». L’étreinte par laquelle Wotan retire sa divinité à Brünnhilde est bouleversante. Devenu vieux d’un seul coup, le dieu redescend et s’effondre sur le sol. Noseda suspend le temps.<br />Puis alors que les Traités résonnent à l’orchestre, Wotan réveille les flammes, le rocher rougit de l’intérieur. Épuisé, le dieu vaincu s’éloigne à petits pas, traverse son salon, pose sa lance et enfile son costume de Wanderer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/die_walkuere_348_c_monika_rittershaus.0x800-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-203147"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Siegfried</em> : black is black</strong></h4>
<p>La seconde journée plonge la scène dans l’obscurité. Homoki conserve le même espace, mais repeint tout en noir : le sol, les lambris, les portes, les vieux meubles surdimensionnnés (Mime est un nain). D’un bout à l’autre, tout sera admirable dans ce Siegfried.<br />Les premiers roulements de timbales pianissimo, presque imperceptibles, installent le climat : nocturne, envoûtant, parfois étouffant. Ce sera un conte nocturne, une rêverie sombre sur l’enfance et la désillusion.<br />Dans cet univers resserré, <strong>Klaus Florian Vogt</strong> trouve un rôle à sa mesure. Son timbre clair s’accorde à la candeur du personnage : Siegfried n’est pas un conquérant, mais un innocent préservé du monde, un enfant prolongé, encore vêtu de culottes courtes, qui joue avec son ourson apprivoisé et se querelle avec un Mime à la fois bonasse et mesquin. Un enfant qui veut désespérément savoir d’où il vient.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_311_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-126796"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke et Klaus Florian Vogt © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke dessine son père nourricier avec malice et faconde. Amer et candide, pathétique jusque dans ses ruses. De plus en plus noir à mesure qu’on avancera, il ira, en grand comédien, jusqu’au sordide<br />Au début s’adressant au public, introduisant une distanciation de comédie : non pas brechtisme, mais clin d’œil théâtral. À cette légèreté (qui ne durera pas) répond la direction de Noseda. Dans l’acoustique limpide de Zurich, la moindre nuance devient lisible, une clarinette basse, un basson distillant le malheur des Wälsungen. Un Wagner analytique – d’abord presque chambriste.</p>
<p>Jusqu’à l’arrivée du Wanderer dont les réponses aux questions de Mime réveillent trombones et tuba (et Konieczny déploie ses plus beaux graves). « Seul celui qui n’a jamais connu la peur reforgera Notung », c’est la conclusion de leur échange violent. Noseda détaille toutes les fluctuations de la conversation en musique wagnérienne, avant le formidable crescendo de la forge de l’épée. Déchaînement de rythmes et de couleur dans la fosse, morceau de bravoure éclatant ! Voix claire de Vogt. Siegfried passe de l’enfance à l’adolescence. Flammes rouges dans la nuit. Le tuba annonce Fafner.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="870" height="489" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_201_c_monika_rittershaus-1000x600-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-203337"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Christopher Purves et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le deuxième acte installe son <em>héroïc fantasy</em> dans l’appartement délabré de Mime. Dans le noir, c’est un festival de voix graves. D’abord celle de Christopher Purves, Alberich fatigué, dont la pelisse élimée évoque plus un clochard céleste qu’un démon. Sa brève scène avec le Wanderer de Konieczny – voix toujours d’une projection insolente – confronte deux personnages du passé et trois noirceurs, la leur et celle de l’orchestre. Puis une quatrième, celle de Fafner mué en dragon (Brent Michael Smith, aux graves telluriques), dont on n’aperçoit d’abord que la queue dans une embrasure.</p>
<p>Vogt, lui, reste au centre : parmi les murmures de la forêt il s’interroge sur ses origines. Ondulations des cordes, volutes d’une flûte et d’une clarinette, l’oiseau de la forêt (<strong>Rebeca Olvera</strong>) apparaît et l’embrasse de ses ailes (belle image), une touche de merveilleux dont Noseda souligne la grâce. Sonnant à la cantonade, les appels du cor réveillent le dragon, réjouissante apparition fulminante et caoutchouteuse que le héros transperce sans coup férir, et sans peur. <br />À peine Siegfried aura-t-il récupéré les trésors de Fafner, le Tarnhelm et l’anneau, que Mime essayera de lui subtiliser le Ring. Moment où Wolfgang Ablinger-Sperrhacke atteint au grandiose dans la vilenie, avant de finir trucidé par Notung, un geste par lequel Siegfried devient adulte. L’oiseau peut alors lui révéler que Brünnhilde attend son héros sans peur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_340_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="Rebeca Olvera, Christopher Purves et Wolfgang Ablinger_Sperrhacke ©Monka Ritterhaus" class="wp-image-126800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Mime, Alberich, le dragon et l&rsquo;oiseau © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le troisième acte, écrit dix ans après les deux premiers, change de ton. Wagner a traversé <em>Tristan</em> et <em>Les Maîtres chanteurs</em>, et cela s’entend. L’orchestre se fait plus proliférant, plus polyphonique, dès le prélude à l’ostinato anxiogène.<br />Émouvante première scène, tellement et paradoxalement humaine, entre le Wanderer et Erda, qui enfanta pour lui les Walkyries : Wotan admet sa défaite, sait déjà que c’en sera bientôt fini des Dieux. <br />D’ailleurs voilà le jeune homme. Même s’il est toujours en culottes courtes, son ascendant sur son grand-père saute aux yeux : « Qui es-tu donc pour t’opposer à moi ? » a-t-il le front de lui demander. Au paroxysme de leur querelle, c’est sur la table dorée du conseil d’administration de la maison Walhalla que Siegfried d’un seul coup de Notung brise la lance qui assassina son père. Image et lieu chargés de symboles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_366_c_monika_rittershaus-1024x768.jpeg" alt="Tomasz Konieczny et Klaus Florian Vogt © Monika Ritterhaus" class="wp-image-126802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tomasz Konieczny et Klaus Florian Vogt © Monika Ritterhaus</sub></figcaption></figure>


<p>Autre démonstration de la qualité du Philharmonia Zürich, l’interlude symphonique illustrant l’arrivée de Siegfried au pied du rocher, avec de superbes arrière-plans de violons derrière sa voix (longues phrases préfigurant <em>Parsifal)</em> avant le fortissimo accompagnant le « Das ist kein Mann ». <br />Stupéfait, il redescend du rocher, tombe à terre, appelle sa mère. L’allure juvénile de Vogt, son timbre si clair rendent plausibles ce désarroi enfantin.<br />Joli détail : le brin de sapin avec lequel jouait machinalement Wotan durant les adieux (un très gros plan l’avait révélé) est devenu un arbre fier veillant sur Brünnhilde endormie.</p>
<p>L’éveil de Brünnhilde pousse Camilla Nylund aux limites de sa voix actuelle, mais le chant reste d’une grande probité au fil de ces longues phrases tendues d’une difficulté surhumaine. C’est à partir de « Ewig war ich », partie plus élégiaque de la scène (sur le thème de <em>Siegfried Idyll</em>) qu’elle rayonnera vraiment.<br />Si Vogt est d’une solide santé vocale, on ne peut qu’être admiratif de leur manière de lancer leurs dernières forces dans leur ultime unisson, dans une scène qui dépasse sans doute les moyens des wagnériens d’aujourd’hui.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_ah_372_c_monika_rittershaus-1024x576.jpeg" alt="SPECTACLE : WAGNER, Siegfried - Zürich" class="wp-image-126803"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;éveil de Brünnhilde © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>Götterdämmerung</em> : le désenchantement</strong></h4>
<p>La tournette tourne encore, mais les murs se craquellent. Homoki referme son cycle sur une vision d’épuisement : les Dieux, les héros, le décor, tout semble à bout de souffle. <br />Les lignes de l’orchestre dès le prélude à la scène des Nornes sonnent clair comme jamais, au détriment du mystère. Filmées de trop près, les trois prophétesses n’en ont guère non plus. En robes immaculées analogues à la blancheur de la robe blanche d’Erda, dans une demi-pénombre bleutée, elles étirent leur fil autour du rocher de Brünnhilde (où le sapin perd ses aiguilles), comme pour tisser un dernier lien avec le passé des Dieux.   </p>
<p>Brünnhilde et Siegfried s’éveillent dans un lit doré – substitut du rocher –, tableau d’aurore amoureuse presque ironique. Scène ambiguë : Klaus Florian Vogt, voix toujours d’une lumière enfantine, tire le rôle du côté de la candeur plus que de l’héroïsme ; Camilla Nylund, au chant plus libre, plus stable que dans les Adieux ou le Réveil, d’une stature physique quasi maternelle, prend l’ascendant sur un Siegfried gamin qui enfile la tête de Grane et sautille comme un jeune poulain.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_211-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149955"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund, Klaus Florian Vogt © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Daniel Schmutzhard</strong> (Gunther) compose un personnage falot, physiquement instable (mais vocalement solide), <strong>Lauren Fagan</strong> (Gutrune) semble plus équilibrée, elle prête à son rôle la sincérité d’un soprano à la voix longue et de belles lignes de chant. Duo un peu décavé en smokings rouges, meublé chez Knoll, le frère et la sœur font piètre figure auprès d’un Hagen qui semble surgi des tréfonds du Nibelung, l’impressionnant <strong>David Leigh</strong>, silhouette interminable et glaciale, voix d’une noirceur sinistre, diction rigoureuse, autorité immédiate. Il sera superbe dans la « veille », rivalisant avec trombones et tuba.<br />Il suffit de cette seule voix pour rendre à ce théâtre sa dimension mythique : il ourdit son piège, restaurer le prestige de la maison Gibichung en mariant ses pâles descendants au duo Siegfried-Brünnhilde (et à l’or du Nibelung). Un nouveau philtre d’amour fera le travail. <br />Il n’empêche, c’est un de ces moments où, quels que soient les mérites des chanteurs, l’on reste gêné par la disproportion entre l’ampleur du récit légendaire et le dérisoire de sa restitution sur le théâtre. Le sublime se réfugie à l’orchestre : Noseda fait du prélude à la scène de Waltraute un poème symphonique d’une lumineuse poésie, de surcroît subtilement filmé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_226-1024x768.jpeg" alt="Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus" class="wp-image-149956"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Mais d’autres moments sont forts dans leur simplicité : la silhouette du Wanderer accablé à sa table tandis que <strong>Anna Werle</strong> (Waltraute) évoque son désespoir ; la dispute des deux sœurs dans l’appartement désert, Nylund superbe dans l’orgueil de son bonheur, puis brisée par la trahison de Siegfried apparaissant sous les traits de Gunther (on s’y perd un peu, entre Tarnhelm et voix échangées…) ; ou le sépulcral échange entre Alberich et Hagen : Purves revient brièvement, vaincu mais démoniaque, pour transmettre à son fils le fardeau du ressentiment. Au pied du frêne, dans la nuit, leur dialogue résume l’obsession du pouvoir (et de l’anneau) qui traverse toute la Tétralogie. </p>
