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	<title>Lysandre CHALON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Lysandre CHALON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un triomphe mérité qui accueille la fin de ce Macbeth à Rouen, qui nous plonge en apnée dans les noirceurs de l’âme humaine. L’un des artisans de cette réussite est sans conteste Pierre Dumoussaud, qui, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen très en verve, prend le drame à bras-le-corps dès l’ouverture. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un triomphe mérité qui accueille la fin de ce <em>Macbeth</em> à Rouen, qui nous plonge en apnée dans les noirceurs de l’âme humaine.</p>
<p>L’un des artisans de cette réussite est sans conteste <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, qui, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen très en verve, prend le drame à bras-le-corps dès l’ouverture. Les tempi sont vifs, mais sans que cela sonne précipité, et le chef n’hésite pas à mettre en exergue certaines dissonances ou à faire sonner l’orchestre (et les cuivres en particulier) à des fins dramatiques. La tension est ainsi maintenue sans temps mort jusqu’au dénouement. On applaudit également les chœurs réunis d’Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et de l’Opéra de Bordeaux (qui accueillera cette production avec une distribution totalement renouvelée en avril prochain), admirablement préparés, précis et d’une belle homogénéité (une gageure pour des chanteurs qui ne chantent pas ensemble toute l’année). À titre d’exemple, le chœur de sorcières à l’acte 1 est pris à une vitesse folle sans que cela n’entraîne ni décalage ni perte de clarté. Les passages héroïques (chœurs des réfugiés écossais) ne manquent, eux, ni de souffle ni d’ampleur.</p>
<p>Le couple diabolique nous vient de l’est, Russie pour lui, Ukraine pour elle, et est d’une belle complémentarité. <strong>Aleksei Isaev</strong> est un Macbeth d’une grande intelligence interprétative. Si la projection peut parfois se perdre à force de nuances, le chanteur épouse toutes les facettes du personnage, de la pleutrerie à la folie sanguinaire. La scène des sorcières à l’acte 3 ou sa scène finale sont d’une grande force expressive. Mais ce qui donne une couleur si particulière à ce Macbeth est ce timbre singulier, feutré, comme éteint. Même dans ses éclats (et le chanteur a de la puissance à revendre), il n’y a jamais de brillance, que du clair-obscur. Quel contraste avec la Lady Macbeth acérée et terrifiante de <strong>Ekaterina Sannikova</strong> ! La mise en scène ne laisse d’ailleurs aucun doute sur son caractère infernal : elle sort littéralement des flammes d’une cheminée lors de la lecture de la lettre. La voix n’est pas immense, mais la projection est souveraine. La chanteuse possède par ailleurs le bagage belcantiste nécessaire pour se sortir des chausse-trappes du brindisi et un ambitus large qui l’emmène sans problème au ré bémol de la scène de somnambulisme. Certes, l’émission n’est pas toujours homogène, avec des sons parfois droits, parfois vibrés, et n’est pas exempte de raucités. Qu’importe, le timbre a l’astringence idoine et la soprano possède la folie et le feu de jais qui nourrissent et brûlent la criminelle.</p>
<p>Les autres interprètes se hissent au même niveau. <strong>Peixin Chen</strong> a le bronze et la profondeur idoines des Banco de haute volée. On connaît maintenant les défauts et les qualités de <strong>Matteo Roma</strong> (Macduff). Une tendance à forcer et quelques sanglots inutiles ne viennent cependant pas obérer la beauté du timbre, qui s’exprime magnifiquement dans les <em>mezza voce</em>. Ses duos avec <strong>Néstor Galván</strong> (Malcom), aux aigus percutants, sont très réussis.</p>
<p>Aucun rôle secondaire n’est négligé : la suivante (<strong>Irina Sherazadishvili</strong>) et le docteur (<strong>Lysandre Châlon</strong>, qui cumule également les rôles de héraut et de domestique ainsi que celui de l’une des apparitions) ont un relief inhabituel, et les jeunes interprètes des autres apparitions (<strong>Soren Fernandez</strong> et <strong>Adèle Laborde</strong>) font preuve d’un bel aplomb.</p>
<p>Reste la mise en scène signée <strong>Ambre Kahan</strong>, inégale.</p>
<p>On goûte la lisibilité générale de l’action scénique : pas de réinvention ici, juste une lecture plutôt fidèle. On apprécie également quelques belles trouvailles de mise en scène. Ainsi, la détresse et la folie de Macbeth lors du banquet s’illustrent physiquement, l’interprète s’enfonçant dans le sol comme pris au piège de sables mouvants. De même, les transitions scéniques sont plutôt habiles et fluides : le voile blanc qui sert de cocon à Lady Macbeth dans son « La Luce langue », puis qui permet aux assassins de Banco de se tapir dans l’ombre, n’est autre qu&rsquo;un pan de la longue nappe blanche couvrant la table qui descend des cintres lors de la scène du banquet.</p>
