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	<title>Marie-Ange PETIT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Marie-Ange PETIT - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Affetto et affetti – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/affetto-et-affetti-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Aug 2023 05:57:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une folle journée intense et enthousiasmante puis l’enchantement de la version en ballet de The Fairy Queen, le retour à Thiré se fait tout en douceur et sur un petit nuage pour la suite du festival « Dans les jardins de William Christie ». Le sourire béat qui flotte sur les lèvres de nombre de festivaliers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une <a href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">folle journée intense et enthousiasmante</a> puis l’enchantement de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/">version en ballet de <em>The Fairy Queen</em></a>, le retour à Thiré se fait tout en douceur et sur un petit nuage pour la suite du festival « Dans les jardins de <strong>William Christie</strong> ». Le sourire béat qui flotte sur les lèvres de nombre de festivaliers est comme un signe de reconnaissance de la féerie vécue la veille et qui infuse doucement. Encore tout émue par les prodigieuses expériences du soir précédent, les paupières un peu lourdes et l’envie de ne pas revenir trop vite à la réalité, le charme continue à opérer, puisque le cadre idyllique des jardins se prête merveilleusement à cette sensation de délicieux flottement. En effet, cet éden classé « Jardin remarquable » permet de se sentir chez soi ou de s’imaginer dans les plus belles réalisations paysagères et musicales des siècles d’or des jardins, avec une vision éclectique qui se concrétise en célébration de la beauté permanente, dans un songe éveillé jouissif. Le menu plaisir de pouvoir folâtrer un peu partout dans ces créations nées de l’imagination fertile et les expériences cumulées du Maître rappelle les injonctions de Titania au début de <em>The Fairy Queen </em>: « sur l’herbe nous nous étendrons, en innocents badinages nous passerons nos jours, ainsi le temps s’écoulera ».</p>
<p>La richesse prolifique des sensations vécues lors du spectacle suffit à nourrir les vagabondages oniriques, mais tout de même, l’envie de parler de ce moment privilégié ne manque pas de nous tarauder en ce début d’après-midi. Cela tombe bien, après l’interview avec William Christie qui apportait de nombreux éclairages sur le projet, un <a href="https://www.forumopera.com/paul-agnew-je-traite-la-musique-de-purcell-comme-si-cetait-une-oeuvre-francaise/">nouvel entretien est prévu avec <strong>Paul Agnew</strong></a>, qui, en plus d’avoir dirigé l’orchestre, est avec celui qu’on surnomme affectueusement (mais très respectueusement) Bill, le principal instigateur de ce que nous avons vécu la veille. Détendu et disponible, le codirecteur des Arts florissants nous raconte la genèse du spectacle et nous délecte d’anecdotes, répondant volontiers à toutes les questions. À peine consulte-t-il sa montre de temps à autre, car il doit chanter directement après l’entretien. Heureusement, le Mur des Cyclopes où il se produit n’est qu’à quelques pas de notre table à l’ombre des chênes verts dans le petit bosquet où se trouve la buvette et ce n’est qu’au tout dernier moment qu’il nous abandonne. C’est ensuite au tour de <strong>Mourad Merzouki</strong>, le formidable chorégraphe qui a transcendé sa mise en scène et dont on n’a pas fini d’entendre parler, de nous accorder un <a href="https://www.forumopera.com/mourad-merzouki-la-musique-baroque-est-pensee-pour-la-danse-on-lecoute-et-la-choregraphie-se-dessine-comme-un-tapis-quon-deroule/">entretien très fécond</a>. Une fois de plus, nous avons manqué les activités de début d’après-midi (visite guidée des jardins, atelier jardin, danse ou chant) et le début des petits concerts. Mais nous arrivons juste à temps au Mur des Cyclopes à 17h pour entendre Paul Agnew qui récidive avec son programme « Awake, Sweet Love » que <a href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">nous avions entendu la veille</a> et qu’il vient de donner à 16h, juste après notre entretien. Cette fois, pas de trou de mémoire. Tout est déjà bien rodé, quoique nous avons droit à une petite surprise : le trio de la veille est devenu un quatuor. En effet, le génial violoniste <strong>Théotime Langlois de Swarte</strong>, que nous venons de croiser en famille, s’est joint à <strong>Myriam Rignol</strong> à