<p>Puissante aussi, l’arrivée des Vassaux comme autant de clones menaçants (longues chevelures noir corbeau) de Hagen (formidable <strong>Chœur de l&rsquo;Opernhaus Zürich</strong>), précède le double mariage. La querelle (certes longuette, malgré sa violence) autour de l’anneau n’est pas ce qu’Homoki a le mieux réussi. La scène n’est sauvée de l’ennui que par la flamme désespérée de Brünnhilde, seule à être lucide dans cette mascarade, face à un Siegfried grotesque en veste blanche. Nylund, déchaînée, incandescente, clame sa colère devant la trahison, « Verrat ! Verrat ! » </p>
<p>Beaucoup plus saisissante, la scène suivante où elle laissera éclater la douleur, qu’utilisera Hagen le machiavélique, manipulant le flageolant Gunther. Contraste explosif et archi-théâtral entre le décor (murs décrépis, meubles Sécession de Hoffmann), le Gibichung piteux en smoking de velours bordeaux, l’étrangeté maléfique de Hagen et la fureur vengeresse de Brünnhilde. La déferlante de cuivres que commande Noseda est au diapason de leur rage (et de l’engagement des trois chanteurs) : Siegfried mourra ! Et Hagen récupèrera l’anneau…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="483" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_365-1024x483.jpeg" alt="" class="wp-image-149580"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La fin d&rsquo;un monde et le retour au silence</strong></h4>
<p>Le troisième acte s’ouvre sur un instant d’une trompeuse légèreté: la rencontre de Siegfried avec les Filles du Rhin, ces trois blondes pimpantes en pyjama de soie blanche, comme au début de Rheingold. Elles courent de pièce en pièce, gamines espiègles, figures d’un passé qu’on croyait aboli. Mais cette grâce ne dure pas.</p>
<p>Tout s’assombrit dès que Hagen reparaît, escorté de ses sbires, pour une chasse dont Siegfried sera le gibier. <br />Le récit du jeune homme, sollicité par Hagen, où Klaus Florian Vogt évoque l’oiseau, la forge, l’épée, la femme endormie, constitue peut-être son plus beau moment : la clarté du timbre, le rayonnement, l’émotion qui affleure sans pathos. Derrière lui, les leitmotivs défilent comme autant de souvenirs délicats.<br />Lorsque la lance de Hagen frappe, le geste paraît presque banal, comme si le drame s’accomplissait depuis longtemps. Aux cordes graves, le thème de la marche funèbre s’annonce, mais alors que Siegfried agonise en évoquant Brünnhilde, c’est la musique du Réveil (avec les arpèges de harpe) qui retentit. Effet de remémoration bouleversant.<br />Siegfried s’effondre sur le lit doré des amours passées, dans un silence presque gêné. La marche funèbre qui suit est magnifique d’ampleur, de respiration, de couleur, d’intelligibilité. Mention spéciale au pupitre de cuivres, somptueux. Prise de son impeccable. Et c’est passionnant de voir l’orchestre et le chef en action dans une pénombre dorée.</p>
<p>Retour au palais décati des Gibichungen. Sous un drap le corps de Siegfried. Lauren Fagan est magnifique de puissance dans l’expression du désespoir de Gutrune, Hagen avoue avec morgue être le meurtrier, Gunther qu’on n’imaginait pas si vaillant le menace et réclame l’anneau : d’un coup de lance Hagen le foudroie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_179-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-149577"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Alors apparaît Brünnhilde.  <br />Camilla Nylund, désormais souveraine, conduit son grand monologue avec une autorité magnifique. Sa voix, plus centrée, trouve ici un équilibre rare entre éclat et sobriété.  Bientôt le plateau tournant va révéler Siegfried, mort sur le lit de leurs amours, comme on l’avait laissé.  Et tandis qu’elle chantera – « Alles, alles, alles weiss ich – Tout devient clair pour moi ! » – on verra Siegfried se redresser, émanation de son rêve peut-être, retirer l’anneau de son doigt et l’offrir à Brünnhilde. « Bague maudite, anneau effroyable ! » Elle fait le geste de le rendre aux Filles du Rhin alors apparues.  Et puis non, elle le met à son doigt : « Vous le retirerez de mes cendres… »</p>
<p>La suite, sur la sublime péroraison orchestrale, ce sera une succession d’images, comme des flashs : Brünnhilde dans une fumée rouge envahissant la scène, puis les Filles du Rhin, toujours ravissantes, basculant Hagen par une fenêtre (thème du Rhin à l’orchestre), puis le Wanderer contemplant l’incendie du Walhala (le tableau vu jadis dans <em>L’Or du Rhin</em>), enfin l’appartement désert, tournant inlassablement.  <br />L’orchestre reprend inlassablement le thème de la rédemption par l’amour. Mais à quoi bon ? Tout est vide. Les Dieux ne sont plus là. Et les hommes non plus. <br />Ou pas encore ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-zurich/">WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Zürich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aujourd’hui, il semble que la première version de Boris Godounov ait définitivement supplanté celle de 1874. Quand donc le public occidental a-t-il eu pour la dernière fois l’occasion d’entendre la version de l’opéra dans sa forme révisée, avec son acte polonais et les modifications apportées par Moussorgski pour la création au Mariinski ? À Paris, à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Aujourd’hui, il semble que la première version de <em>Boris Godounov</em> ait définitivement supplanté celle de 1874. Quand donc le public occidental a-t-il eu pour la dernière fois l’occasion d’entendre la version de l’opéra dans sa forme révisée, avec son acte polonais et les modifications apportées par Moussorgski pour la création au Mariinski ? À Paris, à Toulouse, à Amsterdam, à Milan, à New York, à Vienne, et à présent à Lyon, on joue presque toujours la version de 1869. Plus resserrée, plus brutale et plus ascétique – plus conforme au dessein originel du compositeur surtout –, cette « représentation musicale en quatre partie et sept tableaux » étonne encore par sa modernité implacable.</p>
<p style="font-weight: 400;">On se sentirait presque réactionnaire à souhaiter le retour sur les scènes lyriques de la version de 1874, plus ample, plus « grand-opéra », avec son histoire d’amour et ses personnages féminins, réduits en 1869 à un silence qui en dit long. Car il serait injuste de considérer que la première version est la seule qui vaille : ce sont presque deux œuvres distinctes. Certes, Moussorgski a dû faire des concessions en retravaillant la partition. Mais on sait combien les exigences du public, les contraintes scéniques et l’épreuve de la scène peuvent affiner l’imaginaire d’un artiste et donner naissance à une œuvre plus riche que celle conçue d’abord dans la solitude de son théâtre intime. Si Célestine Galli-Marié n’avait pas insisté pour que Bizet révise l’air d’entrée de Carmen, il n’existerait pas de Habanera.</p>
<p style="font-weight: 400;">Une fois cette réserve posée sur le choix désormais systématique de la première version de l’œuvre, on peut tout de même reconnaître que Moussorgski, en 1869, accorde au peuple une place plus essentielle et plus frontale dans son rapport au pouvoir. Il n’est donc pas inintéressant, compte tenu des événements présents, de revenir à ce <em>Boris Godounov</em> pour mettre en perspective notre actualité. C’est peut-être sur ce point que la mise en scène de <strong>Vasily Barkhatov</strong> – première incursion du metteur en scène russe sur une scène française – est la plus réussie et la plus intéressante. Le peuple de son <em>Boris</em> est éclaté, morcelé, contenu à l’arrière du plateau dans des espaces différenciés, délimités par des praticables de hauteurs différentes.</p>
<p><figure id="attachment_201905" aria-describedby="caption-attachment-201905" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-201905 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/BorisGodounov┬®JeanLouisFernandez_077-1024x505.jpg" alt="" width="1024" height="505" /><figcaption id="caption-attachment-201905" class="wp-caption-text">© Jean-Louis Fernandez</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">La scénographie de <strong>Zinovy Margolin</strong> semble s’inspirer du décor du <em>Dogville </em>de Lars van Trier, où la frontière entre l’intime et le public devient purement formelle. Ainsi, le peuple apparaît comme une multitude de petites cellules fermées sur elles-mêmes, qui communiquent par téléphones interposés, mais qui ne sont pas capables de former une unité, et surtout, de s’engager dans un mouvement commun. Dans l’entretien du metteur en scène publié dans le programme de salle, il est justement question d’une certaine « inertie » de la mentalité russe. Cette représentation d’un peuple contemporain triste, inerte et aliéné demeure une image puissante, dans un spectacle par ailleurs inabouti.</p>
<p style="font-weight: 400;">En effet, la mise en scène est globalement plutôt fade. Barkhatov choisit de faire de Boris un homme rongé par le poids du soupçon plutôt que par une culpabilité véritable. Le personnage semble être essentiellement préoccupé par sa famille, surtout par son fils, qui est présenté comme un jeune garçon autiste nécessitant des soins et un accompagnement personnel. Toute la deuxième partie du spectacle se déroule ainsi dans un centre de soin, avec une grande structure grillagée de toboggans, très colorée, qui contraste fortement avec l’ambiance grisâtre de la première partie. Mais cette vision, si singulière soit-elle, demeure à l’état d’esquisse. L’ensemble manque de souffle, d’une tension dramatique qui seule pourrait nous donner réellement accès aux enjeux politiques et à la tragédie intérieure de Boris.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il faut dire que <strong>Dmitry Ulyanov </strong>est un Boris assez déconcertant, tant il a quelque chose à la fois d’imposant et de maladroit. La voix est superbe, résolument projetée, solidement conduite et son monologue dans les appartements du tsar est un grand moment de théâtre. Pourtant, malgré cette intensité manifeste, on peine à accéder véritablement au personnage : quelque chose, dans le jeu, paraît trop appuyé, trop conscient de lui-même, comme si l’émotion se perdait derrière l’effort de la figurer.</p>