<p>Le dispositif scénique nous a semblé plus réussi aux deux premiers actes, avec sa cheminée monumentale tapissée de crânes, qui rend bien l’ambiance délétère, et ses chambres en arrière-plan, qui laissent voir ce qui est habituellement caché : on assiste ainsi à la toilette (intégrale) du roi avant qu’il ne soit assassiné par Macbeth. Ici, rien n’est caché : le meurtre et le sang sont visibles du spectateur. Il est d’autant plus étonnant que la mort de Macbeth se déroule, elle, hors scène (on aura tout de même droit à sa tête sanguinolente portée en trophée). Les décors des actes suivants, avec leurs monolithes qui s’éclairent de symboles ésotériques, offrent moins de surprises. Les éclairages soignés et variés signés <strong>Zélie Champeau</strong> (le rouge des sorcières, la vision de la silhouette de Lady Macbeth en contre-jour) participent à l’ambiance oppressante.</p>
<p>On mettra en revanche définitivement au débit de la mise en scène une première scène illisible, noyée dans des éclairages incertains derrière un voile d’avant-scène. On versera dans le même bain le passage du cheval (Gotama, cité dans le programme) pendant l’ouverture, bruyant et inutile. Par ailleurs, les scènes de foule restent souvent très statiques, à l’image de la scène des sorcières à l’acte 3, créatures dont le visage est remplacé par un miroir, qui traîne un peu en longueur, à peine animée par la chorégraphie heurtée de la danseuse. Pas de quoi expliquer cependant les quelques huées entendues aux saluts.</p>
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		<title>MOZART, Les Noces de Figaro – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-les-noces-de-figaro-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après la prise de risque dans la programmation d’opéras rares tels que Le Miracle d’Héliane et le Roi d’Ys, remarquables et de très haute qualité, qui ont tout de même trouvé leur public grâce notamment au bouche-à-oreille, on ne s’étonnera pas de voir à l’Opéra national du Rhin un classique du répertoire avec des Noces &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après la prise de risque dans la programmation d’opéras rares tels que <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-le-miracle-dheliane-strasbourg/">Le Miracle d’Héliane</a></em> et le <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/">Roi d’Ys</a></em>, remarquables et de très haute qualité, qui ont tout de même trouvé leur public grâce notamment au bouche-à-oreille, on ne s’étonnera pas de voir à l’Opéra national du Rhin un classique du répertoire avec des <em>Noces de Figaro</em> qui affichent complet sans qu’il soit besoin de quelque tam-tam que ce soit. Pour rendre l’œuvre encore plus affriolante et proche d’un public juvénile (30 % des spectateurs ont moins de 28 ans à l’OnR), le directeur <strong>Alain Perroux</strong> a fait le choix de la jeunesse, tant dans la sélection des interprètes que de celui de la metteuse en scène et de la cheffe. Et cela se ressent fortement dans un spectacle qui pétille et fourmille d’idées mettant en valeur la création de Mozart et Da Ponte.</p>
<p>La Britannique <strong>Mathilda du Tillieul McNicol</strong> réussit une mise en scène pertinente et clairement lisible avec le parti pris de contemporanéiser le propos, tout en s’inspirant d’hommes de pouvoir actuels et de leur transposition cinématographique. Elle revendique des influences comme celles de Paolo Sorrentino (<em>Loro</em> ou <em>La Grande Bellezza</em>) ou de Ruben Östlund (<em>Sans filtre</em>), mais on peut également y voir toutes sortes de références iconiques telles la salle rouge de David Lynch dans <em>Twin Peaks</em> ou le mobilier de type Ikea amélioré dans les séries de tout bord. Cela dit, la satire reste plutôt lisse, gentille et visible par tous les publics, même si les allusions sont bien plus agressives si l’on pense aux modèles choisis : critique des rapports de classe, de la cruauté mentale, de la violence domestique ordinaire ou du « renversement des rapports de force lorsque l’ordre établi vacille », pour citer un passage de l’excellent programme édité par la maison, très éclairant sur les choix de l’équipe de création. On apprend ainsi que le tableau de Nikoleta Sekulovic suspendu dans la chambre de la comtesse représente <em>Gorgo</em>, reine de Sparte, l’une des rares souveraines de l’Antiquité ayant eu une importance politique capitale du fait de sa très vive intelligence. Par ailleurs, la chanson de Nina Simone entendue juste avant l’air de Barberine, « L’ho perduta », est un hymne féministe et une ode à l’émancipation et la fierté de soi dont on retrace la genèse dans la publication déjà citée. Le personnage de Barberine est volontairement étoffé et incarne la jeunesse confrontée au passage dans le monde adulte, notamment à travers une liaison affichée de la jeune adolescente sous l’emprise du comte, liaison présentée dès le début de l’opéra, ce qui fait largement sens. De façon générale, la mise en scène est efficace, fluide et jouissive. Le fait que Mathilda du Tillieul McNicol soit également musicienne et compositrice n’y est sans doute pas étranger. Le décor malin de <strong>Basia Bińkowska</strong> est judicieusement utilisé pour rendre plausibles les quiproquos situationnels de l’intrigue, y compris dans la scène finale du jardin pas facile à gérer (ici grâce à la table du repas de noce riche de sous-entendus possibles). Tout cela est vif, alerte et dynamique et la responsable des mouvements <strong>Sacha Plaige</strong> y est pour beaucoup, notamment dans une mémorable scène où la foule danse au ralenti.