la viole de gambe et à l’imperturbable (et formidable) <strong>Thomas Dunford</strong> au luth. Paul Agnew se dit ravi de cette espèce de jam… On entend donc pour la seconde fois le programme « Awake, sweet Love », où les airs de Dowland trouvent un miroir contemporain avec <em>Cry me a river </em>ou <em>Something </em>des Beatles, titre qui avait d’ailleurs déjà été proposé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">l’année passée</a>. Et si les airs de Dowland sont servis avec grand art, c’est surtout la mélopée ici sublimée des quatre garçons dans le vent qui fait chavirer le public. Entre deux airs qu’il commente avec sa pédagogie coutumière, Paul Agnew s’amuse de ce que, à un certain moment, toutes les têtes se tournent et les lèvres forment des « oh ! » d’émerveillement, ce qui lui permet de comprendre que les cygnes et leur progéniture sont en train de passer sur la rivière, laissant les musiciens dans une grande solitude. Il sait bien pourtant que ces moments-là sont pure magie et que les oreilles fondent tout comme le cœur des auditeurs… On se dit d’ailleurs que les cygnes s’arrêtent pour mieux écouter, mais non, ils repartent parce que personne ne leur offre la moindre nourriture concrète. Pour en revenir à la musique, malgré les improvisations suscitées par l’arrivée de notre violoniste star qui s’intègre immédiatement à l’ensemble (après tout, ces musiciens se connaissent suffisamment pour réussir ces impros qui n’en sont pas réellement). En tous cas, le programme est maintenant tout à fait maîtrisé et bucolique à souhait, impeccablement exécuté par des virtuoses tout sourires faussement décontractés, diffusant à l’envi toutes sortes d’émotions, dont les plus subtiles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-2163-JGazeau-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139952" width="683" height="1024"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Changement d’ambiance pour la séquence de 17h30 où il faut aller de l’autre côté du Miroir d’eau, aux confins des jardins, juste après le Pont chinois, dans le Petit bois d’Henry-Claude. Accompagnée de <strong>Patrick Oliva</strong> et <strong>Paul-Marie Beauny</strong> aux violons, <strong>Magdalena Probe</strong> au violoncelle, <strong>Sergio Bucheli</strong> au théorbe et la géniale <strong>Marie-Ange Petit</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/">déjà saluée hier</a>, aux percussions, la soprano <strong>Leïla Zlassi </strong>a concocté son programme, «&nbsp;Eco d’Italia&nbsp;!&nbsp;» autour de mélodies populaires de la Renaissance, avec notamment une tarentelle pour laquelle l’énergique chanteuse manque peut-être encore de mordant mais dont elle s’amuse visiblement beaucoup à l’interpréter avec conviction et joie de vivre.</p>
<p>Puis c’est le retour aux Terrasses où curieusement, le même programme est donné que la veille, alors qu’il n’y a pas d’autre choix, contrairement aux trois offres différentes des créneaux précédents. Nous entendons donc à nouveau la Carte blanche laissée à <strong>Augusta McKay Lodge</strong>, premier violon des Arts florissants, pour la première partie de son <em>Enchanted Forest</em>. La seconde partie sera proposée aux heureux veinards qui participeront au festival en fin de semaine. Là encore, c’est l’opportunité de voir l’évolution d’un programme qui se cisèle petit à petit. Le baryton <strong>Hugo Herman-Wilson</strong> est toujours aussi crédible dans les extraits de <em>King Arthur</em>, au détail près que, ironie du sort, le «&nbsp;Cold Song&nbsp;» est proposé alors qu’il fait passablement chaud, ce qui oblige les instrumentistes à se réaccorder plusieurs fois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_022-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-139953"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Après le dîner, on quitte à regret les jardins pour les deux concerts aux chandelles du soir organisés dans un village voisin. Simultanément, sur le Miroir d’eau, on va redonner <em>The Fairy Queen</em> et l’envie est très forte d’y assister encore une fois. Mais dans l’église de Saint-Juire-Champgillon située à quelques kilomètres de là (l’église de Thiré est en travaux actuellement), William Christie et son fidèle assistant musical <strong>Emmanuel Resche-Caserta</strong> nous proposent «&nbsp;<em>Affetto e affetti</em>&nbsp;», qu’on pourrait traduire en «&nbsp;Tendresse et passions&nbsp;», autour d’un programme où les compositeurs (et compositrices) français et italiens rivalisent de stratagèmes pour exprimer les affects à travers le violon. Le