<p><figure id="attachment_201902" aria-describedby="caption-attachment-201902" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-201902 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/BorisGodounov┬®JeanLouisFernandez_055-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-201902" class="wp-caption-text"><span style="font-size: revert;">©</span> Jean-Louis Fernandez</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Autour de lui, l’Opéra de Lyon a réuni une distribution homogène où l’on remarque notamment le prince Chouïski de <strong>Sergey Polyakov</strong>, devenu le grand leader d’un complot contre Boris. Le timbre est un peu voilé, mais l’incarnation est pleine de caractère et le texte ciselé avec ce qu’il faut de poison dans le verbe. <strong>Filipp Varik</strong>, jeune ténor issu du Lyon Opéra Studio, est un Innocent fascinant : la voix est claire et moelleuse, la présence scénique irradiante ; son apparition retardée, dissimulé pendant toute la scène précédente dans une chaise hamac, est du plus bel effet. Dans la scène de l’auberge, <strong>David Leigh</strong> est désopilant en Varlaam, grâce à une voix à la projection solide et incisive. On retrouve ces qualités chez <strong>Mihails Čulpajevs</strong>, qui mord dans le texte avec rage et compose un Grigori enflammé, dévoré par l’ambition. On aurait aimé pouvoir l’entendre plus longtemps, mais en 1869, le personnage disparaît complètement après la scène de l’auberge. De même, <strong>Maxim Kuzmin-Karavaev </strong>est un Pimène émouvant, surtout dans la scène du monastère, où son récit prend des accents déchirants. Les femmes sont peu présentes dans <em>Boris Godounov</em>, mais <strong>Dora Jana Klarić</strong> accorde une voix chaude et pleine à la Nourrice, <strong>Jenny Anne Flory</strong> un timbre piquant pour l&rsquo;Aubergiste et <strong>Eva Langeland Gjerde</strong> quelque chose de frais et de tendre à Xénia. Enfin, <strong>Iurii Iushkevich</strong> est un Fiedor très troublant : sa silhouette juvénile et son timbre androgyne conviennent parfaitement au petit tsarévitch.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans la fosse, la direction orchestrale de <strong>Vitali Alekseenok</strong> est plutôt inégale, mais met bien en valeur la sécheresse de l’orchestration de Moussorgski. Les cuivres de l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon</strong> ont parfois quelque chose de violent et de sauvage, mais les cordes sont plutôt épaisses. L’ensemble manque de caractérisation et ne trouve sa pleine dimension dramatique que dans de rares scènes, comme lors du couronnement ou la confrontation Boris/Chouïski. Au contraire, le <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon </strong>et sa <strong>Maîtrise</strong>, admirablement préparés par <strong>Benedict Kearns </strong>et <strong>Clément Brun</strong>, sont d’une qualité constante tout au long de la représentation, entre présence frontale et retrait attristé. Cette co-production avec Bruxelles, Hanovre et Abu Dhabi devrait gagner en cohérence et en puissance au fil des représentations et des reprises.</p>
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		<title>Festival de Pâques d&#8217;Aix-en-Provence 2026 : encore de beaux noms à l&#8217;affiche</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/festival-de-paques-daix-en-provence-2026-encore-de-beaux-noms-a-laffiche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La programmation de l’édition 2026 du festival de Pâques d’Aix-en-Provence réservera comme chaque année une part non négligeable à la voix. Il y aura bien sûr une traditionnelle Passion de Bach à l&#8217;affiche. Cette fois-ci, c’est la Johannis-Passion qui sera donnée le Vendredi Saint (03 avril 2026) . Les ensembles Caravaggio et Accentus seront accompagnés &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La programmation de l’édition 2026 du festival de Pâques d’Aix-en-Provence réservera comme chaque année une part non négligeable à la voix.<br />
Il y aura bien sûr une traditionnelle Passion de Bach à l&rsquo;affiche. Cette fois-ci, c’est la <em>Johannis-Passion</em> qui sera donnée le Vendredi Saint (03 avril 2026) . Les ensembles Caravaggio et Accentus seront accompagnés de <strong>Marie Lys</strong>, <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong>, <strong>Cyrille</strong> <strong>Dubois</strong>, et <strong>Guilhem</strong> <strong>Worms</strong> et dirigés par <strong>Camille</strong> <strong>Delaforge</strong>.<br />
Auparavant, le 29 mars, le <em>Requiem</em> de Verdi nous vaudra de retrouver dans le quatuor vocal <strong>Marina Rebeka</strong>, <strong>Agnieszka</strong> <strong>Rehlis</strong>, <strong>Joseph</strong> <strong>Calleja</strong> et <strong>David</strong> <strong>Leigh</strong>, l’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Zurich étant dirigés par <strong>Gianandrea</strong> <strong>Noseda</strong>.<br />
A ne pas manquer non plus Le Concert des Nations et La Capella Nacional de Catalunya dirigés par <strong>Jordi Savall</strong> qui donneront <em>Le Christ au Mont des Oliviers</em> et les <em>Sept dernières Paroles du  Christ en Croix</em>.<br />
Autre temps fort, un récital <strong>Nadine Sierra</strong>, accompagnée au piano par <strong>Bryan</strong> <strong>Wagorn</strong>, piano (Verdi, Gounod, Debussy, G. Charpentier, Turina)<br />
En 2026, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence se déroulera du 28 mars au 12 avril. Tout le programme est à retrouver sur <a href="https://festivalpaques.com/programme">le site du Festival</a>.</p>
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		<title>DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 13:50:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la Divine Comédie. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’Il Viaggio, Dante initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la <i>Divine Comédie</i>. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’<i>Il Viaggio, Dante</i> initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival d’Aix-en-Provence.</p>
<p>Dusapin et son librettiste Frédéric Boyer ont réalisé un croisement entre l’œuvre phare de Dante, <i>La Divine Comédie</i>, et <i>Vie nouvelle</i>, premier texte attribuable à l’écrivain italien des XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles. Au paroxysme du désespoir spirituel, hanté par le souvenir de Béatrice, sa bien-aimée morte à seulement vingt-quatre ans, Dante traverse les enfers en compagnie du poète Virgile (Virgilio), envoyé par celle-ci. Il rencontre aussi une version plus jeune de lui-même pleurant la perte de sa femme – élément tiré de <i>Vie nouvelle</i> – ainsi que Sainte-Lucie (Lucia) qui œuvre au salut du poète. Des prières et textes liturgiques viennent compléter cet assemblage en italien. Tout cela est narré par un Monsieur Loyal (Giovanni Battista Parodie) en costume de revue, qui recourt au texte original.</p>
<p>Ce dispositif, qui renvoie à la perception de l’œuvre au-delà du simple argument, n’est pas le seul élément à faire penser à l’opéra précédent de Dusapin, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-macbeth-underworld-paris/"><i>Macbeth Underworld</i></a>, sorte de <i>Macbeth</i> à rebours, en négatif. Si les lignes vocales d’<i>Il Viaggio</i> sont plus plastiques, d’une grande expressivité et pleines de profils différents, l’orchestre présente les mêmes caractéristiques que celui de <i>Macbeth</i>. L’espace musical se forme essentiellement par superposition de nappes sonores. Ce continuum, souvent encadré par une strate dans le grave et une autre dans l’extrême-aigu, se décompose en champs différents, fréquemment consonants ou modaux autour de notes pivots. La présence de fragments de chant grégorien ne fait que souligner ce qui est inhérent à la musique. Les gestes mélodiques sont rares, l’organisation est davantage horizontale. Cette technique permet la cristallisation de structures et de couleurs insoupçonnées, mais aussi l’apparition du conventionnel. On est dans un flux continu. Même la danse macabre, évoquée lors de la descente aux enfers, est plus sous-entendue qu’elle n’est rythmique. Tout a l’air de s’écouler d’un seul trait, ce qui a ses avantages – le public rentre dans une sorte de transe – et ses désavantages – le temps lyrique est difficilement contrôlable. Dusapin utilise le terme « opératorio » pour ce mélange entre opéra et oratorio, ce qui est dû en grande partie à l’omniprésence du chœur qui, bien qu’invisible, contraste avec les individus. Toutefois, lorsque le chœur devient une menace, tous les éléments sont réunis pour créer un <i>tableau </i>de <i>grand opéra</i> romantique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="689" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/26825-Bernd_Uhlig___Opera_national_de_Paris-Il-Viaggio-Dante-24-25-Bernd-Uhlig-OnP-9-1600px-1024x689.jpg" alt="" class="wp-image-185662"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>IL VIAGGIO DANTE © Opéra de Paris, Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Le metteur en scène<strong> Claus Guth</strong> invente un cadre concret pour le livret qui enchaîne des situations plutôt spirituelles et abstraites : le spectacle commence par la projection d’une vidéo où l’on voit Dante traverser une forêt – image empruntée à la <i>Comédie</i> – en voiture, avant que l’apparition soudaine de Béatrice ne provoque un accident. Dante rentre chez lui, dans sa chambre, grièvement blessé, et on se demande s’il est déjà mort et si tout ce qui suit n’est qu’un rêve. À plusieurs reprises, Guth invoque des images cinématographiques. Le purgatoire, rempli de personnages tourmentés par des tics et le souvenir de leur vie terrestre, semble sortir de l’imagination d’un David Lynch ou d’un Stanley Kubrick. Les étranges raccourcis entre des visions et la vie réelle sont proches d’opéras tels qu’<i>Angels in America</i> de Péter Eötvös (bien que l’esthétique soit différente). À la fin du voyage, alors qu’il est sauvé et réuni avec Béatrice, Dante<span class="Apple-converted-space">  </span>se retrouve de retour dans sa chambre, seul, ensanglanté et mourant au lieu d’entrer au paradis. Le programme de salle offre une explication à cela. Une citation du <i>Mythe de Sisyphe</i> d’Albert Camus évoque la prise de conscience d’une vie machinale comme début d’un mouvement psychique qui mène soit au suicide soit à l’acceptation et au rétablissement. La scène en serait alors la vie quotidienne et non pas l’au-delà.</p>