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSF2965presse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-212718"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Du côté du plateau vocal, on note, en ce soir de première, une nette domination des femmes. On apprend avant le lever de rideau qu’un méchant virus a circulé au cours des répétitions et a touché un peu tout le monde. <strong>Alexander Vassiliev</strong>, l’interprète de Bartolo, est souffrant, mais chante malgré tout. La prestation scénique est parfaite, mais les moyens vocaux sont limités. Si les seconds rôles masculins sont impeccables, les deux personnages principaux nous laissent sur notre faim. <strong>Lysandre Châlon</strong> est un Figaro mieux que convaincant pour la performance théâtrale, mais qui manque de caractère dans le médium comme dans les graves. Sans doute va-t-il s’affirmer dans les jours qui viennent. Comme en écho, <strong>John Brancy</strong> est lui aussi en deçà de ce qu’on pourrait attendre d’un Comte Almaviva dans la force de l’âge et de l’autorité. Certes, la mise en scène le montre acculé, pressé et mis à mal de toutes parts. Là encore, l’acteur est magnifique. Mais la voix peine à passer la rampe, ce qui est surprenant, surtout si l’on compare à ce que le baryton américain avait déployé dans le mémorable <em>Picture a Day like This </em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/benjamin-picture-a-day-like-this-strasbourg/">ici même</a>. Stress de la première ou suites des atteintes du virus déjà mentionné ? Il serait utile de voir les prochaines représentations pour se rendre compte. Du côté du plateau féminin, en revanche, pas de problèmes apparents. <strong>Camille Chopin</strong> est une Susanne tout en malice, perspicacité et sens de l’à-propos parfaitement en phase avec son personnage. L’émission est claire, la voix bien timbrée, agile et radieuse. <strong>Juliette Mey</strong> est un Cherubino délicieux, mélancolique et nostalgique, quoique décidé et avec des relents d’impertinence, polisson adorable en somme. Technique et musicalité sont au service de ce personnage amoureux de l’amour qu’incarne la jeune mezzo, qui avait séduit <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-chemins-de-lamour-juliette-mey-le-palais-royal-paris/">Christophe Rizoud</a> il n’y a pas si longtemps… En épouse blessée, trompée et décidée à ne pas se laisser faire sans opposer une farouche résistance, <strong>Andreea Soare</strong> est une comtesse noble et digne, aux moyens vocaux très amples, qui la font dominer très nettement la distribution. Remarquée récemment dans le <em>Don Giovanni </em>d’Agnès Jaoui à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-toulouse/">Toulouse</a>, elle confirme ses qualités de mozartienne accomplie. Dans le rôle très important, dans cette mise en scène, de Barberine, <strong>Jessica Hopkins</strong> est admirable. La jeune membre de l’Opéra Studio qu’on a déjà appréciée cette saison dans <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/jones-schmidt-les-fantasticks-strasbourg/">Les Fantasticks</a> </em>et <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-les-mamelles-de-tiresias-mulhouse/">Les Mamelles de Tirésias</a></em> tire son épingle du jeu et se révèle décidément plus que prometteuse. Les autres chanteurs, tout comme les artistes des Chœurs, complètent harmonieusement la distribution.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Les-noces-de-Figaro-GP-7669presse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-212705"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>À la tête de l’<strong>Orchestre national de Mulhouse</strong>, <strong>Corinna Niemeyer</strong> semble ne pas être en phase avec la formation, pourtant généralement à l’aise avec le répertoire mozartien. On note quelques décalages, mais dans l’ensemble, la sauce prend et le spectacle se laisse voir avec plaisir, les qualités l’emportant largement sur les défauts. Si l’on pouvait en douter, la réaction d’un public enthousiaste qui ovationne avec conviction la production achèverait de s’en persuader.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | LES NOCES DE FIGARO | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/F5KWT1mRN2c?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>GLUCK, Iphigénie en Tauride – Paris (Opéra-Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-tauride-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l&rsquo;<em>Iphigénie en Tauride</em> de Gluck à l’Opéra-Comique, <strong>Louis Langrée</strong> et <strong>Wajdi Mouawad</strong> joignent leurs forces dans une symbiose évidente pour proposer une lecture féroce et captivante, qui se situe d’emblée au cœur de la machine dramatique. Rarement la violence, la noblesse et le dépouillement de la tragédie française ont été aussi bien servis que par cette fosse incandescente et cette mise en scène regorgeant de tableaux marquants, tandis qu’en Iphigénie <strong>Tamara Bounazou</strong> brûle les planches de la salle Favart.</p>