virtuose, à qui on a confié un violon Francesco Ruggeri de 1675 pour une durée de dix ans, paraît un peu absent et très nonchalant. Les sons qu’il réussit cependant à tirer de son instrument n’en sont que plus incroyablement virtuoses, l’air de rien. Le détachement apparent est évidemment un leurre et probablement d’une très grande confiance (et pas seulement en soi). Alternativement à l’orgue ou au clavecin, William Christie est visiblement heureux d’accompagner son complice. En très grande forme, il se met néanmoins en retrait pour mieux valoriser son partenaire. Mais alors qu’il reste deux œuvres au programme et qu’Emmanuel Resche-Caserta s’interrompt assez longuement pour réaccorder son violon, William Christie nous annonce un changement de taille&nbsp;: le <em>Premier concert royal </em>de François Couperin initialement prévu est remplacé par une sonate de Haendel. La raison invoquée&nbsp;: Couperin serait incompatible avec ce qui précédait&nbsp;! Cette modification inopinée dont les raisons sans doute très pragmatiques soulèvent un murmure de plus en plus sonore dans le public, ce qui a le don d’agacer prodigieusement William Christie. Un rappel à l’ordre par un simple mouvement de tête calme tout le monde et le Maestro, décidément frais comme un gardon, prend le dessus et c’est le violoniste, cette fois-ci, qui le seconde. Face au déferlement de passions qui suit, le public exulte et se voit gratifié d’un bis, la reprise de la Sonate de Corelli déjà entendu, mais avec un accompagnement différent. Nous aurons donc entendu les variantes violon et orgue ainsi que violon et clavecin.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_006-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-139946"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Il est à peine temps de sortir pour profiter du traditionnel chocolat chaud offert par les paroissiens (quoique cette année, on aurait eu tendance à pencher pour un rafraîchissement) qu’il faut déjà revenir dans l’église pour la «&nbsp;Méditation à l’aube de la nuit&nbsp;». Ce moment privilégié est l’un de nos préférés dans ce festival&nbsp;: le public a droit à un ultime concert aux chandelles (ou plutôt aux cierges) dans l’église, se voyant bercé avant d’aller se mettre au lit pour se préparer à un sommeil réparateur, ce qui fonctionne&nbsp;! La consigne, d’ordinaire donnée par Paul Agnew, est ici indiquée par un remplaçant, qui préfère les circonvolutions allusives plutôt que de dire franchement qu’il ne faudra pas applaudir au terme du concert afin de prolonger la magie. On retrouve l’extraordinaire <strong>Thomas Dunford</strong> à l’archiluth pour un programme où Marin Marais et Robert de Visée sont entrelacés à Erik Satie. Le luthiste, comme envoûté, s’enlace littéralement autour de son instrument et nous subjugue par l’élégance de son jeu, aussi beau à l’oreille qu’à l’œil. L’une de ses positions favorites nous rappelle celle de <em>L’Angelot jouant du luth</em> du peintre Rosso Fiorentino. Les sons que nous entendons ne doivent pas être bien éloignés de ceux produits par l’ange concertiste… Nous sommes littéralement bordés et prêts à aller nous endormir quand, contrairement aux règles élémentaires du festival, quelques béotiens se mettent à applaudir à tout rompre, très vite calmés par les réactions outrées de leurs voisins. Ce petit couac ne parvient tout de même pas à rompre le charme. &nbsp;</p>
<p>Et voilà, c’est déjà fini. La parenthèse enchantée s’achève et il faut retourner à la vie quotidienne. Mais pour l’heure, le festival se poursuit notamment avec la reprise de <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/titon-et-laurore-paris-opera-comique-mondonville-contre-le-blue-monday/">Titon et l’Aurore</a> </em>de Mondonville sur le plan d’eau et ne s’achèvera que samedi 26 août. Ce même jour, la clôture du festival verra l’inauguration de la Salle de Bal et de l’ancien Café, des bâtiments dont la restauration vient de se terminer. Ils serviront à l’année notamment de lieu de répétition et de loges pour les artistes. Le grand œuvre de William Christie continue à prendre forme&nbsp;; les jardins s’étendent et se complètent tout en s’intégrant dans le village. Les maisons abandonnées deviennent petit à petit un quartier des artistes accueillant dans des conditions toujours plus adaptées la pépinière de talents qui y éclosent chaque année au sein du Jardin des Voix. La restauration de ces bâtisses se fait dans le respect de la tradition rurale caractéristique de la région. Longue vie à notre passeur, dont la prochaine saison comprend trois productions lyriques emblématiques des Arts florissants&nbsp;: <em>Ariodante, Médée </em>et notre <em>Fairy Queen </em>en tournée qu’il dirigera, rien que ça…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="827" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_014-Jay-Qin-1024x827.jpg" alt="" class="wp-image-139949"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>