<p>Par conséquent, <strong>Bo Skovhus</strong> campe un Dante expressionniste, physiquement éprouvé. Rompu aux rôles du répertoire contemporain tels que <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lear-paris-garnier-les-bonnes-vieilles-casseroles/"><i>Lear</i></a> d’Aribert Reimann, il manie sa partie avec une grande maestria. Le jeune Dante est un rôle travesti très ambigu dont l’aspect impulsif et le chant plastique sont parfaitement interprétés par la mezzo-soprano <strong>Christel Loetzsch</strong>. Même s’ils utilisent toute l’étendue des registres, les deux Dante retombent régulièrement dans l’extrême-grave de leurs tessitures. Virgilio, quant à lui, remplit son rôle de guide avec un stoïcisme inébranlable, et <strong>David Leigh</strong> projette sa basse volumineuse d’une manière vigoureuse. Lucia (<strong>Danae Kontora</strong>), qui semble être aveugle bien que son nom signifie « lumière », est un soprano colorature aérien d’une transparence irréelle dans les aigus. À l’image de la plupart des personnages, exception faite des rôles principaux, elle adopte une démarche stylisée aux gestes anguleux d’un mannequin. La Voix des damnés (<i>Voce dei dannati</i>), à laquelle Dante est confronté dès le premier cercle de l’enfer, prend la forme d’un contre-ténor à qui sont également confiées d’autres acrobaties vocales. <strong>Dominique Visse</strong> joue cette Voix des damnés comme un <em>dandy queer</em> digne d’un Quentin Crisp, et ajoute un élément grotesque à la distribution. Enfin, Béatrice, hautaine pendant la plus grande partie de l’œuvre, ne se laisse aborder qu’à la toute fin lorsqu’elle se voit attribuer un des passages les plus ouvertement lyriques. <strong>Jennifer France</strong> fait preuve à la fois de puissance et de précision dans tous les registres de sa voix.</p>
<p>Sous la direction de <strong>Kent Nagano</strong>, les voûtes sonores de l’orchestre, opposées aux lignes vocales plus dessinées, prennent tout le relief nécessaire, dans un opéra dont la dramaturgie s’émancipe souvent du texte, malgré le propos littéraire de l’œuvre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/">DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Nov 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La tournette tourne toujours. Les grands lambris blancs sont seulement un peu défraîchis. Les dieux sont fatigués. Ce Crépuscule des Dieux est l’aboutissement d’un projet mené sur deux saisons, remarquable pour un opéra de Zurich qui se dit «&#160;la plus petite des grandes maisons&#160;». Projet bicéphale porté par son directeur, Andreas Homoki, qui s’est attribué &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La tournette tourne toujours. Les grands lambris blancs sont seulement un peu défraîchis. Les dieux sont fatigués. Ce <em>Crépuscule des Dieux</em> est l’aboutissement d’un projet mené sur deux saisons, remarquable pour un opéra de Zurich qui se dit «&nbsp;la plus petite des grandes maisons&nbsp;». Projet bicéphale porté par son directeur, <strong>Andreas Homoki</strong>, qui s’est attribué la mise en scène (au vu de l’ensemble il a bien fait) et par son directeur musical <strong>Gianandrea Noseda</strong> (dont on dit que c’est sur la promesse d’un <em>Ring</em> qu’il avait accepté cette fonction), un projet dont on a salué <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-zurich-gianandrea-noseda-maitre-de-lor-de-rhin/">ici</a>, mais surtout <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-zurich-la-ligne-claire/">ici</a>, et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-zurich/">ici</a>, la réussite que parachève une dernière journée, dont l’émotion va croissant. Indispensable, si on le peut, de voir l’ensemble du <em>Ring</em>. Ce sera faisable en mai : deux cycles seront proposés. Mais la vision de cette dernière partie aussi glaçante que le <em>Rheingold</em> était joueur permet de saisir le dessein et la courbe qu’il dessine</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="345" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_317-2-1024x345.jpeg" alt="" class="wp-image-149964"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>L’esthétique de la mise en scène d&rsquo;Andreas Homoki est dans la descendance de celle de Patrice Chéreau. Il s’agit de raconter une histoire. Démarche élégante qu’on dirait volontiers classique. Un dispositif scénique unique, une sorte de boîte-à-jouer : les fameuses parois lambrissées giratoires, trois alvéoles en somme, où on peut voir arriver au gré des rotations les lits de pensionnat des Filles du Rhin, l’arbre de Hunding, la queue du dragon Fafner, la forêt où s’enfuient Siegmund et Sieglinde ou le rocher de Brünnhilde. Des portes, des fenêtres, des perspectives à cour et à jardin pour des hors champ, des lumières le plus souvent très blanches tombant des cintres, un parti pris de dépouillement que brise l’effet de surprise d’objets-signes arrivant impromptu. Avec ce plaisir théâtral quasi enfantin de se demander comment un arbre gigantesque comme celui du Crépuscule peut bien arriver là sans qu’on soupçonne rien.</p>
<h4><strong>Noseda dirige fort et clair !</strong></h4>
<p>Une esthétique fondée sur une direction orchestrale spectaculaire, à laquelle contribue l’acoustique incroyablement claire de cette salle d’un rococo 1900 tellement drôle, relativement petite, un millier de places, où la fosse d’orchestre semble proportionnellement démesurée. Le son éclate de présence, on est à l’opposé du fondu de Bayreuth, et rien des mille inventions de la partition de Wagner, du jeu des alliances de timbres, n’échappe à l’auditeur. Et Noseda dirige fort ! Il aura fallu ici toute la scène des Nornes, souvent couvertes les malheureuses, pour que l’équilibre commence à se rétablir (ou que nos oreilles s’adaptent ?)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_202-1024x684.jpeg" alt="" class="wp-image-149954"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Les deux grands poèmes symphoniques qui s’insèrent dans le <em>Crépuscule</em>, le <em>Voyage de Siegfried sur le Rhin</em> au premier acte et la <em>Marche funèbre</em> du troisième sont de spectaculaires moments de rutilance sonore, très analytiques, avec pour le premier beaucoup de nerf (d’<em>italianità</em> ?), des accents marqués, une polyphonie clairement audible, de grandes houles de cordes, et une projection formidable des vents, une puissance qu’on ressent dans l’estomac… et pour la Marche un tempo allant et superbe (délices voluptueuses des cors, profondeur tellurique des trombones), des accords implacables et rebondissants à la fois, un soin apporté aux textures et une progressive animation du discours menant jusqu’aux derniers accords, térébrants, bref une orgie de sonorités !</p>
<h4><strong>Tout repose sur le jeu d’acteur</strong></h4>
<p>Cette opulence va de pair avec une mise en scène finalement très dépouillée. La nudité des parois, le minimalisme des objets-signes, tout repose sur le jeu des acteurs et sur un casting impeccable, notamment pour ce <em>Götterdämmerung</em>. Une crédibilité physique, un jeu des corps, une théâtralité assumée.<br>Théâtralité. Le mot s’impose pour le <em>Crépuscule</em>, du moins à partir du moment où apparaîtront les Gibichungen. Les deux scènes d’entrée sont encore dans le registre sublime. Celle des Nornes, prophétesses à la fois du passé, du présent et de l’avenir, souffre un peu, on l’a dit, d’être le lever de rideau. C’est pourtant là qu’on apprend le péché originel de Wotan : d’avoir bu à la source sacrée et cassé une branche du Frêne et toute l’harmonie cosmique originelle en a été brisée. D’avoir ensuite brisé la lance taillé dans ce Frêne puis donné l’ordre de le débiter cet arbre pour préparer un bûcher au pied du Walhalla où il s’est enfermé. <br>Couleurs très noires à l’orchestre après l’accord initial, celui du réveil de Brünnhilde, on entend passer le motif de la mort, outre celui des traités. Les trois Nornes en robes de moniales immaculées étirent de leur fil fatidique autour du rocher de Brünnhilde, et on regrette un peu de n’entendre (ou deviner) leurs timbres veloutés (ce sont trois mezzo-sopranos <strong>Freya Apffelstaedt</strong>, <strong>Lena Sutor-Wernich</strong>, <strong>Giselle Allen</strong>) qu’entre deux virulences de la fosse.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_211-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149955"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund, Klaus Florian Vogt © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Noseda, lui aussi, raconte une histoire</strong></h4>
<p>Ce n’est pas sur le rocher, mais dans un lit doré Louis XVI que s’éveilleront les tourtereaux. Tableau d’aurore sur lequel Noseda pose une lumière radieuse. Beaucoup de poésie, de souplesse conteuse dans les entrelacs de cors et de clarinette. Là encore il faudra attendre le «&nbsp;Vereint&nbsp;» enfin héroïque de Siegfried et le vaillant «&nbsp;O heilige Götter&nbsp;» de&nbsp; Brünnhilde, pour que les deux personnages prennent toute leur stature, tous deux rayonnants dans un superbe «&nbsp;Heil dir&nbsp;» final. <br>Ce ne sont qu’amuse-gueules pour <strong>Camilla Nylund</strong>, qui au fil de la représentation sera une très grande Brünnhilde, dans une forme vocale épanouie, beaucoup plus, si nos souvenirs ne nous égarent pas, que dans <em>la Walkyrie</em> ou <em>Siegfried</em>. Elle semblera se jouer d’une tessiture terriblement tendue et des exploits sans fin que lui demande le rôle. On y reviendra.<br><strong>Klaus Florian Vogt</strong>, qui dans cette Tétralogie s’essaie à son premier Siegfried, lui offre sa voix haute, lumineuse, très blonde. C’est un éclairage autre sur le personnage qu’il propose. Un Siegfried qu’il tire du côté de l’enfance, de la candeur, d’une innocence surlignée. <br>À la Brünnhilde très noble de&nbsp;Nylund, seule figure surnageant dans l’effondrement moral général, il juxtapose un personnage un peu naïf. Comme cela s’ajoute à la veulerie, au mensonge, à la trahison où le philtre le fera tomber, le trait est peut-être un peu chargé… D’autant que son short de randonneur style Vieux Campeur et l’enthousiasme gamin avec lequel il s’empare de la tête de cheval pour s’en coiffer à la manière d’un Centaure revu par Jean Cocteau ne l’héroïsent guère…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_226-1024x768.jpeg" alt="Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus" class="wp-image-149956"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lauren Fagan, David Leigh, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Changement radical avec l’arrivée chez les Gibichungen. Le ton devient celui d’une conversation en musique. On n’est plus chez les Dieux ou assimilés, on est chez des aristocrates décavés, qui vont se laisser manipuler par un marionnettiste diabolique. « Meilleur est le méchant, meilleur est le film », dit l&rsquo;adage. La jeune basse américaine<strong> David Heigh</strong> dessine une figure maléfique réfrigérante qui pourrait sortir de <em>Peaky Blinders</em> ou d’<em>Assassin’s Creed</em>, interminable chevelure noir corbeau, long manteau noir, très maigre, très inquiétant, il arpente la scène à grands pas, surveille tout, guette aux portes. La voix est étonnamment grave, avec beaucoup de métal, et semble ne pas coïncider avec cette silhouette émaciée. Hagen n’a qu’un but, conquérir l’anneau, il l’avouera tout à l’heure dans un monologue caverneux sur fond de trombones et de tuba, « Ihr freien Söhne, ihr dient ihm doch, des Nibelungen Sohn – Vous, les fils libres, vous servez quand même le fils du Nibelung ».</p>