<p>Assumant de s’adresser à tous les publics contemporains, la production de Wajdi Mouawad s’ouvre par un écart pédagogique nécessaire : pendant que l’orchestre joue la fiévreuse ouverture d’<em>Iphigénie en Aulide</em>, une présentation récapitule les étapes du mythe complexe de la fille d’Agamemnon, inséré qu’il est dans une malédiction familiale (celle des Atrides) et dans un intertexte épique (la guerre de Troie). La projection, efficacement synchronisée avec les changements d’atmosphère de l’ouverture, s’achève dans un déchaînement de terreur à l’orchestre avec une photographie de chars russes déferlant sur une route de Crimée – l’actuelle Tauride. Le parallèle esquissé se prolonge dans un deuxième détour, une saynète située dans un musée en Crimée occupée par les Russes. On y retrouve les protagonistes de l’opéra dans des situations équivalentes à celle du livret, chacun étant tenu par une fidélité à sa culture et au sang versé qui le dépasse, une fidélité qui enchaîne l’individu à la violence et appelle de nouveaux crimes. Dans ce musée, une toile dépeignant le sacrifice d’Iphigénie sous perfusion d’hémoglobine happe le regard. Puis ce quatrième mur se soulève, invitant à entrer dans le mythe représenté et les premières mesures d’<em>Iphigénie</em> <em>en Tauride</em> retentissent. Le parallèle avec la situation de la Crimée n’est pas forcé, il est à peine formulé et ne revient plus une fois l’opéra commencé. Surtout, cette saynète s’abstient de tout manichéisme au propos contemporain facile pour préférer un aperçu terrifiant de la permanence de violences héritées et d’effusions de sang présentées comme involontaires et inévitables. Chacun se fera son avis sur cet ajout, mais il est pleinement respectueux de l’œuvre et il met au jour une coïncidence troublante que nous n’avons aucune raison d’écarter de la réception contemporaine de ce livret.</p>
<p>Par la suite, l’action se déroule dans un décor unique mais aux configurations et atmosphères changeantes grâce aux lumières d’Éric Champoux, qui jouent sur plusieurs rangées de projecteurs pour permettre des effets de plans multiples (il faut ainsi attendre plusieurs scènes pour apercevoir le fond de ce décor). D’immenses parois noires aux reflets de jais et à l’aspect de papier froissé entourent une plaque de miroir mat creusé de sillons évoquant une table de sacrifice ou de dissection. Les costumes d’Emmanuelle Thomas prolongent cet univers nocturne en y ajoutant de discrètes touches barbares plus qu’orientales, rappelant que la Scythie est un pays d’altérité radicale pour les Grecs.</p>
<p>Wajdi Mouawad se distingue par un art admirable de l’efficacité et de la limpidité dans la création de tableaux vivants. Les chœurs sont toujours mis en mouvement avec cohérence et impact, le plateau étant tantôt équilibré tantôt éclaté pour servir les phases du drame. Rien ne semble superflu et, dans ce dépouillement, la force du symbole est redoublée. Ainsi de la peinture rouge qu’Iphigénie et ses prêtresses badigeonnent sur les victimes sacrificielles et sur le mur d’immolation dans la première scène : le tableau abstrait et affreux créé par ces trainées de peinture sèche peu à peu pendant l’opéra, le rouge s’assagissant en un brun terne, créant des formes mouvantes et inquiétantes, mais qui en séchant signifient clairement un tarissement du sang versé. C’est ce que l’on comprend au moment du sacrifice d’Oreste par Iphigénie : le rituel du premier tableau est remis en place à l’identique, mais Iphigénie retient son coup lorsqu’elle comprend qui est l’étranger, et aucun sang frais ne s’ajoute au sang séché – sans pour autant l’effacer. La subtilité très humble de la mise en scène de Wajdi Mouawad est à l’image de ce détail, intelligent, fort, discret, servant avec justesse le drame dans ce qu’il a de plus essentiel et de plus intemporel.</p>
<p>Louis Langrée propose une lecture remarquable de fougue et de volonté dramatique. Dans un mouvement lisse et en parfaite symbiose avec le plateau, il enflamme, déchaîne, déploie, ménage des silences d’une justesse évidente, soutient les dilemmes et en un mot anime un opéra où l’action se fait rare dans le livret mais dont la partition regorge de tension. L’orchestre <strong>Le Consort</strong> est en très grande forme et se montre capable des nuances les plus opposées et les plus expressives – on saluera notamment une très belle section de cuivres et un hautbois magicien. Le chœur <strong>Les éléments</strong> est abondamment sollicité par la partition comme par la mise en scène ; le chœur féminin surtout se révèle à la hauteur de son rôle primordial, voix d’une communauté et miroir pour les protagonistes. C&rsquo;est parce que la fosse foisonne d&rsquo;inventivité et de virulence, parce qu&rsquo;elle porte en outre un plateau de grande qualité, que l&rsquo;on en vient à oublier que le livret de l&rsquo;opéra reste, hormis dans les dernières minutes, très pauvre en actions.</p>