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		<title>PEPUSCH, The Beggar&#039;s Opera — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-rennes-glitter-and-john-gay/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Jan 2019 06:26:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La tournée impressionnante de ce Beggar’s Opera est à la hauteur d’une œuvre citée dans toutes les anthologies de la musique mais très rarement montée : le spectacle a été donné à Paris, Clermont-Ferrand, Thiré, Reims, mais également en Angleterre, Italie, Grèce, Luxembourg, Suisse et Belgique. Le Grand Ouest en a fait son miel plus que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La tournée impressionnante de ce <em>Beggar’s Opera</em> est à la hauteur d’une œuvre citée dans toutes les anthologies de la musique mais très rarement montée : le spectacle a été donné à <a href="https://www.forumopera.com/the-beggars-opera-paris-bouffes-du-nord-un-opera-du-gueux-qui-a-du-chien">Paris</a>, <a href="https://www.forumopera.com/the-beggars-opera-clermont-ferrand-clermont-ferrand-beggars-baroque-sauce-loubard">Clermont-Ferrand</a>, <a href="https://www.forumopera.com/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous">Thiré</a>, Reims, mais également en Angleterre, Italie, Grèce, Luxembourg, <a href="https://www.forumopera.com/the-beggars-opera-geneve-loin-du-gueux-mais-pas-des-gueux">Suisse</a> et Belgique. Le Grand Ouest en a fait son miel plus que toute autre région, avec de nombreuses représentations, tant dans les maisons d’opéra que dans les scènes nationales ou les théâtres municipaux. De La Rochelle à Saint Brieuc en passant par Vannes, il est notable que les salles les plus prestigieuses comme les plus modestes aient pu proposer une même programmation.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" height="364" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/the_beggar_s_opera_1_r_patrick_berger.jpg" style="font-family: -webkit-standard;margin: auto;cursor: zoom-in" width="500" /></p>
<p>© Patrick Berger</p>
<p>La direction artistique s’attache à l’esprit plutôt qu’à la lettre de l’oeuvre et l’assume parfaitement. En son temps, John Gay fut journaliste et pamphlétaire, sa charge contre la corruption des institutions et sa satire des moeurs se devait d’être actualisée pour conserver son mordant. <strong>William Christie et Robert Carsen</strong> ont manifestement travaillé de connivence pour ciseler ce programme présenté comme la création d’une nouvelle version de l’oeuvre originale.</p>
<p>Preuve de son implication, l’orchestre, d’ailleurs, prend place sur scène, mais pas de manière classique : l’ensemble du décor est fait de cartons, échos de la marchandise dérobée par les malfrats. Cet amas monte jusque dans les cintres, car il n’y a pas d&rsquo;échappatoire à cet univers malsain. Il suffit alors de quelques accessoires pour que l&rsquo;entrepôt initial devienne pub ou prison. Les musiciens semblent faire partie de la bande. Ils installent leurs propres cartons pendant la scène d’ouverture afin de constituer sièges et pupitres. Des IPad – un lot volé ? – contiennent leurs partitions. Leur look de loubards entre punk et grunge est déjà un régal en soit. Le contraste entre leur apparence, la dope qu’ils se partagent, les bières qu’ils boivent au goulot et la beauté des instruments baroques se révèle tout à fait savoureux.</p>
<p>Tous participent à l’action, comme ils sont partie prenante de la musique. A la précarité apparente de leur installation répond la volatilité de leur interprétation. Tout au long du processus de création ils ont enrichi la partition par des improvisations ou par des modes de jeux originaux. L’instrumentarium choisit avec quintette à cordes, hautbois, flûte, luth et percussions est à cet égard particulièrement pertinent. Il permet un travail des couleurs, des atmosphères, et des jeux sonores éminemment créatif. Parmi ces excellents musiciens, mention spéciale à ce sujet aux percussions de <strong>Marie-Ange Peti</strong>t ainsi qu’aux duos délicats proposés par <strong>Anna Besson </strong>et <strong>Massimo Moscardo,</strong> respectivement à la flûte et au luth. On est là dans la plus réjouissante tradition musicale baroque. D’ailleurs, si l’on en croit le programme, chaque soir, tous improvisent à nouveau à partir d’une trame plus ou moins succincte, comme c’était le cas à la création de l’oeuvre.</p>