<p>La voix est noire et son acier semblera d’autant plus trempé quand au début de l’acte 2 elle sera en dialogue avec celle de <strong>Christopher Purves</strong> (Alberich) dans le « Schläfst du, Hagen, mein Sohn ». Dans sa courte scène, Purves adopte un parlé-chanté très articulé d’une théâtralité exacerbée (nous avions parlé de « cabotinage supérieur » à l’époque de <em>Rheingold</em>) qui supplée peut-être à une profondeur qu’il a moins. Un jeu de mélodrame romantique qui ajoute de la démesure au désarroi du personnage. Deux voix, deux styles, deux générations, la juxtaposition est intéressante et elle nourrit la situation : Alberich veut croire que son fils lui reconquerra le Ring alors que Hagen, pris dans son rêve, nourrit ses noirs complots.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_052-2-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-149962"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>David Leigh, Christopher Purves © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un Siegfried de BD</strong></h4>
<p>On n’en est pas là. Pour le moment on fait connaissance avec Gunther et sa sœur Gutrune, tous deux en velours écarlate. Avec sa raie sur le côté et ses cheveux mi-longs, <strong>Daniel Schmutzhard</strong> dessine un personnage pleutre, parfois titubant, courbé, vaguement sournois. Le timbre semblera manquer d’affirmation au début, il gagnera en solidité plus tard (mais le rôle n’est guère flatteur pour un baryton qui chante Rodrigo ou Onéguine). <strong>Lauren Fagan</strong>, qui hérite du personnage le plus falot du Ring, y montrera un soprano rayonnant, une voix longue, aux aigus faciles, avec de la plénitude au centre et même les graves que Wagner lui demandera au dernier acte (c’est à la fois une Mimi et une Elvire), tout cela avec une silhouette gracieuse.</p>
<p>Siegfried-Vogt, plus héros de BD que jamais, va débarquer dans leur salon meublé de fauteuils de chez Knoll un peu passés de mode, et raconter toute son histoire, l&rsquo;affreux gnome qui l’a élevé, le dragon qu’il a vaincu, auquel il a volé l’anneau qu’il a offert à Brünnhilde en gage d’amour. <br>Récit où Vogt, par le jeu des couleurs, la souplesse des phrasés, suggère la candeur du personnage. Tous trois vont être circonvenus par Hagen dans une scène que Wagner tire vers le théâtre romantique. Et Vogt, après avoir bu le philtre, va accomplir cette très jolie chose (sur les friselis des cordes) de modifier sa voix, de lui faire perdre de sa fraîcheur pour lui donner un on ne sait quoi de veule et de flambard en même temps. Noseda, lui aussi grand coloriste, après avoir tissé des cordes suaves sur le duo Siegfried-Gunther (où, chose rare, Wagner fait taire les vents pendant de longues mesures) accentuera la noirceur des trombones comme pour démentir leur fringant serment de fraternité après leur échange de sang.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_063-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149446"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sarah Ferede, Camilla Nylund et la silhouette de Wotan © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Wotan fait un bref passage</strong></h4>
<p>Wotan est morose dans son Walhalla, les Nornes nous l’ont appris. Jolie trouvaille de mise en scène, durant la scène de Waltraute : les deux sœurs, Brünnhilde et elle, vont être amenées par la tournette tout près du Dieu déchu (un figurant muet, bien sûr), somnolant affalé sur la grande table dorée où ils se réunissaient tous jadis. Le long récit de Waltraute (<strong>Sarah Ferede</strong>), tout en raffinements, n’a peut-être pas la vibration, le dramatisme qu’on aimerait, malgré la douceur des cordes qui l’accompagnent. Elle raconte que Wotan réclame l’anneau qui lui rendrait sa vigueur. <br>Le « Bist du von Sinnen – Tu perds la tête » parlé-crié de Camilla Nylund est d’une puissance dramatique incroyable…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_260-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149957"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund, Sarah Ferede © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est que Waltraute lui a conseillé de jeter loin d’elle cet anneau qui n’apporte que le malheur. Bien au contraire, dit-elle, c’est lui qui est garant de l’amour de Siegfried, «&nbsp;Siegfried’s Liebe&nbsp;». Le <em>subito piano</em> de Nylund sur ces deux mots, la chaleur qu’elle met sur « gilt mit werter als aller Götter », dessinent une Brünnhilde à la fois ardente, amoureuse, fragile, brûlant de passion, et il semble dès lors que plus rien n’est impossible à sa voix, dans la puissance comme dans la délicatesse.<br>Leurs derniers échanges permettront à Sarah Ferede, répondant aux superbes imprécations de Nylund, de montrer des graves imposants, des réserves de force (ses « Wehe ! Wehe ! » pétrifiants !), un charisme dont on était un peu en manque jusque là.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_238-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149578"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Klaus Florian Vogt, Daniel Schmutzhard © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le Tarnhelm, ou comment s’en sortir</strong></h4>
<p>Non moins éperdu, grandiose, le « Verrat » (Trahison !) de Nylund, quand Brünnhilde comprendra que Siegfried l’a en somme offerte au dérisoire Gunther. Cette scène du Tarnhelm n’est pas très réussie. Siegfried n’a pas changé de costume, il porte le heaume magique et il est flanqué de Gunther, titubant tel un pantin, misérable, dont le visage est couvert d’un voile. La situation n’est déjà pas facile à faire comprendre, ici la cible est manquée. À revoir pour la reprise.</p>
<p>Au deuxième acte, après la scène avec Alberich qu’on a évoquée, une superbe transition chambriste – cordes graves, clarinette basse, puis cors sinistres – insinuera une fois de plus l’impression que tout est en train de se décomposer, les leitmotives autant que ce Siegfried en perte de lui-même et de sa mémoire, bravache de sa trahison, qui trompette quelques gracieusetés à sa nouvelle épouse, Gutrune, dans le salon style Hofmann des Gibichungen, gracieusetés qui se termineront sur la table…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_096-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-149448"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Le smoking blanc de Siegfried</strong></h4>
<p>Changement à vue, pour l’apparition du Frêne, funeste, gigantesque, et d’une troupe de chevelus, plus ou moins clones de Hagen, noirs de poils et de défroques. Ce sont les vassaux des Gibichungen et c’est le seul grand ensemble choral de la Tétralogie, où le <strong>Chœur de l’Opéra de Zurich</strong> flamboie de toutes ses voix viriles et l’orchestre de tous ses cuivres, et où Wagner s’inscrit bruyamment en héritier de Weber. Ce chœur de rudes buveurs de mauvais augure préparant la scène cruelle et grotesque du mariage. Daniel Schmutzhard dans son chant d’accueil a l’occasion de montrer des réserves de puissance et un éclat qu’il avait cachées jusque là.<br>Dès lors, avec l’arrivée de Brünnhilde et du couple Gutrune-Siegfried, main dans la main, tout va devenir à la fois tragique et grotesque. Comme pour une noce en province, Siegfried porte un smoking ridicule et Gutrune une longue robe évidemment rouge.<br>Mise en scène un peu trop appuyée, ou naïve, mais qui met d’autant mieux en valeur la noblesse de Brünnhilde. Sa solitude, sa douleur. « Mir schwindet das Licht – Je vais m’évanouir », chante-t-elle quand elle voit l’anneau au doigt de ce Siegfried enfant pris en faute. Ses « Betrug ! Betrug ! – Mensonge! Mensonge ! » sonnent comme des sursauts d’animal blessé, « Verrat ! Verrat ! – Trahison ! Trahison ! » et Nylund les crie-chante en grande tragédienne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_305-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-149958"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lauren Fagan, Daniel Schmutzhard, David Leigh, Camilla Nylund, Klaus Florian Vogt © MR</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Nylund jusqu’à la sauvagerie</strong></h4>
<p>Il ne s’agit plus de beau chant, mais de la douleur nue. De rage aussi. Son « Dem Mann dort bin ich vermählt – Je suis mariée à cet homme [Gunther] et non à celui-là [Siegfried] » est d’une sauvagerie grandiose, qui rendra d’autant plus surprenant le long trille qu’elle placera sur <em>Liebe</em> quand elle lancera « Er zwang mir Lust und Liebe – Il m’extorqua plaisir et amour ».<br>Noseda mènera d’un baguette ferme la scène un peu clinquante qui suit, à grand coups de trompettes martiales, Siegfried jurant sur la lance qu’il n’a pas trahi, et Brünnhilde jurant sur la même lance (bientôt fatale) qu’il s’est parjuré.<br>Plus intéressant du point de vue du chant le long monologue de Brünnhilde, « Welchs Unholds Lust », où elle s’interroge sur la ruse démoniaque » qui a conduit à tous ces événements… Nylund le commence à mi-voix, très intérieure, sur un tapis de cordes, puis elle va crescendo, jusqu’à un « Ach ! Jammer ! – Ah ! misère » où la voix se déchire dans un glapissement désespéré… en quoi elle applique les préceptes de Wagner : d’abord le personnage et la situation, ensuite le chant. Et elle montera encore d’un degré dans l’intensité pour culminer sur « jammernd ob ihrer Schmach » où elle mugit la honte de la femme bafouée.<br>L’acte se terminera par un trio de la vengeance (Wagner pas loin de Verdi…), où Nylund montera à des sommets de violence, plus tellurique que jamais, dans des assauts de fortissimos terrassants avec un Schmutzhard physiquement chancelant et misérable, mais vocalement glorieux, et un Leigh plus démoniaque et sépulcral que jamais !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_149-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149452"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un simulacre de grâce</strong></h4>
<p>Huit cors, c’est ce qu’a voulu Wagner pour que retentisse le motif du Rhin au début du troisième acte sur lequel se greffera celui de Siegfried. Présages sinistres assortis de légères ondulations de violons et de flûte pour introduire un moment de grâce – de grâce et d’incertitude –, la scène avec les Filles du Rhin, trois Jean Harlow en pyjama de soie blanche, gamines, sautillant de lit en lit, courant d’une salle à l’autre. <strong>Uliana Alexyuk</strong>,<strong> Niamh O&rsquo;Sullivan</strong> et <strong>Siena Licht Miller</strong>, non seulement sont exquises à regarder, mais elles fondent leurs trois voix dans une union parfaite. Ce moment de grâce ne dure pas. L’orchestre avec ses appels de cors et de grisâtres harmonies angoissées suggère que pour elles aussi la joie s’est enfuie. Si elles charment ce Siegfried plus enfantin que jamais, c’est pour reconquérir l’anneau. Le jeu de séduction n’est badin qu’en apparence.</p>