<p>La distribution est dominée par Tamara Bounazou, qui fait ici des débuts triomphaux et qui se distingue par l’intensité de son interprétation. La voix est solide, franchement émise, égale sur tous les registres y compris dans des graves sonores légèrement poitrinés ; elle affronte sans hésitation les sauts de registre d’une partition très exigeante tout en trouvant les ressources d’un legato velouté. Ce qui surtout fait d’elle une splendide Iphigénie est sa diction nette, précise sans être affectée, si bien que les surtitrages sont absolument superflus y compris dans les airs. Les récitatifs la trouvent pleine d’inventivité pour incarner son texte sans le déformer et l’on sent là tout le travail préalable que cet apparence de naturel a dû exiger. Son Iphigénie est féroce et déchirée, parfois cruelle, parfois bouleversante, jamais excessive. On trouve là une tragédienne splendide. Que sa carrière nous réserve (ainsi qu’à elle) d’aussi belles surprises que celle-ci.</p>
<p>Oreste est l’autre personnage principal du drame. <strong>Theo Hoffman</strong> doit relever le défi d’être l’unique chanteur non francophone, ce qui s’entend légèrement sans rien de gênant. Il brille par son engagement scénique total, même si cette intensité semble parfois coûter à la voix, qui par ailleurs manque un peu de projection : sa grande scène de folie pourrait ainsi trouver plus d’équilibre entre le théâtre et le chant. Cela ne l’empêche pas de recueillir une ovation aux saluts.</p>
<p><strong>Philippe Talbot</strong> a toujours pour lui la souplesse dorée de son ténor léger, qui est parfois englouti par l’orchestre. Il est surtout un acteur convaincant dans le duo émouvant qu’il forme avec Oreste, chacun étant lié à l’autre par un sentiment unique dans cet opéra sévère qui se préoccupe peu d’amitié ou d’amour.</p>
<p>Les qualités naturelles de la voix de basse de <strong>Jean-Ferdinand Setti</strong> suffisent à assurer la réussite de son Thoas. Il a en outre la stature imposante d’un personnage cruel et trop peu présent pour avoir plusieurs dimensions.</p>
<p><strong>Léontine Maridat-Zimmerlin</strong> prête ses rigueurs vocales et gestuelles à une Diane hiératique très bien pensée et caractérisée. On apprécie l’inflexibilité de ce timbre de mezzo plutôt profond. Les très bons <strong>Fanny Soyer</strong> et <strong>Lysandre Châlon</strong> complètent cette distribution réussie.</p>
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		<item>
		<title>J.-S. BACH, Cantates de jeunesse &#8211; Ambronay</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/j-s-bach-cantates-de-jeunesse-ambronay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’abbaye d’Ambronay serait-elle fontaine de Jouvence ? À Ambronay ce soir, un public en partie vieillissant – même si tous les âges (Omnes generationes !)  sont représentés – sort ragaillardi d’un concert qui présente trois cantates de jeunesse de Bach, composées en 1707 ou 1708. Avec Sébastien Daucé et son ensemble Correspondances, nous retrouvons en effet un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’abbaye d’Ambronay serait-elle fontaine de Jouvence ? À Ambronay ce soir, un public en partie vieillissant – même si tous les âges (<em>Omnes generationes !</em>)  sont représentés – sort ragaillardi d’un concert qui présente trois cantates de jeunesse de Bach, composées en 1707 ou 1708.</p>
<p>Avec <strong>Sébastien Daucé</strong> et son ensemble <strong>Correspondances</strong>, nous retrouvons en effet un jeune Jean-Sébastien Bach (vingt-deux ans à l’époque), que l’on peut s’imaginer sans la perruque poudrée de rigueur sur les représentations habituelles (et de fait plus tardives), un Jean-Sébastien qui n’est pas encore le « cantor de Leipzig », un Bach d’avant Weimar, pétri de culture musicale allemande, française et italienne, enthousiaste et novateur. Voilà qui apporte un regain de vitalité et d’espoir dans un monde si sombre, et qui transmet un peu de la tranquille énergie du jeune Bach.</p>
<p>Ces cantates pourtant sont complaintes, cris de détresse, chant funèbre, reconnaissance du péché et de la mort – mais elles sont aussi espoir, cris d’allégresse, chant de réjouissance, annonce du salut et célébration de la vie.</p>
<p>Selon une formule éprouvée, le concert se présente comme une pièce en trois parties, un drame en trois actes : le bien nommé « <em>Actus tragicus</em> » (Cantate BWV 106 « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit ») est encadré par la toute première cantate de Jean-Sébastien Bach qui nous soit parvenue (BWV 131 « Aus der Tiefe rufe ich, Herr, zu dir »), plus proche d’un motet par sa structure simple, toute désignée pour ouvrir la soirée, et la cantate très élaborée, composée sur un texte de Luther, que constitue la BWV 4 (« Christ lag in Todesbanden »), faisant une large place au genre du concerto.</p>