<p>Il faut dire que ce premier « ballad opera » de l’histoire, est avant tout un patchwork d’airs célèbres à l’époque. On y reconnaît avec plaisir des airs traditionnels comme <em>Greensleeves </em>ou encore des pages de Haendel ou Purcell aux textes parfois décalés avec beaucoup d’ironie.</p>
<p>A cette partition composite répond une intrigue parfaitement cohérente. Polly, fille du mafieux Peachum, épouse une petite frappe en pleine ascension, Macheath. Dégoûté de l’échec de son éducation – se marier par amour plutôt que par intérêt, quelle aberration… – Peachum, décide de dénoncer le jeune homme afin que sa fille, devenue veuve, récolte le pactole. Macheath n’est pas en reste puisqu’il a déjà mis enceinte Lucy, la fille du bien nommé et néanmoins fort corrompu Lockit, chef de la police. Voilà qui permettra à notre séducteur de sortir de prison sans encombre. L’immoralité la plus totale et la plus assumée règne donc dans ce Londres interlope où cupidité, trafics, malversations et dépravations sont autant de maîtres-mots. Eugène Sue dans les <em>Mystères de Paris</em>, traite du même univers, quatre-vingt ans plus tard, pour en dénoncer la misère, les injustices. <em>The Beggar’s Opera</em>, lui, force le trait de la satire.</p>
<p>La mise en scène suit la même pente avec une jouissance manifeste jusque dans les détails : pas de pendaison sans selfies, des rails de coke sont inhalés jusque sur les landaus &#8230; Les bas-fonds dépeints par le livret tendent un miroir outré aux travers de notre époque. On en rit d’autant plus volontiers que la soirée est menée tambour battant avec un formidable sens du rythme théâtral. Le registre est celui de la farce, du vaudeville et si le rire est un peu gras, qu’importe, c’est la loi du genre.</p>
<p>Les costumes de <strong>Petra Reinhardt </strong>sont vulgaires à souhait et pourtant séduisants jusque dans les détails et les matières. Les chorégraphies de <strong>Rebecca Howell </strong>utilisent tous les clichés du hip hop et du RnB (femmes trophées sur-sexualisées, testostérone ostentatoire…) pour des propositions millimétrées qui ajoutent encore à l’énergie de l’ensemble.</p>
<p>Il faut dire que la plupart des interprètes viennent du monde la comédie-musicale, danser ne les effraie donc pas. Evidemment, dans le cadre d’une vénérable maison d’opéra, les voix surprennent et un temps d’adaptation est nécessaire. Mais le travail des couleurs, l’excellente diction qui joue avec bonheur des différents accents anglais, compensent les imperfections techniques. La gouaille survitaminée de <strong>Beverley Klein</strong>, Madame Peachum, sa voix de poitrine bien ancrée et son total look panthère font passer un vibrato envahissant. Son mari est incarné par <strong>Robert Burt</strong>, l’un des seuls artistes de formation classique de la troupe, qui s’enorgueillit d&rsquo;une belle prestance et d&rsquo;une voix à l’avenant même si ses aigus gagneraient à être plus couverts. Il donne la réplique au Lockit de <strong>Kraig Thornber</strong>, épatant comédien.</p>
<p>Face à eux, la jeunesse est très à son affaire ; dans le jeu comme dans le chant, le gang des malfrats comme celui des prostituées emportent l’adhésion sans restriction.</p>
<p><strong>Benjamin Purkiss</strong> est un Macheath de belle tenue, sa dégaine désinvolte évoque le Travolta de Grease. Si les registres manquent un peu d’unité, les graves sont bien campés, le timbre caressant à souhait. Il séduit sans mal les deux amoureuses Polly et Lucy. La fille de Peachum, incarnée par <strong>Kate Batter</strong>, toute de rose vêtue, bénéficie d’un soprano perlé particulièrement séduisant tandis que sa rivale, <strong>Olivia Brereton</strong>, profite d&rsquo;une voix et d’une présence plus corsée. Leurs duos et trios fonctionnent parfaitement, les timbres s’accordant à merveille tandis que quelques airs, chantés à cappella, apportent une fragilité et une émotion bienvenue qui ponctue la soirée avec délicatesse.</p>
<p>Pas de temps morts dans ce spectacle qui emporte le spectateur dans un tourbillon d’énergie sans lasser grâce à une constante créativité musicale et scénique. Preuve que quand deux monstres sacrés, oeuvrent en totale complicité, ils sont à même d’embarquer l’ensemble des artistes dans une même direction pour le plus grand plaisir des spectateurs : brillant !</p>
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