<p>C’est l’un de ces moments où l’acoustique de Zurich permet d’entendre tous les fragments de motifs qui s’entrechoquent, celui du sort, celui des Nornes, tant d’autres, et si on ne les reconnaît pas, les couleurs, les frémissements de cordes graves, les textures superposées créent un climat de décomposition, d’angoisse, d’échec. Le <strong>Philharmonia Zurich</strong>, à découvert, y est d’une sûreté remarquable. Les Filles du Rhin n’auront pas obtenu l’anneau, et Siegfried chante sa désillusion : Klaus Florian Vogt passe de l‘insouciance à la blessure qu’il laisse entendre dans sa voix sur «&nbsp;Der Welt Erbe&nbsp;», jouant habilement de sa voix claire, et de cet air de nudité fragile qu’elle a parfois, pour suggérer les failles du personnage.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_111-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-149963"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Klaus Florian Vogt, Camilla Nylund © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Le grand moment de Vogt</strong></h4>
<p>Pendant ce temps Hagen poursuit son plan… La scène de la chasse le montrera encore plus cauteleux et méphistophélique (et David Leigh joue de toutes les souplesses de sa voix pour mieux piéger sa proie), il va conduire Siegfried sur le chemin de la remémoration, en évoquant (sur des appels prémonitoires de cors) cet oiseau de la forêt qui le mena vers le heaume et vers l’anneau. <br>Moment crucial où la voix de Siegfried-Vogt éclate de pureté, retrouvant toute la flamme de son timbre originel, en même temps que sa mémoire. L’éclat solaire de «&nbsp;Der Mutter Erde&nbsp;», puis son long récit émerveillé,«&nbsp;Mime hiess ein murrischer Zwerg&nbsp;», semblent d’un timbre autre, irradiant, varié, lumineux, d’une transparence qu’accompagnent de subtils entrelacs de bois et de cordes. On admire la souplesse qui lui permet de citer impeccablement la mélodie virtuose de l’Oiseau, puis de fugitifs passages en voix mixte, très élégants. C’est le moment où Hagen va lui faire boire un autre philtre qui libérera ses souvenirs cachés, ceux qui concernent Brünnhilde et justement aux violons le motif de Brünnhilde annonce la suite…<br>Vogt va aller chercher le plus héroïque de sa voix pour évoquer le bucher, les flammes, l’éveil de Brunnhilde (l’orchestre s’en souvient aussi). On reste secoué par les sommets de ferveur sur « ein wonniges Weib » et sur« umschlang ». Magnifiques.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="663" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_350-1024x663.jpeg" alt="" class="wp-image-149960"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Riitershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Un éveil inversé<br></strong></h4>
<p>La suite, c’est le coup de lance de Hagen dans le dos de Siegfried qui s’effondre et qu’on laisse pour mort. Pas encore. Son ultime monologue, après qu’on aura entendu les prémisses de la marche funèbre aux cordes graves, puis le rappel à l’orchestre du réveil de Brünnhilde, harpes et violons, sera un nouveau moment de clarté éperdue, de fragilité, jusqu’à l’ultime, «&nbsp;Brünnhild’ bietet mir Gruss&nbsp;». Il s’est approché en titubant du lit doré de leurs amours, il s’y laisse tomber et meurt. Seul.</p>
<p>Glissons sur la scène de transition où Wagner en finit avec les Gibichungen et où Hagen en finit avec Gunther en le trucidant. La tournette les emportera tous, pour ramener Siegfried dans l’attitude de sa mort, effondré sur la tête du lit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="483" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_365-1-1024x483.jpeg" alt="" class="wp-image-149961"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est là, tout près de lui, le touchant, le caressant, que Brünnhilde-Nylund commencera sa monumentale scène finale. Incandescente progression, d’une puissance formidable, sur l’impitoyable thème des Walkyries aux trompettes, la voix dardée à l’extrême, jusqu’au tendre « Wie Sonne hunter » (tandis que les violons se remémoreront le phrase de Siegfried quand il écartait son heaume). C’est comme un nouvel éveil inversé et Nylund resplendit de ferveur vocale. De grandeur. De pureté. <br />Moment où la musique dit, rend sensible, que l’amour est plus fort que la mort.</p>
<p>Superbes, ses « Alles, alles, alles, weiss ich », <em>mezza voce.</em> <br />Superbe, le baiser qu’elle donne à Siegfried mort.</p>
<h4><strong>Nylund, définitivement grande</strong></h4>
<p>On reste médusé certes par la solidité de la voix, cette voix tranchante, impérieuse, impavide, mais aussi toute en nuances, incarnant tous les mouvements intérieurs de Brünnhilde, dans ce long monologue qui certes est un exploit vocal, mais aussi l’assomption d’une âme.<br />Et puis à partir de « Gräne, mein Ross », ce sera l’embrasement de la voix, parallèle à celui du Walhalla.<br />Au pied de l’arbre, la foule se réunira autour de Brünnhilde, on verra un homme en flammes traverser la scène. Et la voix montera encore jusqu’au « Selig grüsst dich dein Weib – Ta femme te salue dans l’extase ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_175-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-149576"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;homme en flamme © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Trois images</strong></h4>
<p>De la fosse commencera à s’élever un thème qu’on n’avait pas entendu depuis la <em>Walkyrie</em>, le thème de la «&nbsp;rédemption par l’amour&nbsp;», que Sieglinde avait offert à Brünnhilde. Un thème que l’orchestre répétera jusqu’à l’ivresse, tandis qu’on verra quelques images racontant la fin de l’histoire.<br>D’abord les Filles du Rhin arrachant l’anneau du doigt de Hagen, qu’elle basculeront dans le Rhin avec ses désirs de puissance.<br>Puis, le rideau se levant à nouveau, un Wotan affalé sur son fauteuil, contemplant sans réagir un des tableaux qu’on avait vus dans <em>Rheingold</em>, celui montrant le Walhalla dans un cadre doré, mais ce que le tableau maintenant montre (une vidéo, bien sûr), c’est le Burg dévoré par les flammes).<br>Nouveau rideau, enfin, toujours sur le postlude orchestral : le décor vide, tournant sans fin. Il n’y a plus personne, il n’y a plus rien.<br>Rideau ultime sur les derniers accords.</p>
<p>Qu’on se souvienne : à la fin de la version de Chéreau, la foule des hommes et des femmes de toutes classes qui avaient assisté à l’immolation de Brünnhilde se tournait vers la salle, comme pour regarder vers l’avenir.</p>
<p>Un demi-siècle plus tard, tout rêve d’avenir (éventuellement radieux) semble aboli.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_ah_c_monika_rittershaus_388-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-149582"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-nancy-tournez-maneges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Dec 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/tournez-manges/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Doit-on plaisanter avec la Flûte ? Le livret de Schikaneder et la musique de Mozart y invitent, tout en croisant la comédie populaire, fabuleuse, et le sacré de l’initiation. Là réside le défi de toute réalisation. Le cartoon qui nous est offert surprend, ravit et dérange. Film d’animation servi par toutes les techniques du dessin animé &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Doit-on plaisanter avec <em>la Flûte</em> ? Le livret de Schikaneder et la musique de Mozart y invitent, tout en croisant la comédie populaire, fabuleuse, et le sacré de l’initiation. Là réside le défi de toute réalisation.</p>
<p>Le cartoon qui nous est offert surprend, ravit et dérange. Film d’animation servi par toutes les techniques du dessin animé comme de la BD, c’est un constant régal visuel, dû à <strong>Hannah Oellinger</strong> et <strong>Manfred Rainer</strong>. Les décors – trois cadres de fête foraine, associés sur une scène tournante – font évidemment sourire toutes les générations (à noter cependant que les rotations fréquentes du second acte donnent le tournis). Les lumières de <strong>Olaf Freese</strong>, les projections (interjections sous forme de bulles, évocation du ciel nocturne, animé etc.), les nuages mouvants, la machinerie (descente de Papageno-oiseau vert, apparitions de la Reine de la Nuit…) traduisent un métier et une réflexion aboutis. Il en va de même des costumes, tous plus colorés, drôles, burlesques, excentriques. On comprend mal pourquoi tous les accessoires – souvent symboliques – ont été éliminés (la flûte, le cadenas, la cage de Papageno etc.). Qu’apporte la substitution d’un bâillon au cadenas, par exemple ? Des bruitages (le vent, les oiseaux) s’ajoutent ici et là, en plus de la seconde apparition de la Reine de la Nuit. Pourquoi pas ? Surprenante, audacieuse, mais rompant avec la trame de l&rsquo;ouvrage, la réconciliation finale de Sarastro et de cette dernière est à oublier, fantaisie gratuite de la metteuse en scène.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la-flnte-enchantcecjeanlouisfernandez-pour-opcra-national-de-lorraine-16.jpg?itok=WkbjPAsO" title="Mark Omvlee (Monostratos) et Christiina Gansch (Pamina) © ONL - Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	Mark Omvlee (Monostratos) et Christiina Gansch (Pamina) © ONL &#8211; Jean-Louis Fernandez</p>
<p>Le film d’animation qui nous est proposé cherche à réaliser la comédie, adaptée à la sensibilité de notre siècle, séduisante, pour le plus grand nombre. En cela, elle est bien fidèle à l’esprit de l’œuvre, du moins à sa lecture la plus commune jusqu’au milieu du XXe S. Le parti-pris, louable, entraîne évidemment bien des changements, dans la forme comme sur le fond. On n&rsquo;est pas loin d&rsquo;un univers proche de celui du film de Bergman, frais, poétique, sensible. Mais ici, l&rsquo;ambigüité de l&rsquo;approche d&rsquo; <strong>Anna Bernreitner</strong>, qui signe la mise en scène, (Sarastro serait insincère, dominateur, la peur donne son unité à l&rsquo;opéra) fait plus que déranger, elle trahit. Ainsi  a-t-elle pratiqué une réduction drastique de parties qui nous paraissent essentielles. Non seulement disparaît un duo (numéro 11), mais, bien pire, les dialogues sont très largement amputés, parfois altérés dans leur sens, et leur disparition occulte la compréhension de la dimension spirituelle voulue par Mozart et Schikaneder.  Certes, ces dialogues posent problème à nombre de chanteurs, certains piètres conteurs. D&rsquo;autre part, la distribution privilégie les non-germaniques. Cependant, les très nombreuses réalisations de l’ouvrage attestent la possibilité de réaliser un équilibre satisfaisant. Conséquences directes : les oppositions (Tamino-Papageno, Sarastro-Monostatos…) sont anecdotiques, à peine suggérées, l’action perd sa pertinence et sa force, au profit d’une succession de numéros. Pire, l’ajout d’un ostinato de pizzicati humoristiques à l’entrée de Pamina avant son poignant « Ach ich fühl’s ». C’est totalement inapproprié, et d’une laideur à faire hurler tout mozartien. Est-ce encore <em>La Flûte</em> ?</p>