<p>De la complexité de cette écriture, on ne perçoit que la beauté, une extraordinaire expressivité et une apparente simplicité en dépit de la richesse de l’instrumentation et de la composition. La direction tout en sobriété de Sébastien Daucé rend tangible l’osmose avec les musiciens et les chanteurs. La sérénité prime sur le tragique, l’accent est mis sur le dialogue, la communication – entre les interprètes et le chef, entre les musiciens, entre les musiciens et les chanteurs – à l’exemple de la basse <strong>Lysandre Châlon</strong> et du hautbois de <strong>Johanne Maître</strong> dans l’<em>Arioso</em> de la première cantate –, entre l’ensemble <strong>Correspondances</strong> et le public. Dans l’<em>Actus tragicus</em>, le halo léger des flûtes à bec (<strong>Lucile Perret</strong>, <strong>Matthieu Bertaud</strong>) et des violes de gambe (<strong>Mathilde Vialle</strong>, <strong>Mathias Ferré</strong>) crée, dans ce prélude qu’est la <em>Sonatina</em>, un climat de douceur – alors même qu’il s’agit d’un chant funèbre – au  sein duquel s’élève le chœur homophone, puis fugué, affirmant, avec une technique impeccable et un phrasé saisissant, la valeur de la vie divine (« Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit »). Le parti pris d’une interprétation sereine, optimiste, de la cantate dite « tragique » fait ressortir aussi la beauté de la simple vie humaine, comme le montre la fin <em>a cappella</em> de la deuxième intervention du chœur, qui se conclut par l’appel de la soprano, la lumineuse <strong>Caroline Weynants</strong> : « Ja, komm, Herr Jesu ! », tandis que le tendre alto de <strong>Blandine de Sansal</strong> enchaîne avec l’aria « In deine Hände… ». La diction des interprètes rend justice à l’importance du texte, soulignant par exemple les occurrences des mots « stille » (« calme, paisible ») et « Schlaf » (« sommeil ») dans l’<em>Arioso</em> et le <em>Choral</em> suivant.</p>
<p>Dans l’économie du concert, conçu comme un déploiement progressif, la cantate « Christ lag in Todesbanden » s’ouvre sur une brillante exécution de la <em>Sinfonia</em> grâce aux violons virtuoses, mais sans extravagance, de <strong>Simon Pierre</strong> et de <strong>Paul Monteiro</strong>, qui donnent à entendre à la fois la connaissance qu’avait Bach de la musique italienne de son temps, et la façon dont il l’a adaptée à son aire culturelle et religieuse. C’est sans doute, dans ce programme, l’œuvre qui comporte le plus de contrastes et d’effets vocaux et instrumentaux : chromatisme appuyé sur le mot « Tod » (« mort ») à plusieurs reprises, figuralisme sur le mot « Würger » (« étrangleur, bourreau »), allégresse absolue dans le duo final, que Caroline Weynants et le ténor <strong>Florian Sievers</strong> savent rendre communicative.</p>
<p>En soulignant la qualité exemplaire de chaque interprète, aux instruments et au chant (chacune et chacun mériterait d’être cité nommément), on signalera encore les remarquables interventions de la basse <strong>René Ramos Premier</strong>, qui allie la puissance sonore et la sensibilité.</p>
<p>Il faut enfin savoir gré à l’organisation du festival d’avoir prévu dans le programme de salle le texte intégral des cantates en version bilingue, permettant au public de suivre le détail des paroles dont on sait l’importance que leur accordait le compositeur.</p>
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		<title>La Voix des Anges / Dans les pas de Charpentier &#8211; Paris (Sainte Chapelle)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-voix-des-anges-dans-les-pas-de-charpentier-paris-sainte-chapelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1698, à l&#8217;apogée d&#8217;une carrière pour le moins atypique, au cours de laquelle il fut notamment musicien sous la protection de la duchesse de Guise et compositeur pour les Jésuites, Marc-Antoine Charpentier se voit confier, à l&#8217;âge de 55 ans, le prestigieux poste de maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">En 1698, à l&rsquo;apogée d&rsquo;une carrière pour le moins atypique, au cours de laquelle il fut notamment musicien sous la protection de la duchesse de Guise et compositeur pour les Jésuites, Marc-Antoine Charpentier se voit confier, à l&rsquo;âge de 55 ans, le prestigieux poste de maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais. Il occupera cette fonction jusqu&rsquo;à son décès, six ans plus tard, en 1704. Cette nomination marque la consécration de son parcours, qui, bien que riche et varié, s&rsquo;est souvent déroulé en marge des cercles officiels de la cour royale. Cette série de concerts proposée par </span><b>Sébastien Daucé</b><span style="font-weight: 400;"> est l&rsquo;occasion de rendre hommage au compositeur et à ses contemporains. Alors que son unique tragédie lyrique, </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-medee-paris-onp/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Médée</span></i></a><span style="font-weight: 400;">, a été jouée à guichets fermés en avril dernier au Palais Garnier, l&rsquo;œuvre sacrée de Charpentier reste encore relativement ignorée du grand public.