<p>L’orchestre, en formation symphonique plus que chambriste, sait se montrer par instants diaphane, contrasté. Mais dans certaines ponctuations, sa lourdeur surprend parfois. Le pupitre des bois – à l’exception des bassons – est quelconque. C’est en place, mais dépourvu de couleur comme de lyrisme. L’ouverture, jouée dans l’obscurité, était prometteuse, enlevée, contrastée, équilibrée, nerveuse sans fébrilité. La musique vivait et respirait. Le chef impose des phrasés bien dessinés. Les tempi seront parfois surprenants, trop uniformes, ne ménageant pas les moments d’émotion que la musique appelle. Autant que pour la mise en scène, le sens de la comédie, comme celui du sacré, la ferveur, semblent oubliés par <strong>Bas Wiegers</strong>, qui dirige sa première <em>Flûte</em>. Il excelle à réaliser la fugue de l’ouverture, la marche qui ouvre le second acte, l’introduction et l’accompagnement du choral des hommes d’armes. Toujours il se montre soucieux des lignes, des phrasés, quitte à renoncer aux accents. Sinon l’ensemble est honnête, sans plus.</p>
<p>Le chœur, dans la confidence comme dans le triomphe, se montre clair, équilibré, homogène et intelligible. A signaler les deux hommes d’armes – <strong>Ill Ju Lee</strong> et <strong>Benjamin Colin</strong> – exemplaires, dont l’intervention est un des meilleurs moments de la soirée.</p>
<p>Tamino, <strong>Jack Swanson</strong>, n’a ni la noblesse du Prince, ni la souplesse et la douceur vocale attendues du héros. On doute de sa vaillance, malgré la projection. <strong>Christina Gansch</strong> nous vaut une belle Pamina : la pureté diaphane des aigus, la noblesse de ton, un legato moelleux, donnent à chacune de ses interventions une couleur bienvenue. La soprano autrichienne, mozartienne accomplie, est une des perles de cette production. L’autre C<strong>hristina</strong> – <strong>Poulitsi</strong> – est une des grandes Reines de la nuit actuelles, dont elle s’est faite une spécialité. Les vocalises, le suraigu ne sentent pas l’effort et ses apparitions spectaculaires sont de grands moments, propres à ravir le public. Le Sarastro de <strong>David Leigh</strong> aurait pu figurer au défilé des rois de <em>La Belle Hélène</em> : longiligne, affublé d’une tiare chevelue et d’une longue barbe postiche, il est dépourvu, vocalement et scéniquement de l’autorité et du rayonnement que lui confère le livret. L’épaisseur manque. La démarche mal assurée durant son air « In diesen hei’gen Hallen » surprend. La voix est quelconque et on cherche vainement l’opulence des graves.</p>
<p>La bonne surprise vient de Papageno. Certes, la direction d’acteur en gomme la truculence bouffe, l’entrain aussi, mais la voix est splendide. <strong>Michel Nagl </strong>sait ce qu’il chante, son allemand n’est pas idiomatique comme celui de Tamino et de Sarastro. Et il n’est pas moins noble que ceux-ci. Papagena chante peu. Son texte, alors qu’elle a pris l’aspect d’un volatile étonnant (la petite vieille), témoigne déjà de ses dons de comédienne. Le duo bien connu avec Papageno est ravissant, servi par une direction d’acteurs efficace, <strong>Anita Rosati</strong> s’y montre fraîche, pétillante. Monostatos, ici blanc, est confié à <strong>Mark Omvlee</strong>. Si les aigus du ténor bouffe sont de qualité, le médium et le grave passent mal, le débit très rapide de son air (privé de son monologue introductif) est exemplaire. Là encore, le côté délibérément comique est malencontreusement amenuisé.</p>
<p>N&rsquo;oublions pas l’excellent Orateur de <strong>Christian Immler</strong>, puissant, digne, dont l’allemand est naturellement irréprochable. Les trois dames, triplette ayant en partage leur belle robe, marient heureusement leurs voix. Les premières interventions surprennent par leurs timbres corsés, voire triviaux (<em>Mesdames de La Halle</em> ?), mais on oublie vite ces couleurs pour apprécier leur parfaite union. Quant aux enfants, le Covid a conduit à remplacer les jeunes chanteurs annoncés par trois jeunes comédiens, doublés par des choristes.</p>
<p>Petits et grands font un triomphe aux artistes, l’objectif est donc atteint. Est-il envisageable de procéder, ici et là, à quelques retouches permettant de satisfaire les publics plus exigeants ? C’est ce que l&rsquo;on peut souhaiter, car la réalisation mérite d’être diffusée ailleurs qu’à Montpellier, opéra partenaire.</p>
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		<title>ABRAHAMSEN, la Reine des Neiges — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-reine-des-neiges-strasbourg-le-compositeur-qui-navait-pas-froid-aux-yeux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Sep 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Loin de Disney, qui mieux que le compositeur Hans Abrahamsen, né à deux jours de Noël à Copenhague, pouvait-il adapter l’œuvre de son compatriote Hans Christian Andersen ? Il n’est qu’à prêter l’oreille au superbe opéra créé il y a tout juste deux ans au Danemark et présenté à Strasbourg dans sa création française afin de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Loin de Disney, qui mieux que le compositeur <strong>Hans Abrahamsen</strong>, né à deux jours de Noël à Copenhague, pouvait-il adapter l’œuvre de son compatriote Hans Christian Andersen ? Il n’est qu’à prêter l’oreille au superbe opéra créé il y a tout juste deux ans au Danemark et présenté à Strasbourg dans sa création française afin de s’en convaincre. Cette œuvre magnifique a tout autant sa place en ouverture de saison de l’Opéra national du Rhin que dans la programmation du festival Musica. Le compositeur, dont c’est le premier opéra, est un grand spécialiste du froid et de la neige, si l’on en juge des thématiques marquantes de sa production et de ses propres commentaires sur la musique. Il compare notamment les lignes mélodiques de canons de Bach aux couches d’un manteau neigeux en formation, avant de s’en inspirer pour l’une de ses œuvres intitulée <em>Neige</em>. De fait, <em>La Reine des neiges </em>s’entend avec grand plaisir et intérêt dès la première écoute : on y perçoit d’emblée les infimes frémissements de la poudreuse glacée, et c’est comme si les cristaux de neige dessinés par Ernst Haeckel ou photographiés par Wilson Bentley se transformaient en ondes sonores, à la fois pure harmonie et symétrie, logique implacable et dessein impénétrable ou encore irradiations iridescentes. Raffinement, profusion et réelle originalité caractérisent la masse sonore qui nous est ici offerte. D’aucuns louent le caractère épuré des compositions de Hans Abrahamsen, lui trouvent des points communs avec les plus grands compositeurs d’opéra contemporains ou passés, mais rares sont ceux qui le comparent aux musiciens de cinéma. Or, certaines pages où un groupe d’instruments seulement est sollicité ne sont pas sans évoquer l’art incomparable d’un Bernard Herrmann et de façon générale, tout évoque des arrangements parmi les plus subtils des habillages d’images. L’une des plus belles qualités du compositeur danois est d’engendrer une musique générant tout un univers visuel, riche et féerique. Déployé en fond de scène en grand effectif de pas moins de quatre-vingt-six musiciens, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, dirigé par <strong>Robert Houssart</strong>, sert, on ne peut mieux, cette œuvre prolifique. Le chef tenait déjà la baguette lors de la création mondiale et connaît visiblement son affaire.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="300" src="/sites/default/files/styles/large/public/lareinedesneiges_3_.jpg?itok=YNgxarTM" title="© Klara Beck" width="450" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Auteur de la partition mais aussi du livret écrit en collaboration avec <strong>Henrik Engelbrecht</strong>, Hans Abrahamsen a respecté le conte d’Andersen de très près. On pourrait imaginer difficile l’opération consistant à s’approprier un univers si élaboré et connoté pour l’illustrer en s’affranchissant des références disneyennes ou celles d’auteurs plus classiques, tels que le grand Edmond Dulac. Le travail original de <strong>James Bonas</strong> et <strong>Grégoire Pont</strong> est d’autant plus à saluer, tant il sert, en merveilleux contrepoint, cette <em>Reine des neiges</em> à qui on souhaite tout le mal de devenir un classique du répertoire. Devant l’orchestre, un rideau ou plutôt un pénétrable va servir de support à des projections très sophistiquées. L’œil ne sait plus où donner de la rétine pour capter les métamorphoses givrantes ou vibrionnantes qui prolifèrent. Plutôt destiné aux adultes, le spectacle plaît néanmoins aux enfants présents dans la salle, dont l’un s’amuse beaucoup de cette Reine des neiges à barbe, par exemple. À ce titre, la scénographie et les costumes de <strong>Thibaut Vancraenenbroeck</strong> sont superbes, même si tout n’est pas de la même eau, comme les vêtements des enfants, frusques informes à la polychromie dissonante. En revanche, les oripeaux faussement mités des Corneilles grunge ou queer, le manteau en plumes de paons blancs de la Reine des neiges, notamment, détonnent. Entre provocation voyante et pure poésie, en particulier pour les marionnettes inspirées du théâtre bunraku et peut-être en clin d’œil à la <em>Double vie de Véronique</em> du plus que regretté Kieslowski, costumes, accessoires et projections surprennent sans cesse et contribuent à un enchantement singulièrement hypnotique et réconfortant, comme un doux manteau de neige sous lequel on ne ressentirait pas le froid, mais un bien-être complice.</p>