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le premier concert, intitulé « La Voix des anges », rend hommage à la musique interprétée dans les couvents de religieuses au XVIIe siècle, une époque où ces institutions prospéraient à Paris, notamment grâce au renouveau spirituel initié par la Contre-Réforme. Ce programme fascinant, entièrement consacré à un chœur de femmes, s&rsquo;intègre parfaitement à l&rsquo;acoustique unique de la Sainte-Chapelle, qui amplifie les voix et magnifie la pureté des sonorités. Parmi les œuvres interprétées, figurent des pièces d&rsquo;Antoine Boësset (1613-1643), qui travailla à l&rsquo;Abbaye royale de Montmartre en tant que maître de chant des religieuses, un lieu où il demanda à être enterré après sa mort. On y trouve également deux motets de Henry Du Mont, composés lorsqu&rsquo;il était maître de musique à la Chapelle royale de Louis XIV. Les neuf chanteuses présentes ce soir (six dessus et trois bas-dessus) alternent avec brio les passages choraux et les solos, révélant toute la subtilité d&rsquo;un répertoire qui les expose. Elles sont accompagnées par quatre musiciens seulement : <strong>Mathilde Vialle</strong> à la viole de gambe, <strong>Thibaut Roussel</strong> au théorbe, <strong>Mélanie Flahaut</strong> au basson et à la flûte à bec, ainsi que <strong>Sébastien Daucé</strong> à l&rsquo;orgue. Le concert se clôt par le splendide </span><i><span style="font-weight: 400;">Miserere</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Clérambault, une œuvre probablement destinée aux Demoiselles de Saint-Cyr de Madame de Maintenon. L&rsquo;</span><b>Ensemble Correspondances</b><span style="font-weight: 400;"> y fait merveille, soulignant avec finesse consonances et dissonances, dans une véritable apothéose sonore.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le lendemain, c&rsquo;est un effectif bien plus important qui est réunit – une quinzaine d&rsquo;instrumentistes et une vingtaine de choristes –, l&rsquo;ensemble étant renforcé pour l&rsquo;occasion par huit jeunes Chantres et Pages du Centre de musique baroque de Versailles. Ce programme, intitulé « Dans les pas de Charpentier », met en perspective le compositeur avec ses successeurs, tels que Nicolas Bernier, qui lui succéda à la Sainte-Chapelle, et André Campra, ancien maître de musique de Notre-Dame de Paris. L&rsquo;extrême précision et la noblesse du chœur brillent particulièrement dans le </span><i><span style="font-weight: 400;">Motet pour une longue offrande</span></i><span style="font-weight: 400;"> (1698) de Charpentier, à l&rsquo;orchestration subtile, qui met en valeur les timbres délicats des instrumentistes, notamment les flûtes envoûtantes de Georgia Browne et Matthieu Bertaud. Le </span><i><span style="font-weight: 400;">Cum Invocarem</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Nicolas Bernier (1725), écrit dans un style presque italianisant, révèle l&rsquo;influence du séjour du compositeur à Rome, tout comme Charpentier quelques années plus tôt. Enfin, le bouleversant </span><i><span style="font-weight: 400;">De Profundis</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Campra (1723), d&rsquo;une théâtralité saisissante, permet aux solistes de briller, notamment </span><b>Lysandre Châlon</b><span style="font-weight: 400;">, impressionnant par la gravité et la profondeur dans le récit d&rsquo;introduction, ainsi que </span><b>Caroline Weynants</b><span style="font-weight: 400;">, dont la pureté et l&rsquo;agilité illuminent l’« A custodia ».</span></p>
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		<title>LULLY, Armide &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-armide-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jun 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=166060</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;Armide de Gluck monté en 2022, c&#8217;est au tour de l&#8217;Armide de Lully, sur le même livret de Quinault, avec un orchestre, certains chanteurs et une équipe technique quasi identiques, d&#8217;être donné à l&#8217;Opéra Comique. Louis Langrée, directeur de la salle Favart monte d&#8217;abord sur scène pour dédier cette première à la soprano belge &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;<em>Armide</em> de Gluck monté en 2022, c&rsquo;est au tour de l&rsquo;<em>Armide</em> de Lully, sur le même livret de Quinault, avec un orchestre, certains chanteurs et une équipe technique quasi identiques, d&rsquo;être donné à l&rsquo;Opéra Comique. Louis Langrée, directeur de la salle Favart monte d&rsquo;abord sur scène pour dédier cette première à la soprano belge <strong>Jodie Devos</strong>, habituée des lieux et tragiquement disparue ce week-end. Place ensuite aux <strong>Talens Lyriques</strong> de <strong>Christophe Rousset</strong>, qui dirige du clavecin en tête bêche avec celui de <strong>Korneel Bernolet</strong>, tous deux assurant le continuo avec la viole d’Isabelle Saint-Yves, les luths et guitares de <strong>Karl Nyhlin</strong> et <strong>Israêl Golani</strong>. Déception de taille : l&rsquo;orchestre de cordes et bois ne comprend aucun cuivre ni percussions, empêchant cette production de toute possibilité de nous enchanter avec l&rsquo;éclat sonore attendu d&rsquo;une pastorale bucolique et héroïque louisquatorzienne. Et ce n&rsquo;est pas la mise en scène désespérément plate, présentant les poncifs d&rsquo;une banale modernisation (loin des splendeurs de l&rsquo;opéra à machines) qui peut restaurer les sortilèges d&rsquo;une partition exaltant les riches sentiments de la magicienne Armide, tenant prisonnier dans ses rets le chevalier Renaud.