<p>Écrit à l’origine pour Barbara Hannigan, la soprano canadienne qui a incité le compositeur à écrire de la musique vocale, le rôle de Gerda est ici repris par <strong><strong>Lauren Snouffer</strong></strong>, qui porte bravement sur ses épaules si frêles d’apparence (on donnerait volontiers à la jeune femme l’âge du rôle, tant elle se montre crédible en fillette courageuse et déterminée) une partition où elle est de toutes les scènes ou presque, aigus éprouvants à l’appui, qu’elle aborde sans problème apparent. À ses côtés, les autres personnages, superbes faire-valoir, sont caractérisés admirablement par chacun des chanteurs, dans un bel équilibre. Les duos de Gerda et de Kay, trop peu présent personnage à l’œil blessé par des éclats de verre lui enlaidissant la vue et glaçant le cœur, merveilleusement campé par la mezzo <strong>Rachael Wilson</strong>, sont particulièrement harmonieux. La froideur de l’enfant ensorcelé face à l’amour désintéressé de son amie, la terreur cédant à la ténacité, une palette infinie d’émotions se déploie ainsi et s’entrelace somptueusement entre les deux jeunes héros et les voix qui les servent. On peut en dire autant du reste de la distribution, en adéquation idéale avec les caractérisations diverses comme, par exemple, les trésors de douceur, mystère et autorité déployés par la contralto hollandaise <strong>Helena Rasker</strong>. Mention spéciale pour la basse américaine <strong>David Leigh</strong>, dont la tessiture est censée évoquer l’aspect surnaturel ; ses apparitions font systématiquement leur petit effet, moins par une profondeur peu abyssale que par le physique, extraordinaire de présence glaçante. Les membres du Chœur de l’Opéra national du Rhin, impeccables, offrent une prestation remarquable.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/reine-des-neiges-2.jpg?itok=4pIBrRmM" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Le compositeur explique écrire dans le silence : un silence extrêmement riche et sonore, comme une neige épaisse sur laquelle crissent des pas, coassent les corneilles et se déplacent des êtres fabuleux au gré de notre imaginaire. Cette <em>Reine des neiges</em> est un superbe récit initiatique qui s’achève sur le retour de la belle saison, dont on aimerait qu’il existe une captation, hélas non programmée. La neige fond au soleil, c’est parfois bien dommage, mais au moins, reste cette douce chaleur de l’été qui revient, de la vie vers laquelle on retourne. On ne saurait trop recommander d’aller se plonger dans ce conte de fée lyrique et onirique.</p>
<p> </p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni — Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-luxembourg-theatral-et-christique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Oct 2017 06:02:49 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/thtral-et-christique/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après Aix en Provence en juillet et Nancy au début de ce mois, c’est au tour du Grand Théâtre de Luxembourg d’accueillir ce Don Giovanni mais cette fois avec l’orchestre grand-ducal conduit par son jeune chef Gustavo Gimeno. Tout ou presque a déjà été dit sur la mise en scène de Jean–François Sivadier, à la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="/don-giovanni-aix-en-provence-une-scene-est-une-scene-est-une-scene">Aix en Provence en juillet</a> et <a href="https://www.forumopera.com/don-giovanni-nancy-exercice-de-style-en-mode-repeat">Nancy au début de ce mois</a>, c’est au tour du Grand Théâtre de Luxembourg d’accueillir ce<em> Don Giovanni</em> mais cette fois avec l’orchestre grand-ducal conduit par son jeune chef <strong>Gustavo Gimeno.</strong></p>
<p>Tout ou presque a déjà été dit sur la mise en scène de <strong>Jean–François Sivadier</strong>, à la fois complexe, ambitieuse et pas tout à fait aboutie, tirant l’œuvre du côté du burlesque parfois au détriment du drame réel, sur la quasi absence de décor, sur les costumes qui entrainent le spectateur du XVIIIe siècle au monde contemporain. Tout cela nous vaut quelques très beaux tableaux magnifiquement éclairés par les lumières de <strong>Philippe Bertomé</strong>, mais l’ensemble est froid, peu propice à susciter l’émotion, qu’il s’agisse de colère ou de tendresse, de peur ou d’indignation. Les mouvements cependant son particulièrement bien réglés, presque chorégraphiés, très souvent calqués sur le rythme de la partition. L’absence de décor nous aura valu au passage un air du catalogue sans catalogue, un air du champagne sans champagne, un air du balcon sans balcon et une scène du dîner sans dîner. Le théâtre de Sivadier est tout en suggestions…</p>
<p>Don Giovanni tel qu’il se présente ici, grand dégingandé désinvolte, n’est ni effrayant ni sympathique et s’il finit presque nu tel le Christ sur sa croix, ce n’est surement pas pour la rédemption des péchés du monde ; dans un halo de lumière blanche, il semble encore vouloir mener son monde et imprimer le tempo. Son pendant honnête, le brave Leporello, est traité lui de façon très traditionnelle, ainsi d’ailleurs que les autres personnages, avec une Elvira sans doute plus maternelle qu’à l’habitude, qui finit en Mater Dolorosa lorsqu’elle implore « per lui pietà » au deuxième acte, caressant la tête de Don Giovanni sur ses genoux. Seule originalité, la similitude physique des deux chanteurs est telle que le Commandeur semble un double de Don Giovanni passé dans l’au-delà.</p>
<p>La distribution est la même qu’à Nancy, largement dominée par le Don Giovanni d’<strong>Andrè Schuen</strong>, voix facile, magnifiquement bien timbrée, à la projection parfaite et qui convient particulièrement bien au rôle. A ses côtés, <strong>Nahuel di Pierro</strong> (Leporello) compense par un jeu plein d’allant les faiblesses de la voix : le médium est sonore, mais le grave et l’aigu manquent de caractère et de puissance. La Donna Anna de <strong>Kiandra Howarth</strong> est émouvante, même si la voix semble un peu métallique. Voix puissante mais peu à l’aise dans les vocalises, <strong>Yolanda Auyanet</strong> (Donna Elvira) à un timbre chaud et agréable. Le Don Ottavio de <strong>Julien Behr</strong> est très à l’aise dans le premier air (« il mio tesoro »), un peu moins dans « Dalla sua pace » et tout à fait émouvant dans sa demande en mariage, apportant au rôle plus de substance et de virilité qu’à l’accoutumée. Le couple Zerlina Masetto (<strong>Francesca Aspromonte </strong>et<strong> Levente Páll</strong>) s’en tire très bien également et recueille même les hourra du public à la fin du spectacle. Le commandeur enfin (<strong>David Leigh</strong>) n’a sans doute pas la profondeur nécessaire pour le rôle, mais compense par son physique – ectoplasmique à souhait – ce manque de crédibilité vocale.</p>
<p>Dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg semble très à son avantage, dirigé avec beaucoup de verve et d’allant par un chef d’orchestre inspiré (magnifique ouverture), très attentif aux chanteurs, un peu moins aux ensembles avec chœur qui souffrent de certaines imprécisions de tempo.</p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-nancy-exercice-de-style-en-mode-repeat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Oct 2017 14:29:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques mois et quelques centaines de kilomètres plus au nord, voici la production de Don Giovanni créée au festival d’Aix-en-Provence qui prend ses quartiers à  Nancy. En juillet dernier, Laurent Bury évoquait ce spectacle de théâtre dans le théâtre, « sivadien » par essence, au plus proche de la musique et de l’esprit mozartien. S’il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques mois et quelques centaines de kilomètres plus au nord, voici la production de <em>Don Giovanni</em> créée au festival d’Aix-en-Provence qui prend ses quartiers à  Nancy. En juillet dernier, <a href="https://www.forumopera.com/don-giovanni-aix-en-provence-une-scene-est-une-scene-est-une-scene">Laurent Bury évoquait ce spectacle de théâtre dans le théâtre</a>, « sivadien » par essence, au plus proche de la musique et de l’esprit mozartien. S’il faut reconnaître volontiers les trouvailles de cette proposition (la femme de chambre de Donna Anna en effet) et l’excellente qualité de sa réalisation (lumières, effets, costumes), force est aussi de s’interroger sur un procédé qui tourne en rond, à vide et ne fait pas sens. Que le théâtre soit le monde qui est le théâtre, soit. Mais cela ne nous apprend rien sur Don Giovanni, son désir incommensurable aux objets multiples et surtout sur son statut : prédateur et/ou victime, libre ou esclave. Les personnages et leurs rapports entre eux n’y trouvent pas davantage un jour nouveau : ils ne sont que les marionnettes au bout du fil d’un metteur en scène parfois invisible parfois incarné par Don Giovanni lui-même. L’exercice de style se répète, avec lassitude, de scène en scène. L’effet matriochka de la mise en abyme a aussi ce désavantage qu’il exacerbe un jeu d’acteur devenu fort peu naturel. Si les mimiques de Leporello sont bien souvent désopilantes, on regrette que les personnages passent le plus clair de leur temps à se contraindre ou à se jeter au sol.</p>
<p>	En fosse, l’exercice de style est tout autre. <strong>Rani Calderon</strong> choisit une pulsation assez vive et se fait très exigeant avec les pupitres à qui échoit le contrepoint. Ainsi, le violoncelle solo se voit mis en avant (remarquable Pierre Fourcade) pendant tout le premier air de Zerlina (en général on l’entend seulement pendant ses derniers arpèges dans la coda), dans un fécond dialogue avec la soprano soubrette. Las, la petite harmonie s’en trouve elle aussi très sollicitée et ce n’est pas l’atout maitre de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, dont les cordes précises, tout aussi mordantes que soyeuses, font merveille dans les différentes atmosphères de la partition.</p>
<p>	<strong>Nahuel di Pierro</strong>, truculent Leporello que seul un aigu un rien tendu gêne ça et là, et <strong>David Leigh</strong>, Commandeur puissant et autoritaire, sont les seuls rescapés de la distribution aixoise. L’italien <strong>André Schuen</strong> endosse le rôle du séducteur avec un charisme certain et une voix chaleureuse et profonde. Il se défait sans mal d’un « Fin ch’han dal vino » pris sur un tempo échevelé mais la palette de nuances en reste encore à une première belle ébauche que le temps saura bonifier. <strong>Levente Pall</strong>, Masetto sans défaut ni éclat particulier et <strong>Julien Behr</strong> complètent la distribution masculine. Ce dernier propose un mâle Don Ottovio à la ligne et au souffle soignés. Toutefois le chant, aux attaques trop hésitantes dans « Dalla sua pace », est encore avare de piano ou de demi-teintes.</p>
<p>Chez les femmes, <strong>Yolanda Auyanet</strong> possède le métal tranchant d’une Elvira autant furie qu’amoureuse, n’étaient quelques vocalises chahutées dans « mi tradi ». <strong>Francesca Aspromonte</strong> affiche l’espièglerie et la voix sucrée d’une belle Zerline. Premier prix du concours Magda Olivero et ancien pensionnaire du Jette Parker (programme du Royal Opera House), <strong>Kiandra Howarth</strong> se taille la part du lion en Donna Anna. La voix volumineuse s’épanche dans un élégant phrasé soutenu par une technique solide et les écueils de « non mi dir » sont négociés sans que la musicalité n’en pâtisse. </p>
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