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Armide-DR-S.-Brion-1024x683.png" alt="" class="wp-image-166247"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© S. Brion</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;idée du chef et de la metteuse en scène <strong>Lilo Baur</strong> a aussi été de reprendre certains éléments du décor de l&rsquo;<em>Armide</em> de 2022 et le résultat n&rsquo;est guère enchanteur. Le palais du premier acte se réduit à un grand rideau doré qui tombe des cintres sur un proscénium noir miroitant, et le jardin enchanté du deuxième (une verte campagne précise le livret) doit se contenter d&rsquo;un très bel arbre central, dont le tronc ouvre un passage vers l&rsquo;enfer, et sur lequel la magicienne Armide, le chœur et divers personnages grimperont pour chanter durant les différents actes. Les costumes ne sortent pas davantage des ornières du poncif. N&rsquo;a-t-on pas déjà vu mille fois ailleurs ces longs manteaux militaires, ces bottes façon motocyclistes, ces vestes de cuir et autres détails du même tonneau ? Ces lampes de poche qui sculptent chaque visage des chanteurs du chœur ? Déjà vues aussi. Le spectacle sera presque continument plongé dans les ténèbres, qu&rsquo;on comprend métaphoriser celles de l&rsquo;âme de la magicienne, d&rsquo;abord guerrière vengeresse puis amoureuse transie, le climat sombre d&rsquo;un conflit intérieur selon la metteuse en scène suisse. Les lumières changeantes et enfin atmosphériques de <strong>Laurent Castaingt</strong> dans les trois derniers actes sont très belles. Disons-le nettement, l&rsquo;impression d&rsquo;ennui ne nous quittera pourtant que de loin en loin, grâce en soit rendue aux chanteurs et au chœur <strong>Les Eléments</strong>, magnifique de couleurs franches, d&rsquo;une précision et d&rsquo;une diction parfaites, bien préparé par <strong>Joël Suhubiette</strong>.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/3-Armide-DR-S.-Brion-1024x683.png" alt="" class="wp-image-166250"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© S. Brion</sup></figcaption></figure>


<p>Car l&rsquo;ennui nous a saisi hélas dès le Prologue à la gloire de Louis XIV, malgré tout le talent de <strong>Florie Valiquette</strong> (Gloire) et <strong>Apolline Raï-Westphal</strong> (Sagesse) et celui des <strong>Eléments</strong>, le ballet étant quasi supprimé ici. Et force sera de constater que les choix chorégraphiques sont de toute façon patauds ou franchement hideux, les effets attendus inopérants là nous aurions dû voir les manifestations et mouvements des eaux, des rochers et autres esprits. Les six danseurs et danseuses rampent, se frôlent ou s&rsquo;escaladent, faute d&rsquo;avoir grand chose à exprimer. Exit la grâce attendue du ballet, pourtant un des acteurs majeurs de l&rsquo;opéra français du Grand Siècle. La direction de <strong>Christophe Rousset</strong> n&rsquo;arrange rien. La monotonie s&rsquo;invite souvent, si ce n&rsquo;est une certaine roideur de l&rsquo;interprétation, qui impose trop de longues plages monochromes en mal de contrastes (de même que les récitatifs malgré l&rsquo;engagement des chanteurs). Certes le chef des <strong>Talens Lyriques</strong> ne peut rivaliser avec un William Christie ou un Jordi Savall, pour ne citer qu&rsquo;eux, et décidément son choix d&rsquo;un orchestre à l&rsquo;instrumentarium réduit ne paraît guère probant. Même la passacaille de l&rsquo;acte V déçoit quelque peu, malgré la belle interprétation d&rsquo;<strong>Abel Zamora</strong> en Amant fortuné. Où est la brillance, l’éclat lullyste, la majesté orgueilleuse des pages héroïques ?</p>
<p>Un peu rugueuse au début, la sonorité se fait plus ronde au fur et à mesure que les instruments anciens s&rsquo;adaptent au lieu, et parfois l&rsquo;accompagnement des quelques superbes airs qui émaillent cette tragédie lyrique laisse enfin l&rsquo;émotion et le sens du drame surgir de la fosse. Le Renaud de <strong>Cyrille Dubois</strong> est admirable. Le timbre opulent, l&rsquo;élégance, les riches inflexions de la ligne, la maîtrise du port de voix et l&rsquo;expressivité sont uniques. Un rêve de déclamation française qu&rsquo;on retrouve aussi chez certains de ses camarades (l’Hidraot d&rsquo;<strong>Edwin Crossley-Mercer </strong>par exemple). Mais le personnage de Renaud n&rsquo;apparaît que peu. Le rôle premier d »Armide par <strong>Ambroisine Bré</strong> ne semble pas toujours tout à fait maîtrisé. L&rsquo;articulation semble parfois entravée et les aigus pas toujours aisés, même si la jeune mezzo offre de beaux moments. La faute sans doute à une large variété de sentiments à traverser et à la difficulté de l&rsquo;écriture vocale. Dans une distribution homogène d&rsquo;excellents seconds rôles, dont <strong>Enguerrand de Hys</strong> et <strong>Lysandre</strong> <strong>Châlon</strong>, on retiendra enfin la performance notable d&rsquo;<strong>Anas Seguin</strong> dans le rôle de la Haine.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lully-armide-paris/">LULLY, Armide &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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